Un bouleversant chantage

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Après avoir découvert, effarée, que ses parents étaient ruinés, Libby n’a pas le choix : elle doit convaincre Rafael Alejandro, l’homme qui tient le sort de sa famille entre ses mains, de leur accorder un sursis. A son grand soulagement, le puissant homme d’affaires accepte. Même s’il ajoute très vite une condition : qu’elle vienne travailler pour lui. Mais à la manière dont il la regarde, Libby comprend que ses motivations ne sont pas seulement professionnelles. Furieuse, elle se voit pourtant contrainte d’accepter cette odieuse proposition, tout en se demandant comment elle pourra supporter la présence quotidienne de cet homme insupportable…
Publié le : dimanche 1 avril 2012
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280238342
Nombre de pages : 160
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1.
Le téléphone de Libby sonna au moment où elle prenait la sortie de l’autoroute en direction de l’aire de services. Elle se gara sur la première place de parking dis-ponible et attrapa son mobile. — Maman ? — Ma voix ressemble à celle de ta mère, main-tenant ? Non, sa mère ne pouvait pas avoir pris un tel accent irlandais pendant les deux semaines que Libby venait de passer à New York. — Chloe ? Ma chérie, je me demandais si tu avais l’inten-tion de passer par le village en revenant du bureau. — Tu sais bien que je ne travaille pas, je rentre de l’aéroport. — Mais oui tu as raison, je suis désolée, j’avais complètement oublié… Dis-moi,Chloe,tunauraispasvumesparents,par hasard ? — Ils ne sont pas venus te chercher ? Je pensais qu’ils iraient t’attendre à l’aéroport. — C’est ce qui était prévu mais aucun des deux n’était là et personne ne répondait au téléphone, alors j’ai loué une voiture. Cela ne leur ressemble pas, il doit
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yavoirunebonneraison,nest-cepas?demanda-t-elle,incapable de dissimuler son inquiétude. Certainement,réponditChloe,maisrassure-toiton père n’a pas eu de nouvelle crise cardiaque, il va bien. Je sais que tu pensais à ça. Avant même que Libby puisse se justiïer elle entendit à l’autre bout de la ligne un bâillement sonore qui la ït sourire. — Pourquoi personne ne nous dit que la maternité ramollit l’esprit ? se plaignit son amie. — Tu as l’air épuisée, compatit Libby. — Je n’ai pas dormi de la nuit, admit Chloe en bâillant de nouveau. — Ma ïlleule va bien ? — Elle doit faire ses dents. Je viens de la mettre au lit. Comment était ton voyage ? — Fantastique ! — Notre amie Susie a réussi à te caser avec un bel Américain ? — Tu ne crois pas si bien dire… Un soupir de plaisir se ït entendre à l’autre bout du ïl. — Raconte… — Rien de spécial, il était gentil, mais… Laisse-moideviner:ilnétaitpastongenre,c’est ça ? D’ailleurs, est-ce que quelqu’un correspo nd à ton genre, Libby ? Avec ton allure, tu pourrais avoir tous les hommes à tes pieds ! — N’exagère pas ! — C’est vrai, mais tu leur fais peur parce que tu as une classe folle. — Intéressant comme théorie, en attendant revenons aux choses sérieuses… qu’est-ce que tu voulais que je prenne au village ? demanda Libby, surmontant
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son envie de rentrer chez elle ; après tout, elle n’en était plus à cinq minutes près. — Rien, cela n’a pas importance. En insistant un peu, Libby ïnit par apprendre qu’il s’agissait d’aller chercher Eustache, leur labrador fugueur et facétieux, chez le vétérinaire. — Quelqu’un a laissé le portail ouvert et Eustache en a encore proïté pour ïler. Je t’assure que ce chien a dû être un roi de l’évasion dans une autre vie ! Mike l’a retrouvé empêtré dans des barbelés. — Oh ! le pauvre ! Ne t’inquiète pas, c’est sur mon chemin, je vais… — Non, ce n’est pas la peine. Libby ït semblant de ne pas avoir entendu et mentit : — Cela ne me gêne pas du tout.
Une heure plus tard, soulagée, elle aperçut enïn le village. La pluie qui l’avait ralentie sur l’autoroute avait ïni par s’arrêter, mais les aques qui s’étaient formées sur l’étroit chemin où elle s’était garée ressemblaient à de petites mares. Lorsqu’elle regagna sa voiture en compagnie du labrador, ses chaussures étaient trempées et maculées de boue. Alors que l’animal surexcité tirait sur sa laisse, Libby fouilla ses poches à la recherche de ses clés. Au moment où elle mettait la main dessus, son talon senfonçadansunnid-de-poule.Elleessayatantbienque mal de garder son équilibre et la laisse lui échappa. Super!maugréa-t-elle. Le chien la regardait, très ïer de lui, assis quelques mètres plus loin. — Gentil, Eustache, dit-elle en s’approchant doucement, la main tendue. Pas bouger, le chien.
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La laisse n’était plus qu’à dix centimètres de ses doigts lorsqu’il détala en aboyant joyeusement. — C’est pas vrai ! s’exclama Libby avant de se lancer à sa poursuite. Elle arriva à sa hauteur à bout de soufe. Assis au milieu du chemin, la queue balayant le sol à la façon d’un métronome, il la ïxait de ses yeux attendrissants. — Il y en a au moins un qui s’amuse ! grommela Libby en reprenant son soufe. Elle écarta quelques mèches de cheveux qui lui tombaient sur les yeux et ït un pas prudent vers lui. Persuadé qu’il s’agissait d’un jeu, celui-ci ït un bo nd en arrière et aboya de plus belle. Libby se mordit la lèvre et le fusilla du regard. — Tes maîtres sont les premiers à dire que tu n’es pas très futé, alors arrête de faire le malin ! semporta-t-elle. Voilà qu’elle parlait à un chien, il n’aurait plus manqué qu’il lui réponde ! Le bruit d’un puissant moteur attira alors son attention. Il ne s’agissait pas de celui des tracteurs qui passaient par là d’ordinaire. Elle eut juste le temps d’apercevoir une grosse voiture noire arriver à toute allure, et se retrouva en train de gesticuler au milieu du chemin tandis que le véhicule fonçait droit sur elle.
Le détour que Rafael avait choisi de faire pour éviter l’embouteillage sur l’autoroute l’avait conduit sur des routes aussi étroites que sinueuses, mais cela ne l’inquiétait pas outre mesure. Il ne songeait pas à recourir au système de navigation intégré, ni à consulter la carte qui se trouvait dans la boîte à gants. Il préférait faire conïance à son sens inné de
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l’orientation. Ce n’était pas comme si les chemins verdoyants de la campagne anglaise présentaient les dangers qu’il avait rencontrés précédemment dans d’autres régions du globe. Tout en conduisant, Rafael se remémora le périple qu’il avait fait, seul, à dix-sept ans, dans les mon tagnes de Patagonie au volant d’une Jeep déglinguée, qui était tombée en panne à intervalles réguliers, avant de ïnir emportée par un torrent en crue : la route qu’il avait empruntée était en fait le lit asséché d’une rivière. Il avait réussi à ouvrir la portière in extremis et à sauter dans le torrent déchaîné quelques secondes avant que la voiture ne soit engloutie. Ce souvenir le ït sourire et éveilla en lui un senti-ment de nostalgie. Nostalgie ou frustration ? Agacé, Rafael fronça les sourcils ; ce ne pouvait être ni l’un ni l’autre. Sa vie avait toujours été passionnante et il avait réussi au-delà de toutes ses espérances. L’entretien qu’il avait eu la veille devait être la raison de cette humeur introspective inhabituelle. Rafael n’avait nul besoin de rencontrer Marchant, mais il pensait qu’un individu aussi incompétent que celui-ci devait s’entendre dire la vérité en face e t préciser qu’il allait perdre son travail et sa maison. Il ne s’attendait évidemment pas à une rencontre agréable. Assister à la défaite de cet homme, aussi stupidesoit-il,avaitétépénible. Marchantsétaiteffondrésoussesyeux.Lui-mêmetrès ïer, Rafael avait trouvé extrêmement déplaisant le spectacle de cet homme s’apitoyant sur son sort. Même s’il savait que Marchant était responsable de son infortune, il avait ressenti un éclair de culpabilité
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complètement irrationnel en le voyant partir. Mais son interlocuteur l’avait soudain menacé.  « Si vous étiez mon ïls… — Si j’étais votre ïls, je vous aurais obligé à vous retirer avant de ruiner votre société et de perdre votre maison », l’avait interrompu Rafael, pressé d’en ïnir. S’enhardissant, Marchant lui avait lancé une der-nière pique :  « Je vous souhaite de perdre un jour tout ce que vous aimez et j’espère bien être là pour le voir ! » Ces mots étaient si haineux qu’ils l’avaient marqué. Il avait déjà perdu longtemps auparavant la seule personne qu’il ait jamais aimée et la douleur n’était à présent plus qu’un souvenir. Il s’était bien promis de ne plus jamais revivre cela. L’amour n’avait plus de place dans sa vie, désormais. Il pouvait perdre du jour au lendemain la fortune qu’il avait amassée, il n’en souffrirait pas. A vrai dire, l’idée de devoir recommencer de zéro n’était pas pour lui déplaire. A trente ans il avait atteint tous les objectifs qu’il sétaitïxés,voiredavantage.Quepouvait-ilencoreaccomplir ? Le plus dur était de rester motivé. Il avait acquis une aisance ïnancière qui dépassait ses rêves les plus fous. Sa vie était facile, si facile qu’en ce moment même il enviait le garçon qu’il avait été, celui qui avait longtemps vécu au jour le jour et avait dû faire conïance à son intelligence et à son habileté pour s’en sortir. Tout en songeant avec ironie qu’il avait peut-être trop de succès, il rétrograda pour négocier un virage particulièrement serré. Qu’est-ce qui pourrait le rendre heureux, maintenan t ? Rafael laissa alors échapper un juron en apercevant
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au beau milieu du chemin, tel un fantôme, une ïne silhouette surgie de nulle part. Il crut distinguer un visage couleur d’albâtre et une masse de cheveux roux foncé. La collision lui sembla inévitable. Mais il n’avait jamais accepté l’inévitable… Face au danger, il avait toujours eu d’excellents réexesetbeaucoupdesang-froid.Delachance,aussi. Pourtant il se demanda, en découvrant un arbre devant lui, si elle n’allait pas ïnir par lui faire défaut. Heureusement, cette fois encore, elle était au rendez-vous. Un coup de volant lui permit d’éviter à la fois la rousse suicidaire et l’arbre. Un véritable miracle ! Il aurait même pu en sortir totalement indemne si, au dernier moment, la voiture n’avait pas dérapé dans la boue et traversé la route avant de s’arrêter dans le fossé. Malgré la ceinture de sécurité, sa tête heurta violemmentlepare-brise. Rafaelvittrente-sixchandellespuisentenditunevoix féminine très agréable qui le suppliait de rester en vie. Allait-ilmourir? Sa tête douloureuse lui prouva le contraire. Et cette voix était bien trop sensuelle pour être celle d’un ange. Il remua légèrement ses mains et ses pieds aïn de s’assurer qu’il était encore entier. Tout fonctionnait. C’était bon signe. Il releva doucement la tête et entendit la même voix mélodieuse remercier Dieu avec ferveur. Il cligna des yeux. Ce simple mouvement lui causa une violente douleur à la tempe qui le ït grimacer. Il porta les mains à son front et tourna prudemment la tête vers cette voix. Il se força à soulever ses pau-
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pières lourdes et entrevit alors un visage pâle dont les contours ous se ïrent peu à peu plus précis. La chevelure amboyante lui sembla étrangement familière. Il reconnut alors la femme responsable de l’accident. Le regard critique de Rafael ne décela aucun défaut dans son visage aux traits purs. Elle était jeune, belle, et très rousse ! Il avait développé envers les rousses une certaine méïance, qui s’était conïrmée après qu’une créature voluptueuse lui eut jeté un verre de vin à la ïgure pour le punir de ne pas lui avoir accordé sufïsam-ment d’attention. Les rousses, certes fort séduisantes, étaient trop difïciles à satisfaire… Il était en train de se dire que des yeux d’un tel bleu ne pouvaient exister que par le truchement de verres de contact lorsqu’il sentit une intense vague de désir le submerger. Il était donc bien vivant et, malgré sa déconvenue, se découvrait toujours attiré par les rousses. Soudain, sa vue se brouilla de nouveau et il éprouva une sensation de nausée. Il attribua ces désordres physiques ainsi que son désir intempestif au choc reçu, espérant que tout s’arrange au plus vite. La jeune femme rousse se pencha plus avant dans la voiture. Sa chevelure lui ït penser à des feuilles d’automne virevoltant autour de son visage en forme de cœur. Sa nausée disparut, remplacée par une envie violente et inappropriée de poser sa bouche sur ces lèvres pulpeuses. Cela faisait bien longtemps que le visage d’une femme n’avait plus provoqué en lui de réaction si… primaire. Rafael, qui contrôlait toujours tout, y
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compris son appétit sexuel, était contrarié par cette réponse instinctive de son corps. Mais il fut surpris de constater à quel point il avait envie de se laisser aller et de proïter de l’instant présent…
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