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TAKE CARE OF YOU
T’appartenir

Romance

 

 

 

Milie JAPPE

 

 

 

 

 

 

TAKE CARE OF YOU
T’appartenir

Romance

 

 

 

 

 

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ISBN numérique 978-2-37447-139-6

Dépôt LégalNovembre 2016 -© Erato–Editions

Tous droits réservés

Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales

 

 

 

Prologue

 

 

 

 

Il paraît que courir devient une sorte de drogue avec le temps, que cela crée une accoutumance. On peut dire que j’en suis l’exemple vivant, car malgré la journée de travail surchargée qui m’attend, j’ai choisi de me réveiller aux aurores pour aller courir, plutôt que de rester bien au chaud dans mon lit. Parfois je m’autodonnerai des baffes. Mais depuis que je suis revenue à Paris, c’est plus fort que moi, si je ne vais pas faire mon jogging, je suis de mauvaise humeur toute la journée, et je n’aime pas être de mauvaise humeur.

Alors me voilà à 7 heures du matin en train de courir dans les rues de Paris pour rejoindre le Jardin des plantes où j’ai choisi d’aller aujourd’hui. Mon parcours change quasiment tous les jours, je n’aime pas faire tout le temps le même trajet, la routine très peu pour moi. Mon boulot l’est suffisament comme ça pour que je la laisse pourrir aussi mes moments de détentes.

Ce matin, l’air est frais, les premiers rayons d’avril commencent à montrer le bout de leur nez. C’est agréable de sentir le printemps arriver. Les beaux jours et le renouveau inhérent à cette saison. Et comme chaque printemps depuis bientôt trois ans, j’espère que pour moi aussi cela engendra un renouveau.

Cette année, je pense être sur la bonne voie. Ma mutation au tribunal de Grande Instance de Paris pour occuper les fonctions de juge d’instruction, en plus d’être le numéro un de mes vœux professionnels, marque pour moi un nouveau départ. J’ai peut-être dit adieu au soleil en partant de Montpellier, mais j’espère que mon retour en région parisienne près de mes amies et de ma famille m’aidera enfin à tourner la page et que je pourrais simplement poursuivre le cours de ma vie.

Je secoue la tête. Non, je ne dois pas y penser. Pas avant une journée de travail, sinon je suis bonne pour une bonne séance de maquillage intensive pour essayer de cacher mes yeux rougis par les larmes. Tout l’art consiste dans la diversion. Des yeux charbonneux et des lèvres couvertes de gloss et les gens ne s’imaginent pas que vous avez passé deux heures à pleurer avec un si joli maquillage. Une tactique que j’ai malheureusement trop de fois testée.

Pour éviter que les vannes ne s’ouvrent, je me passe mentalement en revue mon emploi du temps de la journée. Ma matinée est consacrée à la reconstitution d’un meurtre passionnel dans le 9e arrondissement. L’histoire est assez glauque, mais j’aurais au moins la présence du procureur pour me changer les idées. M. Gichard, Antoine de son prénom est plutôt pas mal dans son genre, grand, les yeux verts, châtain clair, athlétique, il est assez drôle. Bref il est charmant. Peut-être est-il la solution à mon problème de page bloquée. Nous nous sommes vus plusieurs fois dans le cadre de cette affaire et à chaque fois, j’ai eu droit à de jolis sourires et des regards insistants. Mais il ne m’a jamais fait d’avance, il n’a jamais rien tenté. Est-ce qu’il me draguait ? Peut-être. Je n’en sais strictement rien. La drague et moi ça fait cent et même si j’ai à peine 30 ans, ça fait tellement longtemps que je ne me suis pas essayée à l’exercice que je ne suis pas sûre de toujours savoir ce que c’est. Je crois que même si le type arrivait avec un écriteau avec inscrit dessus en lettre lumineuse « Tu me plais », je ne le verrais pas. Mais je dois me forcer à ouvrir les yeux si je veux aller de l’avant et c’est ce que je veux. Je n’en peux plus d’être malheureuse, de ne pas vivre parce que j’aurais aimé, parce que j’aurais tellement voulu que Philip soit à mes côtés…

Zut ! Et voilà, je vais devoir rentrer si je veux avoir le temps de faire mon maquillage camouflage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partie 1

Le juge est une femme

 

 

1.

