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Terres promises

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Un soir, cinq personnages qui ont fait un long voyage arrivent successivement dans la « demeure aux quarante jardins ». Ils viennent de Beyrouth, de Roumanie, d’Irlande, d’Allemagne, d’Afrique. Mis en danger par ce labyrinthe où circule tout un monde invisible, ils se saisissent de leur désespoir, déchirent leur identité, donnent naissance à des êtres inconnus d’eux-mêmes.

Avec eux, Roland Fichet nous entraîne, de déchirement en déchirement, vers l’extase.


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TERRES PROMISES
PERSONNAGES
LÉA V. CALOUME,dite LOUME SÖREN LAVIK ANA TERYADI,dite LA YORRE DE PUTRA
THOMAS KELVIN
ABELLE GORN LAZARE LE PAPE JEAN XVI
MONSIEUR PIERRE La pièce a été écrite entre janvier et mai 1988 à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon au cours de la première résidence d’écr itures théâtrales organisée par le CIRCA et Théâtrales. Quatre autres pièces y ont vu le jour : Croisades de Michel Azama,Où vas-tu Jérémie ? de Philippe Minyana, Désert, désertJeanPierre Renault et de La Tentation d’Antoine d’Yves Reynaud. Toutes ont été publiées aux Éditions Théâtrales en janvier 1989.
Elle a été lue et mise en espace réel le 16 juillet 1988 dans la Cave du Pape de la Chartreuse par les comédiens sortant du Conse rvatoire : Valérie Dréville, Isabelle Mazin, Luce Mouchel, Vincent Nem eth, Denis Podalydès, Éric Vignier, avec la participation de Michel Azama.
Elle a été créée à Rennes au Théâtre National de Br etagne le 12 janvier 1993, dans une mise en scène de Robert Cantarella, avec Christophe Brault, Claire-Ingrid Cottenceau, Luc-Antoine Diqueiro, Serge Le Lay, Annie Lucas, JeanMichel Noiret et Fabienne Rolaboy.
La présente édition est réalisée à l’occasion de la création de la pièce par la Compagnie du Cartel à la Chartreuse, dans le cadre du Festival d’Avignon, le 8 juillet 2000 (voir distribution, p. 58).
Tout se passe dans un lieu nommé Demeure-Aux-Quaran te-Jardins. Les personnages arrivent dans le premier jardin. Ce pre mier jardin ouvre sur d’autres jardins qui ouvrent sur d’autres jardins q ui ouvrent sur d’autres jardins. Il ouvre aussi sur la maison. Il y a des portes, il y a des colonnes. La Demeure-Aux-Quarante-Jardins se trouve au bord d’un grand fleuve. Les personnages ont fait un long voyage ; ils vienn ent de Beyrouth, de Roumanie, d’Irlande, d’Allemagne, d’Afrique. Ce sont tous des Européens. Ils viennent tous de loin, sauf Sören Lavik qui est déjà là. Ils arrivent le soir. Les personnages ne parlent jamais hors de toute dem ande. Ils cherchent à
qui ils parlent quelquefois, souvent même, mais ils parlent à quelqu’un. Leur parole est convoquée par une « présence absente ». Ils parlent inspirés et aspirés. Ce qu’ils disent et ce qu’ils entendent le s modifient et modifient les autres. La mise en mouvements (intérieurs et extérieurs) est de plus en plus intense. (Le public représente bien « la présence a bsente » dont il est question ici. Les acteurs ne le voient pas mais ils le sentent et jouent pour lui, aspirés par lui. Monsieur Pierre est ce public et a ussi le metteur en scène. Peut-être se trouve-t-ïl dans le public quand il n’est pas dans un des quarante jardins.) Monsieur Pierre rôde, invisible et visible. Il a ap pelé dans ce lieu chacune des personnes qui s’y présentent. Il les accueille à sa façon. Sören Lavik le voit. Sören Lavik agit sous son contrôle. Au-dessus de Monsieur Pierre, il y a peut-être encore quelqu’un de plus invisible : la F issure Infinie. Sören Lavik est l’architecte d’un projet et d’une stratégie inspirés par Monsieur Pierre.
