Un homme sans quête est un vélo sans roue

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La quête se dessine en fil conducteur de ce recueil.

Quête de soi, de son identité ; quête de l’autre ou du Grand Amour - à chacun son Graal.

Que toute quête relève de l’ambition se conçoit aisément. Certaines requièrent une vie entière. La conquête du pouvoir, par exemple. Combien d’hommes d’État accèdent à la plus haute marche du trône à l’âge où la majorité silencieuse goûte déjà aux joies paisibles de la retraite, le canapé-télé et la pêche à la ligne pour tout programme ?

Nos quêtes individuelles sont autant de remparts face aux assauts répétés de nos questions existentielles, ces interrogations auxquelles nous nous heurtons depuis toujours. Millénaires, plantées comme autant de banderilles dans nos cœurs tendres, nous n’avons rien d’autre à leur opposer.

Si toute quête est une ambition, elle est aussi une illusion. Chacun aspire par son action à s’inscrire dans l’Histoire et revendiquer sa part d’éternité. Mais quelle éternité espérer dans un univers où le temps finit par effacer jusqu’aux noms gravés dans le marbre des pierres tombales ?

Quand à savoir s’il serait utile de chercher à en dénouer les fils, nos quêtes sont à l’image de nos croyances. Elles s’imposent à nous par un cheminement qui nous échappe, mélange de détermination et de poudre de perlimpinpin.

Ainsi va celle de l’écrivain : écrire des histoires qui resteront gravées dans la mémoire de ses lecteurs.

Eric Scilien nous propose dans ce nouveau titre une trentaine de textes passionnants.


Publié le : samedi 23 avril 2016
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EAN13 : 9782372223188
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ÉRIC SCILIEN

 

UN

HOMME

SANS

 QUÊTE EST UN VÉLO

 SANS ROUE

 

Du même auteur :

 

Aux Editions du Seuil :

« Le vieux » nouvelle dans « Les crimes de la rue Jacob » recueil collectif 1999 (épuisé)

 

Aux Editions Jacques Flament :

« Instinct de survie en milieu hostile » nouvelles 2011

« Une gueule d’ange » roman 2012

« Pères et fils » nouvelle 2012

« Comment devenir écrivain Anti-mode d’emploi » roman 2014

« Le bunker » nouvelle 2016

 

Chez Bookless-Editions (numérique) et CreateSpace Independent Publishing (version papier) :

« Comment faire pour rencontrer quelqu’un » nouvelles 2014

« Un petit roi » roman 2015

 

© Eric SCILIEN

Bookless-editions

Avril 2016

 

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

 

SOMMAIRE

 

I

 

ROMANCES

 

Aimer au sang

Impact

Le temps n’existe pas

 

II

 

PROMESSES

 

Confession

L’Œil noir

Les promesses du soir s’enfuient à l’aube

 

III

 

CHERCHE-BONHEUR

 

Des projets

Cerf-volant rouge

Avoir le bon profil

 

IV

 

COMBAT

 

Usage du combat

Creuser

Le fil

Saintes victoires

 

V

 

SOLITUDES

 

Sac à dos

Entre hommes

Quatuor

Seul au milieu des autres

 

VI

 

EN ÉQUILIBRE INSTABLE

 

La Chose

Dedans

Mauvais fils

Pas vraiment mort, plus tout à fait vivant

 

VII

 

ADIEUX

 

Là où manquent les mots                                 

Nature du vide

Toutes ces choses

Paradigme

L’Inconnu                                                          

Dernier rêve avant la nuit

Épitaphe

 

Note de l’auteur

 

 La quête se dessine en fil conducteur de ce recueil.

 Quête de soi, de son identité ; quête de l’autre ou du Grand Amour - à chacun son Graal.

 Il est amusant (ou instructif) de compter parmi les synonymes de « quête, nom féminin », des mots en apparence aussi antinomiques qu’ambition et aumône.

 

 Que toute quête relève de l’ambition se conçoit aisément. Certaines requièrent une vie entière. La conquête du pouvoir, par exemple. Combien d’hommes d’État accèdent à la plus haute marche du trône à l’âge où la majorité silencieuse goûte déjà aux joies paisibles de la retraite, le canapé-télé et la pêche à la ligne pour tout programme ?