 

 

 

 

J’accélère le rythme, les dénivelés du parc commencent à échauffer mes muscles, mes poumons me brûlent légèrement, mon cœur bat plus vite. Je me sens vivante, ça fait un bien fou. Je n’ai pas le temps de faire tout le tour et je reprends la direction de mon appartement. Mais mon système d’alarme s’est allumé. Il y a une autre raison pour laquelle je ne fais pas deux fois de suite le même parcours : je suis parano. Je redoute plus que tout qu’un type prenne mon jogging quotidien comme une opportunité pour me trancher la gorge derrière un bosquet. C’est peut-être à cause de mon métier ou parce que je suis la fille du préfet de police, appelez ça comme vous voulez, mais il y a quelqu’un qui me suit depuis que je suis sortie du parc et ça, j’en suis sûre.

Pour arrêter de me monter le bourrichon, je fais le test du « start and go ». Je m’arrête pour refaire mon lacet qui n’est pas défait. Je regarde rapidement derrière moi. Un joggeur fait du sur place, et…

Il rentre dans la boulangerie.

Bon, OK ce n’était pas lui. Je reprends ma course, mais je me sens toujours suivie, ce n’était peut-être pas l’homme que j’ai aperçu, mais il y a quelqu’un. Je peux le sentir au frisson qui parcourt mon corps, à la sueur froide qui coule sur ma nuque. Je mets discrètement ma main dans la poche de ma veste de running pour y attraper ma mini bombe lacrymogène.

Je ralentis tout doucement, je sens qu’il se rapproche, je continue sur un petit rythme. J’entends ses foulées derrière moi, il n’est qu’à quelques mètres. Je me stoppe d’un seul coup et me retourne pour lui faire face, la bombe bien devant moi, prête à appuyer.

– Qu’est-ce que vous me voulez ? dis-je en même temps.

Un homme d’un bon mètre quatre-vingt-dix dont les muscles saillent sous son équipement de running, manque de me rentrer dedans en tentant de s’arrêter. Il lève les mains en signe de défense et me regarde droit dans les yeux.

Merde qu’il est beau !

Dans mon élan et sous la surprise, je m’emmêle les pieds et manque de tomber. Je me reprends à temps et le maintiens en joue en essayant de garder un minimum de dignité.

Je ne m’attendais pas à tomber sur un tel Adonis, ça, c’est sûr. Il a les plus beaux yeux que je n’ai jamais vus. D’une teinte de bleu très particulière à la limite du bleu marine, un nez droit, des lèvres pleines et une barbe de deux jours. Je distingue quelques mèches brunes sous sa casquette. Et ce corps ! Purée, ce type est une vraie armoire à glace et moulé dans du lycra noir, c’est tout simplement appétissant. S’il veut m’agresser et bah je ne suis pas certaine de lui résister longtemps.

Non, mais Clothilde tu t’entends ? Reprends-toi ma vieille !

Je me gifle mentalement et reprends mon offensive. Quand je me concentre de nouveau sur lui, un léger sourire arrogant étire ses jolies lèvres. Mon ventre se serre. Je dois rester forte. Je reprends mon interrogatoire.

– Pourquoi me suivez-vous ? je l’interroge en essayant de ne pas bégayer.

– On se calme, vous risquez de vous faire mal avec ça, répond-il d’une voix grave et douce, il baisse ma main tenant la bombe, un courant électrique me transperce de part en part quand sa peau entre en contact avec la mienne.

Et d’un seul coup, je me sens mal à l’aise. Cet homme me perturbe…beaucoup.

– Je suis Noah Berger. J’ai été chargé de votre sécurité.

