Si on prenait un thé à la menthe avec Zahid Shabad

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Zahid Shabad est le héros d'une aventure qu'il vit malgré lui. Il nous livre une belle description de ses voyages, nous transmettant une vision poétique de son périple.
Pourtant, à mi-chemin, nous découvrons un autre Zahid. Un peu comme s’il avait vécu une autre vie avec une autre identité.
De surprises en surprises, nous ferons la connaissance de cet étrange jeune homme qui finalement se cache.
En filigrane, un drame et peut-être une fabuleuse histoire d'amour...


Publié le : lundi 14 avril 2014
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EAN13 : 9782332704931
Nombre de pages : 114
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-70491-7

 

© Edilivre, 2014

Citation

 

 

Celui qui est détaché de ce monde

Et qui appartient à la tribu tunisienne…

Mon imaginaire est totalement décalé,
ce pourquoi il est…

Zahid Shabad.

Remerciements

 

 

Je tiens à remercier

Yamen Manai pour le thé à la menthe sous la tente Berbère et ses mots qui ont déclenchés l’écriture de ce roman,

Emile Biayenda pour ses malles aux trésors et ses tiroirs à secrets,

Noëlle et Bertrand Antigny,

Mes enfants Tiphaine et Bruce qui m’ont accompagné aux portes de Sidi Bou Saïd.

Si on prenait un thé à la menthe avec Zahid Shabad

 

 

« Parole de Zahib Shabad, j’arriverai à sortir cet espadon de l’eau ! Jamais un poisson ne m’a résisté et ce n’est pas lui qui… Et le fil a cassé !

Perché sur le pont du bateau spécial pêche au gros, j’avais l’air idiot avec mon fil flottant aux vents marins.

L’atlantique renvoyait une couleur que je ne pourrais définir, entre le bleu turquoise et le vert émeraude, peut-être.

Tellement occupé à suivre des yeux mon fil de pêche, que la couleur de l’eau qu’offrait l’océan au large de Dakar et aux confins des îles du Cap-Vert m’était invisible quelques minutes plus tôt. Entre Sal et Boa Vista, épié sans nul doute par les requins, mon regard s’arrêta sur un homme au loin qui s’envoyait dans les airs avec son kite surf. Et mon imagination a fait le reste…

Une main lourde se posa franchement sur mon épaule et me fît sursauter, me faisant dans le même temps sortir de mon scénario catastrophe. « Alors déçu ? » C’était un pêcheur amateur de gros poissons comme moi, qui lui, venait de sortir un thon ; je rêvais déjà d’un carpaccio, mon pêché mignon…

Le bateau se dirigeait vers le ponton et après cette bonne journée au large, je m’imaginais, étalé sur la plage, entouré de bonnes odeurs de poissons grillés, une Strela bien fraîche à la main et le son des Djembés, là un peu plus loin.

Il n’en fallait pas plus pour que je sois heureux, il me semble.

« Paul Martin ! », lança-t-il. « Zahid Shabad », rétorquai-je.

Et nous en avons profité pour faire connaissance.

Paul était un ancien pilote de ligne au Sénégal, pour lui l’Afrique n’avait aucun secret ou presque. « Vu du ciel, m’avait-il dit, rien ne t’échappe ! ».

Les pieds posés au sol, autour d’un bidon métallique coupé en deux, une grille posée dessus et le thon qui grillait et que nous avons partagé avec quelques autochtones. Paul m’avait raconté sa vie, cette nuit là. Un sacré bonhomme avec mille histoires qui éveilleraient la plume de n’importe quel écrivain en herbe, un homme passionné par les contesancestraux des villages.

