So love

De
Publié par

Dix-sept millions de célibataires en France ! On n’a jamais été aussi nombreux à être seuls. Ou tout du moins pas accompagnés à plein temps.
- Si t’en es, bienvenue au club ! Je t’embarque dans mes aventures, qui sont aussi un peu les tiennes. De Paris à Los Angeles en passant par Poltava, je te propose du voyage. Un aller sur ton passé ou un retour vers ton futur. Avec en prime un road trip, plus ludique que lubrique, sur la Route 66. A mi-chemin entre Le Journal de Bridgestone et Cinquante nuances de Grease ! - Sinon, ne fais pas trop le malin, ça arrive à des gens très bien. Alors viens te préparer à ce qui t’attend demain...


Publié le : vendredi 25 mars 2016
Lecture(s) : 9
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782334091466
Nombre de pages : 304
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Couverture

Image couverture

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-09144-2

 

© Edilivre, 2016

Dédicace

 

 

A Nina,

« Rappelle-toi !

Que je ne suis rien sans toi… (Dave)

 

 

Je suis né à Nogent-sur-Marne, près de Vincennes où, gamin, j’allais souvent voir les animaux. Pendant les vacances nous partions à La Palmyre. J’ai donc commencé très tôt à navier entre deux zoos…

Première partie

17 millions de « céliba »
et moi, etoi, émois…

1
Attention chatte dangereuse

La chatte de ma voisine s’appelle « Reviens ». Drôle de nom pour un animal censé tenir compagnie. Mais il se trouve que la petite féline préfère la fausser. Et Virginie, sa maîtresse, qui fut aussi la mienne un soir d’égarement, passe son temps à lui courir après en lui criant « Reviens ! ».

– Votre chatte s’appelle « Reviens »… Est-elle si difficile à apprivoiser ? lui avais-je demandé, alors qu’elle venait tout juste d’emménager en dessous de chez moi. Ce qui avait alors beaucoup amusé Virginie au point de rebaptiser Minouchka, et de se rapprocher sensiblement de moi. Pour une nuit tout du moins.

Mais aujourd’hui, elle a choisi de passer la soirée avec un autre animal de compagnie. A peine moins poilu, mais surtout beaucoup moins sauvage. Jo, je crois. Et comme elle n’a pas envie d’avoir sa chatte entre les pattes, elle me la colle dans les bras.

– Il y a longtemps que tu n’en as pas caressée une toute une nuit… me dit-elle, bien placée pour le savoir, le sourire aux lèvres.

Beau joueur, j’accepte de m’occuper de sa petite boule de poils, malgré mon allergie. Oui je suis allergique, et pas seulement à sa chatte, à toutes les autres. Ce qui m’est particulièrement pénible, car j’adore les animaux. J’ai donc dû y renoncer après avoir manqué de mourir étouffé, suite à des crises d’asthme carabinées. Adieu chiennes, chattes, cochonnes… Pour tromper ma solitude, je me suis d’abord rabattu sur un perroquet. Mais à défaut de parler, mon oiseau émettait juste un petit rire sadique. Je l’avais d’ailleurs surnommé « Ara qui rit ». Puis, j’ai eu ma tortue, Jeanine, Nine-jea en verlan. Et enfin, mon poisson rouge, « Sauvez Willy 2 ». Bref, j’étais seul… Et depuis trop longtemps.

Depuis « qu’elle » m’avait quitté brutalement, après m’avoir redonné goût à la vie. « Elle » m’avait submergé de bonheur, puis s’était retirée comme une vague, me laissant à marée basse. Ce tsunami émotionnel m’avait dévasté, ruiné, anéanti. Après plusieurs longs mois de souffrance, je n’en étais toujours pas remis. Avec « elle », j’avais des idéaux, sans « elle », des idées basses. Noires même, très noires… Dans ces moments-là, je pensais souvent à Patrick Dewaere, dont j’avais lu la biographie. Il semblait avoir tout pour lui et pourtant il avait mis fin à ses jours. Dewaere, bonjour les dégâts. J’en étais là, bien las même, et j’en avais parlé à Catherine, ma psy, que j’appelais affectueusement Cathy. Je me saignais les veines pour me payer ses séances, qui m’évitaient de le faire réellement.

– Y penser est une chose, passer à l’acte en est une autre, m’avait-elle dit.

– Oui et ce n’est pas parce que l’on a une vie duraille qu’il faut se jeter sous un train, lui avais-je répondu pour la faire sourire.

Mais Cathy n’était pas dupe, elle me connaissait par cœur, et ma détresse l’avait visiblement touchée. Ce jour-là, pour la première fois, j’avais vu des larmes perler dans son regard grave que ses lunettes sombres tentaient vainement de dissimuler.

– Laurent, vous savez que vous pouvez m’appeler à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, m’avait-elle rappelé avec insistance en me raccompagnant à la porte, après m’avoir bien « bougé ».

– Oui je sais Cathy… Merci. Lui avais-je dit en lui faisant la bise, mes yeux humides dans les siens embués.

Ce sont à ces échanges très forts que je repense, lorsque Virginie vient me solliciter pour garder sa chatte fugueuse. Encore un soir, un samedi soir qui plus est, à passer en tête-à-tête avec moi-même, à m’abrutir devant la télé, qui finira par m’éteindre, puis par me réveiller quelques heures plus tard. Mais là, il y a une toute petite variante, puisque l’occasion m’est donnée de tromper vaguement ma solitude avec « Reviens ». Sur le moment, je ne sais pas si je dois m’en réjouir un peu ou m’en désespérer encore plus. Mais, quelques minutes plus tard, en voyant ce chat sauvage jouer avec mes chaussettes noires, j’ai déjà souri… Hélas, pas pour très longtemps, car le blues reprend vite le dessus… Tu sais ce que c’est, il vient de là, il vient d’ici. J’ai beau essayer d’endiguer ces vagues à l’âme, elles finissent toujours par me prendre la tête, et me sortir par les yeux… Mais ce soir-là, c’est autant l’allergie que la tristesse qui les rend humides. Il y a longtemps que je n’ai pas fait une crise aussi forte. Plus je me frotte les yeux, plus ils me démangent. Puis je passe rapidement à la phase deux : éternuements à répétition, nez qui coule. J’aurais dû prendre un Zyrtec préventif, mais je ne l’ai pas fait. La petite chatte, apeurée, effectue des bonds de cabri à chacun de mes éternuements, avant de revenir vers moi à pas feutrés. Je lui tends ma main gauche qu’elle lèche avec sa langue râpeuse et de la droite, je la caresse doucement pour la rassurer. Autant dire que j’inhale l’allergène à petites doses mortelles. J’attends la phase trois pour prendre ma Ventoline. Ou pas…

A peine le temps de me poser cette question existentielle, que la phase trois se manifeste déjà. Les bronches commencent à me chatouiller, à me faire toussoter… Cette gêne s’intensifie, j’ai de plus en plus de mal à respirer. Chacune de mes inspirations s’accompagne d’un sifflement symptomatique. Comme un signal d’alarme pour me rappeler qu’il est grand temps d’utiliser la Ventoline. Mais je m’y refuse encore, par bravade et désespoir. Se suicider à la chatte… L’idée a fait son chemin. C’est insolite et probablement inédit, non ? Mais déconcertant de connerie, j’en conviens aussi. Toujours est-il que j’ai de plus en plus de mal à puiser l’air nécessaire à ma survie. Chaque respiration, entrecoupée d’une toux sèche et douloureuse, me demande un effort considérable. Debout face à la fenêtre grande ouverte, j’en suis réduit à chercher mon prochain souffle, peut-être le dernier, en n’étant pas sûr d’y arriver. « Reviens » en a profité, comme à son habitude, pour s’échapper en bon chat de gouttière. Mais j’en ai d’autres à fouetter. Oppressé, exténué, j’étouffe littéralement, à mon corps défendant.

Voulais-je vraiment en finir ? Avec cette vie-là bien sûr, mais n’y en a-t-il pas une autre possible ? Certainement… Où, quand, comment ? Je suis fatigué, je n’y crois plus. Allongé sur le carrelage glacé de la cuisine, je sens mon corps repousser ses limites. En spectateur de moins en moins lucide, je l’observe résister, malgré moi, à mon esprit torturé. Plus pour très longtemps, car je pars désormais en apnée. Mes inspirations s’espacent de plus en plus et mes bronches rétractées ne laissent plus passer qu’un filet d’air tout juste vital. Par réflexe et instinct de survie, je continue à retarder l’échéance, englué dans mes contradictions. Ma poitrine me brûle, je suffoque. Je n’en peux plus. Je n’ai plus le courage ou plutôt la lâcheté d’aller au bout. Mon corps me dit stop. Mon cerveau aussi. Je ne tiens plus beaucoup à ma médiocre vie, mais je n’ai pas le droit de bousiller celle de Nina, ma fille, et de tous ceux qui m’aiment en les laissant ainsi. J’ai bien sûr déjà eu ce sempiternel débat intérieur des centaines de fois lors de mes interminables nuits d’insomnie que je passe à lutter contre mes vieux démons. Mais je n’ai jamais été aussi près du point de non retour.

La Ventoline, vite ! Toujours étendu sur le sol, je parviens difficilement à ouvrir le tiroir dans lequel je pense l’avoir rangée. Mais celui-ci est à l’image de ma vie, désespérément vide. Non seulement je ne sais pas où elle peut bien être, mais je ne suis même pas sûr d’en avoir encore… Je flirte depuis déjà de très longues minutes avec la grande faucheuse, quand « Reviens » revient, d’elle-même, ce qui n’arrive jamais. Elle me grimpe dessus en me plantant ses griffes dans le torse pour ne pas perdre l’équilibre, puis me regarde de ses grands yeux écarquillés et incrédules, avant de me laper le visage. Ce témoignage d’affection inattendu me touche autant qu’il aggrave mon cas. Sentant probablement la vie me quitter, la petite chatte se met à courir jusqu’à la porte en miaulant à tue-tête. L’isolation quasi inexistante de la vieille bâtisse, séparée en trois appartements, laissant habituellement passer des miaulements plus agréables, l’alarme s’avère très efficace. J’entends déjà bouger chez ma voisine du dessous qui, vu l’heure avancée, ne doit plus en porter. Ma porte n’étant pas fermée à clef, elle entre naturellement.

– Tout va b…, commence-t-elle sans finir sa question. Voyant sa chatte se ruer vers l’intérieur, toujours en mode sirène, au lieu de se sauver, elle comprend que c’est sérieux et lui file le train sans crier dessus pour une fois. Si je n’avais pas été au bord de l’asphyxie, j’aurais sans doute apprécié l’arrivée sportive de Virginie dans le plus simple appareil. C’est seulement la deuxième fois que je la vois nue, et je suis encore plus content qu’à la première. Même si, la tête à l’envers, sous cet angle, et étant données les circonstances, il n’est pas question de sexe. D’autant que celui de son amant, gonflé au Viagra je l’apprendrai plus tard, vient à son tour de faire une entrée remarquée dans ma cuisine, suivi trente bons centimètres plus loin d’un Jo en forme olympique, effectivement très poilu, et plus très irrigué du cerveau lui non plus. J’aurais pu faire un complexe de bite – comme disait involontairement ma fille, petite, en voulant bien sûr parler du complexe d’Œdipe –, mais la froideur du carrelage n’aide pas, tu en conviendras. Enfin, la question n’est pas là.

Virginie, complètement paniquée – et pas complètement niquée –, sait toutefois ce qu’elle a à faire. Nous en avions parlé quelques semaines plus tôt lors de notre apéro dinatoire qui avait dérapé. Elle s’était pointée toute fière avec sa chatte et je lui avais dit, tout en finesse, qu’elle devrait dorénavant l’épiler avant de venir me voir, surtout si nous étions « félins » pour l’autre… La voyant surprise, limite gênée, par mon accueil trivial, j’avais dû immédiatement lui expliquer mon allergie et mes blagues douteuses par la même occasion. Les joues joliment rougies, elle avait éclaté de rire, soulagée. Puis, à peine plus sérieusement, je lui avais dit qu’elle serait peut-être un jour amenée à me faire une trachéotomie… Ce jour-là est arrivé. A défaut de Ventoline, j’ai trouvé un couteau que je lui tends en lui montrant l’endroit où percer ma trachée. En est-elle capable ? Son regard effrayé semble me dire non, mais l’urgence de la situation ne lui laisse pas trop le choix. Et je ne peux pas compter sur Jo, qui a disparu aussi vite qu’il est velu. Virginie a donc pris le couteau et son courage à deux mains. A califourchon sur moi, dans une position que nous avions étrennée avec plus d’entrain dans un passé à la fois si récent et si lointain, elle se prépare à m’ouvrir la gorge, avec l’envie de me sauver et la peur de m’achever, quand Jo réapparaît en courant, essoufflé et suant, la demie-molle au vent. Sans pouvoir dire un mot, il s’agenouille en m’offrant une vue en contre-plongée interdite aux moines de dix-huit ans. Je crains un instant le bouche-à-bouche, mais Jo, dont je suis subitement devenu très intime, me rassure en sortant de je ne sais où un tube de Ventoline. Asthmatique depuis l’enfance, il ne s’en sépare jamais. J’avais failli perdre la vie à cause d’un chagrin d’amour, et elle avait été sauvée en trouvant « l’asthme sœur

2
Voyage au centre de l’amer

Quel cauchemar ! Tu vas rire, j’ai rêvé que je faisais une tentative de suicide en me servant de la chatte de ma voisine comme d’une arme. Avec mon allergie, j’étais à deux doigts de mourir asphyxié… Ça ne s’invente pas un truc pareil. Si un jour j’écrivais un livre, je commencerais par ce chapitre. Ce serait marrant, pensais-je en me trainant jusqu’à la salle de bain pour y prendre une douche chaude. Le temps de me remettre les idées au clair et de transformer la pièce en spa, je me retrouve face au miroir qui ne me renvoie pas l’image d’un prince charmant. A vrai dire, recouvert de buée, il ne me renvoie aucune image. J’ouvre la fenêtre pour la dissiper et au bout de quelques instants, je me vois apparaître. Ma tête, un peu fripée, prend peu à peu forme de haut en bas. On se croirait au journal de 20 heures un soir d’élection présidentielle. Pas sûr que j’aurais voté pour moi. Surtout que la buée, totalement volatilisée, ne cache désormais plus les griffures qui ornent mon torse…

Ce livre était peut-être une bonne idée. De moins en moins journaliste et de plus en plus indépendant, j’avais toujours eu envie d’écrire autre chose que de petits articles sans grand intérêt. Alors pourquoi pas un premier roman, forcément autobiographique ? Sans même penser à le voir publié un jour, tout en l’espérant bien sûr, j’avais pris des notes au fil des années, mais je n’avais encore jamais eu le courage de m’y coller vraiment. Le moment était venu de les rassembler et de faire face à l’angoisse de la page blanche. L’angoisse, c’est d’abord en relisant mes notes que je l’ai eue. Il faut dire que je noircissais du papier surtout dans les périodes sombres. Juge par toi-même : « Parti de rien, je suis revenu de tout… Je peux aller partout, mais me retrouve nulle part… Je suis très con et très cerné, mais plus très concerné… Je tuais le temps, à moins que ce ne soit l’inverse… J’étais un connard, de ceux à qui on coupe la tête et qui continuent à courir… La vie est un compresseur, et moi un con pressé… Je cours après ma vie d’avant… Je vis en souffrance, pays surdéveloppé… ». J’arrête l’effroi, non ?

Il y avait aussi des trucs plus drôles sur mes « aventures sentimentales », je te rassure, mais il fallait que je mette de l’ordre dans tout ça, que je trouve un angle d’attaque, avec un style humoristique. Une version – un « pneu » plus – masculine du Journal de Bridget Jones, que j’aurais intitulée : « Le journal de Bridgestone ». Sinon, JK Rowling m’avait également inspiré. Suite à son divorce, dans un moment difficile de sa vie, elle avait écrit Harry Potter, avec le succès mondial que l’on connaît. Je n’étais pas fan de l’œuvre, mais j’admirais son parcours auquel je pouvais m’identifier. A tel point que j’avais commencé à écrire le début d’une parodie de son héros, pour une version bande dessinée, rebaptisée « Harry Cover ». L’histoire d’un haricot vert né à Edimbourg – donc un haricot bien écossais – qui partait se battre en Macédoine… Je l’imaginais tout fin, avec sa cape, son masque et ses pouvoirs magiques, aller défier les grosses légumes. J’avais testé l’idée sur Nina, qui m’avait lancé un de ces fameux « T’es trop bête papa ! » en riant de bon cœur. Ce qui avait alors suffi à mon bonheur. Mais aujourd’hui, je dois avancer, tourner la page, passer à l’action, aller au bout de ce voyage. En partant du centre de l’amer vers des contrées plus heureuses, par delà mes frontières. Mon tour du monde en 80 jours, ou plus s’il le fau

3
La liste aux pays des merveilles

Je suis très joueur. Parfois trop peut-être. Là tu vois, par exemple, je viens d’une certaine façon de jouer ma vie à pile ou face. Mais, après avoir failli me coucher définitivement, je choisis de payer pour voir. « All in ! », je mets tout mon tapis. Un coup de poker sans réelle prise de risque, puisque je n’ai, dans mon esprit, plus grand-chose à perdre. C’est l’avantage quand tu repars de zéro ou presque. Sentimentalement parlant en tout cas. Mais dans un premier temps, beaucoup trop long et désespérant, je paye cependant très cher chaque jour, et surtout chaque nuit, pour « aller voir demain ». Psychologiquement c’est éprouvant, mais je n’ai pas le choix, dans ma tête c’est « marche ou crève ». Les jours se suivent et se ressemblent. Je fonctionne. J’avance sans envie. Je pare à l’essentiel. Je suis en mode survie. J’essaie de me reconstruire comme je peux, de donner le change, de me raccrocher à la moindre branche. Si le cœur n’y est pas, le cerveau ne fait pas relâche. Il ressasse sans cesse un passé récent, si heureux, si fragile… Les questions se bousculent. Mais d’explications, aucune. J’aimerais pouvoir le déposer pour me reposer, le formater pour le nettoyer, me décrasser de cette tristesse. Pourquoi m’avait-elle abandonné comme un chien, quelques mois seulement après m’avoir écrit « Une journée passée sans te voir est une journée passée dans le noir. Tu illumines ma vie. » ?

Quand tu veux en finir avec tout ça, ce n’est pas ton être que tu veux supprimer, mais ton mal-être. Ce n’est pas de moi, mais j’aime bien la formule. Pour éviter de trop gamberger, j’ai la télé, la radio, l’ordi… Parfois les trois en même temps. Je peux regarder Cyril Hanouna avec Vincent Moscato dans l’oreillette, tout en surfant sur Internet. Mais la télé est ma meilleure compagne. C’est elle que j’allume en premier, dès le matin, et que j’éteins en dernier, tard le soir. A vrai dire, le plus souvent c’est elle qui m’éteint. Je m’endors devant « Friends », mes amis par procuration. J’ai le coffret DVD des dix saisons. C’est la quatrième fois que je me les mets en boucle, en VO sous-titrée. Je ne m’en lasse pas, ça me fait rire, ça m’apaise. Un Donormyl pour m’assommer, un petit moment avec Monica, Pheobe, Rachel, Joe, Ross et Chandler, pour me sentir moins seul, en attendant que Morphée vienne me chercher. Je fais tout ce que je peux, tu l’auras compris, pour éviter de me retrouver en tête-à-tête avec moi. Quand tu souffres de solitude, les nuits sont blanches, les journées grises, les idées noires… Les week-ends et les vacances peuvent aussi être difficiles. Quant aux fêtes, de fin d’année notamment, je ne t’en parle même pas. Tous ces moments censés être heureux pour la plupart sont des épreuves pour beaucoup d’autres.

Mais chaque matin est une petite victoire, une possibilité, un espoir. Ce matin en tout cas, j’ai un peu envie d’y croire. Par où commencer ? Ma vie est un tel chantier… Par ranger et aérer ma tanière d’ours mal léché – plus léché du tout même, il va falloir y remédier – dans laquelle j’hiberne depuis trop longtemps. Par faire un constat objectif, sans concession, des forces en présence et un bilan des compétences. Psychologiquement, je ne suis pas au top, mais j’ai commencé à faire un gros travail sur moi, avec l’aide de Cathy, ma psy. Elle m’aide à démêler le sac de nœuds qui rend mon cerveau laid. Physiquement, il y aussi du boulot. Quelques kilos en trop, quelques cheveux en moins… Rien de grave d’accord, d’autant que je n’ai plus vingt ans depuis plus de vingt ans, mais ce n’est pas une raison pour tout laisser tomber. Là aussi je repars de loin et pour mieux m’en convaincre, je monte sur mon pèse-personne, qui n’a plus pesé personne depuis bien longtemps, après l’avoir installé devant le miroir de plain-pied. Aucun des deux ne me fait de cadeaux. Le premier me balance un 88 kg (pour 1,77 m) – record personnel dont je me serais passé – et le second me renvoie l’image correspondant : visage fatigué, pectoraux en berne, abdos minables. « En gros », boudiné dans mon caleçon, je ressemble plus à Bob l’éponge qu’à Rocky Balboa. Et même si personnellement je ne ferais pas de mal à un serpent, c’est toujours mieux d’avoir le muscle ferme quand tu te retrouves en boxer.

Autant dire qu’il est grand temps de me mettre un coup de pied aux fesses, ou plutôt un coup de pompe au reste, pour raffermir ce corps désarmé. Un peu de camouflage, à base d’anticernes et de crème auto-bronzante, permettra aussi de tromper l’ennemi, en attendant de séduire l’amie. L’heure est venue de me reprendre en mains, de me secouer. C’est ce que j’appelle ma méthode « s’couer ». Mon plan de bataille prend forme. Je suis là, tel Napoléon, au milieu de mon bon appart’ (pas pu m’empêcher), prêt à remonter sur mon cheval, en lui mettant un beau harnais (encore désolé), pour aller faire de nouvelles conquêtes. En essayant de me sortir de ce Waterloo morne plaine, dans lequel ma vie s’est enlisée, pour mieux revoir le soleil d’Austerlitz. En espérant éviter une nouvelle Bérézina, pour aller vers une retraite réussie.

Si je planifie mes séances de musculation en retrouvant une hygiène de vie et une alimentation un peu plus saines et donc plus conformes à mes bonnes résolutions, je décide également de faire la liste des 100 choses à réaliser avant. Et comme elle comporte beaucoup de voyages, je l’appelle ma liste aux pays des merveilles. Je ne sais pas si j’aurais les moyens et le temps de tout faire, mais j’ai des priorités : revoir New-York, la Californie, le Brésil, découvrir l’Australie, la Russie, la Chine. Liste aux merveilles aussi parce que j’éprouve le besoin de vivre des moments exceptionnels. Pour ne plus rester sur la nostalgie de ceux vécus récemment et pour sortir enfin de la médiocrité de ma vie actuelle que je ne supporte pas.

Sur ma liste, la priorité des priorités demeure donc l’Amour avec un grand A. Pour moi, c’est le plus beau des voyages, celui qui te fait décoller et te transporte vers les sommets, juste par la pensée. Je le sais pour l’avoir déjà vécu. Je veux ressentir à nouveau ce sentiment si pur, cette émotion si forte ! C’est mon Eldorado, ma quête du Graal. Tu trouveras peut-être ça désuet ou utopique, voire « cul-cul la praline »… C’est mon côté féminin, « fleur bleue », idéaliste et romantique, j’assume. Mais en attendant de revivre un jour ce conte de fées, je vais – un peu comme Cendrillon – en essayer plusieurs avec l’espoir de trouver chaussure à mon pied. Et si possible en le prenant… Je ne suis qu’un homme après tout. Avec tout ce que cela comporte de faiblesses, d’imperfections et de contradiction

4
Californication

Je suis très branché séries américaines. Si « Friends » reste, à ce jour, ma préférée, j’ai chopé le virus très jeune avec « Happy Days » et « Ma sorcière bien aimée ». De là est née ma passion pour tout ce qui se rapporte aux années 50-60 aux USA. Mais ma série du moment – en plus de « Friends » que je me diffuse toujours à doses « amis-opathiques » – c’est « Californication ». David Duchovny, alias Hank Moody, écrivain talentueux en panne d’inspiration, déluré, irresponsable, cynique, obsédé par l’idée de reconquérir son ex, Karen, qui a fini par le quitter pour un autre. Mais elle est tout de même encore attachée à lui. Ensemble, ils ont une fille, Becca, ado rock’n roll à fleur de peau, qu’il ne veut pas décevoir. Mais, toujours borderline, il ne peut s’empêcher de faire des conneries. Il boit comme un trou, il fume de tout, il baise tout ce qui bouge… La quarantaine un peu cabossée, mais encore beau gosse, au volant de sa Porsche déglinguée, plutôt bien sapé, souvent mal rasé, il enchaîne les conquêtes avec une facilité déconcertante. Même si c’est parfois un peu too much, le côté play-boy solitaire, écorché vif, libre comme l’air, avec Los Angeles pour décor, peut facilement fasciner. Celui du loser torturé frôlant parfois le pathétique est beaucoup moins enviable. Toujours est-il que l’impression d’ensemble est plutôt sympa, marrante et glamour.

Inutile de te dire que si la série plaît autant c’est parce qu’elle colle bien à notre époque, avec une génération qui oscille entre « familles recomposées » et célibataires désenchantés. Je suis donc pile poil la cible et je m’identifie forcément au personnage d’Hank Moody. Certains de mes potes, également fans de la série, m’ont d’ailleurs dit qu’il leur faisait penser à moi. Enfin, toutes proportions gardées et à quelques gros détails près. Comme lui, je suis séparé, j’ai une fille ado un peu rock n’roll et ma Chrysler donne des signes de fatigue. Mais je ne suis pas un écrivain talentueux (j’aimerais bien), seulement un petit journaliste. Je ne suis pas non plus irresponsable ou obsédé par la reconquête de mon ex, d’autant que j’en ai eu d’autres depuis. Je ne bois pas comme un trou, ou alors très ponctuellement, et je ne fume pas, ou alors quand j’ai bu comme un trou… Enfin, je suis hélas loin de baiser autant que lui. Ce n’est pourtant pas l’envie qui manque, juste les moyens – physiques, financiers… –, les possibilités, les opportunités, ou les trois à la fois.

Toujours est-il que, si le « Hank Moody » des mauvais jours, seul, désabusé, paumé, me renvoie l’image de ma médiocrité, celui des bons jours, séducteur et plein d’humour, m’inspire et me donne envie d’en sortir. Il incarne toutes mes contradictions. Il est à la fois, le petit ange doux rêveur, idéaliste sur mon épaule gauche, et le petit diable cynique initiateur de toutes les tentations auxquelles il cède sans retenue, sur mon épaule droite. Le mâle incarné quoi. En tout cas, il me ressemble ou je lui ressemble, c’est comme on veut. Et on doit être quelques-uns à pouvoir s’identifier ou à vouloir se rapprocher de son style, de son mode de vie. Dans ses bons côtés tout du moins. Car dans le fond, toutes ses conquêtes, plus belles les unes que les autres, ne font pas oublier son mal-être et sa véritable quête. Son Saint-Graal c’est Karen, son ex. Il court après ce bonheur perdu, qu’il a négligé, laissé filer… Je me suis retrouvé exactement dans cette situation pendant les mois qui ont suivi ma séparation, mais aujourd’hui mon Graal, sans être si éloigné du sien et de celui de la plupart d’entre nous, n’est pas personnalisé par une ancienne fiancée. Il est de retrouver le sentiment et l’émotion de ces jours heureux. Revivre ces « Happy Days » avec mes « Friends », en espérant à nouveau le Grand Amour… Mais en attendant, ce sera « Californication ». Série en cours

5
J’ai pécho au Pacha

Pour moi, jusqu’à ce soir, le Pacha Club c’était juste une pub ringarde qui passait au ciné quand j’étais ado. Tu sais une de ces pubs locales, comme celles de la pizzeria ou du serrurier du coin, faites avec les moyens du bord et super mal jouées, avant que n’arrivent les vraies : Chocoletti, Cornetto, Michoko… Mais là, bien des années après, le Pacha est devenue réalité. JM et Moon, qui y sont allés pour la première fois le mois précédent, m’ont convaincu de découvrir cet endroit de perdition, dans lequel je suis censé retrouver quelques sensations… Solidaires, ils m’accompagnent donc à Louveciennes, dans ce grand pavillon, dont on imagine mal, vu de l’extérieur, qu’il dispose de huit salles pouvant accueillir autant de monde.

Ce n’est pas une surprise, mais nous faisons partie de ceux qui relèvent sérieusement la moyenne d’âge. Il y a bien quelques cougars, mais ce n’est pas mon truc, et puis, par définition, je ne suis pas le leur. Pas sûr d’ailleurs que je sois le truc des plus jeunes non plus, mais, pour le plaisir des yeux, ça vaut déjà le déplacement. Et même si je n’ai jamais été très branché boîtes, je m’amuse du décalage surréaliste entre ces filles d’aujourd’hui très directes, et nous trois, plus réservés pour ne pas dire « old school ». C’est « Retour vers le futur »…

Nerveux, limite excités, comme des ados avant leur première boom, nous commandons d’entrée un premier verre pour nous désinhiber et nous mettre un peu dans l’ambiance. Moins de cinq minutes après avoir déposé nos vestes, en espérant ne pas en prendre par la suite, nous nous retrouvons adossés au bar un whisky Coca à la main (« old school » je t’ai dit), en mode cow-boys au saloon. A quelques mètres de nous, dans la salle principale qui se remplit doucement, une tablée de charmantes trentenaires nous fait face. L’une d’entre elles se tourne vers nous et lève sa coupe de champagne en me souriant. Etonné, je regarde derrière moi en pensant qu’elle s’adresse à un barmaid. Constatant, avec plaisir, qu’il n’y a personne, je lève mon verre dans sa direction. Mon hésitation la fait rire et ne doit pas trop lui déplaire, puisqu’elle décide de venir vraiment trinquer cette fois. Mes deux alcooliques sont aussi surpris que moi. Septième minute de jeu et déjà une occase ! Elle se présente, nous échangeons quelques mots histoire de faire connaissance.

– Je pense que nous serons amenés à nous revoir dans le courant de la soirée… lui dis-je en y croyant moyennement.

– Je l’espère bien… me glisse-t-elle de façon explicite, sans probablement y croire beaucoup plus, avant de rejoindre ses copines, qui nous observent pas très discrètement…

– Tu fais quoi là ?! me demandent mes deux potes.

– Bah, je drague… ou plutôt, je me fais draguer.

– Non ça, on a vu. Mais pourquoi t’enchaînes pas ?

– Parce que, même si elle est mignonne, je me dis que la soirée ne fait que commencer. A ce rythme-là, il y aura peut-être d’autres surprises, encore meilleures…

La suite devait me donner raison assez rapidement. Excès de confiance ou inconscience, je décide d’aller me trémousser sur le dance floor. En langage disco : « Greasé », Travolta sors de ce corps ! Mais mon petit pas de danse, en rythme sans prise de risque, « mi-je déconne tout en restant concentré – mi-je « branchouille » du regard sans avoir l’air d’y toucher », ne me vaut que des sourires polis. Trop décalé, trop vintage ou trop ringard, c’est selon… La nouvelle génération n’est pas prête. Même si elle aime bien les reprises, je vais avoir du mal à me recycler. En même temps, piètre night-clubber, je ne mise heureusement pas tout sur mon jeu de jambes. Je connais mes limites. Et, dans le cas où je me serais enflammé, il me suffit de jeter un œil pour voir que je suis légèrement dépassé. Autour de moi, sur la piste désormais bondée, envahie de fumée, de néons aveuglant et d’écrans diffusant des clips chauds-bouillants, les filles s’enroulent autour des garçons comme des plantes carnivores. Et réciproquement. Les codes ont changé. Je n’apprends rien, mais je me vois mal faire la même chose sans passer pour un vieux pervers. Il est donc temps de prendre un deuxième verre.

Ça tombe bien, JM et Moon, partis pécher au large dans des salles annexes au son bizarre, ont à nouveau harponné le bar. D’un simple coup d’œil, en les voyant se marrer, je les soupçonne de se foutre gentiment de ma gueule. Ce qu’ils confirment en me chambrant sur mon déhanchement, qui les ramène vingt ans en arrière, et sur mes tentatives d’approche peu concluantes. Nous débriefons en hurlant, pour couvrir la musique, cette première mi-temps sifflée sur un score nul et vierge. Exceptée ma belle occasion d’entrée de jeu, on ne s’est pas vraiment approché de la surface de récréation. Et ce ne sont pas nos tentatives lointaines, sans trop de conviction, qui vont nous permettre d’atteindre notre but. Mais puisque nous en sommes à la pause, autant nous désaltérer. Pour me faire entendre dans ce brouhaha, je me penche sur le bar et, du même coup, sur le décolleté plongeant de la jolie serveuse. Quand je remonte à la surface, après avoir failli succomber à l’ivresse des profondeurs (façon « Grand Bleu » avec une chaussure noire), je croise le regard amusé d’une brune et une blonde, la cinquantaine à elles deux, situées à quelques mètres dans une position similaire à la mienne. En les voyant se parler et rire de plus belle sans me quitter des yeux, j’ai la vague impression qu’elles se paient ma tête. Puis la brune tape dans la main de la blonde avant de se diriger droit sur moi, avec un mélange d’assurance et de timidité.

– J’ai parié avec ma copine que j’allais venir t’embrasser… m’annonce-t-elle en rigolant.

– C’est avec plaisir que je vais t’aider à gagner ton pari… je lui réponds du tac-au-tac, trop heureux de ce nouveau ticket gagnant.

Avec Sacha, c’est son prénom, nous passerons les deux heures suivantes à flirter comme des ados, collés au bar et l’un à l’autre. « Retour vers le futur » je te dis ! Je me revois rouler des pelles à Valérie Laurenti, en colo à La Clusaz, lors d’une soirée dansante. L’année où j’ai connu JM et Moon d’ailleurs… Au fait, ils en sont où tous les deux ? Ah ça y est je les aperçois. Ils sont visiblement entre de bonnes mains eux aussi. L’impression d’avoir déjà vécu ce moment-là. Tu sais, comme dans « Un jour sans fin », le film avec Bill Murray et Andy Mac Dowell. J’adore !

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Pense à tes fans, Liam

de rebelle-editions

La Marque

de les-editions-valentina

Les 12 portes du Kaama

de editions-edilivre

Le Prix des choses

de editions-edilivre

Le Chant de Marie

de editions-edilivre

suivant