Un automne dans le Wyoming

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Une rencontre, le récit de vies tourmentées et d'amours inavouables dans les immensités sauvages de l'Ouest américain, voilà un cocktail détonant pour Jane l'écrivaine qui trouvera là une inestimable source d'inspiration.

Cette nouvelle est l'histoire de la naissance d'un des plus grands romans d'amour et d'amitié du vingtième siècle.


Publié le : mercredi 10 février 2016
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EAN13 : 9782334061636
Nombre de pages : 98
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ISBN numérique : 978-2-334-06161-2
© Edilivre, 2016
Prologue
Tom avait soixante ans passés. Il était chenu, et son teint buriné par le rude vent des plaines lui conférait un charme envoûtant. Il vivait seul, depuis vingt ans, dans une bicoque construite de ses mains, au bord d’un chemin de campagne, près de la petite bourgade de Silverstone, dans le Wyoming. Ses seuls voisins étaient des cow-boys nomades, saisonniers des ranchs, comme lui l’avait été autrefois. Ils habitaient à quelques pas de chez lui dans des mobiles-homes, mais seulement pendant la belle saison. L’endroit était déserté l’hiver, et battu par le blizzard et les tempêtes de neige qui arrivaient des Rocheuses dont on apercevait les cimes au loin. L’été ramenait un peu de vie avec la présence des ranchers. Tom Passait alors beaucoup de temps avec eux pendant leurs heures de repos. Il écoutait leurs histoires, leurs anecdotes ; il évoquait sa vie passée dans les grands espaces à gagner quelques misérables dollars pour assurer aux siens une vie décente. Mais au milieu de cette foule de souvenirs, un seul comptait vraiment à ses yeux : celui d’un été passé là-haut, à Bear Tooth Mountain, avec Brad… Tous deux n’avaient pas vingt ans… A l’époque, personne n’avait jamais su ce qui s’était passé entre eux dans l’implacable solitude des immensités sauvages. Ce secret avait pesé lourd tout au long de leur existence, et Brad ayant disparu depuis longtemps, il le conservait tout au fond de lui comme un trésor caché. Il se souvenait… C’était un soir là-haut, il y avait bien longtemps de cela… Il avait dit à Brad : « … Parle pour toi, moi, je n’ai pas encore pêché… » C’était au sujet d’une conversation sur la pentecôte… Tom ne se rappelait plus très bien. Ce qu’il avait retenu, c’est que la nuit qui suivit, ils avaient pêché tous les deux aux yeux des hommes et peut-être aussi aux yeux de Dieu. Qui pouvait le dire ? Quoiqu’il en soit, Tom pensait parfois que Dieu lui avait imposé une vie solitaire, sans Brad pour expier sa faute et se souvenir… Le seul lien qui l’unissait à ce passé était Evelyne, la sœur de Brad. Ils ne s’étaient jamais rencontrés, mais depuis la mort de ce dernier, ils se téléphonaient régulièrement, une fois l’an. Tom savait qu’elle avait toujours été très proche de son frère, et elle connaissait le secret qui les avait liés l’un à l’autre pendant près de vingt ans… Judith aussi, son ex-femme, et cela avait sonné le glas de leur vie commune. Après le décès de son ami, il avait poursuivi son existence de cow-boy nomade. Au cours de ses nombreux déplacements, il était passé par Silverstone. Le coin lui avait plu, et il s’y installa. Il acheta, pour presque rien, un petit bout de terrain, et y bâtit une modeste maison, entre deux gagne-pain. Il y vivait tranquille, jusqu’au jour où des évènements inattendus bouleversèrent sa vie solitaire… Mais comme pour Brad, personne n’en sut jamais rien…
Un matin, le facteur qui faisait sa tournée, le trouva inanimé dans le petit jardin devant la maison. On conclut à un arrêt cardiaque. Tom emportait avec lui ses secrets. Comme Brad, il aurait aimé que ses cendres fussent dispersées à Bear Tooth Mountain. Mais nul ne connaissait son souhait, et il fut inhumé dans le petit cimetière de Silverstone, accompagné de ses proches et de quelques amis.
Même dans la mort, il ne leur avait pas été permis d’être réunis.