Il avait activement participé à la vie de Ouakam, un petit village proche de Dakar. C’est là qu’un ancien lui avait appris à pêcher, ce qui me fît mieux comprendre le savoir faire qu’il avait pour sortir toutes sortes de poissons comme il l’avait fait toute la journée. Il m’avait raconté les odeurs de Ouakam. Qui peut raconter des odeurs ? Paul savait y mettre les mots, les images et la poésie pour me faire ressentir chaque détail de sa vie. Jusqu’au léger bruissement dans les hautes herbes qui caractérisent si bien la savane.

Un homme sensible et humain comme on n’en croise plus beaucoup. Il riait quand il parlait de souvenirs amusants, il pleurait quand il évoquait des histoires tristes, il vivait son passé comme s’il était présent et moi je me sentais tout petit face à ce vécu si riche de rencontres et d’émotions que je finissais par me demander si j’avais fait tant de choses que ça, comme j’aime à le raconter quand je rentre chez moi, en Tunisie dans les hauteurs de mon village de Sidi Bou Saïd.

Quand j’arrive au village, tous les habitants s’affolent alors autour de moi, tous à la main un verre de thé à la menthe et une fleur de jasmin accrochée derrière l’oreille, on ouvre grands les yeux et les oreilles pour m’écouter et je suis en quelque sorte le voyageur qui rapporte des légendes nouvelles, des légendes venues d’ailleurs qui alimentent leur imagination, des légendes qu’ils déforment à leur guise pour qu’elles existent autrement à leur façon. Je suis célèbre au bout de ma ruelle et ma mère a des étoiles qui brillent dans ses yeux en m’écoutant. Elle est heureuse et fière de son fils, comme toutes les mères juives de mon pays qui sont fières de leurs fils.

Je regardais Paul et j’avais envie de lui couper la parole, lui raconter la couleur des portes multicolores qui ornent les rues escarpées de mon village, lui conter leurs histoires, ma famille, l’odeur du Jasmin qui enivre les ruelles de mon enfance, les assiettes à touristes qui colorent les murs blancs des maisons tordues et penchées, et la mer juste en dessous des marches, et la mer bleue méditerranéenne.

Je me disais que ce n’était finalement pas si intéressant que ça, enfin c’est ce que je croyais.

Nous avons parlé très tard dans la nuit ou très tôt vers le matin, tout dépend comment on voit les choses, et au moment de s’endormir à la belle étoile, bercé par le clapotis des vagues et enveloppé par les millions d’étoiles tapissant le ciel au-dessus de nos têtes, Paul s’endormit en murmurant « Habiba… ». J’en conclus qu’il avait probablement aimé une femme qui s’appelait ainsi.

Ne trouvant pas le sommeil, repensant à mon village, une envie folle de thé à la menthe vint me faire saliver rien que d’y penser. Ça faisait combien de temps ? Combien de temps que j’avais quitté Sidi Bou ? La nostalgie de mon pays s’entremêla dans mes envies mentholées et la fatigue finit par éteindre mes songes mélancoliques.

J’ai dû m’endormir, forcément, puisqu’en ouvrant les yeux, le soleil s’élevait tout doucement et avait bien commencé son ascension. « Huit heures » dit Paul avec à la main un biscuit sec, que l’on trouve vendu par sac de un kilo à deux cents escudos dans l’épicerie au coin de la rue. Mes yeux se sont posés sur le sac de gâteaux, la moitié en manquait. Sans avoir besoin de parler, Paul ajouta : « j’ai donné l’autre moitié aux gamins qui étaient à la sortie de l’épicerie, comme tous les matins ». Je n’ai rien répondu et j’ai plongé la main dedans pour en extraire une belle poignée, histoire d’étouffer le bruit sourd que laissait échapper mon estomac. Nous sommes restés assis face à l’océan pendant quelques minutes sans dire un mot, profitant juste du moment, profitant juste de l’essentiel.

Les sons des Djembés trahirent le clapotis des vagues, et notre silence. La journée débutait comme tous les jours, rythmée par les tambours. Sur la place, les hommes arrivaient petit à petit, posaient leur instrument et emboîtaient le son derrière le voisin. Chaque Djembé avait un son bien à lui et chaque homme avait une façon de s’exprimer au travers des sons, ce qui donnait un brouhaha polyphonique absolument inégalable.