1. SÉDUCTIONS
Sören Lavik embrasse son décor, sent l’univers qu’i l a sculpté, hume l’ambiance, se prépare… Monsieur Pierre se manifest e. Léa V. Caloume entre. Elle arrive de Beyrouth. Sören Lavik s’efface. LOUME.– Pas de problème personne ne l’a violée. Elle fait bien attention elle repère le scélérat sous les traits du vieillard distingué avec une ou plusieurs décorations. Elle est pas bête Léa V. Caloume la gu erre elle connaît et les hommes ! Alors la voilà la Demeure-Aux-Quarante-Jar dins elle est grande elle est belle ! Il leur faut du temps et de l’instruction pour parvenir à un haut degré de méchanceté ils savent donner des noms très chics à leur génie de la méchanceté le machiavélisme par exemple ils atte ignent des sommets… sur le tard ! méfiez-vous des vieux ! Léa V. Caloum e ne s’est pas assez méfiée Manuel Cabarone El Kner l’a humiliée pour lui elle a tant fait ! C’est ici que Léa V. Caloume va vivre elle va répéter toute l a journée pour se rassurer : quelle magnifique demeure ! Il n’y a vra iment personne ou quelqu’un qui est caché m’entend ? Il y a toutes les âmes qui m’entendent un peu de tranquillité ne fait pas de mal. Dans la ville d’où elle vient très loin au bord de la Méditerranée le taux de nocivité d’un ch rétien est équivalent au taux de nocivité d’un musulman jamais ça ne s’annule ça s’additionne c’est ça qui est dommage. Il y a deux moyens de s’élever au-dessus du malheur grandir beaucoup beaucoup devenir une princesse trè s haut dans le ciel ou diminuer les autres les réduire à sa merci aucun des deux moyens n’est à la portée de Léa V. Caloume elle a fui elle est parven ue jusqu’à la Demeure-Aux-Quarante-Iardins elle ne croyait pas qu’elle existait Monsieur Pierre lui a dit qu’elle existait. Elle dit ELLE en parlant d’elle. Elle ne sait pas parler d’elle autrement elle est schizophrène.
Sören Lavik survient.
SÖREN LAVIK.– Comment peindre l’herbe ? Vélasquez p eint les cheveux avec la tête il peint la tête poussant les cheveux et les cheveux tirant la tête vous comprenez ? Pour l’herbe il faut peindre la te rre qui nourrit l’herbe en même temps que l’herbe vous comprenez ? C’est comme un cheval qui saute une herbe qui pousse ou des cheveux sur une tête Vélasquez le savait Constable aussi. Vous vous rappelez « the leaping h orse » le cheval qui saute ? Comment peindre ce qui s’élève en nous ? Il y a quelque chose qui est caché et quelque chose qui est montré dans la p einture comme dans toute vie. Bienheureux peuples où l’art et la vie s e touchent les pouces se croisent les doigts et les décroisent pas pour jouer le mystère du monde pas pour le saisir pour en jouir. Il y a quelque chose qui est caché et ce qui est montré c’est de l’invisible vous comprenez ? Vous s avez ici les dents poussent les bouches s’ouvrent les oreilles et les nez se creusent ça inspire. Vous savez ici c’est vous moi n’importe quel homme ou quelle femme seul
dans une pièce. Une fois seul dans la pièce ce qu’o n est dehors tombe par terre et qu’est-ce qui reste ? Intéressant à peindre ce qui reste : un homme mûr dans des langes par exemple ou la voix de Monsieur Pierre murmurant MON FILS TU VIS DANS UN SOURD DÉSESPOIR. Vous vous rappelez ? Peindre cette voix le grain de cette voix et en la peignant peindre aussi ce qu’elle dit. Est-ce que vous vivez dans un sourd désespoir madame ?
LOUME.– Est-ce qu’il faudra faire la cuisine ? Elle n’aime pas faire la cuisine. Dans cette ville bourrée d’otages et de sacs de sable elle ne faisait jamais la cuisine c’était un petit Libanais bon cuisinier bie n content de servir une Française. Elle a un nom comme les Américains : Léa V. Caloume comme John F. Kennedy ou Francis S. Fitzgerald le V. c’es t un deuxième prénom : Violette. Léa Violette Caloume c’est trop. Tout le monde dit Loume ça raccourcit beaucoup Loume c’est mignon.
