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Sous un ciel d'orage

De
172 pages

Romane et Luc. Deux êtres que tout sépare mais attirés l’un par l’autre, comme un aimant.



Le chemin jusqu’à la vérité sur leurs sentiments ne se fera pas sans embûches.



Entre doutes et jalousie, choisiront-ils la voix de la raison ou celle du cœur ?

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SOUS UN CIEL D’ORAGE

Romance

 

 

 


 


SARAH-K

 

 

 

 

 

 

 

 

SOUS UN CIEL D’ORAGE

Romance

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Résumé :

 

Romane et Luc. Deux êtres que tout sépare mais attirés l’un par l’autre, comme un aimant.

Le chemin jusqu’à la vérité sur leurs sentiments ne se fera pas sans embûches.

Entre doutes et jalousie, choisiront-ils la voix de la raison ou celle du cœur ?

 

Sarah-K

Originaire du Pas de Calais, Sarah K est née en 1984. La lecture a toujours été un moyen de s’évader et de voyager, surtout lorsque sa santé ne lui laisse pas de répit. L’écriture a longtemps été un rêve pour elle, un beau rêve inaccessible. Jusqu'à ce qu'elle se montre assez confiante pour le réaliser...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ISBN 979-10-93434-32-2

Octobre 2014

© Erato-Editions

Tous droits réservés

 


 

 

Chapitre 1

 

Bip bip bip bip.

J’éteins brusquement mon réveil et regarde l’heure. “Pas maintenant.”, je grogne, en enfouissant ma tête dans l’oreiller. Mais il faut bien se lever. J’étire mes muscles tout en bâillant, me redresse en me massant la nuque puis pose mes pieds à terre. Le bout de mes orteils touche un liquide froid, et je n’ai pas le temps de savoir ce que c’est, puisque je tombe aussitôt sur le carrelage, pour m’étaler la figure dans une flaque d’urine.  La chute est douloureuse et l’odeur insupportable. “C’est pas vrai ! Satané cabot ! Je te jure si je te trouve...” Mais comme d’habitude mon lion féroce, un beagle que j’ai adopté sur un coup de tête, s’est encore oublié sur le carrelage de ma chambre. Allez savoir pourquoi, plus je lui apprends à faire dehors, plus il fait à l’intérieur. Je devrais peut-être faire le contraire. Mais pour l’instant j’ai d’autres préoccupations en tête, comme prendre une douche pour enlever cette odeur infâme et surtout ne pas arriver en retard au boulot.

Depuis six mois je travaille comme assistante pour un cabinet d’architecte situé dans le Nord de la France. Oui oui, vous avez bien vu, le Nord ! Et non, il ne fait pas si froid que ça, enfin pas toujours !

Je me dépêche de m’habiller et me dirige rapidement vers la station de métro la plus proche. Le cabinet se trouve dans une vieille bâtisse, un ancien hôtel, à l’angle de la rue Sébastopol et de la rue Solferino du Vieux-Lille. L’ancien propriétaire de l’immeuble, d’après ce que j’ai entendu dire, a fait faillite. Mon patron l’a racheté pour une bouchée de pain, du moins pour lui.

Que dire de mon supérieur, à part qu’il est originaire de Philadelphie – oui moi aussi je me demande pourquoi il est venu se perdre ici, mais bon, je ne suis pas proche de lui donc la question restera sans réponse – qu’il à la trentaine bien sonnée, une sœur restée au pays et qu’il passe son temps entre son cabinet ici et celui de Philadelphie.

Michelle, l’hôtesse d’accueil, m’a raconté au début de mon contrat, qu’il avait gardé son cabinet de Philadelphie et que son cousin avait repris l’affaire.

L’immeuble se compose de trois étages et un rez-de-chaussée, et compte deux architectes : mon boss et un deuxième architecte qu’il a embauché dès qu'il a créé son cabinet. Au dernier étage se trouvent les bureaux des architectes et une salle de réunion. À l’étage du dessous mon bureau et celui de l'autre assistante – une pour chaque architecte – une salle de pause ainsi que le bureau de Sarah, comptable et ma meilleure amie.

Concernant le premier étage c’est le mystère, personne ne peut y accéder, même pas les membres du personnel. Plusieurs rumeurs courent, mais je n’y prête pas attention, malgré ma grande curiosité.

Au rez-de-chaussée se trouve l’accueil qui compte deux hôtesses et un gardien en plus du studio de surveillance, sans oublier la salle de sport aménagée au sous-sol.

