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Toi + moi = désastre assuré

De
250 pages
Élisha, pétillante et têtue, vit à cent à l’heure en attendant de décrocher le job de ses rêves. Ben, lui, ne pense qu’à sa carrière d’avocat sur le point de prendre son envol.
Tout les oppose, si ce n’est leur désir d’avoir toujours le dernier mot. Rien ne devait les réunir, et pourtant, après une rencontre explosive, leurs chemins ne cessent de se croiser. Dès le premier regard, ils se détestent. Selon Élisha, il a déboulé de nulle part. Pour Ben, elle est celle qui a embouti sa précieuse voiture. Le bras de fer a commencé… Qui des deux résistera le plus longtemps  ?
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Couverture : © Shutterstock / De benik.at
© Hachette Livre, 2017, pour la présente édition. Hachette Livre, 58 rue Jean-Bleuzen, 92170 Vanves.
ISBN : 978-2-01-700787-6
And I’m thinking’bout how people fall in love in mysterious ways… Ed Sheeran
This love has taken its toll on me… Maroon 5
1.Élisha
Juchée sur mes talons – des Jimmy Choo en daim gris « crépuscule », rapportés de New York par mamie Lindy – je prends le temps de respirer un grand coup. Voilà. Au moins, j’ai passé l’épreuve de l’entretien d’embauche, mais je n’ai pas plus de certitudes sur mon avenir professionnel qu’en début de matinée. Avec un peu de chance, d’ici quelques mois, j’intégrerai l’équipe des enseignants d’une école privée du cinquième arrondissement de Paris. Une sacrée veine pour moi. Depuis plusieurs années, je fais des vacations de quelques semaines au maximum, un collège par-ci, un autre par-là, et cet établissement représente une aubaine car je me pose, enfin. La cerise sur le gâteau, si j’obtiens le poste : plus de longs trajets à effectuer d’un bout à l’autre de l’hexagone, fini les embouteillages aux quatre coins de l’Île de France, mon potentiel futur job se trouvant à six cents mètres de chez moi. Je pousse un grognement de dépit : cette journée au rait pu être parfaite si le soleil n’avait pas brusquement eu la bonne idée de faire grève et de se tirer aux Bahamas, remplacé au pied levé par… une averse monumentale. Heureusement pour moi, j’ai eu l'instinct de mettre un jean et une veste légère avant de me rendre à mon entretien d’embauche. Mes pauvres chaussures en seront pour leurs frais car j’ai bien peur que, malgré le traitement imperméabilisant, elles finissent complètement ruinées. Je décide donc de courir – enfin trottiner serait plus juste avec des talons de dix centimètres – jusqu’à mon immeuble. Ce qui n’est pas non plus trè s aisé, quand on sait à quel point la rue Mouffetard où je vis est en pente – ce qui m’a d’ailleurs valu de me tordre au moins trois fois les deux chevilles rien qu’en la descendant. Une fois arrivée dans mon nid douillet que je partage avec ma grand-mère – enfin partager est un bien grand mot ; disons que Gran me laisse la jouissance de son pied-à-terre parisien – je décide de m’affaler sur le canapé Chesterfield et de laisser la télé faire la conversation avant d’aller prendre mon service du soir. Américaine de souche, Gran vit les trois quarts de l'année aux États-Unis et vient en France deux fois par an pour nous rendre visite, la plupart du temps à Noël et pendant les mois d'été. Avant, elle restait plus longtemps, c’est d’ailleurs pour cela qu’elle avait acquis un appartement dans la capitale pour « passer plus de temps avec sa famille », comme elle disait. La véritable raison tenait en deux syllabes : Roger, son amoureux. À sa mort, il y a sept ans elle est repartie pour New York en me laissant les clés de s on logement, avec pour seule consigne d’en prendre soin pendant son absence. Une véritable aubaine pour moi qui avais craint à l’époque devoir chercher un nouveau logement ou pire, retourner dans le giron paternel. Justement, Gran est de retour dans la capitale pour deux mois, je suis ravie de la retrouver, ses conseils et nos moments ensemble m’ont énormément m anqué. Nous comptons bien rattraper le temps perdu durant ses quelques semaines à Paris, mais aujourd’hui, c’est à Daddo – surnom donné à mon père par mes soins quand j’étais petite – de profiter du retour de sa mère. C'est pourquoi je lui ai proposé un peu plus tôt dans la matinée de le remplacer au pub dont il est le propriétaire. J’y bosse régulièrement, tout comme