Si j'étais elle

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Je m’appelle Sara McMillan, j’ai vingt-huit ans et je suis professeur. Un jour, par hasard, je découvre le journal intime de Rebecca, qui, semble-t-il, a travaillé dans la plus prestigieuse galerie d’art de San Francisco. Dès les premières lignes, l’addiction est totale, tant le récit de ses expériences sensuelles me fascine, éveillant en moi des fantasmes inavouables. Or, au fil des pages, je comprends bientôt qu’il lui est arrivé quelque chose ; le désir laisse alors place à la tourmente, à l’angoisse. Qu’est-il arrivé à Rebecca ? En marchant sur ses pas, je fais la rencontre d’hommes dangereusement attirants, des hommes qu’elle aussi a connus. Méfiance, toutefois, car ma curiosité pourrait bien me plonger dans un abîme de plaisirs interdits…
Publié le : mercredi 9 avril 2014
Lecture(s) : 53
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782290070727
Nombre de pages : 384
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Si j’étais elle
LISARENEE JONES
Si j’étais elle
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Émilie Terrao
Titre original IF I W ERE YOU
Éditeur original Gallery Books, a division of Simon & Schuster, Inc., New York
© Julie Patra Publishing, Inc., 2012
Pour la traduction française © Éditions J’ai lu, 2014
Mercredi 7 mars 2012
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Dangereux. Depuis des mois, mes rêves et mes cauchemars sont hantés par la perfection avec laquelle il personnifie ce mot. Aux portes de la conscience, je me perds dans une réalité alternée où son parfum musqué me saisit, où je sens son corps ferme contre le mien. Je devine alors le goût sucré et sensuel de sa peau sur mes lèvres – comme du chocolat, une invitation délicate à m’accorder une nouvelle bouchée. Puis encore une autre. Si délicieuse-ment bon que j’en ai oublié le prix de la complaisance. Car la complaisance a un prix. Il y a toujours un prix à payer, comme je l’ai compris samedi dernier. Quoi qu’il fasse, je sais à présent que je ne peux plus – que je ne veux plus – le revoir. Au début, c’était une liaison comme les autres. Impré-visible. Excitante. Je peux à peine me souvenir du moment où la situation a dérapé pour prendre une tour-nure aussi sombre. Il m’a ordonné de me déshabiller et de m’asseoir sur le matelas, le dos appuyé contre la tête de lit, les jambes
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largement écartées pour qu’il puisse me regarder. Nue devant lui, ouverte à lui, je me sentais vulnérable et fré-missante de désir. Je n’avais jamais obéi aux ordres d’un homme jusque-là. Et encore moins imaginé que quelque chose pourrait me faire vibrer un jour. Pourtant, j’ai vibré pour lui. Si cette soirée doit prouver quelque chose, c’est qu’une fois près de lui, sous son charme, je suis prête à obéir à la moindre de ses demandes. Il peut me conduire au bord du gouffre, en des endroits incroyables où je n’aurais jamais cru m’aventurer un jour. C’est exactement pour cette raison que je ne peux plus le revoir. Il me donne le sentiment d’être possédée. Le pire, c’est que j’aime ça. Mon esprit peut à peine concevoir une telle aberration et pour-tant, je me consume à l’idée de lui appartenir. Lorsque je l’ai vu devant moi samedi dernier, avec ses larges épaules, ses muscles déliés, son sexe dressé, ce désir a tout balayé sur son passage. Il était superbe. Il est vraiment le plus bel homme que j’aie jamais connu. Un désir foudroyant a explosé en moi. Je voulais le sentir près de moi, sentir ses mains me caresser. Le caresser à mon tour. Mais je savais que je ne devais pas le toucher sans sa permission. Et je savais que je ne devais pas le supplier de me laisser faire. J’avais appris la leçon au cours de nos précédentes rencontres. Il aime bien trop la vulnérabilité que révèle ce genre de supplication. Il adore me refuser son plaisir jusqu’à ce que j’en tremble d’excitation. Jusqu’à ce que je sois réduite à ce désir brûlant et larmoyant. Il aime exercer ce pouvoir sur moi. Il aime être celui qui contrôle. Alors que je devrais le détester, j’ai parfois l’impression de l’aimer. Le bandeau aurait dû m’avertir que je me dirigeais vers le point de non-retour. En y réfléchissant, je crois que j’y ai pensé. Il s’est assis sur le lit et m’a lancé un