Nous sommes encore restés un instant à écouter le méli-mélo des tambours sur fond de clapotis, puis Paul me dit : « ce soir, je pars, je rentre à Ouakam, un an que j’en suis parti ». Sans quitter mon regard de l’océan, sans doute par gêne de croiser les yeux de Paul, je dis à mon tour : « C’est qui Habiba ? ».

Je sentis immédiatement, de par la raideur que j’aperçus dans les doigts de pieds de Paul qui tentaient en vain de s’accrocher sur les grains de sable et qui en fait s’enfonçaient en douceur, que je n’aurais pas dû poser la question. Différent du Paul qui m’avait raconté sa vie toute la nuit, il avait sans doute omis un épisode de son existence, compris sûrement qu’il avait parlé en dormant et comme pour sauver la face, il me répondit d’un air qui aurait dû être franc : « Personne qui ne soit important… ». A partir de là, je me suis fait les réflexions suivantes : et si Paul avait menti ? Avait-il inventé toutes ces histoires pour me cacher sa vraie vie ? Mais pourquoi ? Cherchait-il à s’inventer une nouvelle vie ?

Voulait-il se faire passer pour un autre ? Etait-ce un trafiquant de quelque chose qui se faisait passer pour un héros ?

Des dizaines de questions arrivaient en masse dans mon esprit. Tout en songeant à mes questions qui resteraient sans réponse, j’étais là assis, mon imagination en partance vers des scénarios improbables. Pendant que je m’adonnais à ma passion favorite – rêver-je n’avais pas vu ni entendu Paul s’en aller.

J’allais devoir ranger cette rencontre dans mon tiroir à souvenirs, comme tant d’autres rencontres qui avaient parfois étonné la petite personne que je suis. D’ailleurs, qui suis-je ? La fameuse question existentielle que tout le monde se pose, que tout le monde se pose plus ou moins.

Je me la pose souvent et je n’y réponds pas.

Le départ de Paul impulsa mon envie de retourner chez moi. Soudainement, tout me manquait. Le jasmin, les ruelles, les assiettes, la méditerranée, les dizaines de chats qui dévalent les marches jusqu’au port en attendant qu’un poisson tombe sur le quai, le miel qui luit sur les pâtisseries de ma mère, tout. Je voulais encore voir les yeux étincelants des habitants qui m’écoutaient parler, leur raconter mes dernières histoires, mes dernières rencontres, la vie de Paul, leur demander si eux aussi, ils pensaient que Paul avait menti, leur demander si je leur avais manqué parce qu’eux ils m’avaient manqué, je voulais voir les petites cages à oiseaux blanches se balancer aux détours des ruelles. J’avais envie moi aussi de dévaler quatre à quatre les marches de l’escalier qui mène au port. Je sentais déjà le vent léger du port qui monte doucement dans l’entrebâillement des portes multicolores, la douceur de la voix de ma mère, les ricanements des enfants qui aidaient leur père à fabriquer les bouquets de jasmin.

Il fallait que je rentre.

J’ai rassemblé le peu d’affaires que j’avais, et j’allais trouver un pêcheur qui connaissait tous les propriétaires des bateaux. Un, sur la quantité allait remonter les côtes Africaines, me dis-je, j’ai toujours cru en ma bonne étoile. Je voyageais ainsi : en comptant sur la chance, les rencontres, le destin que la vie me réservait. J’aime cette liberté qu’offre la vie à ceux qui comme moi ne s’inquiète pas trop. Je demande, et si Dieu le veut, tout est possible. Et c’est souvent possible, j’ai de la chance.

