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Un ardent duel

De
160 pages
Pour Gigi Valente, L’Oiseau Bleu n’est pas un simple cabaret parisien dans lequel elle danse pour gagner sa vie, mais bien le seul endroit où elle se sente chez elle depuis la mort de sa mère. Alors pour rien au monde elle ne laissera le nouveau propriétaire, le puissant Khaled Kitaev, détruire ce lieu qui lui est si cher ! Au contraire, elle souhaite le convaincre de redonner au cabaret la splendeur qui le caractérisait autrefois et elle est prête à tout pour y parvenir. Malheureusement, le bras de fer s’annonce plus rude qu’elle ne l’avait pensé car, sous le regard intense de Khaled, Gigi ne peut s’empêcher d’être bouleversée. Elle semble y lire, en effet, la promesse d’un plaisir qu’elle n’a encore jamais connu…
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Couverture : Lucy Ellis, Un ardent duel, Harlequin
Page de titre : Lucy Ellis, Un ardent duel, Harlequin

1.

— Descends, Gigi ! Tu vas te casser la figure !

Suspendue à deux mètres au-dessus du sol, Gigi continua de grimper au rideau de scène et ne s’arrêta qu’une fois arrivée au niveau du haut de l’aquarium géant qui servait de cadre aux numéros de danse de la troupe. L’échelle de corde aurait facilité son ascension, mais on l’ôtait toujours dans la journée.

Agrippant l’épaisse paroi de verre, elle passa une jambe par-dessus et s’installa à califourchon. Ce genre d’exercice ne lui faisait absolument pas peur : elle avait grimpé à des hauteurs vertigineuses dès l’âge de neuf ans.

Un soupir collectif monta des coulisses. Lorsque Susie avait crié : « Khaled Kitaev est dans la salle », la pagaille avait été totale. Les danseuses s’étaient ruées sur leur rouge à lèvres tandis que Gigi contemplait l’aquarium en songeant à la vue fantastique qui s’offrait de là-haut.

En entrebâillant légèrement les rideaux fermés qui séparaient la scène de la salle, elle pouvait en effet apercevoir, de dos, et en pleine conversation avec la direction du cabaret, l’homme qui détenait leur futur entre ses mains — ainsi que trois types costauds un peu en retrait.

— Tu le vois, Gigi ? chuchota Susie. Il ressemble à quoi ? Raconte !

Grand, mince, un corps d’athlète… A cet instant, il se retourna et Gigi s’immobilisa en retenant son souffle. Elle l’avait vu en photo sur Internet, mais les photographes avaient loupé quelque chose : son air d’aventurier tout juste revenu d’une expédition polaire au fin fond des contrées arctiques…

Une ombre de barbe couvrait ses joues, ses cheveux noirs et brillants semblaient avoir été repoussés en arrière par une main impatiente, dégageant un visage aux traits virils, de hautes pommettes saillantes, un nez droit, des yeux enfoncés au regard sombre…

Un frisson la parcourut tout entière tandis qu’elle resserrait les doigts sur l’épaisse paroi de verre. C’était cet homme au charisme époustouflant qu’elle allait solliciter ? Il ne l’écouterait pas. A en juger par son aspect sauvage, il risquait plutôt de la dévorer toute crue.

— Alors ? Qu’est-ce qu’il se passe ? insista Lulu.

Juchée sur un haut-parleur retourné, son amie réussit à lui attraper la cheville.

— Je ne sais pas, chuchota-t-elle. Laisse-moi une minute et arrête de me tirer sur la jambe, sinon je vais vraiment tomber !

Lulu la lâcha aussitôt.

— Descends, Gigi ! Tu n’es pas un singe !

— Mais avant de redescendre, dis-nous ce que tu vois ! supplia Susie. Il est aussi beau que sur les photos ?

Gigi roula des yeux. Au lieu de comprendre que cet homme n’avait rien à faire d’un cabaret gagné au poker, ses nigaudes de collègues — Lulu mise à part — croyaient encore que ce milliardaire allait se choisir une heureuse élue parmi elles et l’enlever avant de lui offrir une vie de shopping illimité !

Sans doute intrigué par les murmures qui lui provenaient de derrière le rideau de scène, Kitaev leva les yeux ; si vite que Gigi n’eut pas le temps de se cacher. Son regard ténébreux croisa le sien, y demeura soudé. Puis Gigi entendit un bourdonnement envahir ses oreilles. Un petit halètement lui échappa : elle avait glissé de quelques centimètres sur le côté…

Deux choses se produisirent alors en même temps : Kitaev fronça les sourcils et, l’attrapant de nouveau par la cheville, Lulu tira.

Gigi sentit le moment précis où elle perdit l’équilibre.

2.