mon frère Jonas. Là encore, « travailler », c'est vite dit, nous donnons simplement un coup de main. Ce n’est pas tant dans l’optique de gagner de l’argent que de nous retrouver régulièrement. Nous vivons confortablement grâce à l'héritage laissé par notre mère, une assurance-vie dont notre père et nous sommes les bénéficiaires. Pas de quoi nous transformer en milliardaires, mais simplement, avec cela, Daddo a fini de payer le pub et a placé le reste, nous assurant à Jo et moi une rente confortable. Bref. Malgré nos sept ans d’écart, Jo et moi sommes très proches et il ne se passe pas une semaine sans que nous nous voyions, quand ce n’est pas le cas, nous nous téléphonons. Peut-être la mort de notre mère, survenue plus de vingt ans plus tôt, n’est-elle pas étrangère au fait que nous soyons si soudés ? Qu’importe la raison, j’adore mon frère et il me le rend bien. Le plus souvent un peu trop. Parfois, j'ai l'impression qu'il oublie que j'ai vingt-sept ans. Pour lui je reste la petite Éli, l’ombre qui le suivait où qu’il aille, celle qu’il a protégée des garnements, celle qu’il a réconfortée pendant ses peines de cœur, celle qu’il a serrée affectueusement en la faisant virevolter lorsque j’ai décroché mon
bac. Jonas est mon grand frère adoré, mon roc, mon point d’ancrage. Comment en suis-je venue à vivre avec mamie Lindy ? C’est arrivé petit à petit, au fil du temps cela m’est apparu naturel. Enfin, ça, c’est la version officielle. À mon retour d’Angleterre, j’avais dix-sept ans. Mo n père et mon frère se sont mis à veiller sur moi, presque jalousement (pas de petit copain, sorties accompagnées, couvre-feu à 22 h) alors que jusque-là, éloignée dans un pensionnat à l’étranger, et ne revenant que pour les fêtes et les vacances scolaires, j’avais pris l’habitude de ne compter que sur moi-même, du coup je me suis sentie un peu étouffée par l’affection et la prévenance de Daddo et Jo. J’ai vite eu besoin de mon indépendance, de respirer librement, ce qui était plutôt difficile puisque nous habitions un trois-pièces un peu exigu de cinquante mètres carrés situé juste au-dessus du pub. Pas simple de me faire une place, entourée de deux bonshommes qui tenaient le plus souvent de l’ours, notamment au point de vue du caractère, d’autant que j’étais du genre fantasque, extravertie, expansive, explosive… une ado de sexe féminin en so mme ! Ma grand-mère a fait une mauvaise chute. Rien de bien méchant, mais son bras dans le plâtre l’empêchait de « s’occuper de ses affaires » comme elle disait. C’était inespéré. Ô ! Ce doux espoir d’échappatoire à l’ambiance pesante de la maison paternelle ! J’ai donc proposé à mamie de venir l’aider et je lui ai bien fait comprendre que ce n’était pas QUE désintéressé, puisqu’en logeant chez elle, je me ra pprochais de manière indiscutable de la fac. Comme je n’avais pas à trouver un job payé au lance-pierre qui empièterait sur mes études, mon père n’y vit aucun problème. Ma grand-mère étant toujours entre deux avions, je disposais donc d’une très grande indépendance. Lorsqu’elle était à Paris, mamie Lindy, loin de se monter terne et aigrie par l’âge, s’en donnait à cœur joie de faire la tournée des boutiques et des restaurants avec moi et me racontait ses péripéties new-yorkaises. Que rêver de mieux ? La solution gagnant-gagnant ! En outre, je me plaisais auprès de ma grand-mère : elle était cool. Du style à ne pas me demander pourquoi je sortais habillée comme ça (jean troué, t-shirt au décolleté plongeant laissant voir un bout de dentelle, maquillée comme une voiture volée ou pas loin), à ne pas m’imposer de couvre-feu (mais je devais l’appeler si je comptais rentrer ta rd et lui dire avec qui) et surtout du genre à m’écouter déballer mes états d’âme sans poser de questions avant de me donner des conseils sages et avisés. J’ai très rapidement trouvé mes marques dans ce nou vel environnement ainsi qu’un équilibre dans mes relations avec Daddo et Jonas. Au bout de huit ans, il est désormais établi que je n’en repartirai plus. Au grand dam de mon père qui aurait secrètement préféré garder sa petite fille éternellement auprès de lui, mais il ne l’avouerait que sous la torture. La sonnerie de mon téléphone portable me fait sursauter, j’émerge de mon demi-sommeil. Un rapide coup d’œil me suffit pour me rendre compte que si je ne me bouge pas