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Extrait
1. Une autre nuance de blanc


Tallulah dévide une litanie incessante de « Oh mon Dieu, oh mon Dieu ». Sur le trottoir, quelques personnes se sont retournées, l’air de ne savoir que faire. La femme continue de crier comme une diva d’opéra. Allongé au bord du trottoir, Jason ne bouge toujours pas.
Perçant à travers la panique, la liste des gestes de premiers secours me revient en mémoire. Un calme subit s’empare de moi. Avant de me lamenter, j’ai des choses à faire. Je prends même le temps de vérifier qu’aucun véhicule n’arrive avant de traverser la route.
– Qu’est-ce qui s’est passé ? gémit une femme en manteau de fourrure.
À son avis ?
Je m’agenouille près de Jason et pose une main sur sa joue. Il respire, ce qui est bon signe. Il ouvre les yeux, ce qui est encore mieux. Les larmes montent de nouveau, de soulagement cette fois. J’inspire un grand bol d’air glacé pour les refouler. Impossible de laisser libre cours à mes émotions maintenant. J’ai besoin de garder les idées claires pour gérer la situation. Jason a besoin de moi.
– Reculez, ordonné-je aux badauds qui commencent à s’attrouper.
L’oisiveté étant la mère de tous les vices, je distribue quelques directives, histoire d’occuper les troupes pour mieux me laisser les mains libres.

– Vous, appelez la police. Vous, allez voir le conducteur du véhicule. Vous, apportez-moi une couverture.
Le truc, c’est d’avoir l’air sûr de soi. En cas d’accident, tout le monde est paumé, prêt à suivre la première personne qui aurait l’air de savoir quoi faire. Tallulah m’a enfin rejointe et frissonne de façon incontrôlée.
– Tiens les gens à distance, s’il te plaît.
Avoir une tâche précise à accomplir permet également de surmonter l’état de choc. Je ne sais pas comment je peux penser aux paparazzis en un moment pareil, mais j’y pense.
– Kim, murmure Jason.

Bien, il peut parler aussi. Je pose un doigt sur ses lèvres, la gorge nouée.
– Ne parle pas et surtout, n’essaye pas de bouger. Les secours vont arriver.
Qu’il m’obéisse docilement est moins bon signe, en revanche. Je vérifie que les passants ont bien mis en place un système de signalisation de l’accident. Inutile de nous faire rouler dessus par un autre fou du volant. Heureusement, il semble y avoir quelques personnes compétentes dans le lot : des plots sont mis en place, deux hommes improvisent le contrôle de la circulation. J’entends déjà les sirènes. Bien. Tallulah me tend trois couvertures en laine polaire encore munies de leurs étiquettes. L’avantage d’être proche des boutiques. J’en recouvre soigneusement Jason.

Pas terrible avec la neige en dessous, mais ça fera l’affaire.
– Garde les yeux ouverts. Regarde-moi.
Un sourire railleur fleurit sur ses lèvres, vite déformé par une grimace de souffrance. S’il peut songer à plaisanter, ça ne doit pas être trop grave. Enfin j’espère. Le froid anesthésie la douleur et il n’a toujours pas bougé. Et si la colonne vertébrale était touchée ? S'il était en train de mourir sans que je m'en aperçoive ?
Que font les secours, bordel ?
Je cligne des paupières pour endiguer ma terreur et mes larmes. Pour l’instant, Jason est vivant et c’est tout ce qui compte. Je ne dois surtout pas lui montrer à quel point j'ai peur pour lui. Plusieurs camions se garent en travers de la rue, sirènes hurlantes. Flics, pompiers, la totale. Je resserre d’instinct les couvertures autour de Jason. Un pan lui dissimule le visage, au cas où. Les charognards ne sont jamais très loin.
Un pour Un
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