Chapitre I
Le petit bourg de Silverstone comptait quelques mille âmes. Il était isolé au milieu de la plaine, et la vie y était rude, particulièrement pendant les longs mois d’hiver. Les ranchs alentours faisaient vivre ce petit monde, surtout en été. Les saisonniers arrivaient de toute part, et Silverstone s’enorgueillissait de pouvoir leur offrir à peu près tout ce qui était nécessaire : petits commerces, restaurants, bars, poste… et surtout, fait rare pour une si petite ville, le motel qui ne désemplissait pas pendant la belle saison. Qui plus est, le bus y passait plusieurs fois par jour, ce qui permettait de se rendre dans la ville la plus proche et d’en revenir dans des délais raisonnables. Un soir d’automne, une femme que personne n’avait jamais vue parmi les habitués, arriva à Silverstone par le dernier bus. Elle demanda au chauffeur s’il y avait un bar quelque part, car elle avait grand’soif, précisa-t-elle. Il lui indiqua le chemin, après quoi elle le remercia et lui souhaita une bonne soirée. Puis, elle se dirigea vers l’endroit indiqué. Le bar en question se trouvait sur une petite place déserte en cette saison… Par une fenêtre ouverte, s’échappait un air de country, et cela lui rappela une partie de son enfance passée dans le Tennessee. Elle entra et s’accouda au comptoir. Elle commanda un soda et alluma une cigarette. Les clients attablés jetaient des regards furtifs à cette apparition quelque peu inopinée. La femme semblait très à l’aise et ne portait guère attention à la curiosité qu’elle suscitait. Elle était d’un certain âge, sûrement la cinquantaine bien tassée, les cheveux courts et grisonnants, le visage émacié. Elle arborait un air revêche, et ne donnait aucune envie de lui adresser la parole. Elle demanda au barman : – Y a-t-il ici un endroit pour passer quelques jours ? – Oui, le motel. Vous avez de la chance, habituellement, il est déjà fermé, mais cette année, nous avons organisé des rodéos tard dans la saison. Il y a encore quelques clients. Puis, il lui indiqua le chemin pour s’y rendre. Elle le remercia poliment, régla sa note et sortit, ignorant les regards intrigués des habitués des lieux. En parcourant les quelques centaines de mètres qui la séparaient du motel, elle en profita pour observer les alentours. Les rues étaient désertes ; et pourtant, il n’était pas si tard. C’était le début de l’automne et le climat était rude dans ces états qui bordaient les Rocheuses. Dans le Montana où elle avait vécu quelque temps, elle se souvint qu’il faisait aussi froid en cette période de l’année et que les gens restaient chez eux. De rares voitures circulaient, rompant le silence froid et pénétrant. Cependant, en été, la bourgade devait être assez accueillante, pensa-telle. La rue principale était large et bordée de maisons basses aux jardinets certainement fleuris pendant la belle saison. Cela donnait à la petite ville un aspect coquet, et elle se dit qu’un de ces jours, si elle en avait le temps, elle irait y flâner. Devant le motel, quelques voitures étaient garées ; sûrement comme elle, les derniers clients de la saison. Elle se dirigea vers la réception et entra. Il n’y avait personne. Elle attendit quelques instants, espérant que la sonnette d’entrée avait alerté quelqu’un de sa présence. En effet, un homme moustachu, assez corpulent et à l’air sévère surgit du fond de la pièce. – Bonjour, Madame. – Bonjour Monsieur. – Je voudrais une chambre pour plusieurs jours, c’est possible ? Je suis seule. – Oui, vous avez de la chance… Nous allons bientôt fermer, vous restez… – Je pense rester quinze jours environ. – Parfait, mais je vous préviens, ici, ce n’est pas le grand confort. – Aucune importance. Il prit une clef et la conduisit jusqu’à la chambre. – Vous prendrez le petit déjeuner ?
– Oui. – Alors, c’est entre sept heures et neuf heures. Bonne soirée. – Bonne soirée. « Pas bavard le monsieur », pensa-t-elle. Puis elle ferma la porte, posa ses bagages sur le lit et examina les lieux. Le confort n’était certes pas celui d’un grand hôtel, mais c’était douillet. Un parquet de couleur foncée recouvrait le sol et les murs étaient lambrissés. Le dessus de lit en cretonne était assorti aux doubles rideaux. Dans un coin près de la fenêtre, il y avait une table recouverte d’une nappe dont la couleur rappelait celle du dessus de lit et des rideaux. La chaise placée devant, était de style western. Non loin du lit, donnait l’entrée de la salle de bain, simplement équipée d’un lavabo surmonté d’un miroir, d’un WC, et d’une douche. « Parfait, se dit-elle, juste ce qu’il faut de dénuement pour travailler. Elle s’allongea sur le lit, encore tout habillée et ferma les yeux. Le voyage l’avait physiquement épuisée, mais son esprit restait éveillé. Elle songea alors à l’immense tâche qu’elle allait entreprendre une fois de plus, pour mener à bien le roman qu’elle avait décidé d’écrire, ainsi qu’à tous les évènements qui l’avaient conduite ici, dans cette contrée perdue du Wyoming.