 

Malgré ma mésaventure de ce matin, j’arrive au boulot avec dix minutes d’avance. Je salue les filles en passant devant l’accueil et me dirige vers l’ascenseur. Comme tous les matins, une envie me démange d’appuyer sur le numéro un mais j’arrive finalement au deuxième étage. J’ai à peine le temps de poser mes affaires, que Sarah me rejoint dans mon bureau telle une tornade. Elle se poste devant moi, les yeux brillants d’excitation.

– Tu as entendu la nouvelle ? me demande-t-elle.

– Euh non. Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, je viens juste d’arriver !

– Son cousin arrive la semaine prochaine !

– Le cousin de qui ? je lui demande, perplexe.

– Du patron, idiote ! Je vais enfin le rencontrer, ça fait un moment que j’attends !

Ah oui, il faut que je précise que Sarah fait une fixette sur le cousin. Un  jour elle a vu une photo de famille dans le bureau de mon patron et depuis elle ne fait qu’espérer qu’il vienne.

– Ils doivent se voir pour une réunion, je ne sais plus trop sur quoi, et il sera là pour un mois, tu te rends compte ? continue-t-elle.

– Dis-moi Sarah, aux dernières nouvelles tu n’avais pas un petit ami ?

– Oh, Sam ? Rien de sérieux, tu sais.

Ça fait deux ans qu’elle travaille au cabinet et elle m’a servi de guide à mes débuts.

Au fil des semaines, puis des mois, notre relation de travail s’est transformée en amitié. Et à force de nous côtoyer, nous avons pris l’habitude de nous retrouver le vendredi soir après le travail pour une soirée entre filles, bien que depuis quelque temps son petit ami s’incruste lors de nos soirées.

Même si Sarah affirme que ce n’est pas vrai, moi je suis sûre qu’il est d’une jalousie maladive. Je décide donc de la taquiner sur le sujet.

– C’est vrai que ce n’est pas comme s’il était jaloux ! dis-je innocemment.

Elle lève les yeux au ciel avant de soupirer.

– Ok, Ok, tu avais raison, c’est vrai qu’il est jaloux depuis quelques temps. Et ce n’est pas la peine de jubiler, je le vois très bien dans tes yeux !

J’essaie de me retenir de sourire mais peine perdue et finalement Sarah se met à sourire aussi.

– Je crois que je devrais mettre fin à cette histoire, ça devient tordu, surtout si je décide de flirter avec le beau cousin, ajoute-t-elle avec un clin d’œil.

– Si tu le dis, lui dis-je avant de m’installer à mon bureau.

– Au fait tu t’en sors avec ton lion féroce ? Il te fait encore des misères ?

– Ne m’en parle pas ! Braco n’a rien trouvé de mieux que d’uriner juste à côté de mon lit et comme c’est du carrelage, en me levant je me suis pris une belle gamelle. Le temps de tout nettoyer et de me laver j’aurais pu être en retard. Je te jure, je ne sais plus quoi faire avec cette bête.

– Contacte un dresseur, ça marchera sûrement.

– C’est bien mon intention.

La porte de mon bureau s’ouvre soudain pour laisser place à la pimbêche. La pimbêche c’est le surnom de Lise, l’assistante de Max, l’architecte numéro deux.

Bien que moins qualifiée que nous, elle a réussi à obtenir la place grâce à son mètre soixante-quinze pour soixante kilos, ainsi qu’une poitrine bonnet C qu’elle exhibe fièrement avec des décolletés plongeants. Et pour bien montrer qu’elle est parfaite, elle dévoile sa taille fine dans des jupes courtes et serrées. Grâce à son corps de rêve elle a su se mettre Max dans la poche – et dans son lit par la même occasion.

À côté d’elle je me sens vraiment dans la peau d’une ado avec mon mètre soixante et mes cinquante-trois kilos.

– À votre place je me dépêcherais de me mettre au travail, Luc est d’une humeur massacrante. Remarquez, ce n’est pas comme si j’en avais quelque chose à faire, mais ça serait dommage de risquer sa place, surtout toi Romane, étant donné que tu es son assistante, dit-elle, de son air faussement gentil.

– Justement tu n'es pas à notre place, alors va voir ailleurs si nous y sommes, réplique Sarah.

– Tu oublies à qui tu parles ma grande, mais bon je vous aurai prévenue.

Elle quitte alors la pièce en dandinant bien ses fesses. Garce !

