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Sens interdits

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112 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1991
Lecture(s) : 249
EAN13 : 9782296231214
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«

SENS INTERDITS»
de Michel ECOFF ARD

(£) L'Harmattan,

1990

ISBN: 2-7384-0927- X

Michel Ecoffard

SENS INTERDIT
T'héâtre

Théâtre de la Chimère IIJ Harmattan

A CELINE à qui pendant l'adolescence j'ai essayé de maintenir bien ouvert son «LIVRE DU SOUVENIR» J'espère un jour y figurer J'aime à penser que je lui ai évité la rencontre de certains Borgnes et lui avoir inspiré définitivement leur dégoût T'en souvient-il? Michel

PERSONNAGES:

- MELCHIOR - OSARIUS

et tous les autres Aveugles

et tous les autres Paralysés et tous les autres Muets

- HIBISCUS
- MYRCA

et tous les autres sourds et tous les autres Borgnes et tous les autres rôles qu'elle interprète

- LE BORGNE

- L'HISTOIRE

SENS INTERDITS a été créé à Lorient le 21 Avrill990 sous le chapiteau gonflable de la Chimère, Théatre itinérant de Bretagne, dans une mise en scène de l'auteur et de Paule LE DIORE avec:
Sophie MARCHAND

Eric FERRAT (MELCHIOR) -Alain MUELLER (OSARIUS) (MYRCA) Sonia ZYNCK (HIBISCUS) Vincent GRAAL (LE BORGNE) Paule LE mORE (L'HISTOIRE)

-

PROLOGUE

(L'ensemble du lieu de la représentation, scène et salle confondues, bai81lera dans une atmosphère glauque. Aux quatre coins, dans leur statuaire, se tiennent les quatre infinnes. Ces statuaires devront donner l'impression, avant que d'être réduits à l'immobilité, d'avoir beaucoup vécu. La poussière, la saleté - qui petit à

petit au cours du spectacle devront s'enlever

- cachent,

derrière leur

décadence, parfois leur rapiéçage, des matériaux, des fonnes et des couleurs pleins de joie. Ces statuaires doivent rendre comme a"êtée, une marche depuis longtemps commencée. Peut-être, mais ce n'est point écrit dans les «LIVRES

DU SOUVENIR»

,.

mais ce n 'est là qu'une annotation de l'auteur, peut-

être celle de l'espérance. Autour de ces statuaires, parfois suspendus à eux, des accessoires qui doivent dégager une absence de présence, un peu comme des tableaux qu'on croit décoratifs et qui une fois accrochés au mur ne sont plus jamais

regardés.
Une lueur vacillante tombe sur ces quatre endroits. Seront également en lumière la porte du Temple-Prison et la Harpe (sans ses cordes). Un silence. Les personnages du temps présent devront dans la première scène donner l'impression d'être là depuis longtemps. Ils ont oublié pourquoi ils sont

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là, uniquement

préoccupés

de leur survie. Ils seront affaiblis, affamés,

assoiffés.
Les quatre personnages attendent quelque chose. Ils sont suspendus, prêts à courir. Ils ont pris leurs marques, comme un sprinter le fait. Entre le Borgne. Il porte un grand chaudron fumant. Ille pose au centre du plateau. Il jette un regard circulaire, marche à reculons jusqu'à la porte, puis compte: )

LE BORGNE.

- Un, deux, trois, partez!

(Les quatre infinnes se précipitent. Cest l'Aveugle, qui, grdceà sa canne, dans la pénombre, a su le premier se diriger vers le plat. Ille serre contre lui. Les trois autres infinnes s'arrêtent un moment puis regagnent leur statuaire. Le Borgne rit. Il sort. L'Aveugle mange goulûment, avidement le contenu du chaudron. Les autres infinnes le regardent fIXement. L'Aveugle s'arrête. Il a l'air un peu dérangé puis reprend SOli mallger. Il en sera aillSi plusieurs fois. A la demière, il devra faire ressemir un étonnement. Son corps devra faire penser à l'interrogation.)

MELCHIOR.

- Oui - Pourquoi?

LA HARPE .- Oui. Pourquoi? MELCHIOR.

-Qui, répète

ma question.

LA HARPE. - Celle qui te donnera obligation d'y répondre. MELCHIOR .- Qui?
(Sur ce texte, l'Histoire et tous les autres rôles qu'elle tient, sortira de la

Harpe.)
LA HARPE .- Ta conscience
(Elle s'approchera sion laplus de Melchior et devra durant de l'Aveugle, la scène donner son miroir. l'impres-

grande d'être le double

Un autre lui-

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mime,

mais un autre clairvoyant, plus incisif).

L'HISTOIRE-CONSCIENCE .- Tu te demandais: Pourquoi est-ce moi qui mange et non les autres? MELCHIOR.- (précipitamment) Mais parce que j'ai gagné. L'HISTOIRE-CONSCIENCE .- Te semble-t-il juste que pour gagner ce soit sur le détriment, sur le dénuement, sur le mépris des autres? MELCHIOR

.-C'est

ce que je me demandais.

L'HISTOIRE-CONSCIENCE.Je sais. C'est pour cela que je suis là. Par ce questionnement tu m'as appelée moi que tu avais exilée de sa patrie, du coeur de ton cerveau. MELCHIOR .- Pourquoi ne point partager? Il y aura certes un peu moins pour un, mais un peu pour tous.
( Il prendra le chaudron et montant tour à tour sur chacun des quatre statuaires, il versera dalfS les écuelles de chacun une part de la nourriture restante. A chaque fois qu'il passera dans les statuaires, l'Histoire-Conscience devra avoir l'air de naftre dans ces lieux, s'aguerrissant au fur et à mesure, devenant plus forte, plus sare, plus présente. Elle tem1Ïnera au centre alors que l'Aveugle s'en retournera à son statuaire. )

L'HISTOIRE-CONSCIENCE.-

et toi, t'oublierais-tu?
une sorte

(L'Aveugle qui au début de la scène avait l'air perdu, a trouvé d'escale. Sa présence s'est modifiée dans ce port d'accueil.)

MELCHIOR
(Les trois infinnes mangent

.- J'ai déjà eu ma part.
le peu de leur écuelle. Ils le font gravement,

ayant et dégageant la sensation d'accomplir et de redécouvrir l'acte collectif, vient se mêler le sourire presque heureux de l'Aveugle. A lafin, SoIfS trop savoir pourquoi, et/'A veugle avec eux, c'est à l'Histoire-

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