Un brûlant malentendu

De
Publié par

Lorsqu’elle voit arriver Declan Carstairs, son nouveau patron, au domaine de Carinya, Chloé est aussitôt suffoquée par la présence virile de cet homme sombre et visiblement tourmenté. Convaincue que rien n’est possible entre eux — comment un homme comme lui pourrait s’intéresser à elle, une simple gouvernante ? — elle a pourtant bien du mal à lui dissimuler le désir intense et profond qu’il lui inspire. Avant de se rendre compte, au bout de quelques jours, que leur différence de milieu n’est rien face aux informations qu’elle détient, bien malgré elle, sur le frère récemment décédé de Declan. Des informations qui pourraient faire de ce dernier son ennemi…
Publié le : samedi 1 décembre 2012
Lecture(s) : 10
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280239486
Nombre de pages : 160
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Prologue

— Tu ne pourras pas nous sauver ! Ça va céder !

Ce cri rauque vibra dans les oreilles de Declan. Avec effort, il porta son regard vers Adrian, ballant dans le vide en dessous de lui. Ils étaient suspendus à une centaine de mètres de hauteur, encordés, dans un canyon isolé. Le vent s’était levé. Adrian était à bout de nerfs. Dans son affolement, il avait délogé un des pitons qui les arrimaient à la falaise.

— Tiens bon, hoqueta Declan, les poumons en capilotade après sa dernière tentative pour les soulever tous les deux.

A chaque inspiration, sa gorge brûlait. Le cou tendu, contorsionné, il leva les yeux vers l’endroit d’où ils avaient dégringolé. Une avalanche de fragments de roches effritées lui gifla le visage.

Si seulement il avait pris son frère au mot quand celui-ci avait prétendu grimper en solo ! Ce n’était que du bluff, Adrian se serait dégonflé… Mais il lui avait paru tellement fragile que Declan avait évité de le pousser dans ses retranchements. Il s’était dit que cette ascension en commun restaurerait leur complicité ; qu’il pourrait convaincre Adrian de s’ouvrir à lui pendant cette équipée.

Maintenant, leur vie était en jeu.

— Ne t’agite pas, Adrian ! lança-t-il. Ça va aller !

Son frère répondit d’une voix forte :

— Arrête de mentir !

— J’y suis presque arrivé, tout à l’heure. Le troisième essai sera le bon, tu verras, soutint Declan, rassurant.

Mâchoires serrées, il se hissa en agrippant la corde qui les assurait, retenant un cri de douleur alors que les fibres labouraient ses paumes écorchées. Ses épaules et son cou se contractèrent de souffrance tandis qu’il soutenait et hissait leur double poids. Il lui sembla que sa colonne vertébrale allait se rompre, ses bras se disloquer.

— Tu n’y arriveras jamais, c’est impossible.

Les paroles d’Adrian avaient résonné dans le vide du canyon. Declan, le souffle coupé, se trouva dans l’incapacité de répondre. Un instant plus tard, son frère éleva de nouveau la voix, mais il l’entendit à peine : ses tempes battaient à se rompre sous l’afflux de sang.

« Ce n’est pas aussi terrible qu’on croit, perçut-il. La chute serait rapide, en tout cas. »

— Ne tomberai… ne tomberai pas, articula péniblement Declan, la gorge asséchée.

— J’avais déjà pensé le faire, tu sais. Un coup de volant face à un camion qui déboule, et tout est fini.

Les paroles d’Adrian lui parvenaient assourdies, faussées par la pulsation frénétique de son sang dans ses veines, par la douleur fulgurante qui transperçait ses mains. Des gouttes de sueur brouillaient son regard. Declan n’était même pas sûr que la voix qu’il entendait était réelle. La souffrance pouvait-elle provoquer des hallucinations auditives ?

— A quoi bon vivre de toute façon…, lança Adrian. Je l’ai perdue. Elle veut un homme riche qui a réussi, comme toi. Pas un raté. Elle m’a plaqué !

— Plaqué ? souffla Declan d’une voix râpeuse, presque inaudible.

Il nota l’intonation étrange de son frère et fut parcouru d’un frisson d’angoisse. Mais il était trop épuisé pour réagir. Il fallait qu’il marque une pause, sinon ses bras allaient se déboîter. La corde qui lacérait ses mains jusqu’à l’os… l’effort insoutenable… la voix entrecoupée d’Adrian : c’était à cela que se résumait son univers.

Le vent se leva de nouveau, les faisant osciller. Declan eut un goût de sang dans la bouche.

« Encore deux mètres », pensa-t-il.

— Je ne peux plus continuer, reprit son frère. J’ai essayé, mais je n’aimais qu’elle, et elle m’a trahi. Ça vaut mieux comme ça.

Ça vaut mieux comme ça ? Une secousse saccadée fit tressauter la corde. Malgré la sueur dégoulinant sur son corps, sous le soleil, Declan sentit un souffle froid sur sa nuque.

— Adrian ?

Faisant jouer avec peine les muscles tétanisés de son cou, il regarda vers le bas. Un regard gris familier rencontra le sien. Cette fois, les yeux d’Adrian n’exprimaient aucune panique ; juste un calme étrange. Declan eut un coup au cœur.

— Comme ça, l’un de nous survivra peut-être, dit son frère. Je ne peux pas continuer. Pas sans elle.

Horrifié, Declan aperçut le couteau dans la main de son frère. Ce dernier commença à scier la corde qui les reliait l’un à l’autre.

— Adrian ! Non !

— Adieu, frangin.

Soudain, Declan ne sentit plus l’atroce tension de ses épaules : il ne soutenait plus un double poids. Aucun bruit, aucun cri ne retentit. Il lui sembla qu’une éternité s’était écoulée lorsqu’il perçut un fracas étouffé de branches brisées. Son frère avait disparu de sa vue.

1.

Une pile de serviettes moelleuses sur les bras, Chloé poussa d’un coup de coude la porte de la buanderie, puis se dirigea vers le pavillon de la piscine. Elle huma avec plaisir le parfum de soleil et de lavande du linge fraîchement séché. C’était une des notes particulières qu’elle aimait apporter au service : utiliser l’étendoir extérieur et non le sèche-linge — du moins lorsque le temps le permettait.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi