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Sensual Player

De
448 pages
Caroline se réjouit d’avoir enfin trouvé l’équilibre entre sa vie de couple avec Simon et son métier d’architecte d’intérieur – sans compter l’heureuse adoption de trois nouveaux matous. À l’heure où les uns se marient et les autres s’imaginent parents, l’avenir des deux tourtereaux semble lui aussi tracé. Pourtant, lors d’un voyage professionnel au Vietnam, Simon est blessé à la suite d’un terrible accident. Et si leur destin, à Caroline et à lui, c’était plutôt adrénaline, cascades et surprises en tout genre?
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couverture
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Présentation de l’éditeur :

Régimes draconiens, fiancé effacé, mondanités et faux-semblants… Chloe ne veut plus de cette vie où les apparences ont toujours le dernier mot. Le jour de ses noces, elle décide de mettre les voiles – faute de revêtir celui de la mariée – et de tout plaquer. Direction Monterey, une ville de Californie où son père a hérité d’un ranch. Retrouvant enfin goût à la liberté, elle peut se consacrer à son nouveau projet professionnel, qui l’amène bientôt à croiser le chemin du très séduisant Lucas Campbell. Et si, contre toute attente, Chloe se laissait emporter par le vertige des possibles ?


Couverture : © Shutterstock
Biographie de l’auteur :

Alice Clayton a longtemps travaillé dans l’industrie des cosmétiques avant de devenir auteure. Son écriture est sensuelle, pimentée, pleine d’humour. Aujourd’hui, ses livres figurent sur les listes des best-sellers du New York Times et de USA Today.

Du même auteur
aux Éditions J’ai lu

Au format semi-poche

Wallbanger

Lovemaker

Sexygamer

Au format numérique

Lovely Seducer

Je n’ai jamais eu l’immense chance d’avoir un pitbull,
mais j’ai toujours eu un léger béguin pour eux.
Ce livre-là est pour tous ces splendides sourires canins.

Remerciements


J’ai le meilleur boulot au monde. Rayez ça. J’ai le second. Le véritable meilleur boulot au monde est celui du masseur de Robert Pattinson… mais c’est une autre histoire, pour un autre jour. Aujourd’hui, je m’adresse aux personnes de mon entourage qui m’aident à poursuivre cette extraordinaire aventure. Surtout les jours où les mots ne viennent pas, alors que les personnages principaux aimeraient bien, eux. Pas mal, celle-là, n’est-ce pas ? Merci à tous ceux qui m’ont aidée à faire en sorte que Sensual player, ainsi que la série Cocktail tout entière, voient le jour.

Voici cette liste de cibles très spéciale. Peut-être ai-je un peu trop regardé Sons of Anarchy

 

Équipe Gallery Books

Nuding

Bergstrom

Dwyer

Horbachevsky

Psaltis

Burke

 

Équipe auteurs

Cole

Probst

Reisz

Proby

Evans

Chase

 

Équipe virgule

Royer

 

Équipe santé mentale

Hogrebe

 

Équipe sanctuaire

Bocci

Hobbs

Billings

 

Équipe famille

Struble

Struble

Osterloh

Tolpa

 

Équipe cœur

Peter

 

Reste classe, San Diego.

Alice

Prologue


Un sourire aux lèvres, je les regardai tous deux se tourner autour sans même quitter leurs chaises. Perchée à califourchon sur la sienne, elle pointa agressivement un index vers lui en réponse à quelque chose qu’il avait dit. Il pointa tout aussi durement le sien en retour, ce qui l’incita à… déboutonner un autre bouton de sa chemise ?

Ces deux-là ! Jamais je n’avais entendu mon cousin Clark se plaindre autant d’une fille, ce qui me rendait à cent pour cent certaine que ladite fille lui correspondait parfaitement. Vivian ci et Vivian ça, je n’avais quasiment entendu que ça sortir de sa bouche au cours des dernières semaines.

Accoudée au bar, je méditais sur la passion qui rebondissait entre eux. Leurs paroles étaient hostiles, mais leur langage corporel ? Ils étaient déjà en train de faire l’amour, sauf qu’ils ne le savaient pas encore. Il se penchait ; elle se penchait. Il roulait les yeux ; c’était tout juste si elle ne roulait pas des hanches. Leur conversation était enflammée ; leurs peaux encore plus.

