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Un fascinant ennemi

De
160 pages
Ella, qui s’attendait à haïr profondément Donato Salazar  l’homme impitoyable auquel son père souhaite la donner en mariage pour régler un différend professionnel est déstabilisée. Car, si sa rencontre avec l’ennemi de sa famille a été explosive, ce n’est pas pour les raisons qu’elle s’était imaginées : bien sûr, Donato s’est montré inflexible quant à sa volonté de l’épouser, mais il s’est surtout révélé étonnamment attirant. Cependant, Ella ne cédera pas. Jamais elle n’acceptera d’être l’objet d’un tel arrangement ! Même si, elle ne peut le nier, l’étincelle que Donato a provoquée en elle pourrait consumer son cœur tout entier si elle n’y prenait garde…
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Couverture : ANNIE WEST, Un fascinant ennemi, Harlequin
Page de titre : ANNIE WEST, Un fascinant ennemi, Harlequin

1.

— Tu vas le faire ! gronda Reg Sanderson tandis qu’il se servait un double whisky, persuadé qu’il pouvait faire céder sa fille.

Ella secoua la tête, se demandant comment son père pouvait être égoïste au point de ne pas remarquer ce qui se passait autour de lui. Elle avait changé depuis qu’elle était partie. Felicity et Rob avaient changé également. Mais, trop occupé par ses affaires douteuses, Reg ne s’était rendu compte de rien.

Sauf qu’il ne s’agissait plus simplement de ses affaires. Sa dernière manigance compromettait sa famille. Elle n’était pas étonnée que Felicity ait fui. Sa sœur avait beau se comporter comme une enfant gâtée et frivole, elle n’était pas idiote pour autant.

— C’est absurde, reprit Ella en soutenant le regard impitoyable de son père. Je n’ai rien à voir avec cette histoire. Tu vas devoir régler ça toi-même.

Il lui avait fallu des années pour arriver à tenir tête à son père, mais elle le faisait sans peine à présent.

Qui aurait cru que Reg Sanderson viendrait un jour demander de l’aide à sa fille cadette, celle qu’il avait ignorée tout ce temps ? Enfin, demander n’était pas le mot juste. Il lui avait téléphoné pour lui ordonner de venir immédiatement chez lui, prétendant que Felicity était allée détruire sa vie.

— Cette histoire te concerne aussi ! rugit-il avant de marquer une pause et boire une gorgée d’alcool. Tu es mon seul espoir, Ella, continua-t-il d’un ton presque doucereux.

Son attitude mettait Ella hors d’elle. Son père hurlait dès qu’il n’obtenait pas ce qu’il voulait. Cependant, c’était lorsqu’il faisait semblant de se radoucir qu’Ella devait vraiment se méfier.

— Je suis désolée, dit-elle, regrettant aussitôt cette habitude qu’elle avait de s’excuser. Cette idée est insensée et, même si ce n’était pas le cas, je ne pourrais pas remplacer Felicity. Je ne suis pas…

— Ah ! C’est sûr, tu n’arrives pas à la cheville de ta sœur ! Encore qu’avec un peu de maquillage et d’entraînement ça devrait faire l’affaire.

Ella ne faiblit pas sous ce coup. Autrefois, ces comparaisons incessantes entre elle et sa sœur aînée lui gâchaient la vie. Son père lui rappelait souvent qu’elle n’avait pas l’allure de Felicity, ni sa grâce, sa vivacité, son charme ou son élégance naturelle… Aujourd’hui Ella savait qu’il était inutile d’essayer de répondre à ses attentes.

— Tes arrangements ne m’intéressent pas plus que tes partenaires financiers et je n’envisage pas un seul instant d’épouser l’un d’eux !

Cet homme avec qui son père voulait à tout prix faire des affaires était sans doute coulé dans le même moule : cupide, égoïste et malhonnête. Elle avait déjà rencontré plusieurs de ses associés et savait à quoi s’en tenir.

— Je suis sûre qu’il comprendra si tu lui expliques la situation, poursuivit-elle en se levant du canapé.

Elle ramassa son sac à main et se dirigea vers la porte.

— « Il comprendra » ? répéta son père d’une voix rude.

Ella s’arrêta. Reg montrait pour une fois quelque chose qui ressemblait à de l’émotion.

— Donato Salazar n’est pas du genre à « comprendre ». Tu ne te rends pas compte, j’ai vraiment besoin de lui ! J’ai proposé ce mariage afin de renforcer nos liens et il a accepté d’y réfléchir.