Après avoir cherché une partie de la matinée celui qui me ramènerait au nord, le pêcheur revint, fier de sa trouvaille, me présenta Fernando Caballero, marin Espagnol, qui avait justement besoin d’être assisté par quelqu’un pour l’aider à bord pendant sa remontée jusqu’aux Canaries.

Présentations faites, l’homme me donna rendez-vous le lendemain matin sur le ponton, là où la veille j’étais parti en mer pour pêcher.

Pour remercier le pêcheur, je l’aidai toute la journée dans ses activités pour qu’il puisse repartir en mer le lendemain.

La journée terminée, le pêcheur m’invita chez lui, me présenta à sa femme et à ses enfants, me garda à dîner et m’offrit un coin de la petite maison bleue pour y dormir. Elle était bleue roi et me rappela instantanément certaines des portes de mon village.

L’hospitalité et l’accueil des pêcheurs de l’île n’étaient plus à refaire, moins on en a, me dis-je, plus on a, à offrir. Ce qui se vérifie souvent dans mes rencontres avec les habitants d’ici et d’ailleurs.

La nuit fût bonne et douce malgré des rêves étranges, sans doute en lien avec les histoires de Paul.

Vite chassées de mon esprit, je savais que cette nouvelle journée, que dis-je cette nouvelle semaine à venir allait ressembler à une aventure, encore une.

Environ mille six cents miles à parcourir, mille six cents miles de choses inconnues à découvrir. La cure de poissons allait continuer bon train, j’espérais que Fernando Caballero allait m’instruire de nouvelles recettes culinaires.

Avant de quitter mes hôtes, sauf le pêcheur, puisque parti très tôt en mer, je saluai la femme et les enfants, laissant deux cents escudos pour acheter un sac de biscuits…

Le cœur joyeux de mon projet de la veille, léger comme l’air, l’idée de rentrer à Sidi Bou me rendait presque impatient d’être déjà arrivé. Mes pieds flottaient et semblait effleurer le sol pavé à la romaine.

Je regardais une dernière fois les petites échoppes colorées, les enfants qui jouaient de bon matin dans les rues poussiéreuses, les hôtels en construction, le petit marché aux saveurs épicées, je tentais de retenir le plus d’images possibles comme si je n’allais jamais revenir.

Mon regard s’enfonça dans le bleu du ciel, cherchant un signe, comme pour me dire, que oui c’était le moment de rentrer. Mais aucun signe ne vint, pas même un nuage avec une forme spéciale dont l’interprétation diffère d’une personne à l’autre, quand l’un y voit un animal, un autre y voit un arbre ou autre chose, tout le monde a déjà joué avec les formes des nuages. C’est distrayant, ça fait sourire et ça nous fait rêver.

Justement à trop rêver, j’en avais presque oublié Fernando Caballero qui m’attendait sur le ponton, prêt à larguer les amarres, direction Las Palmas de Gran Canaria. A voir son visage, je compris que lui aussi avait hâte de rentrer chez lui, et sans aucun doute, il serait rendu avant moi ce qui m’amena à penser que je devrai me trouver un autre compagnon de route ou plutôt de mer depuis Las Palmas.

Mais pour l’instant, j’allais quitter les îles du Cap Vert, sans savoir si je reviendrai un jour mais en sachant qu’ailleurs m’attend et au bout ma Tunisie natale.

Fernando Caballero était un homme de taille moyenne, comme moi, brun et bronzé, à quelques traits de visages près nous aurions pu passer pour des frères. Il devait avoir environ dix ans de plus que moi et maniait la barre comme un pirate ! La mer n’avait qu’à bien se tenir !

La conversation s’engagea en franco-portugais-espagnol, le tout ponctué de signes et d’expressions du visage comme l’on fait dans les cas où la compréhension de part et d’autre est limitée. Rapidement je me suis dit que ce patois atlantico-méditerranéen inventé pour l’occasion allait créer des occasions de franches rigolades ou d’engueulades, selon.

Avant de sortir en pleine mer, Fernando m’expliqua tout un...

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