Superbia

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Jeune nymphe orgueilleuse, Aphea a autrefois causé le suicide d’un prétendant qu’elle a cruellement éconduit. Reniée par les siens, condamnée par les dieux à d’éternelles peines amoureuses, elle mène désormais une vie solitaire. Un jour, elle assomme un guerrier wisigoth qui tente de l’approcher. Prise de remords, la nymphe recueille ce bel inconnu, qu’elle décide de guérir. Mais bientôt, en proie à un puissant désir l’un pour l’autre, ils cèdent à la passion qui les dévore. Pourtant, les dieux les épient…
Publié le : mercredi 29 juin 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782290120910
Nombre de pages : 132
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FRÉDÉRIQUE
DE KEYSER
SuperbiaDe Keyser Frédérique
Superbia
Collection : Crepuscule
Maison d’édition : J’ai lu
© Éditions J’ai lu, 2016
Dépôt légal : mai 2016
ISBN numérique : 9782290120910
ISBN du pdf web : 9782290120958
Le livre a été imprimé sous les références :
ISBN :
Composition numérique réalisée par FacompoPrésentation de l’éditeur :
Jeune nymphe orgueilleuse, Aphea a autrefois causé le suicide d’un prétendant qu’elle a
cruellement éconduit. Reniée par les siens, condamnée par les dieux à d’éternelles peines
amoureuses, elle mène désormais une vie solitaire. Un jour, elle assomme un guerrier wisigoth
qui tente de l’approcher. Prise de remords, la nymphe recueille ce bel inconnu, qu’elle décide de
guérir. Mais bientôt, en proie à un puissant désir l’un pour l’autre, ils cèdent à la passion qui les
dévore. Pourtant, les dieux les épient…
Biographie de l’auteur :
Frédérique DE KEYSER
Férue d’ésotérisme et de spiritualité, fascinée par les créatures et éprise de la langue française,
Frédérique de Keyser écrit dans un genre littéraire alliant mythes et histoires d’amour sensuelles.
d’après © Perfect Lazybones / Shutterstock et © Captblack76 / Shutterstock
© Éditions J’ai lu, 2016Du même auteur
aux Éditions J’ai lu
Le sommeil des dieux
N u m é r i q u eTelle est la volonté des dieux :
tout plaisir s’accompagne de peine.
PLAUTE
Souhaitant une religion,
la volupté inventa l’amour.
Natalie CLIFFORD BARNEYEt in Arcadia ego.
On aurait pu graver ces mots dans le marbre du plus ancien tombeau jamais érigé en Arcadie.
Mais Amyntas n’était pas Daphnis aimé des dieux et des hommes. Sa vie et sa mort n’avaient inspiré
aucun vers au poète.
Il n’aurait donc jamais imaginé qu’Arcadie puisse un jour abriter son sépulcre.
Ce pays si cher aux divinités, cette contrée aux paysages idylliques, aux vallées ceintes de hautes
montagnes résonnant des échos de la musique de Pan, bucolique, des vers inspirés aux poètes, ce
paradis où l’homme pouvait trouver sérénité et bonheur, n’aurait jamais dû pouvoir accueillir la mort.
Le jeune berger l’avait pourtant rencontrée ; un simple sourire avait scellé son destin.
Pas n’importe lequel.
Celui d’une nymphe.