– Elle se prend pour qui celle-là. Sous prétexte qu’elle se tape son patron elle se la ramène alors qu’elle ne vaut pas un clou. Des fois j’aimerais bien lui rabattre son caquet à cette garce. Bon à toute ma chérie.

Et Sarah quitte la pièce à son tour.

Je me retrouve enfin seule et mets en marche mon PC. L’air de rien, je m’étire et fais basculer légèrement le dossier du fauteuil en arrière. C’est à ce moment-là que la porte s’ouvre, sur mon patron cette fois. Je me remets rapidement droite et me réajuste en rougissant.

– Mlle Millet, je ne pense pas que ce soit l’endroit pour dormir. Et j’espère que le dossier concernant la rénovation des locaux de l’ancien hôtel du quartier Vauban est prêt, les clients arrivent de Paris cette après-midi, vous vous en souvenez ?

– Oui monsieur, il est fini, je n’ai plus qu’à imprimer les documentspour chaque membre de la réunion. Et non je n’ai pas oublié leur venue. La salle de réunion est prête et le traiteur arrivera une heure avant pour tout installer.

– Donc elle n’est pas prête, puisqu’aucun dossier ne s’y trouve encore. N’oubliez pas de m’en apporter un exemplaire pour vérification, je vous attends dans mon bureau dans quinze minutes.

Waouh ! Pour une fois la pimbêche n’avait pas tort. Je ne l’ai que rarement vu de cette humeur de dogue. Non pas qu’en général il soit souriant – bonjour, bonsoir c’est tout ce que l’on peut espérer ou presque de sa part – mais là c’est le pompon.

Un quart d’heure plus tard je frappe à la porte de son bureau, anxieuse.

– Entrez, dit-il sèchement.

Il se tient de profil devant la fenêtre, le téléphone à la main, et il sourit ! C’est bien la première fois que je le vois sourire comme ça ! Je l’observe, profitant qu’il ne me remarque pas. Il est grand, mince, mais à la manière dont sa chemise épouse son torse, on peut deviner qu’en dessous se cache une belle musculature. Ses cheveux sont châtains et ses yeux marrons. Quand il sourit, de fines ridules apparaissent au coin de ses yeux. Et malgré moi, je sens une boule de chaleur naître dans mon ventre. Il faut que je me ressaisisse avant qu’il ne remarque que je le reluque sans vergogne.

– Oui mon cœur, je passerai ce soir, ne t’inquiète pas. Je t’embrasse fort aussi. À ce soir.

Je ne peux m’empêcher de ressentir une pointe de jalousie à ces mots. Qu’est-ce qui m’arrive ? C’est mon patron et on ne peut pas dire qu’on soit proche. Je ne sais même pas s’il est marié, je ne l’ai d’ailleurs jamais vu avec une femme.

– Vous me le donnez ce dossier ou vous préférez continuer de rêvasser ?

Bravo Romane ! Deux fois dans la même journée, un record !

– Tenez. J’attends votre feu vert pour imprimer les exemplaires destinés aux clients.

– Bien. En attendant allez finir de préparer la salle de réunion. Le matériel n’est pas encore installé. Il est onze heures et la réunion est à quatorze heures.

Je reste plantée là, interdite.

– C’est au technicien de s’en charger, comme pour chaque réunion, pas à moi.

– Il n’est pas là pour le moment. Vous n’allez pas me dire que vous ne savez pas mettre en place un ordinateur relié à un rétroprojecteur ?

– Je ne suis pas idiote non plus.

Je me dirige vers la porte et ajoute plus bas :

– Crétin.

J’espère qu’il ne m’a pas entendu.

– Merci du compliment, dit-il au moment où je ferme la porte.

Oh, merde ! Je suis mal ! Mais quelle conne ! C’est ton patron, idiote, pas ton mec. Quoique l’idée ne me déplairait pas. Je fonce droit vers le bureau de Sarah et j’entre sans frapper.

– Vas-y, fais comme chez toi.

– Sarah, cache-moi !

– Qu’est-ce-que tu as ? Tu es poursuivie pour une armée de zombies ? Un tueur en série ?

– Non, pire que ça !

– La pimbêche ?

– Oh, ça serait marrant de la voir courir sur ses talons aiguilles ! Non j’ai traité Luc de crétin !

– Sans blague ?

– J’ai une tête à plaisanter ?

– Non tu as plutôt une tête à faire peur, je dirais. Pourquoi l’as-tu traité de crétin ?

Je lui explique toute l’histoire.

