Secrets sous haute protection

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Alex Lovell est une détective privée assurant la reconversion des personnes placées dans le programme de protection des témoins. La disparition de Mélanie Bess, une ancienne cliente, va l’obliger à rouvrir un dossier classé. Intimement persuadée que son mari y est pour quelque chose en dépit de sa très bonne réputation de flic, elle mène l’enquête aidée de Nathan Devreaux, inspecteur du département de police d’Austin, et va tenter de le rallier à sa cause…
Publié le : mercredi 13 mai 2015
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EAN13 : 9782290065747
Nombre de pages : 352
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couverture
LAURA
GRIFFIN

Secrets
sous haute
protection

ROMAN

Traduit de l’anglais (américain)
par Anath Riveline

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Présentation de l’éditeur :
Alex Lovell est une détective privée assurant la reconversion des personnes placées dans le programme de protection des témoins. La disparition de Mélanie Bess, une ancienne cliente, va l’obliger à rouvrir un dossier classé. Intimement persuadée que son mari y est pour quelque chose en dépit de sa très bonne réputation de flic, elle mène l’enquête aidée de Nathan Devreaux, inspecteur du département de police d’Austin, et va tenter de le rallier à sa cause…
Biographie de l’auteur :
Laura Griffin a débuté comme journaliste avant de se consacrer à l’écriture. Ses ouvrages ont été récompensés par de nombreux prix aux États-Unis.

Du même auteur et dans la même collection
aux Éditions J’ai lu

SOUFFLE COURT

N° 9723

 

FAUX PAS

N° 9746

Et dans la même série

SECRETS EN SÉRIE

N° 9909

 

SECRETS IMPARDONNABLES

N° 9952

 

SECRETS EN CASCADE

N° 11162

À Doug

1

Mélanie rebondissait sur la route cabossée, pratiquement sûre de ne pas s’être perdue. Plissant les yeux à travers l’obscurité et la bruine, elle cherchait des points de repère inexistants. L’avait-elle encore ratée ? Impossible. Première à gauche après le pont…

Elle aperçut la petite lampe jaune sous le porche et poussa un soupir. Enfin ! Faire l’amour et manger mexicain. Toute la journée, elle n’avait pensé qu’à cela – et dans cet ordre-là – depuis que Joe l’avait appelée pour lui dire qu’il ne travaillait pas ce soir.

La Blazer piqua du nez pour remonter une nouvelle fois, mettant à l’épreuve ses amortisseurs usés alors qu’elle approchait de son but. Elle s’arrêta derrière la Honda de Joe. Aucune lumière dans la maison. Le match devait être terminé. Légère et pressée, elle s’empara des plats à emporter et ouvrit la portière. L’odeur des tortillas chaudes se mêlait à la fraîche moiteur de cette nuit de printemps. Elle jeta un nouveau coup d’œil vers la maison…

Elle resta figée.

Un frisson lui parcourut le dos. Elle entendit une voix de son passé, un faible écho d’abord, puis un murmure. Elle observa la maison derrière le rideau de pluie, alors que la rumeur grandissait.

Sauve-toi !

Elle lâcha son dîner, referma la portière brusquement et redémarra. La Blazer partit en marche arrière dans l’allée, avant de foncer vers l’autoroute, mais cette fois les nids-de-poule la secouaient dans tous les sens. Le cœur de Mélanie battait la chamade.

Il était là.

Comment le savait-elle ? Elle le savait, c’est tout. Quelque chose dans la maison le lui avait soufflé, quelque chose qu’elle aurait le temps de comprendre plus tard. Elle tenta de maintenir la Blazer au centre de la route tout en cherchant son portable. Ses doigts tremblants pressèrent le bouton de Joe.

Messagerie.

Des larmes lui brûlèrent les yeux. Elle atteignit l’autoroute et enfonça la pédale de frein au moment où une voiture de sport la doublait à toute vitesse.

Réfléchis, bon sang ! Que ferait Alex ? Les pneus crissèrent quand elle s’engagea sur l’autoroute, se creusant la tête pour trouver un plan. Elle avait un plan. Elle en avait un.

Mais lequel ?

Elle prit une profonde inspiration. Dans le coffre, elle avait son kit de secours. Elle pouvait s’enfuir, ne pas s’arrêter. Elle pouvait filer droit vers sa planque.

Mais Joe ? Elle ralentit de nouveau. Elle devait faire marche arrière.

Les phares d’une voiture se réfléchirent dans son rétroviseur. La partie encore lucide de son cerveau analysa sa taille, sa forme, la distance qui les séparait. Le reste paniqua.

Elle écrasa l’accélérateur. La voiture derrière elle ne la lâchait pas. Son pouls tambourinait sous sa peau. Elle dépassa les cent kilomètres heure, mais les lumières étaient toujours là. Elle serra le volant de ses deux mains. Son cœur battait furieusement. Impossible qu’il l’ait retrouvée. Pas maintenant.

Pourquoi n’avait-elle pas écouté Alex ?