Aphea avait fait la connaissance d’Amyntas lors d’une flânerie au cœur de cette nature belle et
sauvage, qui l’avait vue naître et qui faisait partie d’elle. Toute jeune nymphe alors, curieuse, peu
farouche et l’âme accueillante, elle avait répondu avec spontanéité au sourire du berger. Ainsi était
née leur amitié, dans la plus grande simplicité. Tout l’était en Arcadie, au contraire des grandes cités
qui pervertissaient tout.
Les deux amis avaient pris l’habitude de se voir quotidiennement pour discuter, se promener, se
tenir compagnie. Pourtant, à mesure que le temps passait, Amyntas était devenu soucieux, ne riant
plus autant, s’enfermant dans le silence. Jusqu’au jour où, irritée par ce comportement qu’elle ne
comprenait pas, Aphea lui demande de se confier. Le berger l’avait longuement dévisagée, comme si
elle était à l’origine de son tourment… ou savait à l’avance quel effet produiraient ses paroles. Aphea
était certaine d’avoir vu de la mélancolie passer dans ses yeux.
Après une profonde inspiration, Amyntas avait finalement trouvé le courage de parler. De lui
déclarer sa flamme, et de lui demander sa main.
La jeune nymphe avait réagi de la pire manière qui soit : en lui riant au nez, avec un tel naturel
qu’Amyntas s’était décomposé. Puis la peine avait déserté son regard, supplantée par la douleur et la
colère.
Aphea aurait dû y prendre garde et tenter d’adoucir son impulsivité méprisante, par quelques
mots au besoin. Aveuglée par sa vanité, elle n’en avait rien fait.
Elle aimait beaucoup le gentil Amyntas, et tous deux s’entendaient à merveille, mais elle n’était
pas amoureuse. Et puis, belle comme elle était, elle se rêvait courtisée par un dieu, un roi ou encore
un prince…
À aucun moment de leur amitié Aphea n’avait songé à lui demander de cesser les compliments
dont il l’abreuvait continuellement ; elle les adorait et estimait les mériter. Jamais elle n’avait imaginé
qu’ils puissent être l’expression des émotions du jeune homme, n’avait compris qu’il lui faisait la
cour et qu’en les acceptant elle l’encourageait à nourrir des sentiments qui n’étaient pas partagés, ne
le seraient jamais.
C’est plus tard que le pire était advenu, lorsque Amyntas avait tenté de lui voler un baiser. En
colère, excédée par l’obstination de son ami, quelque peu effrayée aussi, Aphea lui avait échappé.
Puis, drapée dans son arrogance, elle lui avait fait comprendre qu’il n’était pas digne d’elle, de sa
beauté ni de son amour. Des mots terribles qu’elle aurait voulu pouvoir effacer de sa mémoire, tout
comme le visage du berger, livide d’humiliation, et le regard écœuré qu’il avait posé sur elle.
Si Aphea ne l’avait plus jamais revu après qu’il lui eut tourné le dos sans un mot, elle avait
toutefois su ce qui lui était arrivé.
Amyntas, n’ayant supporté ni son refus ni ses paroles, s’était donné la mort.
Ce drame avait métamorphosé la nymphe.
Il était pourtant bien trop tard pour changer le cours du destin.
Effondrée sous le poids de la culpabilité rongeant son cœur et son âme, Aphea avait couru jusqu’à
la petite maison où Amyntas vivait avec ses proches. Tout le long du chemin elle avait prié pour que
la disparition du jeune homme ne soit qu’un mensonge destiné à la punir. Il lui avait suffi de poser les
yeux sur la famille du berger pour comprendre que ses prières n’avaient pas été entendues. Les
parents d’Amyntas avaient refusé de la laisser entrer, de l’écouter, de lui pardonner… Ils l’avaient
regardée tel un monstre. Alors, Aphea était repartie avec la certitude qu’elle l’était bel et bien
devenue.
Ses propres parents l’avaient confortée dans sa conviction.
L’affliction d’Aphea n’avait apitoyé ni son père, Pan, ni sa mère ; tous deux l’accusaient de
pleurer sur elle-même par culpabilité plutôt que sur le pauvre garçon que son odieuse attitude avait
conduit au désespoir. Leur intransigeance l’avait pourtant moins meurtrie que la déception dans leurs
yeux. Une déconvenue lui montrant qu’ils regrettaient de l’avoir pour fille.
Puis était venu le temps de payer.
Non content de la bannir d’Arcadie, Pan l’avait reniée et lui avait défendu de reparaître devant lui.
Quant à sa mère, Carya, une nymphe alséide, elle en avait appelé aux dieux pour la punir.
Leur sentence était tombée.
Aphea aussi.
À genoux.
Friands de malédictions, de châtiments symboliques et de justice vengeresse, les dieux l’avaient
condamnée à tomber à son tour amoureuse, un jour, et à endurer de terribles souffrances, sans
toutefois lui préciser quelle en serait la nature.
Aphea n’avait pas imploré la clémence ; cela aurait été vain en plus d’être périlleux. Elle avait
cependant déjà compris que son existence se résumerait à un désert aride, celui auquel la solitude dont
elle fit vœu la condamnerait.
Une terrible sanction pour une nymphe pleine de vie et de gaîté, une jeune femme passionnée qui
rêvait d’amour.Rome, 26 août 410