La mienne l’était rarement. En fait, je devenais incontestablement de plus en plus frileuse. Mais rien de plus normal pour une future mariée, n’est-ce pas ?

Je me mariais dans un mois. Après ces dernières semaines à courir partout comme une folle pour les préparatifs, je m’octroyais un long week-end dans mon bed and breakfast favori de Mendocino pour voir mon cousin favori. Venir lui rendre visite était la pause dont j’avais eu besoin, loin de ma vraie vie, à San Diego. J’avais passé ces derniers jours à me balader sur la plage, à m’asseoir devant des feux crépitants la nuit, et à m’efforcer de mon mieux de voir la forêt derrière les arbres. Et à écouter Clark parler non-stop de cette fille qui avait ébranlé son univers. J’étais censée m’attaquer aux cartes de remerciement pour les cadeaux que nous avions déjà reçus, mais être distraite par mon quelque peu vieux jeu, incorrigiblement romantique cousin Clark et son évidente affection pour cette jeune femme récemment arrivée en ville était exactement ce dont j’avais réellement besoin.

Et en cet instant, à les regarder tous les deux danser l’un autour de l’autre, et à voir les yeux de Clark être constamment attirés par la poitrine dont la jeune femme paraissait user délibérément à son avantage, je m’avisai que c’était de cela, qu’il aurait dû s’agir. La danse. Le va-et-vient, l’étincelle, l’excitation.

Je n’avais jamais connu cette étincelle avec personne. Et après avoir vu Clark tenir tête à cette Vivian ? Je voulais qu’une étincelle s’enflamme en moi aussi. Or je n’étais plus certaine qu’elle s’enflammerait à San Diego…

1

Quatre semaines plus tard, San Diego.

— Et donc, ce soir, je lève mon verre à la plus ravissante fille au monde – la mienne, Chloe Patterson. Et à son promis, je déclare : prenez soin d’elle. Parce que je connais du monde !

Je me sentis m’empourprer tandis que mon père nous portait ce toast, à moi et à mon fiancé – le « promis » qu’il venait tout juste de menacer devant les cinquante convives de notre dîner de répétition. Menacer d’une manière parfaitement acceptable, évidemment, celle dont le père de la mariée taquinerait l’homme sur le point de lui arracher pour toujours sa chère petite fille. Et tout le monde s’esclaffa avec moi, verres brandis dans notre direction.

Mon promis, Charles Preston Sappington, se redressa, puis serra la main de mon père tout en lui assenant une tape bon enfant dans le dos. La tape fut-elle un peu plus forte que nécessaire ? Oui. La menace aussi affable que le ton de mon père l’avait laissé supposer ? Non.

J’accrochai le regard de ce dernier, et il me gratifia d’un clin d’œil. Je pouffai bruyamment, ce qui me valut un roulement d’yeux de la part de ma mère, qui avait le roulement d’yeux le plus audible de la pièce. De n’importe quelle pièce, d’ailleurs. Et tout particulièrement, n’importe quelle pièce où se trouvait mon père.

Soulagée de pouvoir retourner à mon repas, je sentis la main de Charles sur ma nuque. S’inclinant vers moi, il déposa un baiser distrait au sommet de ma tête.

— Je vais saluer les Nickerson. Je reviens tout de suite, chuchota-t-il.

J’embrassai l’air, derrière lui, alors qu’il se hâtait d’aller serrer d’autres mains puis, me tournant, constatai que ma mère nous observait.

— Ne crois-tu pas que tu devrais aller avec lui, ma chérie ? suggéra-t-elle, tout en regardant mon fiancé faire de la lèche.

Notre dîner de répétition, et il faisait de la lèche !

— Pas particulièrement. As-tu goûté le soufflé aux artichauts ? Il est délicieux, répondis-je, en enfournant une autre bouchée.

— Ne crois-tu pas que tu t’en es assez goinfrée, ma chérie ? C’est à peine si tu rentres dans ta robe de mariée !

Elle fit signe à un serveur d’emporter mon assiette.

Souriant avec résignation, je déposai ma fourchette avec fracas, ce qui me valut un haussement de sourcil.

— Désolée, marmonnai-je, tapotant délicatement mes lèvres avec ma serviette, que je repliai, puis replaçai bien droite sur mes genoux.

— Oh, laisse-la donc tranquille, Marjorie, elle se marie ! Autant qu’elle profite de cette soirée ! Tu sais bien, avant que tout retombe comme un soufflé, ironisa papa.

Un ricanement m’échappa, tandis que la nuque de ma mère passait par trois nuances de rouge.

— Franchement, Thomas, je ne crois pas qu’il soit approprié de la taquiner ainsi la veille de son mariage ! Et qu’est-ce que c’était que ce toast ? Tu connais du monde ? Pour l’amour du ciel, qui donc ? Des comptables ? Des gratte-papier ?

— Oh, décompresse un peu ! Ce n’était qu’une plaisanterie ! protesta mon père, le cœur incontestablement à la fête.

Divorcé depuis six ans après vingt-deux ans de chamailleries, mon père n’aimait rien tant que hérisser ma mère. Et elle ne manquait jamais de mordre à l’hameçon.

Mais ce soir, elle nous surprit tous deux en s’écartant de la table.

— Chloe, va rejoindre Charles. Il ne devrait pas avoir à converser seul avec tous ces invités, me réprimanda-t-elle, ne gratifiant pas même son ex-mari d’un second regard alors qu’elle s’éloignait.

Grande, majestueuse, et mère de la mariée jusqu’au bout des ongles, elle se fondit sans heurts en arrière-plan, s’assurant que les serveurs circulaient et que tout le monde avait ce dont il avait besoin. Elle était la plus accomplie des hôtesses, rôle que j’aurais dû assumer, je suppose. La vérité ? J’aspirais à davantage que ce scandaleux soufflé aux artichauts.

Je jetai un coup d’œil à l’assiette de mon père et il sourit, la poussant dans ma direction à travers la table. Je lui rendis son sourire, puis ingurgitai le soufflé en deux temps trois mouvements.

— Alors, prête pour demain ? demanda-t-il, alors que nous observions l’assemblée.

Plaisanteries, échanges, rires mesurés et dignes emplissaient la pièce. Cinquante de nos très très proches amis et parents. Et ce n’était que la répétition. Quatre cents (quatre cents !) personnes en provenance de toute la Californie du Sud avaient été conviées à la cérémonie du lendemain, laquelle se tiendrait dans un des country clubs les plus chics de San Diego. Nous en étions membres depuis des années mais, quand le divorce de mes parents avait été prononcé, ma mère avait clairement fait comprendre que c’était désormais son territoire, et uniquement le sien. Il incombait en revanche à mon père d’en payer chaque année la cotisation. Pension alimentaire oblige.

— Je suppose, répondis-je avec un soupir, me demandant, et pas pour la première fois, pourquoi je soupirais chaque fois qu’on m’interrogeait à propos de mon mariage.

Mon père le remarqua.

— Princesse ? insista-t-il, l’inquiétude traversant son beau visage.

— Je ferais mieux d’aller papoter avec les Nickerson, éludai-je, ma mère m’ayant regardée d’un sale œil de l’autre côté de la pièce.

C’était pour mon bien. Et c’était mon dîner de répétition, après tout ; j’aurais apprécier d’entendre les félicitations de tout le monde. Je me le remémorai plusieurs fois au cours des minutes qu’il me fallut pour me frayer un chemin de ma table d’angle jusqu’au milieu du restaurant, où mon promis me tendait la main. Je plaquai sur mon visage l’expression de bonheur et de sincérité qui m’avait valu le titre de Miss Golden State près de deux ans plus tôt. Charles, le plus bel homme que j’aie jamais connu, me sourit, mon sourire prenant exemple sur le sien alors qu’il m’enlaçait d’un bras, puis m’intégrait sans effort dans la conversation.

Sourire. Hochement de tête. Rire. Sourire. Hochement de tête. Rire. Sourire. Hochement de tête. Soupir.

 

Je ne soufflai qu’un peu plus tard dans la soirée, une fois le café servi, les innombrables toasts portés (comment diable quiconque aurait-il quelque chose à dire demain s’il tirait toutes ses cartouches de toasts au dîner de répétition ?) et les convives se rapprochant peu à peu de la porte. Ma mère se mêlait à eux comme une pro, hochant la tête et souriant à tous alors qu’ils la complimentaient sur sa si charmante fille, le si charmant couple, la si charmante soirée… arghh. Sourire et hocher la tête étaient ce qu’elle faisait de mieux.

C’était une grâce que je ne possédais pas naturellement, bien que je puisse la feindre mieux que personne. Exemple : mes sourires/hochements de tête un peu plus tôt, lorsqu’une discussion de vingt minutes avait été lancée pour déterminer quel était le meilleur service d’entretien de pelouse de la ville. Il faut garder ces pelouses aussi vertes que possible, même en cas de sécheresse, vous comprenez. Ou encore quand Mme Snodgrass s’était mise à jacasser sur un roman un peu osé dont tout le monde parlait mais que personne n’admettait avoir lu, alors que je tenais pour certain que toutes les femmes présentes l’avaient fait. J’avais même souri, et hoché la tête, quand M. Peterson nous avait fait tout un sermon sur l’immigration illégale, alors que je savais pertinemment que sa nounou n’avait pas de papiers. Honnêtement, par moments, j’avais l’impression d’être une figurine à tête dodelinante. Mais mon entraînement aux concours avait pris les rênes, et j’aurais pu sourire et hocher la tête pendant des heures d’affilée, l’air toujours intéressée, toujours aimable, toujours jolie.

Sauf qu’à l’intérieur de ma tête, ce n’était pas joli à voir. À l’intérieur, je me demandais ce qu’il se passerait si je sautais sur une table, et commençais à hurler. Quelle serait leur réaction ? Ahurissement ? Horreur ? Amusement ? Combien de temps s’écoulerait-il avant que quelqu’un m’éjecte de cette table, et que tout le monde retourne à son café ?

Je fus sauvée de mes hurlements mentaux par ma mère, qui effectuait un dernier tour du restaurant.

— Les Snodgrass partent, ma chérie. Sois gentille, va les remercier d’être venus.

— Oui, mère.

Je souris, puis hochai la tête. Notamment à l’intention de mon fiancé, qui m’avait déjà devancée auprès de ces chers M. et Mme Snodgrass.

 

Finalement, Charles et moi nous retrouvâmes seuls devant le restaurant. Avant que Cendrillon ne soit réexpédiée chez elle dans sa citrouille limousine extra-longue, elle devait souhaiter bonne nuit à son beau prince.

— Es-tu excitée, pour demain ? demanda-t-il, m’enlaçant de ses bras puissants.

Des bras qu’il maintenait musclés, de même que toutes les autres parties de son corps, par des heures de tennis, racquetball, natation, course à pied et, évidemment, golf. Un golfeur vorace. J’avais été encouragée à pratiquer ce sport, aussi m’y adonnais-je. Évidemment. Soupir.

— Je suis très excitée pour demain, murmurai-je contre son torse, humant la fragrance de son eau de toilette.

Entêtante.

— J’ai dit à Nancy Nickerson que tu serais intéressée par un peu de bénévolat à notre retour. Elle préside le comité de la nouvelle aile pédiatrique à l’hôpital. Je t’ai inscrite.

— Euh, d’accord. Mais je ne suis pas certaine du temps dont je disposerai. Ils viennent juste de récupérer deux nouveaux chiens de thérapie, à l’hôpital, et ils vont avoir besoin d’aide avec…

— Chloe. Bébé. Nous en avons déjà discuté. Travailler avec ta plateforme de concours était une chose, et la fondation pour les chiens de thérapie, c’était génial. Mais tu ne concours plus, et nous étions convenus qu’il était temps pour toi de passer à autre chose, d’entreprendre de nouveaux projets, non ?

— Mais, Charles, je travaille avec cette fondation depuis le lycée ! Ça n’a jamais été seulement à cause des concours ! Ils ont toujours besoin d’aide et je crois que…

— Non.

— Euh… pardon ? fis-je, fronçant le nez et levant les yeux vers lui.

Charles Preston Sappington était grand. Brun. Beau. Parfait. Ma mère, dont la perfection était le commerce, nous avait présentés. Il était avocat. Son métier, c’était d’argumenter, ce qui expliquait pourquoi je ne prenais jamais la peine d’argumenter avec lui. Difficile de se mesurer au plaideur le plus coriace de toute la Californie du Sud. Je le savais, parce que c’était inscrit sur une plaque, au-dessus de son bureau. Aussi en prenais-je rarement la peine. Cependant…

— Viens-tu juste de me dire « non » ?