Un virage. Elle tourna d’un coup sec le volant, luttant pour garder le contrôle de sa voiture. La Blazer tournoya, les pneus glissant sur l’asphalte. Les freins hurlèrent, ou peut-être était-ce ses propres hurlements qu’elle entendit et un mur de broussailles se précipita sur elle. Le métal craqua, son nez percuta le volant.

Puis plus rien. Juste le souffle de sa respiration et le clapotis de la pluie. Pas d’airbag. Les mains sur le ventre, elle s’efforça de se calmer. Du sang, chaud et cuivré, coula dans sa bouche.

Il arrive.

À cette pensée, tout son corps se remit en action. Elle poussa la portière, alourdie par l’angle de la voiture. Elle était tombée dans un fossé. D’un grand coup d’épaule, elle réussit à l’ouvrir. Des branches lui blessèrent le visage alors qu’elle se traînait hors de la carcasse métallique.

La seule lumière, un lampadaire, était noyée dans les arbres. La pluie la bombardait. Elle plissa les yeux pour tenter de s’orienter dans l’obscurité.

Un grondement sourd s’éleva, comme du tonnerre. Mais non, c’était un pick-up, moteur Diesel, quelque part derrière elle. Elle tendit l’oreille, paralysée de peur. Le bruit cessa et une portière claqua. Il était là. Le cauchemar qu’elle avait imaginé en détail tant de fois se matérialisait.

Sauvagement, elle agrippa les branches. Haletante, elle se jeta dans les bois tel un animal. Pas de voiture, pas de téléphone, pas de kit de secours.

Au loin, un bruissement approchait. Des pneus sur la chaussée. Elle rampa dans sa direction. Juste au moment où la voiture filait devant elle, elle s’extirpa des branchages.

— À l’aide ! hurla-t-elle, agitant les bras dans la lumière qui disparaissait.

Son erreur la frappa de plein fouet. Elle repartit vers les buissons, mais trop tard. Il se tenait juste derrière elle, plus près maintenant. Tellement près qu’elle entendait sa respiration.

Avancez ! ordonna-t-elle à ses jambes vacillantes.

Elle refoula un sanglot alors qu’il approchait encore et encore. Soudain, pan ! Elle se retrouva à terre. Plus d’air, le souffle court. Elle s’agita dans tous les sens, son talon cognant quelque chose de mou. Grognement. Elle se dégagea et courut vers la route. Une autre voiture, elle l’entendait, voyait ses lumières qui l’attiraient vers la sécurité. Encore quelques pas seulement… Elle arriva vers la clarté, la chaussée. Elle posa un pied sur le gravier.

Au secours ! Arrêtez-vous !

Une main lui attrapa la cheville et la tira en arrière.

Deux jours plus tard

Alex Lovell siffla les dernières gouttes de son café tiède, passa la bandoulière de son appareil photo autour de son cou et consulta sa montre.

Heureusement, le jeune homme qu’elle devrait prendre en filature aimait faire la grasse matinée. Seul problème, il habitait dans l’appartement de sa petite amie sur le campus, ce qui voulait dire que se garer serait un sacré casse-tête. En dernier recours, elle pourrait toujours se servir de la balise de signalisation orange, rangée dans un coin de son bureau, et qui l’aidait à se tirer de pratiquement toutes les situations.

Dehors, un crachin matinal avait bloqué la circulation. Alex jeta un œil derrière son épaule en se dépêchant de fermer à clé son bureau. Les voitures se traînaient sur Lavaca Street. Elle se demanda quel chemin serait le plus rapide vers l’université.

Une ombre l’enveloppa.

— Excusez-moi, madame.

Elle observa le reflet de l’homme dans le miroir avant de répondre. Bottes, jean, veste à franges. Un chapeau de cow-boy dominait son mètre quatre-vingts. Il semblait droit sorti d’un western.

— Je crois que je me suis perdu, bredouilla-t-il.

— Le ranch des Raisers est plus bas sur la route.

Il esquissa un petit sourire et les lignes qui entouraient sa bouche se creusèrent.

— Je cherche Lovell Solutions.

— Eh bien, vous l’avez trouvé, lança-t-elle en hochant la tête.

— Vous êtes Alexandra Lovell ?

— En personne.

— Je dois vous parler de quelque chose. Ça ne prendra qu’une minute, assura-t-il en regardant sa montre.

— À qui ai-je l’honneur ?

— Bill Scoffield, avocat.

Elle le dévisagea, sceptique. Des touffes blanches s’échappaient de sa chemise et une petite bedaine débordait par-dessus sa ceinture. Elle lui donnait cinquante-cinq ans. Elle baissa les yeux vers ses bottes, cuir d’autruche noir et brillant. Elle vivait depuis assez longtemps au Texas pour savoir qu’il avait dû les payer cher.

Il ne lui fallut pas plus d’une seconde pour penser à ses créanciers.

— D’accord, cinq minutes.

Elle tourna la clé dans la serrure pour ouvrir la porte.

— Et je vous demanderais de me laisser votre arme pendant que nous discutons, si cela ne vous fait rien, ajouta-t-elle.