Je reste quelques secondes coite, puis je tourne les talons. En fait il ne me perturbe pas, il m’agace…enfin pas lui, mais…

– C’est mon père qui vous envoie ?demandé-je sur un ton tranchant en reprenant mon chemin.

Devant son silence, je présume que j’ai raison.

– C’est ridicule ! Si tous les juges devaient avoir une protection rapprochée ça coûterait une fortune aux contribuables.

Je m’arrête net, fais volte-face et le regarde droit dans les yeux.

– En plus je sais me défendre, pleurniché-je.

Il lève un sourcil, perplexe, il ne me répond pas. Il est peut-être beau comme un Dieu, mais il n’a pas l’air commode, je sens que nous allons bien rigoler.

Je reprends ma marche.

– Vous allez me suivre partout si je comprends bien ?

Je le regarde du coin de l’œil.

– Oui madame.

– Il n’y a aucune chance que vous partiez si je vous dis ne pas avoir besoin de vous.

– Non madame.

Une fois encore, je m’arrête net.

– Nous allons mettre une chose au clair dès maintenant. Je peux essayer de tolérer que vous me suiviez comme mon ombre et à la limite je peux faire avec votre beauté ridicule et votre manque de conversation, mais il est hors de question que vous m’appeliez Madame !

Je le fusille du regard, je ne sais pas si ma tirade l’a impressionné, amusé ou même agacé, en tout cas il reste de marbre et ne cille pas. Je ferais donc les questions et les réponses.

– Vous m’appellerez Clothilde et je vous appellerai Noah, si cela ne vous dérange pas.

– Aucunement.

Bon, avec une moyenne de deux mots par phrase, je sens que le temps va être long.

Comme il fallait s’y attendre, nous reprenons notre marche en silence. Après plusieurs mètres à le regarder du coin de l’œil pour jauger ses réactions et sa propension à faire la conversation. Verdict : il ne me décrochera pas un mot, c’est certain. Je remets mes écouteurs qui avaient valsés lors de mon acrobatique retourné et je recommence à courir.

Mon père me bassine depuis des semaines avec cette histoire de protection. Encore ce week-end quand je lui ai rendu visite, il m’a demandé d’accepter que des policiers fassent des rondes régulières devant chez moi. J’ai refusé bien entendu, pensant que ce n’était qu’une crise de surprotection paternelle parmi d’autres. Je ne pensais pas qu’il irait jusqu’au bout de son délire et encore moins qu’il m’enverrait le fils croisé de Stephen Amel et de Bernardo, en guise de garde du corps.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2.

 

 

 

 

Ma douche est bien trop chaude. J’ai l’impression que mon corps bout de l’intérieur. Ce mec est pfff…je crois qu’il n’y a pas vraiment de mots pour le décrire, il est un fantasme sur pied. Mais bon…il faut que je me prépare. Il m’a finalement adressé la parole, enfin il m’a ordonné d’être dans le hall de l’immeuble dans une demi-heure donc il ne faut pas que je traîne. Au moins sa présence aura servi à quelque chose, grâce à lui je n’ai plus besoin de maquillage camouflage.

Nouveau record, je suis douchée, habillée, maquillée et caféinée en vingt-cinq minutes et j’attends sagement dans le hall de l’immeuble. Dès que je l’aperçois dans l’allée, je vais à sa rencontre, mais à peine suis-je à sa hauteur qu’il m’aboie dessus :

– Je vous avais demandé de m’attendre à l’intérieur !

Il m’adresse un regard noir, m’attrape le coude et tourne les talons pour repartir d’où il vient.

OK… Moi qui voulais nous faire gagner du temps, je suis ravie. Adonis parle, mais uniquement pour grogner.

Je le laisse me traîner, complètement dépitée par la perspective de passer le reste de ma journée en sa compagnie. Mais en voyant vers quelle voiture il s’avance, ma bonne humeur remonte en flèche.