les fesses je serai en retard. Et certainement, je me ferai houspiller par mon frère pour l’avoir lâchement abandonné un vendredi soir aux mains de clients fous furieux fêt ant le début du week-end. Je file donc sous la douche tout en me fustigeant intérieurement, s’il y a quelque chose que je déteste, c’est d’être en retard. Ce sera le cas si je mets plus de vingt minutes à reprendre forme humaine. Merde ! Mon frère ne va pas manquer de me le faire remarquer en lançant des piques toute la soirée, je l’adore, mais il ne se prive pas de me tacler si j’ai le malheur de commettre une erreur. Quinze minutes plus tard, je sors de la salle de bains, les joues rougies par l’eau chaude, mais habillée de pied en cap : jean, t-shirt Superman, cheveux ramenés en un chignon juste maintenu par une baguette chinoise, maquillage léger. Après avoir vérifié une dernière fois que je n’avais pas de morceau de salade coincé dans les dents risquant de diminuer mon capital séduction, je fonce dans le couloir pour sauter dans mes rangers, attrape mon sac, ma veste et mes clés de voiture et sors en claquant la porte. Je grimace en pensant à Mme Arlette, la voisine du dessous, qui ne va pas manquer de me faire une remarque de sa voix grinçante. Il y a quelques années, c’était une vieille dame charmante – du moins, c’est le souvenir que j’en ai – elle distribuait bo nbons et citronnade à tous les gamins du quartier, mais elle s’est transformée en mégère acariâtre dou blée d’un roquet, prête à bondir sur le premier venu, en l’occurrence moi, pour l’accabler de reproches jusqu’à ce que mort s’ensuive. D’après radio
quartier – les commères de l’immeuble assises sur le même banc sous le même arbre – Mme Arlette est extrêmement seule, sa famille lui ayant tourné le dos pour une question d’héritage. Son gendre et sa fille auraient voulu la faire déménager dans une maison de retraite de haut standing, mais la vieille femme aurait refusé net, les privant ainsi du confo rt de son appartement cossu. J’évite donc de la croiser. Dehors, je m’aperçois que le temps n’a pas changé depuis la fin de matinée, et, étant donné que je n’ai pas encore appris à passer entre les gouttes, je décide de prendre ma voiture garée non loin dans un garage privé. Je roule lentement, non seulement parce que le parking n’est pas une piste de formule un, mais surtout parce que je sais qu’une fois le portail automatique ouvert, je devrai me montrer vigilante concernant la sortie car elle débouche dans une artère très fréquentée. C’est le seul point négatif de mon quartier, ça et le fait que ma voiture ne soit pas au sous-sol de mon immeuble, mais à trois cents mètres. On ne peut pas tout avoir ! Déjà je vis rue Mouffetard à Paris – une rue animée par excellence – qui donne sur le Quartier latin, où j’adore me promener. Que demander de plus ? Que demander de plusà part un mec? La sonnerie du téléphone ne me laisse pas le temps de m’appesantir sur la quasi-inexistence de ma vie sen timentale. Je lâche le volant d’une main, farfouille dans mon sac posé sur le siège passager et en sors mon Smartphone pour savoir quel est le crétin qui ose m’appeler alors que je conduis. Merde, l’imbécile en question est mon frère. Double merde, s’il m’appelle, c’est qu’il y a un problème. Je décroche avec un juron pile au moment où j’arrive devant la sortie du parking. — Oui ? — Élisha, qu’est-ce que tu fous ? Dis-moi que tu es juste devant le pub ! gémit Jonas, l’air franchement désespéré. — Euh… Joker ? — Éli, tu crois que c’est le moment de plaisanter ? Tu es bientôt arrivée ? — Techniquement, oui, dis-je prudemment en roulant au pas pour déboucher dans la rue. — Tu te fous de ma gueule ? Il y a deux cars de Néo -Zélandais qui viennent de débarquer pour la retransmission du match de ce soir ! Je ne vais pas m’en sortir ! Tu es où ? me presse-t-il d’une voix qui monte dans les aigus, signe qu’il a atteint un niveau de stress quasi insupportable. — Je sors du parking ? tenté-je en fermant les yeux autant par agacement que par crainte des représailles auxquelles j’aurai droit une fois arrivée à bon port. Je n’aurais pas dû. Pas au moment d’arriver rue Monge. J’entends un crissement de pneus suivi d’un choc, ma voiture est légèrement déviée de sa trajectoire, ma tête projetée d’avant en arrière… je cale. Et merde ! Je viens d’avoir un accident !