Sa vie d’écrivain l’amenait souvent à parcourir le pays, à observer les gens, à glaner des informations qui lui permettaient d’étayer ses récits. Cependant, cette fois-ci, c’était un peu différent. Elle s’était lancé un défi audacieux : celui de relater vingt ans d’une histoire d’amour authentique entre deux cow-boys isolés au milieu d’une nature sauvage, et qui s’était déroulée ici, dans cette partie du Wyoming réputée très puritaine. Ce serait comme un coup de poing asséné à toutes ces communautés, soi-disant « bien pensantes », mais qui n’hésitaient pas, pour conserver leur intégrité, à étouffer, voire éliminer les éléments qu’elles jugeaient néfastes à sa bonne marche. Bien que sa production d’écrivain soit variée, elle n’aurait jamais pensé à écrire un tel roman. Ce fut le hasard, ou pas, qui lui offrit cette opportunité.
A l’occasion, Jane se rendait dans des collèges pour y parler de son œuvre. C’était de cette façon qu’elle avait connu Evelyne. Cette dernière était professeur de littérature à Denver, dans le Colorado, où elle-même demeurait. Evelyne l’avait contactée pour qu’elle vienne parler de son dernier ouvrage devant ses élèves. Elles avaient immédiatement sympathisé, et, habitant la même ville, s’étaient revues plusieurs fois. De conversation en conversation, elles avaient fini par évoquer leurs vies respectives. C’est au cours d’une de leurs rencontres qu’Evelyne parla de sa jeunesse dans le Wyoming. « Mon enfance a été difficile. Mes parents possédaient un petit ranch du côté de Jackson. Ils devaient travailler dur, et malgré cela, l’argent manquait. De plus, mon père était un vrai despote, et ma mère n’avait pas son mot à dire… Moi, j’étais une enfant plutôt timide et réservée, mais… j’avais un grand frère, Brad, que j’adorais. Il était de deux ans mon ainé, il est mort il y a vingt ans déjà… il me manque beaucoup… Autant, moi j’étais effacée, autant lui était rebelle, tout en ayant un côté doux et romantique. Il m’a consolée bien des fois quand mon père se montrait trop dur. Je m’en souviens… Nous partions parfois tous les deux le soir, nous promener autour du ranch. Il m’apprenait le nom des étoiles, et m’assurait qu’un jour la vie serait meilleure. C’était un idéaliste et un optimiste. Il était aussi si plein de vie… Pour moi, effectivement, la vie fut meilleure. Après des études primaires et secondaires satisfaisantes, j’ai obtenu une bourse pour rentrer à l’université. Pour Brad, ça a été différent. Il n’avait jamais aimé l’école, et à l’approche de ses vingt ans, il n’avait toujours pas de projet professionnel. Il aidait nos parents au ranch, ou errait de ferme en ferme à la recherche d’un travail. Parfois, il partait plusieurs mois garder les troupeaux. Il pratiquait aussi le rodéo pour gagner de l’argent. C’est comme ça qu’il a connu sa femme ; puis il est parti vivre au Texas. Son beau-père tenait une entreprise de matériel agricole, et il
travaillait pour lui. Pourtant, il n’était pas heureux. Nous nous téléphonions souvent, et il me l’avait dit. Le père de Laureen, sa femme, le méprisait. Il le surnommait de façon péjorative « Rodéo », certainement pour lui rappeler dans quelles circonstances il avait connu sa fille. Il n’avait pas approuvé ce mariage, et le faisait durement sentir à mon frère. Puis, un enfant est arrivé ; un garçon… que je n’ai jamais vu… Cette naissance n’a rien changé, au contraire. Ses beaux-parents, surtout son beau-père, s’immisçaient dans la façon dont Brad éduquait son fils. Et Laureen n’avait pas son mot à dire. On ne se voyait pas souvent, et je le déplorais. Nous nous aimions beaucoup, et je souffrais de le savoir malheureux. Hélas, je ne pouvais pas y faire grand’ chose. Il montait trois ou quatre fois l’an dans le Wyoming, rendre visite à nos parents et y rejoindre un vieux copain pour y chasser et pêcher, disait-il… A cette occasion, il venait me voir à Denver et passait quelques jours avec moi, soit à l’aller, soit au retour. Lors de ses retours au Texas, c’était un autre homme. Il était souvent triste, abattu, bien qu’il essayât de le dissimuler. Je pensais que l’idée de retourner chez lui le déprimait. Il m’assurait que non, qu’il était seulement fatigué par ses allers et retours. Je connaissais bien mon frère, et je sentais que quelque chose le tracassait, mais je n’osais pas insister. Et puis un jour, lors d’une de ces visites, je suis rentrée du collège plus tôt que prévu. Et là, je l’ai trouvé en larmes, affalé sur le canapé. Je ne savais pas quoi faire. J’ai...
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