Je suis fan de voiture depuis que je suis toute petite. Mes sœurs et moi avons été élevées par mon père après le départ plus que précipité de ma mère pour les bras d’un autre. Il avait toujours voulu des garçons au lieu de ça, il a eu trois filles dont des jumelles le deuxième coup pour bien le décourager d’une nouvelle tentative d’avoir un garçon. Donc même si nous sommes des filles de la racine de nos cheveux méchés jusqu’à la pointe de nos escarpins griffés, nous savons aussi jouer au foot et démonter un moteur et le remonter en un tour de main. Les voitures de sport n’ont aucun secret pour nous. Alors quand je vois le magnifique roadster Mercedes AMG GT vers lequel Noah se dirige, je bondis littéralement de joie.

Il est peut-être grognon, mais il a de bonnes manières. Il m’ouvre la portière pour que je m’installe.

N’ayant pas envie de me gâcher la journée, je tente une nouvelle approche pour essayer de lui rendre le sourire, dans l’espoir qu’il en est déjà eu un. J’attends qu’il fasse le tour et qu’il s’asseye à son tour.

– Jolie voiture, dis-je quand il met le contact.

– Quoi ? Vous trouvez qu’elle fait trop mec ! s’agace-t-il.

– Non, je la trouve…

Il s’insère dans la circulation et sans me jeter un regard reprend ses sarcasmes :

– Laissez-moi deviner, vous avez une Mini Cooper ou non, une Fiat 500 ou une nouvelle DS rose bonbon.

Non, mais pour qui se prend-il ? Il se permet de me juger alors que nous ne nous connaissons que depuis trente secondes.

– J’ai une Porshe 911 S coupée 1971, annoncé-je très fière de mon effet.

Un type comme lui ne s’attend pas à ce qu’une femme possède une telle voiture de sport. Il ouvre la bouche pour encore me faire un reproche sûrement, mais la referme finalement sans oser.

Et même si je viens de m’acheter une Audi A1 d’un joli blanc nacré, je me garderais bien de lui dire. Puisque pour lui avoir une voiture petite et facile à manier à l’air d’être un crime de lèse-majesté. Je suis une fille et je le revendique, si ma voiture est féminine je ne vois pas le problème, il est tellement arrogant !

La Porsche appartenait à mon mari et si la conduire me faisait me sentir près de lui, depuis quelque temps, c’est devenu trop difficile.

Nous roulons plusieurs minutes dans un silence gêné. Le soleil du petit matin laisse peu à peu place aux nuages. Je déteste faire les reconstitutions de meurtres par temps maussade, ça rend les choses encore plus macabres qu’elles ne le sont déjà. Enfin vivant de nouveau à Paris, je suppose qu’il me faudra m’y habituer.

– Merci…dit Noah sur un ton d’excuse en me regardant du coin de l’œil visiblement embarrassé, en réponse à mon compliment sur sa voiture.

– Je n’ai pas eu le temps de passer au bureau prendre un véhicule de fonction, demain nous serons moins identifiables.

Je le regarde un peu surprise. Déjà par le fait qu’il me parle sans m’aboyer dessus, mais aussi par le fait que ce petit joujou puisse lui appartenir, c’est un modèle qui doit valoir trois fois mon salaire annuel.

– Quoi ? me demande-t-il au bout d’un moment.

– Non rien, je m’étonne seulement qu’un officier des forces de l’ordre puisse se payer une telle voiture.

Il sourit rapidement.

– Je ne suis pas flic.

Quoi ? Là, je commence à paniquer, je pensais que c’était un agent de police envoyé par mon père, du coup, je n’ai même pas pris la peine de vérifier son identité.

– Mais…je cherche mes mots et la poignée, prête à devoir sauter de la voiture…je croyais que c’était mon père qui vous envoyait.

– C’est le cas. Je dirige une agence de renseignement et de sécurité. Je connais votre père depuis un petit moment, il m’a demandé si je pouvais lui rendre un petit service.

Je l’observe attentivement pendant qu’il me parle et qu’il a les yeux rivés sur la route. Machinalement, je souris.