 

 Nos quêtes individuelles sont autant de remparts face aux assauts répétés de nos questions existentielles, ces interrogations auxquelles nous nous heurtons depuis toujours. Millénaires, plantées comme autant de banderilles dans nos cœurs tendres, nous n’avons rien d’autre à leur opposer.

 Que l’existence nous fasse don d’un but à atteindre, une étoile à décrocher au milieu du ciel et qu’importe la difficulté ! Plus l’issue s’annonce incertaine, la route semée d’embûches et mieux cela vaudra. Car le pire n’est pas d’échouer mais de n’être porté par aucun courant.

 Dans son essai « Le Mythe de Sisyphe », Camus note : « La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. »

 

 Si toute quête est une ambition, elle est aussi une illusion. Chacun aspire par son action à s’inscrire dans l’Histoire et revendiquer sa part d’éternité. Mais quelle éternité espérer dans un univers où le temps finit par effacer jusqu’aux noms gravés dans le marbre des pierres tombales ?

 

 Quand à savoir s’il serait utile de chercher à en dénouer les fils, nos quêtes sont à l’image de nos croyances. Elles s’imposent à nous par un cheminement qui nous échappe, mélange de détermination et de poudre de perlimpinpin.

 Ainsi va celle de l’écrivain : écrire des histoires qui resteront gravées dans la mémoire de ses lecteurs.

 

I

 

ROMANCES

 

« On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime. »

 

A. de Musset, le romantisme français

 

« Celui qui baise la rose épouse l’épine. »

 

Jean Dypréau

 

AIMER AU SANG

 

Le langage des fleurs

 

 

 Tu disais Je t’aime. Comme personne ne me l’avait dit. Tu m’offrais des fleurs. Des roses, du lilas et des iris, une couleur différente chaque jour, pour chacune de nos étreintes. Tu incarnais mon horizon, tu étais mon souffle et mon cœur qui bat. Tu parlais de nous au futur et dans ta bouche, mon mot préféré c’était toujours.

 Aujourd’hui, parmi tous les débris de ce qui fut nous, je me souviens de notre premier jour, un après-midi de septembre sur la place Saint-Augustin. Il faisait si chaud ; le rouge montait aux joues des enfants. Des hommes se promenaient torse nu, un mouchoir blanc sur la tête ; des femmes aux décolletés provocants montraient leurs jambes. Les terrasses des cafés débordaient sur les trottoirs et toutes les places à l’ombre des parasols étaient occupées.

 J’étais assise sur un banc près de la fontaine, en plein soleil. J’avais apporté mon carnet à dessin avec l’idée de faire quelques croquis mais rien ne venait sous mon crayon. Trop de vague à l’âme. De sentiment d’inutilité et d’abandon.

 Tu as été celui qui est venu m’offrir cette rose sans un mot, comme une main tendue. Une rose blanche, synonyme d’innocence et de pureté.

 Je l’ai respirée avant même te regarder.

- Vous aviez l’air si triste, mademoiselle… je ne pouvais pas vous laisser comme ça.

 Tu souriais. J’ai cru t’avoir déjà vu ou te connaître déjà. Peut-être ressemblais-tu vaguement à un acteur américain dont je n’avais jamais su le nom, je t’ai demandé si tu faisais du cinéma. Ça t’a fait rire.

- Non, je suis dans la pub. Mais c’est tout aussi intéressant, vous savez !

 Tu respirais l’assurance et la force mâle, l’arrogance virile et décontractée. Tu t’es assis à côté de moi et tu m’as demandé si j’aimais la poésie. Je t’ai répondu oui. Alors tu m’as parlé des poèmes de Baudelaire et du spleen de Paris. Puis tu t’es intéressé à ce que je dessinais et je t’ai montré mes croquis esquissés la veille. Tu as eu l’air favorablement impressionné – mais je ne savais pas si tu étais sincère car très vite, tu as laissé filtrer tes intentions. Sans aucune ambiguïté.

 M’emmener dans ton lit et me faire l’amour.

 J’ai compris que tu étais rompu à ce genre d’approche. Séduire faisait partie de toi et de ton mode de vie mais ça ne changeait rien. Parce que toi aussi, tu me plaisais. Par ton premier geste, cette rose que tu m’as offerte, je t’ai cru différent des autres. Romantique, à l’encontre de cette race d’hommes qui n’osent pas m’aborder, les plus nombreux. Pourtant je sens leurs regards sur moi. Ils m’observent, me scrutent. Me dévisagent. Je leur plais, oui. Je le sais depuis toujours. Depuis que mon oncle me faisait sauter sur ses genoux : « Qu’elle est mignonne, cette petite ! » Je leur plais mais plus encore, je leur fais peur. Parce que trop féline, trop spéciale. Brûlante au-dedans et insensible au dehors, insaisissable.