Ana Teryadi dite la Yorre de Putra entre. Elle arrive de Roumanie via Paris.
LA YORRE DE PUTRA.– Si vous m’offrez à manger offrez-moi de la viande. Ils ont envahi le siège du parti réclamé du pain ch anté des chansons j’ai chanté avec eux c’était joyeux. Le troisième hiver sans chauffage sans électricité sans essence tout est fourni en toutes petites rations dans toutes les bouches il n’y a que des dents serrées qui ne servent plus la viande c’est du gras de porc des pattes maigres des abats de poulet il faut tout jeter c’est plein de merde le beurre a disparu. Si vous m’offre z à manger offrez-moi un rôti de bœuf ou des côtes de mouton grillées je vous en prie. Mon père était très francophile la France ! la France ! Il disait toujours ha la France ! Là-bas vous pouvez vous acheter des enfants mais une tasse de café impossible. Elle regarde Loume. O l’admirable anatomie ! Quand ce Français a dit ça dans mon pays je venais de traverser les Carpates avec les enfants j’étais épuisée en guenilles j’ai pensé qu’à Paris on avait du regard pour les a natomies. Je suis ventriloque aussi j’ai dit. Je suis partie avec lui j’ai abandonné les enfants ils n’étaient pas à moi.
LOUME.– Elle vient de loin elle aussi.
LA YORRE DE PUTRA.– Comme vous êtes drôle ! Ce qui en France m’a tout de suite mise en émoi c’est la salacité des ho mmes. On se sent compromise. Tout de suite j’ai vu ça dans les yeux de Monsieur Pierre et après les mains des hommes tenant des verres dans les cabarets ou portant des drapeaux j’ai eu peur les mains des hommes qui allument des cigarettes caressent des boules de billard pointent des cannes brandissent des cierges sortent des stylographes offrent des roses. Ils en ont plus à Paris les hommes des mains que partout dans le monde elles ne servent qu’à une chose : affoler. J’ai eu peur et j’ai eu envie j’ai eu envie… Ces mains que j’ai prises et que j’ai collées sur mon petit ventre ces mains que j’ai prises et que j’ai adorées je suis allée les chercher jusque dans les églises.
SÖREN LAVIK.– Soyez la bienvenue dans la demeure de Celui qui vous a distinguée. Vous aussi princesse.
LA YORRE DE PUTRA.– Alors c’est vraiment ici. C’est drôle. Très drôle. LOUME.– Elle se méfie. Tous mes amis sont des salauds elle se prend pour Marie-Antoinette elle croit à la métempsychose elle est schizophrène. – Tiens elle a dit tous MES amis sont des salauds elle se p rend pour Marie-Antoinette elle aurait dû dire tous SES amis sont d es salauds je me prends non elle se prend… elle est déjà en voie de guériso n… déjà ! alors il suffit d’arriver ici. – Ils n’ont rien de plus pressé que de devenir des salauds on les paye pour ça. Les gens deviennent des salauds volontairement avec joie ça rapporte beaucoup ça doit être dans les chromosomes la capacité à devenir un salaud avec joie doit faire partie du programme génétique. Le déséquilibre est devenu tellement grand qu’elle a cru basculer. Ici c’est le bord du précipice ? Est-ce qu’ici c’est le bord du précipic e ? Elle n’est pas d’accord avec ce qu’ils disent de la schizophrénie elle la c onnaît de l’intérieur le monde entier est dans Léa V. Caloume Léa V. Caloume est une toute petite personne pourtant le monde entier l’habite. Dans la ville d’où elle vient les gens se battent dans toutes les rues pour fournir des images à la télévision.
SÖREN LAVIK.– Le vieux Swift nu devant son miroir n e devait plus voir qu’une condensation de lui-même d’une pureté rare e t il murmurait : pauvre vieillard ! Le vieux Swift était beau tout entier d isponible tout entier dans le regard de l’artiste vous comprenez ? Avez-vous sent i madame votre disponibilité toute fraîche ? Ici c’est un pays qui repose. LOUME.– Non elle n’a rien senti elle ne sent rien. LA YORRE DE PUTRA.– Ça vibre je sens que ça vibre c ’est la passion qui frémit n’est-ce pas ? C’est bien de dire ça ? La pa ssion dans les choses qui frémit...
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