– Quoi ? me demande-t-il de nouveau. Pourquoi souriez-vous ? Cela ne vous dérange pas finalement que je vous suive partout ?

Je me reprends, étant toujours en train de le regarder et de sourire niaisement. Je tourne la tête vers ma portière.

– Oh si, mais je me disais que si vous arrêtiez de m’aboyer dessus, nous pourrions peut-être nous entendre.

– Je ne suis pas là pour être votre ami, Madame la juge, mais uniquement pour votre sécurité.

Je croise les bras sur ma poitrine comme une petite fille contrariée.

– OK, vous aboyez et je parle, peu importe.

Noah me jette un rapide coup d’œil, mais n’ajoute pas un mot. Cela m’aurait étonné.

Le reste du trajet se fait dans le plus strict des silences. Je ne comprends pas pourquoi mon père n’a pas fait appel à ses services. D’accord cela ne serait pas vraiment très approprié d’attribuer des ressources de l’État dans le seul but de rassurer ses angoisses. Pourtant, aller jusqu’à embaucher une agence pour cela, je trouve la manœuvre un peu extrême, même venant de mon père. Il y a anguille sous roche…

Arrivée dans mon bureau, je retrouve comme tous les matins depuis mon entrée en fonction, mon greffier qui m’attend avec ma tasse de thé fumant. Je ne sais pas comment il fait, peu importe l’heure où j’arrive, je peux être sûre qu’il sera à exactement deux pas de la porte, ma tasse dans une main, mes messages dans l’autre. Peut-être a-t-il le même instinct que les chiens qui sentent leur maître arriver plusieurs minutes avant qu’ils ne rentrent.

– Fa…Brice, comme tous les matins, je bute sur son prénom.

– Fabien, me corrige-t-il encore.

– Je vais finir par m’y faire, promis. Je vous présente Noah Berger, il est chargé de me garder à l’œil.

Fabrice (non ? Bien que voulez-vous, il a une tête de Fabrice, je n’y peux rien) me regarde l’air dubitatif.

– Laissez tomber, une idée de mon père, sachez juste qu’il sera mon ombre jusqu’à nouvel ordre.

Les deux hommes se saluent pendant que je gagne mon bureau. Puis notre routine commence. Mon greffier m’énonce mon emploi du temps pendant que je regarde rapidement mon courrier et mes messages en soufflant sur mon thé.

 

Nous arrivons sur les lieux de la reconstitution avec quelques minutes de retard, par ma faute. J’ai insisté pour que l’on se gare dans un parking sécurisé, Noah voulait se garer avec tous les autres véhicules de police, mais je me serai flagellée jusqu’au sang s’il était arrivé malheur à cette fantastique voiture. Donc nous avons dû marcher plus que prévu.

– Ce n’était vraiment pas nécessaire, râle encore Noah quand nous franchissons le barrage de sécurité.

Je m’apprête à expliquer sa présence, mais il montre une habilitation et le fonctionnaire le laisse passer sans que j’aie à ouvrir la bouche. Humm…bizarre…qui est vraiment ce type ?

– C’est vraiment ridicule…maintenant tous les regards se portent sur nous. C’est déstabilisant pour moi, râle Noah.

– Vraiment, je préfère qu’elle soit dans un parking, s’il lui arrivait quelque chose, je m’en voudrais énormément.

– Ce n’est qu’une voiture.

Je m’arrête net.

– Qu’une voiture ! Je hausse le ton, outrée. C’est une Mercedes Benz AMG GT V8, 510 chevaux, 3982 cm3, 7 rapports ! Ce n’est pas qu’une voiture. Ne blasphémez pas, s’il vous plaît.

Il me regarde les yeux légèrement écarquillés, un léger sourire étire ses lèvres, amusé.

– Faites attention, vous allez sourire, dis-je en reprenant de marcher.

– Certainement pas, répond-il cette fois-ci en souriant franchement.