Apparemment, si l’on pouvait sans problème acquérir des immeubles entiers dans le Marais ou sur la côte d’Azur, malheur à qui osait toucher à un cabaret parisien en plein Montmartre ! En l’espace d’une semaine, Khaled semblait être devenu l’homme le plus détesté de la capitale française.

Pourtant, il se fichait de l’opinion publique. Non seulement son enfance difficile l’avait endurci, mais elle avait également développé sa capacité à se servir de ses poings — même si dorénavant il usait plutôt de son pouvoir et de son influence. Par ailleurs, il avait appris à ne rien prendre trop à cœur.

Ce détachement lui avait été fort utile. S’il s’était apitoyé sur son sort, il se serait probablement fait tuer avant d’atteindre l’âge de vingt ans. Mais ayant grandi vite et à la dure il avait survécu. Plus tard, il s’était épanoui à Moscou dans le monde impitoyable des affaires ; il savait comment obtenir ce qu’il désirait, sans jamais laisser les sentiments obscurcir sa raison.

Inutile de préciser qu’il représentait un mauvais parti pour les candidates au mariage, qui ne manquaient pas. Mais sa réserve ne signifiait pas pour autant qu’il ne s’intéressait pas aux femmes. Au contraire, son appétit était insatiable. Ou du moins, il l’avait été jusqu’à récemment.

Du jour au lendemain, Khaled avait mis un terme au défilé incessant de superbes créatures qui passaient dans sa vie — ou plus exactement dans son lit. Pas à cause d’une baisse de vitalité de sa libido, mais par pur ennui.

Il était un chasseur. Il lui fallait flairer une piste, repérer sa proie et s’en saisir. Ensuite, il se lassait très vite. Et depuis plusieurs mois, toutes les femmes l’ennuyaient. D’emblée.

Mais lorsqu’il leva les yeux et aperçut cette créature mystérieuse qui émergeait entre les rideaux de la scène, sa libido se réveilla. Qu’est-ce qu’elle fichait là-haut, bon sang ?

Durant les dernières semaines, Khaled avait dormi sous des tentes, dans des yourtes et des huttes. Il s’était baigné dans des rivières, avait mangé des conserves et de la viande grillée sur un feu de camp, quand ils pouvaient chasser. Peut-être était-ce à cause de ce régime qu’il était la proie d’une hallucination. Parce qu’il aurait été prêt à jurer que c’était la fée Clochette qui était perchée tout là-haut, moulée dans un justaucorps imprimé façon léopard.

Avant qu’il n’ait eu le temps de comprendre ce qu’elle pouvait bien fabriquer, l’étrange vision disparut. L’instant d’après, il entendit un bruit sourd, suivi de cris féminins étouffés.

— Vous n’allez pas voir ce qu’il se passe ? demanda-t-il aux frères Danton.

Encore sous le coup de la surprise de son arrivée inopinée, les deux directeurs transpiraient à grosses gouttes.

— Elles répètent, dit nerveusement Martin Danton.

Comme si cela expliquait tout ! Les gardes du corps de Khaled tournèrent les yeux vers la scène, s’attendant sans doute à voir un bataillon de danseuses sexy envahir l’espace à grand renfort de froufrous.

— Aimeriez-vous assister à une répétition ? enchaîna alors Jacques Danton, avec un peu trop d’empressement.

De toute évidence, les deux frères craignaient de voir leur entreprise passée au crible.

— Mes avocats prendront contact avec vous dès aujourd’hui, annonça-t-il avec calme. Je voudrais avoir une idée globale du fonctionnement de cet établissement.

— Nous sommes une institution parisienne, monsieur Kitaev ! s’exclama le duo en chœur.

— C’est ce que rabâchent les médias depuis une semaine, répliqua Khaled, toujours avec calme. Mais c’est d’abord et avant tout une entreprise.

A dire vrai, si la presse n’avait pas lancé d’odieuses accusations, le comparant à l’armée russe marchant sur Paris en détruisant ses charmants boulevards et pillant la culture française sur son passage, il n’aurait pas été là. Tout ce grabuge parce qu’il avait gagné un cabaret aux cartes ! Cabaret dont il entendait bien se débarrasser.

Alors qu’il s’apprêtait à prendre congé, une ravissante frimousse auréolée de boucles brunes passa son museau entre les rideaux rouges.

— Jacques…, chuchota la jeune femme.

— Oui, Lulu ?

— Il y a eu un accident. Une chute.

Levant les bras au ciel d’un geste théâtral, Jacques Danton marmonna un juron, puis s’excusa et se dirigea rapidement vers une porte latérale. Khaled s’avança alors vers la scène, avant de sauter dessus en s’appuyant d’une main.

— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, intervint Martin Danton en le rattrapant.