– Le mufle ! Tu l’as laissé faire sans rien dire ?

Sarah éclate de rire et manque de tomber en voulant se rasseoir sur son siège. Je la fusille du regard.

– Y a rien de marrant là-dedans !

– Si toi ! Si tu voyais ta tête !

– Mais tu es aussi crétine que lui, ma parole !

Je la vois soudain changer de visage, elle ne sourit plus et a les yeux écarquillés.

– Quoi ? Tu viens de réaliser que tu es vraiment aussi crétine que lui ? Mais je plaisante voyons, ma chérie. On dirait que tu as vu un fantôme !

Et pour cause. Je viens de remarquer le reflet de Luc dans la fenêtre face à moi.

– Oh mer...zut.

Je n’ose pas me retourner. Je reste pétrifiée comme une statue face à une Sarah qui peine à garder son sérieux.

– Deux fois en une heure Mlle Millet ! Je ne savais pas que vous m’aimiez à ce point-là.

Je me retourne vers lui, rouge comme une écrevisse. J’évite de le regarder dans les yeux et garde la tête au niveau de son torse.

– Je...je suis vraiment désolée, Monsieur. Je ne...Le pense pas bien sûr.

– Mmm, soit. Vous pouvez imprimer les exemplaires des clients. Sarah, voyez si le traiteur est arrivé.

– Bien, Monsieur. Je descends à l’accueil, dit-elle et elle sort de son bureau.

Je voudrais sortir mais Monsieur crétin me bloque l’accès à la porte.

– Excusez-moi mais j’aimerais sortir. Vous savez, les dossiers à imprimer.

– Savez-vous Mlle Millet, que n’importe quel patron vous aurait virée pour votre charmant langage envers votre supérieur ?

– Et vous allez me virer ?

– Non. J’ai d’autres projets pour vous.

– D’autres projets ? Comment ça ?

– Chaque chose en son temps.

Il me sourit brièvement et quitte le bureau de Sarah.

Qu’a-t-il voulu dire par “j’ai d’autres projets ?” Dans quel pétrin je me suis mise. Je mets de côté toutes ces questions qui me taraudent et vais finir d’imprimer ces fameux dossiers. J’aurai tout le temps, plus tard, de chercher à comprendre son drôle de comportement.

 


 

 

Chapitre 2

 

Deux heures plus tard, la salle de réunion est fin prête, le buffet bien installé et j’ai mis un dossier à la place de chaque participant.

D’habitude je n’assiste pas aux réunions, c’est Lise qui s’en occupe. Comme elle le faisait déjà quand je suis arrivée, on a laissé comme ça. Mais à cinq minutes de la réunion, Sarah déboule dans mon bureau pour me dire que Luc veut que ce soit moi.

– C’est impossible, Sarah. Depuis six mois que je suis ici je n’y ai jamais assisté. Je ne sais même pas ce qu’il faut faire exactement. C’est le boulot de Lise ça !

– C’est le tien aussi, ma belle. Tu es assistante, tout comme elle. Tu n’as rien d’autre à faire qu’à les accueillir dans la salle et pendant le déroulement de la réunion veiller à ce que chaque participant n’ait jamais son verre vide. Uniquement de l’eau ou du café pendant la réunion, après ils font ce qu’ils veulent lors du buffet. Tu n’as pas besoin de prendre de notes, mais tu peux intervenir si on te pose des questions. En gros c’est plutôt soit belle et tais-toi.

Et elle part sur cette bonne blague.

Je me dirige donc vers la salle de réunion, le trouillomètre à zéro et m’apprête à accueillir les clients. Trois hommes d’âges différents arrivent et je m’avance vers eux.

– Bonjour Messieurs. Installez-vous, M. Guérin arrivera d’ici quelques minutes.

– Merci, Mademoiselle… ? me demande le plus âgé d’entre eux.

– Mlle Millet, je lui réponds avec un grand sourire. Vous désirez boire un café, un verre d’eau ?

– De l’eau, s’il vous plaît. Les deux autres hommes répondent la même chose.

Pendant qu’ils s’installent à leur place, je leur sers un verre d’eau. À ce moment-là, Luc entre dans la pièce.

– Bonjour, Messieurs. Excusez-moi du retard, un coup de fil de dernière minute.

Un coup de fil à sa pouffe, oui ! Il serre la main aux clients et s’installe sur le siège libre à ma droite.