Il est vraiment très, très beau quand il sourit ainsi.

– Madame la juge… Clothilde, bonjour.

Monsieur le procureur de la République Guichard s’avance vers moi à pas rapide, un grand sourire aux lèvres.

Je lui serre la main qu’il me tend, ne pouvant m’empêcher de penser que je le trouvais plus beau dans mes souvenirs, c’est comme s’il avait perdu de son charisme maintenant qu’il est face à moi.

Je fais rapidement les présentations entre Noah et Antoine et la reconstitution commence.

 

 

 

 

3.

 

 

 

Décidément cette affaire est vraiment glauque. Comment une femme d’un aussi petit gabarit aurait-elle pu tuer, découper et transporter le corps de deux hommes plutôt bien en chair et les jeter dans la Seine.

Elle a beau avoir tout avoué, il ne faut pas avoir fait maths sup’ pour voir qu’il y a un loup.

– Quelque chose ne va pas ? me demande Noah sur le chemin du retour, et sans aucune agressivité.

Nous sommes en progrès.

– C’est cette affaire, il y a quelque chose qui ne colle pas. Elle fait à peine 1 m 50 et 40 kg toute mouillée et elle veut nous faire croire qu’elle a pu faire ça toute seule. Je n’y crois pas, mais pas du tout.

En guise de réponse, je n’ai le droit qu’à un hochement de tête, il ne m’en faut pas plus. Je passe le reste du trajet à lui exposer mes doutes.

Comme à chaque fois qu’il y a quelque chose qui me travaille sur un dossier, je repasse les pièces du dossier en revue les unes après les autres, mais au lieu de le faire mentalement, je le fais de vive voix.

Je ne remarque même pas que nous sommes arrivés avant que Noah ne descende de voiture et vienne m’ouvrir la portière.

– Je savais bien que votre silence cachait quelque chose, ironise-t-il.

Aurait-il aussi de l’humour ?

Pour une fois, n’étant pas seule pour l’heure du déjeuner, je décide de sortir. Comme depuis le matin Noah est en mode professionnel et ne me parle qu’avec des monosyllabes, je fais la conversation pour deux. La technique avait fait ses preuves plus tôt et étant une vraie bavarde, cela ne me dérange pas au contraire ça me détend.

Dans l’espoir de lier si ce n’est des rapports amicaux tout du moins cordiaux. J’entreprends de me présenter en lui racontant ma vie. Nous en sommes au dessert, crêpe au Nutella pour lui, au chocolat pour moi, et les seuls mots qu’il ait prononcés sont ceux de sa commande qu’il a donnée au serveur, alors que moi, j’en suis à lui raconter mon mariage.

– Si vous aviez vu, ces fleurs étaient magnifiques, je n’avais jamais vu des pivoines aussi belles. C’est aussi pour ça que nous nous sommes mariés en juin, j’adore les pivoines et j’en voulais pour mon bouquet. Philip en portait une à sa boutonnière, une blanche. Je peux encore sentir son parfum. Il était tellement beau dans son costume…

Je sens une larme rouler sur ma joue, je l’essuie machinalement.

– C’est la plus belle journée de ma vie.

Malgré les larmes qui sont inévitables quand je me souviens de ce jour, je souris à Noah qui me rend mon sourire, un peu mal à l’aise.

– Je n’en doute pas, prononce-t-il dans sa barbe avant d’enfourner sa dernière bouchée de crêpe.

– Je suis désolée, vous devez me prendre pour une folle. Je ne vous connais que depuis quatre heures et je vous raconte ma vie et maintenant, je pleure. Je suis idiote, excusez-moi.

Je me lève et prends l’addition pour aller régler au comptoir. Il s’essuie rapidement la bouche, se lève à son tour et me prend l’addition des mains.

– Je ne vous trouve ni folle ni idiote, me dit-il avant d’aller payer.

Ce mec est une vraie énigme. Il ne parle quasiment jamais, mais le peu de fois où il le fait, il fait mouche.

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