— Oui.

— Peux-tu m’expliquer pourquoi ? objectai-je, repoussant son torse de mes paumes alors qu’il tentait de resserrer son étreinte.

— Pas maintenant.

— Mais…

— Bébé, il est tard. Nous aurons tout le temps de discuter de ce genre de choses. Mais pour l’instant, applique-toi seulement à bien dormir cette nuit pour être belle pour moi demain, déclara-t-il d’une voix qui paraissait apaisante. Tu sais que j’ai hâte d’être à demain, n’est-ce pas ? Et puis, après ? La lune de miel, bébé, le meilleur…

Ses mains remontèrent dans mon dos, et réussirent à m’attirer de nouveau à lui. Je soupirai, ravalai ma repartie, puis me concentrai sur l’étau qui se resserrait autour de ma poitrine. Ses bras, je veux dire.

— Deux semaines à Tahiti. Bungalow privé. Bikini. Peut-être même aucun bikini, chuchota-t-il, ses mains descendant pour m’empoigner les fesses.

— Charles ! Quelqu’un pourrait nous voir ! protestai-je, regardant autour de nous.

Il s’esclaffa, sûr que cet orage-là était passé. Après tout, je me mariais demain. Soupir.

— Va dormir, bébé. Et demain, je t’attendrai au bout de cette nef. Tu seras superbe. Nous prononcerons quelques vœux, échangerons des alliances, et ensuite, tu seras tout à moi. C’est pas merveilleux ? susurra-t-il en me faisant tournoyer, puis en me redéposant pour ouvrir la portière de la limousine.

— Mm-hmmm, parvins-je à répondre, un peu étourdie par la pirouette.

— Ah, vous voilà, tous les deux ! Sauvez-vous maintenant, Charles. Elle sera tout à vous demain, mais ce soir, elle est encore à moi, s’écria ma mère, apparaissant à mon côté avec un grand sourire.

— Oui, mère Patterson, acquiesça Charles, n’ignorant pas à quel point elle détestait qu’il l’appelle ainsi.

Je pouffai en dépit de moi-même, et ma mère me regarda de travers.

— Souhaite bonne nuit à Charles, décréta-t-elle d’un ton guindé, s’abstenant pour une fois de tout commentaire à propos du « mère Patterson ».

— Bonne nuit, Charles, répétai-je docilement, m’inclinant vers lui pour qu’il m’embrasse sur le front.

— Bonne nuit, mesdames. À demain, conclut Charles, nous entassant dans la limousine dans un frou-frou de soie et de satin.

Assise à côté de ma mère, je l’écoutai jacasser tandis que nous nous écartions du trottoir, puis prenions la direction de notre maison. Où je vivais depuis mon retour de la fac.

La maison de mes parents. Celle de ma confrérie d’étudiantes. Puis re-celle de mes parents. Et bientôt celle de mon mari ? Soupir.

 

Une heure plus tard, j’étais dans la chambre dans laquelle je dormais depuis mes sept ans. Lit à baldaquin. Pompons. Diadèmes. Écharpes satinées. Trophées. Concours de Miss, vous vous souvenez ? « Coude, coude, poignet, poignet.1 »

Pelotonnée sur l’édredon, j’avais chaud, et mon cœur battait plus vite que d’habitude. Nerveuse à propos du lendemain, je suppose. Épouser Charles. Devenir une Sappington, et tout ce que ça impliquait.

Je regardai le cliché de nous deux, sur ma table de nuit, pris le soir où il m’avait demandée en mariage. Ma bague de fiançailles étincelait aussi vivement dessus qu’en cet instant sur ma main. C’était le plus gros diamant que j’avais jamais vu, presque au point d’en être embarrassant. L’ôtant, je le déposai à côté du cadre.

J’avais fait la connaissance de Charles onze mois plus tôt. Cinq mois après le jour de notre rencontre, nous étions fiancés. Un tourbillon, c’était le moins qu’on puisse dire, si ce n’est que Charles était le tourbillon le plus impeccable qui soit. Jamais un cheveu de travers, jamais de tache sur sa cravate, ni de feuille d’épinard entre ses dents. L’épinard n’oserait pas.