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1.

Gemma avait presque terminé. Tout brillait — autant que pouvait briller une maison ancienne. Les revues de la salle d’attente étaient empilées avec soin, les jouets rangés dans les coffres à jouets ; les salles de soins avaient été nettoyées avec application et du papier blanc immaculé recouvrait les tables d’examen. Il ne manquait plus que des fleurs pour orner la table de la cuisine, et ensuite elle pourrait aller se changer avant l’arrivée du bienfaiteur anonyme…

Durant les deux années précédentes, les dons de cet inconnu étaient devenus si importants que Gemma ne pouvait que le tenir en haute estime. Elle saisit une paire de ciseaux et se dirigea vers la porte : à en juger par le parfum qui flottait dans l’air, le vieux mais vaillant seringat planté sur le côté de la maison devait avoir fleuri encore une fois. Quelques branches embaumeraient la cuisine.

— Madame ! Madame !

Elle se trouvait sur le perron quand elle entendit l’appel, émis par un jeune homme qui remontait l’allée, soutenant une femme enceinte.

— Aidez-moi ! lança-t-il.

Gemma se dirigeait déjà vers lui, sans voir, dans sa hâte, la limousine noire qui s’arrêtait au bout de l’allée.

Elle entoura de son bras la taille de la jeune femme pour prendre sa part du fardeau, et reconnut Aïcha, une jeune Somalienne qui, depuis deux mois, ne venait plus effectuer ses examens prénatals, ignorant les invitations répétées à se rendre au Centre des Femmes.

Gemma l’accueillit chaleureusement pour la rassurer.

— Aïcha, je suis contente de vous voir. Est-ce que les douleurs sont fortes ? Et savez-vous de combien elles sont espacées ?

Ils étaient arrivés au pied de l’escalier du perron, et elle se demandait comment rendre l’ascension confortable pour sa patiente, quand un inconnu grand et brun apparut près d’elle.

— Montez et ouvrez la porte. Moi, je vais la porter, dit-il.

Il s’exprimait avec une telle autorité que Gemma obéit, avant de continuer son chemin : entrant dans la maison, elle alla ouvrir la porte de la salle de soins.

L’étranger déposa la patiente sur la table d’examen, mais la jeune femme émit un cri et se dressa brusquement. Elle serait tombée si le jeune homme qui l’accompagnait ne l’avait pas rattrapée.

— Par terre, elle veut par terre, dit-il.

Gemma n’y voyait aucun inconvénient — elle avait déjà pratiqué des accouchements à même le sol —, mais la présence du jeune homme était presque aussi déroutante que celle de l’inconnu. A sa connaissance, les Somaliens assistaient rarement à la naissance de leurs enfants — une affaire exclusivement féminine. Quant à l’inconnu en costume bien coupé et à l’air un peu sévère, il ne pouvait s’agir du bienfaiteur qui devait être un octogénaire décrépit, et non une gravure de mode âgée au plus de quarante ans !

Mais elle n’avait pas le temps d’interroger les deux hommes. A genoux sur le parquet à côté d’Aïcha, un bras autour de ses épaules et l’autre sur son ventre gonflé, Gemma sentit de violentes contractions. La jeune femme n’émettait que de faibles plaintes, mais elle devait énormément souffrir.

— Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda Gemma.

— Les femmes qui aident, la doula et les autres femmes ont dit que le bébé était mort et ont laissé Aïcha. Moi, je l’ai amenée ici.

Gemma répondit par un hochement de tête approbateur, et pendant ce temps ses mains recherchaient déjà dans quelle position se trouvait le bébé. Elle découvrit bientôt pourquoi les femmes qui devaient aider Aïcha avaient préféré s’esquiver. Le bébé se présentait par le siège, et il était déjà trop descendu pour qu’elle tente de le tourner. Or un postérieur de bébé n’exerçait pas une pression aussi forte qu’une tête pour obliger le col de l’utérus à se dilater.

— Aide-la, implora le jeune homme. Elle a déjà trop souffert, mon Aïcha. Il faut que tu sortes le bébé. Aïcha ne pourra pas vivre si le bébé meurt.

— Il n’exagère pas, renchérit l’inconnu. Il faut que vous sauviez le bébé.

Il lui donnait encore un ordre ! Stupéfaite, Gemma jeta un coup d’œil dans sa direction. Sans se soucier de son costume blanc, il s’était mis à genoux à côté de la femme et lui parlait doucement dans une langue que Gemma ne connaissait pas.

Du somali, ou de l’arabe ?

Il vit qu’elle le regardait.

— Je vais vous donner un coup de main, dit-il. Je m’occuperai de son pouls et de sa respiration, et vous, faites ce que vous avez à faire.

C’est-à-dire libérer les petites jambes du bébé, avant d’extraire tout le reste du corps, pensa Gemma.

— On va se débrouiller, assura-t-elle, le cœur battant car l’accouchement s’annonçait délicat.

Par chance, ce n’était pas la première fois qu’elle effectuait un accouchement au Centre, et maintenant elle avait toujours un kit stérile à portée de main.

Elle disposa un tapis en papier épais sous la femme, qui avait voulu se mettre à quatre pattes tout de suite après l’examen gynécologique. Mais cela ne conviendrait pas, et donc Gemma, avec l’aide de l’étranger, réinstalla la parturiente sur le dos et lui injecta un anesthésique local avant d’effectuer une petite épisiotomie. Ensuite, ce fut un accouchement par le siège classique. Gemma trouva une jambe et la dégagea, puis elle fit la même chose avec l’autre jambe, toute maigre. Elle maintint une légère pression jusqu’à ce que les fesses apparaissent, puis elle fit pivoter l’épaule, son doigt trouvant la bouche du bébé pour maintenir sa tête en position pendant la dernière poussée.

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