Dans sa bouche, cela semblait être un immense honneur.

— Il me faut absolument l’argent de Salazar. Sans ça, je risque la faillite dans très peu de temps. D’ailleurs, même avec son argent… Ce mariage est une garantie personnelle d’être à l’abri, un lien infaillible.

Son expression sournoise accentuait son âge et les excès de son train de vie, en dépit de ses opérations de chirurgie esthétique.

Bizarrement, Ella ne fut pas étonnée d’apprendre que la fortune de son père était en danger ; ce dernier avait toujours aimé prendre des risques.

— Tu ne lui fais pas confiance, déclara Ella sans dissimuler son dégoût, pourtant tu voudrais le marier à ta propre fille.

— Oh ! ne sois pas si prude, tu me rappelles ta mère ! Salazar peut offrir à une femme tout ce dont elle peut rêver. Ton avenir sera assuré.

Ella ne répondit pas. Elle savait quelle femme était sa défunte mère. Cela ne lui déplaisait pas d’entendre qu’elle lui ressemblait. Elle savait aussi que l’argent n’achetait pas tout.

Quoi qu’il en soit, cette discussion était vaine. Felicity s’était peut-être enfuie avant de rencontrer ce Salazar, Ella n’avait aucunement l’intention de se sacrifier pour satisfaire la dernière fantaisie de son père. De toute façon, ce fameux milliardaire n’aurait aucun intérêt à se voir imposer l’autre fille de Reg Sanderson ; celle qui était si banale et qui, en plus, travaillait pour gagner sa vie.

Ella était une infirmière ordinaire, elle passait ses journées à visiter des malades à leur domicile. Elle n’avait rien en commun avec un requin de la finance.

Elle posa la main sur la poignée de la porte.

— Sans l’argent de Salazar, je perds tout : mes sociétés, cette maison, tout. Si je fais faillite, que crois-tu qu’il adviendra de ton frère et de ta sœur ? demanda-t-il d’une voix mauvaise. Et l’argent qui finance le projet pour lequel ton frère a quitté l’entreprise familiale ? L’argent qui fait aussi vivre ta sœur et son petit ami ?

Ella fit volte-face.

— C’est l’argent de Rob, pas le tien.

Son père haussa les épaules et regarda ailleurs.

— J’ai dû lui emprunter une partie de cet argent pour me renflouer. Si je plonge, eux aussi. Comment crois-tu qu’ils s’en sortiront, si l’argent qui doit servir à rénover leur hôtel disparaît ?

Elle n’en revenait pas : Reg avait volé son propre fils et il fallait maintenant qu’elle l’aide ! Il se servait de l’affection d’Ella pour son frère et sa sœur comme une faiblesse pour parvenir à ses fins.

Elle avait été profondément soulagée que Felicity et Rob se libèrent enfin de l’influence néfaste de leur père. Il leur avait empoisonné la vie pendant trop longtemps. S’ils passaient à côté de cette chance de construire quelque chose pour eux… Elle sentit l’inquiétude monter. Rob, qui avait fait preuve d’une grande fermeté pour refuser les propositions de leur père, s’en sortirait peut-être, mais elle s’inquiétait davantage pour Felicity. Malgré ses airs impassibles, sa sœur manquait cruellement de confiance en elle. Elle aurait du mal à se remettre d’un tel revers.

Ella se redressa, telle une prisonnière devant un peloton d’exécution, alors que tout en elle protestait violemment.

— Très bien, lâcha-t-elle. Je vais le rencontrer.

Elle lui expliquerait simplement que sa sœur ne faisait plus partie de leur arrangement. Ce serait clair. Quel homme sain d’esprit pouvait penser qu’un mariage pouvait sceller un accord commercial de nos jours ?

* * *

— La voilà enfin, fit son père avec une bonhomie excessive. Donato, je vous présente ma fille, Ella.

Pendant un instant encore, Ella contempla le soleil couchant qui inondait le port de Sydney de sa lumière cuivrée. Puis, elle se retourna.

— Ella, ma chérie !

C’était la première fois qu’il l’appelait ainsi. Quand elle était petite, elle aurait donné n’importe quoi pour qu’il s’adresse à elle ainsi. Au souvenir de cette époque, son cœur se serra.

Il parla encore. Ella entendit le nom de Donato Salazar, alors elle se força à sourire avant de se tourner vers l’homme qui se tenait à côté de son père. Elle dut lever les yeux pour voir son visage tant il était grand.