À partir de là, mon esprit passe en pilote automatique. Je le laisse vagabonder tout en faisant les gestes que l’on attend de moi : verser de l’eau, sourire, répondre aux questions en rapport avec le dossier d’exécution des travaux. La discussion porte sur le gros-œuvre, la plomberie, l’électricité et tout ce qui concerne les plans conçus par le cabinet.

– C’est parfait, Luc, dit le plus âgé, je transmets les plans à notre bureau d’études pour confirmation et je vous recontacte pour le devis.

– Bien. Puisque notre réunion est terminée, allons déguster ce buffet.

J’en profite pour sortir discrètement de la pièce et retourne à mon bureau. Enfin ! Je peux enfin souffler et me détendre. Je ne suis définitivement pas faite pour assister le patron lors des réunions. Rester assise à les écouter débiter leur charabia m’a lessivée. Un petit café ne me ferait pas de mal. J’envoie un message à Sarah pour savoir si elle veut bien me rejoindre à la cafet. Sa réponse ne tarde pas à venir : G b1 bsn d1 pause :)

Aie ! Sarah et ses abréviations m’exaspèrent ! Je me dépêche de rejoindre l’ascenseur avant que Luc ne quitte la salle de réunion. Ouf ! Dieu existe. Sarah m’attend déjà à une table devant un grand gobelet de café et une tartelette à la crème. Heureusement elle a pensé à prendre mon café. La tentation de la taquiner est trop forte !

– Tu sais que ta petite gâterie va te coûter une heure de sport !

– Oh la ferme Madame Je Peux Manger Tout Sans Grossir ! De toute façon j’en ai besoin. Je déprime !

Ah oui, j’ai oublié de préciser que Sarah avait tendance à déprimer pour… Pratiquement tout. Pour elle, la moindre contrariété équivaut à la fin du monde.

– Qu’est-ce qui t’arrive encore ? Tu t’es cassé un ongle ? Ou filé un bas ? Non attends ! T’as pas mis la bonne couleur de vernis ?

– C’est ça moque-toi. Pire que ça !

– Allez ! Raconte à tata Romane !

Un sourire apparaît enfin sur ses lèvres.

– Tu promets de ne pas te moquer ?

– Mais non voyons. Je ne me moque jamais de tes moments de déprime.

– C’est ça, ouais. Bref. Tu vois le mec qui était là pour la réunion ?

– Euh oui. Je te rappelle que j’ai dû y assister à cette réunion. Lequel ? Ils étaient trois.

– Le jeune, voyons ! Quand il est arrivé, je ne sais pas ce qui m’a pris, mais je lui ai quasiment sauté dessus pour l’accueillir.

– Ça, ça ne m’étonne pas venant de toi. Et tu déprimes pour ça ?

– Non ! Ça ce n’est pas le pire. Le pire c’est qu’en lui sautant dessus je me suis littéralement vautrée à ses pieds. Non mais t’imagines ?

– Oui très bien, dis-je, avant d’éclater de rire rien qu’en imaginant la scène.

– Tu as promis de ne pas te moquer !

– Dé...Désolée, mais….Mais c’est juste énorme ! Rien qu’imaginer la scène ! Et je rigole de plus belle. Ce qui n’a pas l’air de plaire à Sarah qui me foudroie du regard.

– Qu’est-ce que tu peux m’énerver par moment ! Je te dis que je me suis vautrée devant un beau mec et toi, au lieu de me réconforter, tu te fous de ma gueule. Sympa l’amitié avec toi.

Elle se lève d’un coup et quitte la cafétéria. Mon rire s’arrête aussitôt. Qu’est-ce qui lui prend ? Ok, je me suis un peu moquée d’elle, mais si ça avait été moi à sa place elle l’aurait fait aussi. Elle tourne vraiment pas rond aujourd’hui.

Je finis mon café tout en réfléchissant à la façon de me faire pardonner. Perdue dans mes pensées je ne prête pas attention à la personne qui s’installe en face de moi.

– Décidément c’est une manie chez vous de rêvasser.

Oh non, pitié pas lui ! Pas maintenant. Ce n’est vraiment pas le moment.

– En quoi cela vous dérange ? C’est l’heure de ma pause à ce que je sache.

– Tout doux voyons, c’est que ça mord.

– Écoutez. Avec tout le respect que je vous dois, ce n’est vraiment pas le moment de me chercher des poux.

Je me lève pour sortir à mon tour, mais je sens soudain sa main m’attraper le poignet. Malgré moi, je ressens un léger picotement à son contact. Manquait plus que ça !

– Restez assise Mlle Millet, m’ordonne-t-il, sèchement.