La nuit venue, les rues et venelles de Rome étaient habituellement plongées dans les plus
profondes ténèbres. Ces dernières planaient sur la cité, menaçantes, comme dotées d’une vie propre, à
l’image de ces créatures perfides et redoutables l’investissant à la faveur de l’obscurité : cambrioleurs,
détrousseurs et autres assassins faisant alors de Rome leur royaume. Bien fol était celui qui osait
mettre le nez dehors ; habitants et marchands se calfeutraient, se barricadaient chez eux, ne
soufflaient mot. Les chaînes de sûreté étaient tendues derrières les vantaux des boutiques et les volets
des appartements, soigneusement clos.
Si nombre de Romains se cachaient et tremblaient encore ce matin-là, priant sans doute pénates et
lares, les dieux anciens, aussi bien que le dieu nouveau – celui se disant unique – avec plus de ferveur
que jamais, les ténèbres n’étaient pour une fois pas en cause. Depuis deux nuits en effet, les rues de la
Ville éternelle n’étaient ni désertes ni plongées dans l’obscurité.
Rome était le théâtre d’une confusion indescriptible. Une tragédie avec pour scène une cité tout
entière, dont les remparts répercutaient le fracas des maisons s’effondrant, les insultes et les
hurlements d’une impensable épouvante. Les flammes dévorant la moitié de la ville éclairaient le
sinistre spectacle du saccage, la fuite des citoyens, les armes rutilantes de l’ennemi, la ruine de
l’ancienne capitale.
Trahison !
Oui.
Écrasé par une minorité de riches et de puissants, le peuple romain avait laissé faire l’envahisseur
sans même tenter de se défendre. Pire encore : une rumeur inimaginable courait, laissant entendre que
l’on devait l’ouverture des portes de la ville à certains citoyens…
Les Romains qui ne se terraient pas chez eux avaient cédé à la panique et fuyaient les incendies
autant que les barbares. Une hémorragie supplémentaire risquant de laisser la ville exsangue. Presque
désertée puisque nombre de nobles et de riches s’étaient réfugiés dans les provinces africaines, la cité
n’était déjà presque plus que l’ombre d’elle-même.
Oh, bien sûr, ses nombreux monuments, bâtiments officiels, forums, palais et villas, thermes et
autres temples remplissaient toujours leur office ostentatoire, affichant la richesse, le pouvoir et
l’autorité de Rome, mais ce n’était déjà plus qu’une apparence. Un décor, un déguisement destiné à
leurrer dont les Wisigoths se chargeaient depuis deux jours de la dépouiller, révélant ainsi le visage
d’une vieille dame déchue. À l’image de l’Empire desséché, privé de la sève qui, autrefois, lui avait
donné sa force.
Accuser le peuple était facile. Plus qu’admettre que le premier traître était aussi le premier
Romain : l’empereur en personne.
Tandis que Rome subissait les derniers outrages, l’empereur Honorius, bien loin de tout ce
tumulte, s’amusait et goûtait à maints plaisirs lors des incessantes fêtes qu’il donnait dans son palais
de Ravenne.
Abandonnée à son sort, Rome n’avait donc opposé aucune résistance lorsque les Wisigoths
s’étaient présentés à ses portes, pas même celle de l’armée, laissant de fait le champ libre à
l’envahisseur.
erAlaric I , roi de ces prétendus barbares, naturellement porté à la clémence, avait interdit à ses
guerriers de se livrer à d’indignes abus. Églises et basiliques devaient demeurer asiles inviolables, le
sang des hommes et l’honneur des femmes être quant à eux préservés. Seuls l’or et les vivres
pourraient être prélevés, énergiquement si besoin était, car, une fois n’étant pas coutume, Rome allait
payer un impôt exceptionnel. La peur qu’ils inspiraient suffisait bien souvent aux Wisigoths à obtenir
ce qu’ils convoitaient sans avoir à faire montre de la moindre agressivité. Pourtant, comme une ironie
du sort, ou un retour de bâton particulièrement brutal, les violences et les vols les plus notables étaientcommis pour la plupart par d’anciens esclaves ayant fui la ville lors d’un premier siège, puis ralliés à
Alaric. On les comptait par milliers… Si l’un d’entre eux retrouvait son bourreau ou était animé
d’une vengeance née de sa haine farouche pour ce peuple suffisant – qui, il fallait bien l’admettre,
avait su se montrer impitoyable avec qui n’était pas citoyen –, l’or et le sang en étaient le prix.

Witteric était satisfait. Les somptueuses villas qu’il avait investies avaient tenu toutes leurs
promesses et leurs propriétaires n’avaient pas posé le moindre problème – ceux qui n’avaient pas déjà
fui, naturellement. Telle la demeure de ce riche marchand que le Wisigoth avait déniché ce matin-là,
terré dans la cuisine, caché derrière ses esclaves dont, manifestement, il espérait pouvoir se servir
comme bouclier afin de protéger sa précieuse vie. N’avait-il pas eu le temps de fuir ou y avait-il
renoncé, préférant rester pour garder son trésor ?

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