Ella en oublia aussitôt les mots hypocrites de son père.

L’homme qui se tenait devant elle n’était pas comme les collaborateurs habituels de son père, songea-t-elle spontanément.

Les soirées de Reg Sanderson oscillaient toujours entre snobisme et décadence. Cet inconnu était trop distingué pour ces soirées. Il semblait être une force de la nature, un meneur, pas un suiveur.

Et surtout, il était à tomber par terre.

La fine cicatrice qui barrait sa joue gauche, loin d’altérer son visage, soulignait sa beauté.

Il était incroyablement séduisant. Au moins autant qu’il paraissait redoutable.

Donato, comme l’appelait son père, était d’un calme absolu et la scrutait avec attention. Son visage était taillé au burin, sans aucune courbe, excepté sa bouche.

Ella n’avait jamais vu une bouche pareille. Les lèvres parfaitement dessinées de cet homme laissaient deviner autant de sensualité que de cruauté.

Le danger planait autour de lui, presque palpable, enveloppant et attirant.

Sa belle bouche bougeait, articulant des mots qu’Ella ne parvenait à saisir, tant elle était troublée. Lorsqu’elle le vit sourire, tout s’accéléra ; son pouls, ses pensées, sa respiration.

— Pardon… pouvez-vous répéter ?

— Je disais que c’était un plaisir de faire votre connaissance, mademoiselle Sanderson.

A nouveau, il sourit. Ella se dit que ce que cet homme éprouvait n’était pas du plaisir. Elle en eut la confirmation lorsqu’elle croisa son regard bleu marine, entouré de longs cils noirs. Il était en train de l’évaluer et semblait ennuyé.

— Enchantée de faire votre connaissance, monsieur Salazar.

— « Monsieur », « mademoiselle »… inutile d’être aussi formels, reprit son père. Appelez-la Ella, Donato. Inutile de faire des manières.

L’homme acquiesça et Ella remarqua le noir profond de ses cheveux, ainsi que la légère fossette sur son menton. Elle crut apercevoir de la compréhension dans ces yeux sombres qui ne la quittaient pas.

Il était peu probable qu’un homme de la trempe de son père puisse la comprendre. Elle ne s’était jamais sentie à sa place dans le monde de Reg Sanderson. Ella avait toujours été le vilain petit canard ; celle qu’on ne comprenait pas. Celle qui n’intéressait personne.

— Ella…, prononça Donato Salazar d’une voix grave. Appelez-moi Donato.

Peut-être était-ce à cause du regard brillant de Donato, de son sourire satisfait ou bien de l’accalmie que connaissait soudain son émoi qu’Ella reprit ses esprits.

— C’est très gentil de votre part…, Donato.

Une lueur traversa les yeux de son interlocuteur et Ella se sentit soulagée. Il était donc humain, lui aussi.

— Je crois savoir que vous êtes originaire de Melbourne. Avez-vous prévu de rester longtemps à Sydney ?

— Cela dépend de plusieurs choses, répondit-il en lançant un regard à son père. Je n’ai pas encore programmé mon retour.

— Espérons que le temps restera clément pendant votre séjour. Sydney est une ville qu’il faut voir sous le soleil, dit Ella, comme si elle passait ses journées à se prélasser sur le yacht de son père.

Elle rappela alors qu’elle avait le ventre vide. Felicity était partie à peine quelques heures avant cette soirée, donnée en l’honneur de l’homme avec qui leur père voulait la marier. Reg avait exigé qu’Ella vienne directement en sortant de son travail. Comme d’habitude, l’alcool coulait à flot mais il n’y avait pratiquement rien à manger.

— Ah ! Le temps qu’il fait…, dit Donato d’un ton énigmatique, bien que son amusement soit révélé par un léger tressaillement de sa lèvre. Voilà un sujet de conversation polie et prévisible. Voulez-vous me raconter combien la météo est meilleure ici qu’à Melbourne ?

— Cela ne m’était pas venu à l’esprit, répondit-elle d’un air faussement surpris pour dissimuler son agacement.

Ella avait été, des années durant, un véritable divertissement pour les amis de son père. Désormais, la condescendance la mettait hors d’elle.

— Les Melbournois seraient-ils susceptibles au sujet de leur météo ? Je les croyais plus robustes, répliqua-t-elle en ignorant les froncements de sourcils de son père. Eh bien, n’hésitez pas à choisir un autre sujet de conversation. Mais veillez à ce qu’elle soit polie.

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4eme couverture