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regard de défi, faisant aussitôt courir un long frisson sur ma peau. L’idée de ne pas voir ce qu’il faisait aurait dû m’exciter – et j’étais excitée –, mais pour une raison que je n’ai pas comprise tout de suite, j’étais également effrayée. C’est à ce moment que j’ai hésité. Cela ne lui a pas plu. Il me l’a dit de sa voix riche de baryton qui a le don de me faire frémir de façon incontrôlable. Le besoin de le satisfaire est alors devenu si intense que j’ai appliqué le bandeau sur mes yeux. J’ai été récompensée par l’affaissement du matelas. Il approchait. Bientôt, il me satisferait lui aussi. Ses mains ont glissé sur mes mollets en un geste possessif, puis sur mes cuisses. Cruel, il s’est arrêté juste avant d’atteindre le cœur de mon désir. La suite a été un tourbillon de sensations confuses. Il m’a plaquée sur le lit. Je savais que je serais bientôt comblée. Bientôt, il serait en moi. Bientôt, il me don-nerait ce dont j’avais besoin. Mais à mon grand déses-poir, il s’est éloigné. À cet instant, j’ai eu la nette impression d’entendre un verrou s’ouvrir. Je me suis redressée aussitôt et je l’ai appelé, effrayée à l’idée qu’il parte. Persuadée que j’avais fait quelque chose de mal. Puis le soulagement a déferlé en moi quand j’ai senti la paume de sa main sur mon ventre. J’avais dû imaginer ce bruit de serrure. Forcément. Mais je ne pouvais ignorer le changement subtil d’atmosphère, le désir brut et menaçant qui régnait dans la pièce et qui ne lui ressemblait pas. Cette pensée a vite été balayée lorsqu’il s’est glissé entre mes jambes, ramenant mes bras au-dessus de ma tête de ses mains puissantes. Son souffle chaud sur mon cou, son corps imposant… Il était parfait. Soudain, des liens de soie se sont enroulés autour de mes poignets, enchaînant mes bras au cadre du lit. La pensée qu’il n’avait pas pu faire cela tout seul ne m’a
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pas effleuré l’esprit. Pourtant, il était sur moi, incapable de manipuler mes bras à cette distance. Mais il mani-pulait si bien mon corps, mon esprit… J’étais sa victime consentante. Il s’est éloigné de nouveau et j’ai gémi en tendant les mains devant moi sans pouvoir l’atteindre. Puis, le silence est retombé dans la pièce. Un bruissement de tissu. D’autres sons étranges. De longues secondes se sont écoulées. Je me souviens encore des frissons qui cou-raient sur ma peau, du sentiment de peur qui enflait dans mon ventre. Alors est arrivé le moment dont je me souviendrai jusqu’à ma mort. Le moment où la lame d’un couteau a touché mes lèvres. Le moment où il a promis qu’il y avait du plaisir dans la douleur. Le moment où la lame a tracé une ligne sur ma peau, prouvant qu’il ne mentait pas. Alors, j’ai su que je m’étais trompée. Il n’était pas dangereux. Il n’avait rien à voir avec le cho-colat. Il était mortel, comme une drogue, et je redoutais qu’il…
Des coups à la porte de mon appartement m’arra-chent aux mots envoûtants du journal que je suis en train de lire. Je suis si surprise que je lance presque l’objet du crime par-dessus mon épaule. Avec un air coupable, je referme le livre d’un coup sec et je le repose sur la table basse en chêne, où Ella Ferguson, mon amie et voisine, l’a oublié la veille. Je ne voulais pas vraiment lire ce journal. Il était juste… là. Sur ma table basse. Perdue dans mes pensées, je l’ai ouvert et j’ai été si choquée par ma découverte que j’ai eu du mal à croire que ces mots venaient de la douce Ella, dont je suis si proche. Alors j’ai poursuivi ma lecture. Je n’ai pas pu m’arrêter et j’ignore pourquoi. Cela n’avait aucun sens. Moi, Sara McMillan, professeur
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