Sans se donner la peine de répliquer, Khaled repéra machinalement des câbles électriques qui pendaient, au détriment des règles de sécurité les plus élémentaires. Sans doute aurait-il suffi d’un contrôle pour faire fermer la boîte…

Puis il écarta les rideaux et la vit, étendue sur le sol à côté d’un aquarium géant. Au lieu de s’occuper d’elle, Jacques Danton s’en prenait à la jolie brune qu’il avait appelée Lulu un peu plus tôt. Choqué, Khaled écarta le directeur d’un coup d’épaule et s’agenouilla auprès de la fée Clochette.

Quand il se pencha au-dessus d’elle, il remarqua que ses paupières à la peau fine tressaillaient. Il en déduisit qu’elle jouait la comédie. Levant les yeux, il évalua la hauteur : même si elle était tombée, elle ne devait pas s’être fait grand mal.

A cet instant, une vingtaine de ravissantes créatures moulées dans du lycra allant du rose vif au bleu foncé, en passant par toutes les nuances de violet, l’entoura en chuchotant et gloussant. Amusé, il tourna brièvement les yeux vers ses gorilles, qui contemplaient bouche bée le charmant tableau.

Elles lui avaient tendu un piège, comprit Khaled. Mais ces danseuses paraissaient bien inoffensives… Celle qui était tombée restait immobile, le corps figé dans une posture peu naturelle. Cependant, ses paupières continuaient de la trahir.

— Vous m’entendez, mademoiselle ? demanda-t-il en se penchant au-dessus d’elle.

— Elle s’appelle Gigi, dit Lulu en s’agenouillant de l’autre côté de sa camarade.

Lentement, la fée Clochette souleva ses longs cils dorés, dévoilant des yeux pétillant d’intelligence et d’étonnement. Des yeux d’un bleu extraordinaire. Aussi beau que celui de la mer de Barents. Khaled nota aussi le nez fin, la grande bouche rose framboise aux lèvres pulpeuses, le petit menton pointu, la chevelure flamboyante, d’une teinte aussi vibrante que celle de ses yeux.

Il eut soudain le souffle coupé, comme s’il avait reçu un coup de poing en plein plexus. Puis la fée Clochette se redressa et s’appuya sur les coudes, le fixant de ses incroyables yeux bleus.

— Qui êtes-vous ?

Un net accent irlandais colorait son anglais.

— Khaled Kitaev.

Les murmures s’amplifièrent autour de lui, les corps se trémoussèrent.

Il tendit la main à la fée Clochette, qui hésita. Alors il la prit sans lui demander son avis.

* * *

Gigi avait l’habitude des chutes, mais cela ne l’avait pas empêchée de tomber en arrière et de se cogner brutalement la tête et le coccyx en atterrissant au sol. Et lorsque la main tendue vers elle s’était dédoublée, elle n’avait su laquelle prendre…

— Lève-toi ! ordonna Jacques entre ses dents.

Khaled Kitaev trancha pour elle et la souleva sans effort, avant de la tenir devant lui en gardant ses mains dans les siennes. Malheureusement, tout vacillait autour de Gigi et ses jambes refusaient de la porter. En outre, elle devait pencher la tête en arrière pour regarder son sauveur, alors qu’elle mesurait pourtant un mètre soixante-dix-huit ! Et puis, il se tenait trop près d’elle. Seigneur, cette lueur qui couvait dans son regard…

Elle battit rapidement des cils pour clarifier sa vision. Parfois, les hommes vous déshabillaient du regard ; tout en haïssant cette attitude, Gigi considérait que cela faisait partie des risques du métier. D’autres fois, ils vous faisaient des avances, mais elle avait appris à les repousser. Cet homme ne faisait ni l’un ni l’autre. Son regard n’était pas affamé ni lubrique. Incroyablement intense, il lui promettait ce qu’aucun autre homme ne lui avait jamais promis. Ses yeux sombres lui disaient qu’il allait lui donner du plaisir comme elle n’en avait jamais connu. Et qu’ensuite il licencierait tout le personnel du cabaret en bloc.

— Vous ne pouvez pas faire ça ! protesta-t-elle.

— De quoi parlez-vous ? demanda-t-il lentement, d’une voix grave au profond accent russe.

— De ce que vous allez faire…

— Dans l’immédiat, pas grand-chose, répliqua-t-il avec la même lenteur. Hormis aller déjeuner.

Les rires fusèrent, au grand agacement de Gigi. Quand elles n’auraient plus de travail, ses collègues riraient moins ! Pour elle, il ne s’agissait pas seulement d’un emploi. Le cabaret était sa maison. C’était le seul endroit où elle s’était jamais sentie chez elle depuis la mort de sa mère.

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4eme couverture