J’obéis malgré tout et me rassieds. Je le fixe dans les yeux pour bien lui faire voir que ses manières ne me plaisent pas du tout.

– Vos petites sautes d’humeur ce n’est pas à moi de les subir, donc si vous avez un problème, réglez-le. Et surtout n’oubliez pas qui vous emploie. Je veux bien être gentil, mais il y a des limites à ne pas franchir.

Je lui aurais bien dit que c’était lui mon problème, mais comme il l’a si gentiment rappelé, c’est lui le patron.

– Je suis désolée. Mais je ne m’attendais pas à ce que vous débarquiez comme ça à ma table. Et pour information je ne rêvassais pas, j’ai autre chose à penser. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser, ma pause est terminée et je ne voudrais pas qu’on me dise encore que je rêvasse.

Et je le plante là, les yeux écarquillés, surpris. Mon problème avec Sarah n’en est pas moins résolu. Je décide de régler ça tout de suite et me dirige vers son bureau.

– Toc, toc. Je sors le drapeau blanc, je peux entrer ?

– Je ne sais pas. Je t’en veux toujours.

– Explique-moi alors ce qui t’a pris tout à l’heure.

– Je n’en sais rien. Je ne sais plus trop où j’en suis. Ça ne va pas fort avec Sam. Je crois que je vais mettre fin à notre relation. Alors quand j’ai vu ce mec si beau me regarder avec pitié quand je me suis vautrée, j’ai eu la honte de ma vie. Et toi au lieu de me réconforter tu te moques ouvertement. Ce mec me plaisait et j’ai gâché toutes mes chances de pouvoir lui parler.

– Je suis vraiment désolée, ma belle. Je ne pensais pas que c’était à ce point. Tu es sûre de ta décision avec Sam ?

– Oui, tout à fait sûre. Et puis ce n’est pas comme si tu ne m’avais jamais prévenue. Comme on dit l’amour est aveugle.

– Je peux donc te dire que c’était qu’un sale con qui profitait de ton argent et de ton appart quand il ne savait pas où crécher. Tu fais bien de le lourder ce bon à rien.

– Merci, ça me réconforte. J’arrive à trente ans et je suis toujours célibataire et sans vie de famille.

– Bienvenue au club, chérie, je lui réponds, fataliste.

– Oui mais toi au moins tu as quelqu’un avec qui coucher quand l’envie t’en prend.

– Fais comme moi, prends-toi un sex-friend. On n’attend rien des deux côtés, et si l’un ou l’autre rencontre quelqu’un, hop pas de crise ni de larmes car pas de sentiments. Juste du sexe et de l’amitié. Le remède miracle.

Beaucoup pourrait être choqué si je leur raconte que j’ai un sex-friend. Mais Théo ne se limite pas qu’au sexe. Avant d’y venir nous étions déjà amis, très bons amis même. Un Sarah version masculin.

Devant le désert affectif de nos amours nous en sommes venus à ce pacte. Pour être honnête, nous étions un peu éméchés. Le lendemain quand je lui en ai reparlé, il m’a affirmé qu’il était très sérieux. La seule condition est qu’aucun sentiment ne devait altérer notre amitié. Et lorsque nous rencontrons quelqu’un d’autre, le pacte est suspendu.

– Et tu crois franchement que le jour où il rencontrera quelqu’un ça ne te fera rien ?

– C’est déjà arrivé ; il est resté un an avec une autre.

– Et tu l’as repris comme ça ? Ça te plaît de passer derrière d’autres ?

– Je l’ai pas repris de suite, rappelle-toi j’étais avec Ludo, encore une erreur lui aussi. On remet ça quand nous sommes tous les deux libres, comme en ce moment.

– Tu es vraiment bizarre comme fille, tu sais.

– Non juste réaliste. Et puis quel mal y a-t-il à aimer les bonnes choses ? Qu’est-ce qui est meilleur que le sexe et l’amitié ? Surtout quand ils sont mélangés. Ça me fait penser que ce soir je dois le voir.

– Je suis peut-être fleur bleue ou alors princesse de conte de fées mais moi je préfère attendre le bon plutôt qu’aller comme ça avec un mec pour qui je ne ressens rien.

– Chacun son truc. Mais essaie si tu as un ami de confiance qui serait d’accord. Moi aussi j’attends le bon mais en attendant je mêle l’utile à l’agréable. Tu es prête pour aller boire un verre après le boulot, pour me faire pardonner ?