Il afficha une expression de désarroi total. Ses yeux gris se rétrécirent alors qu’il fouillait dans sa veste pour sortir son pistolet de son holster. Il le lui tendit, la crosse en avant.

Elle le guida dans la salle de réception climatisée, où il manquait une réceptionniste. Alex tourna la tête vers son bureau en désordre, mais heureusement la porte était fermée. Le visiteur enleva son chapeau et elle partit s’installer derrière le comptoir libre depuis peu.

— Un peu paranoïaque, non ? s’enquit-il en faisant un signe de la tête en direction des caméras au plafond.

— On n’est jamais trop prudent.

Le dernier homme armé qu’elle avait laissé entrer l’avait envoyée à l’hôpital.

Alex l’invita à s’asseoir. Elle posa le pistolet sur le classeur derrière elle et s’installa sur le fauteuil pivotant.

— Que puis-je pour vous, monsieur Scoffield ?

Il laissa son chapeau, le bord vers le haut, sur le mini-réfrigérateur à côté de lui.

— Je m’adresse à vous au nom d’un certain James Bess. J’ai toutes les raisons de croire que sa fille disparue vous a engagée il y a quelques mois.

— Je ne connais aucune Bess.

— Mélanie Bess ? Nom d’épouse Coghan ?

— Jamais entendu parler.

— Dommage. Voyez-vous, Mélanie vient de recevoir une grosse somme d’argent et je suis chargé de la lui apporter.

Il attendit un instant pour voir si le mot « argent » ouvrait toutes les portes avec Alex. Parfois. Mais là, elle était trop occupée à déterminer les intentions de cet homme.

— D’où m’avez-vous dit que vous veniez ? demanda-t-elle, reculant son fauteuil.

— Midland. Je suis parti ce matin.

— Ça fait un bout de chemin, vous auriez dû appeler avant de venir.

Ils se dévisagèrent un instant. Il sortit une photo de sa poche pour la glisser à Alex.

— Reconnaissez-vous Mélanie ?

Sur le cliché, une adolescente souriait dans sa tenue de pom-pom girl. Cheveux bouclés, yeux marron pétillants, fossette. Elle ressemblait beaucoup à Alex à son âge, mais en blonde, populaire et avec une grosse poitrine.

— Très belle, confirma Alex. Je n’aurais pas pu l’oublier.

— Écoutez, mademoiselle Lovell, commença-t-il en se penchant vers elle, les coudes sur le comptoir, il faut vraiment que je retrouve Mélanie. Son père vient de décéder. Elle va recevoir un important héritage et je suis sûr que cet argent sera le bienvenu. Aux dernières nouvelles, elle ne roulait pas vraiment sur l’or, si vous voyez ce que je veux dire…

— Vous avez essayé Internet ? Les pages blanches représentent une source d’informations étonnante, si vous cherchez quelqu’un.

Il fronça les sourcils et se leva en rangeant la photo dans sa poche.

— Vous êtes forte pour retrouver les gens ? demanda-t-il en se plantant devant elle, les bras croisés.

— Si vous y mettez le prix, je retrouve n’importe qui.

— Vous voulez combien pour mettre la main sur Mélanie Bess ?

— Je suis assez débordée en ce moment. Il me faudra au moins quelques jours avant de commencer.

— Je vous paierai bien, vous pouvez en être sûre, affirma-t-il en lui tendant sa carte professionnelle.

Elle la prit et la rangea dans la poche arrière de son jean après s’être levée.

— Je vais y réfléchir.

Il ramassa son chapeau et elle le conduisit jusqu’à la porte. Une fois dehors, elle lui rendit son arme qu’il replaça dans son holster.

— Réfléchissez à ma proposition dès maintenant.

Il tapota son chapeau d’un doigt avant de prendre congé.

Dans le miroir de sa voiture, elle le regarda partir vers l’est en direction de Congress Avenue et tourner à l’angle. Elle sortit son téléphone pour écrire un message. Elle le signala comme urgent et appuya sur « envoyer ».

 

Alex roulait dans une Saturn de cinq ans qui consommait très peu d’essence et n’avait jamais besoin de réparation. En revanche, comme véhicule de surveillance, on aurait pu trouver mieux…

Malgré son ventilateur, Mélanie passa la matinée à suer derrière le volant en attendant un type qui refusait de se montrer. Vers l’heure du déjeuner, elle était prête à mettre les voiles. Mais la compagnie d’assurances de ce gars était son plus gros client et ils la payaient vraiment bien pour le suivre partout où il allait.

Du coup, elle resta. Et transpira. Entre des barres de chocolat et une pause bien méritée à la station-service, elle passa des dizaines de coups de fil pour retrouver la piste de Mélanie Bess.

Vers la fin de la journée, elle tenait quelque chose.

Alex n’en revenait pas. Mélanie ne menait plus la vie discrète et recluse qu’Alex lui avait organisée non sans peine. Mélanie avait démissionné et quitté son appartement d’Orlando qu’elle louait sous un nom d’emprunt depuis moins de six mois. Et surtout, Mélanie avait commis le plus grave des péchés pour une femme en cavale.

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