2. Benjamin
Putain ! Ma caisse ! Je sors de ma voiture, j’en fais le tour et constate que l’aile avant droite de mon coupé Mercedes est enfoncée. Putain ! Je m’avance vers le véhicule – une mini datant d’une période antédiluvienne – qui vient d’emboutir le mien. Eh merde. J’aurais dû m’en douter : c’est une femme au volant, autant dire un danger public. Bien sûr c’est à moi que ce genre de chose arrive… à se demander comment elle a eu son permis celle-là, si ce n’est en faisant une gâterie à l’examinateur. Je toque rageusement au carreau de la criminelle pour lui intimer l’ordre de sortir de son pot de yaourt. C’est à peine si elle tourne la tête. C’est vraiment pas de bol. Le jour où je pouvais enfin rentrer chez moi à une heure normale, il faut que j’aie un accident ! J’ai quitté le bureau une heure avant, fais un crochet dans un resto thaï pour me prendre mon repas que je prévoyais de mange r devant le match de Rugby. Ça fait des semaines que je rentre chez moi à pas d’heure à for ce d’étudier des dossiers et préparer des plaidoiries en tout genre ! Et quand enfin, j’arrive à me libérer plus tôt il faut qu’une folle me fonce dessus ! La fille n’a toujours pas bougé. Elle attend quoi, bordel ? À ce train-là, je vais arriver chez moi pour le coup de sifflet final. Il en est hors de qu estion ! Je cogne à nouveau sur sa vitre, sentant u ne boule d’impatience grandir en moi. — Hé, là-dedans ! Vous comptez sortir un jour ? — Oh, ça va, hein ! siffle la femme. Cette fois-ci, j’ai fait mouche, la nana a enfin réagi. Je me pousse sur le côté lorsqu’elle ouvre d’un geste brusque sa portière qui émet un grincement pathétique. Elle s’extirpe de sa voiture de Playmobil en me fusillant du regard. Je la regarde plus attentivement. Petite, menue, mais avec des formes voluptueuses, elle est brune et plutôt jolie. Pas mon genre – je les préfère avec quelques centimètres de plus et sans l’option danger public –, mais elle a beaucoup de charme. Une bouche pleine, un petit nez et de grands yeux sombres. Des yeux qui passent du chocolat au noir. Des yeux qui, à l’heure actuelle, me lancent des éclairs. Si j’avais eu le temps, j’aurais été impressionné. Mais je suis crevé et mon match m’attend, plus vite je rentrerai, mieux ce sera. Elle me fixe droit dans les yeux, les joues rouges de colère, pas impressionnée le moins du monde par la mienne. — Ça ne va pas non ? Vous n’êtes pas un peu cinglé de taper comme un malade sur ma vitre ? Vous voulez me faire avoir une crise cardiaque ? Je vous rappelle que je viens d’avoir un accident ! — Justement, parlons-en… — Oui, c’est ça ! Dites, ça vous arrive de faire attention quand vous roulez ? — Pardon ? C’est vous qui avez embouti ma voiture ! — Quand vous avez passé votre permis, on ne vous a pas appris à ralentir avant une sortie de parking ? C’est de votre faute si… Ma fauteCette fille est sacrément gonflée ! Je roulais pépère, en respectant les limitations de ? vitesse, c’est elle qui m’a foncé dedans ! Une colère irrépressible monte en moi, je suis scandalisé au-delà de ce qu’il est possible de l’être et serre les mâchoires, m’enjoignant à garder mon calme. Je suis connu dans ma boîte pour être celui sur lequel tout glisse, alors autant faire honneur à ma réputation. — Ma faute ? Écoutez mademoiselle, si ce n’était que moi, les femmes ne conduiraient pas ! — Misogyne avec ça ? répond-elle en levant un sourcil. — Non, réaliste. Il est de notoriété publique que les femmes sont incapables de faire deux choses à la fois… Ses yeux lancent des éclairs, elle ouvre la bouche, offusquée. Elle semble réfléchir, certainement pour y aller de son petit commentaire, puis se ravise. À la place, elle me tourne le dos et fait le to ur de sa voiture. Surréaliste !
— Qu’est-ce que vous faites ? — Je regarde si mon véhicule n’a pas trop souffert du choc avec votre… veau, siffle-t-elle en désignant d’un air dédaigneux mon coupé Mercedes Classe E. — Votre… pot de yaourt l’a carrément cabossé ! rétorqué-je du tac au tac. — Vous n’allez pas pleurer ni vous rouler par terre ? Va falloir revoir votre gestion de la frustration, je crois, raille-t-elle. — Non. Vous demander de prendre cinq minutes pour le constat. C’est alors que la fille à la langue jusque-là bien pendue se met à se dandiner d’un pied sur l’autre, visiblement gênée. Je ne peux m’empêcher – question de déformation professionnelle, certainement – de m'interroger sur son attitude pou r le moins singulière. À tous les coups, ce n’est pas sa voiture. Vu le look de la fille, ça ne m’éto nnerait même pas. Mieux : elle n’a pas son permis. Je plisse les yeux et la regarde intensément. — Un problème, mademoiselle ? — Je… non… C’est juste que… — Que quoi ? C’est une voiture volée ? — N’importe quoi ! C’est bien la mienne, pour qui me prenez-vous ? — Vous vous dandinez. Sans parler de votre façon po ur le moins singulière de conduire, vous avez votre permis ? Il y a de quoi se poser des questions. — Et vous, vous avez le vôtre ? Écoutez, je suis en retard pour aller travailler… je m’y rendais quandVOUS m’avez percutée. Et je ne me dandine pas. On le fait ce constat, parce que je n’ai pas toute la vie ! réplique-t-elle en relevant le menton dans un sursaut de fierté qui, étrangement, me fait sourire. Je file chercher le formulaire dans ma voiture afin que nous le remplissions. Au bout de cinq minutes, nous ne sommes toujours pas arrivés à nous entendre sur les circonstances de l’accident, elle ne reconnaît pas être en faute. De guerre lasse, je décide de changer de stratégie. Faire mine de renoncer pour mieux contre-attaquer. — Bon, c’est simple : vous êtes en retard et moi j’ai envie de rentrer chez moi. Donnez-moi vos coordonnées pour que nous puissions trouver un moment plus propice, rétorqué-je avec mon plus beau sourire. Elle paraît peser le pour et le contre puis, m’ayant lancé un regard dubitatif, se détend. — Hum ! Vous êtes sûr ? me demanda-t-elle. — Ai-je l’air de plaisanter ? Bon, elle vient votre réponse ? Elle plisse les yeux, pince les lèvres, à n’en pas douter son arrogance revient au galop. — Pas la peine de vous montrer désagréable,Monsieur,dit-elle en appuyant sur le dernier mot. Je réprime un tic nerveux. Cette fille est une vraie emmerdeuse ! — Votre nom ! Pas le moins du monde apeurée, elle croise les bras et me regarde avec un demi-sourire, une lueur de défi dans les yeux. — Boop. Betty Boop. Si j’avais été un personnage de dessin animé, ma mâchoire se serait décrochée et serait tombée au sol devant cet affront. Cette fille, ce danger public, se paye ma tête et à en croire son sourire, elle y prend un plaisir immense. — Vous vous foutez de moi ? Vos papiers ! — Vous êtes flic ? — Non. Mais j’ai un problème avec les gens qui se moquent de moi. — Tant mieux ! Et moi avec ceux qui m’agressent !
Je sens la fatigue me tomber dessus comme une chape de plomb. « Betty Boop » m’a vidé de toute énergie et alors que je ne suis jamais à court de répliques cinglantes, je ne trouve rien à dire. Elle en profite pour s’engouffrer dans sa voiture. — Mais… mais qu’est-ce que vous faites ? bredouillé -je en sentant une espèce de panique m’envahir. Pas possible ! Cette furie va me filer entre les doigts ! — Bah… je vais au boulot ! J’ai assez perdu de temps avec vous ! — Et pour le constat ? —… débrouillez-vous avec ! me lance-t-elle goguenarde. —Vous devez bien avoir un numéro de téléphone ? je gémis, complètement effaré par son attitude. — Oui. Mais pas pour vous. Sur ces belles paroles, elle me fait un clin d’œil insolent, et démarre en trombe en me laissant sur le trottoir comme le dernier des abrutis. Elle arrache au passage le pare-chocs de ma voiture. Dans un dernier affront, elle me fait un signe de la main tout en klaxonnant. J’ai juste la force de trottiner derrière la délinquante tout en hurlant « connasse ! » L’instant d’après, je retourne vers ma berline, tente de fixer comme je le peux mon pare-chocs et remonte dans ma voiture, hébété. Je suis estomaqué par cet échange surréaliste, blasé, dévasté. Toute ma confiance en moi vient d’être balayée par une tornade d’un mètre soixante à tout casser… Et je n’ai même pas pensé à relever le numéro de sa plaque d’immatriculation… Quel con !