 Écorchée vive.

 

 Nous avons été boire un verre en terrasse, les yeux dans les yeux. Tu parlais et je te regardais et quand le serveur, les tables autour de nous, la place toute entière avec son ciel bleu s’est dissoute dans l’iris de tes yeux clairs, quand enfin il n’est plus resté que toi et moi, j’ai su qu’il y avait danger.

 Excessive, éprise d’absolue, parfois même perverse et suicidaire - peut-être. Mais sincère, je l’avais toujours été, à chaque seconde des vingt-trois années de ma courte existence.

 Alors je t’ai prévenu. Je voulais que tu saches, que ton choix se fasse en connaissance de cause, en toute liberté. Je t’ai dit que Si tu me voulais, tu devrais faire attention. Très attention.

 Tu as masqué ta surprise par un sourire. C’était un réflexe chez toi, presque une seconde nature. Sourire en toutes circonstances, face à toutes les situations - ta meilleure arme. Ensuite tu t’es reculé sur ton siège comme pour me jauger, évaluer le piège ou la chausse-trappe.

- Faire attention, pourquoi ? Tu es malade ? Tu as le sida ? Une maladie contagieuse ?

- Non.

 J’ai failli te demander quelle aurait été ta réaction si cela avait été le cas mais j’ai préféré poursuivre sur une autre voie. Celle de la vérité.

- C’est dans ma tête que ça ne va pas.

 Tu m’as demandé quel était mon problème mais je ne le savais pas moi-même. Et puis surtout, je voulais que tu me devines. Que tu saches rien qu’en me regardant. Que tu pressentes. Que tu voies au-delà des apparences. Que tu fasses preuve de talents divinatoires.

- Tu es suivie par un docteur ? Tu prends des médicaments ?

- Non. Ça ne servirait à rien, j’ai toujours été comme ça.

- Toujours été comme quoi ?

- J’ai trop besoin qu’on m’aime. Alors si tu veux m’emmener dans ton lit, ça peut devenir dangereux.

- Pour qui ?

- Pour toi.

 Tu as souri encore. Tu appartenais à cette catégorie d’hommes qui en imposent physiquement, les mâchoires carrées, grand et large d’épaules. Tu me dépassais d’au moins une tête. Comparé à toi, je n’étais qu’un papillon, une petite chose d’apparence fragile que tu aurais pu soulever d’une seule main sans avoir à forcer ton sourire.

 Les médecins me l’avaient pourtant affirmé, j’avais laissé l’anorexie derrière moi, cet encombrant compagnon de voyage. J’avais réussi à le semer, oui mais il lui arrivait encore de me retrouver pour une journée. Parfois. Comme pour me rappeler à son bon souvenir, me faire comprendre qu’il restait dans les parages. Battu mais pas vaincu. Ces moments-là, je me contentais de thé vert sans sucre, du matin au soir et jusqu’au milieu de la nuit. Du thé vert et brûlant que je laissais infuser longtemps.

 Tu as passé ta main derrière le dos de ma chaise et tu t’es rapproché de moi.

- Le danger, c’est plutôt excitant, non ?

 Je te sentais pressé de tout gagner, tout conquérir, moi comme le monde entier. Tu semblais ne laisser aucun espace entre ton désir et le doute, le remords ou le temps perdu. La notion même d’échec t’était étrangère. Tu t’es penché vers moi, ton regard a glissé ouvertement sur mon corsage et tu as murmuré à mon oreille, d’une voix tendre de prédateur qui savoure l’instant où il ferre sa proie :

- Alors je prends le risque.

 Ton visage s’est approché à quelques centimètres du mien ; mais je n’avais pas fini.

- Il y a encore une chose.

- Laquelle ?

- Si on couche ensemble, il faudra que tu m’offres des fleurs. Tous les jours.

 Tu as répété, manifestement un peu surpris, toi qui semblais pourtant ne t’étonner de rien :

- Tous les jours ?! Rien que ça. Et jusqu’à quand ?

- Jusqu’à pas de fin.

 Tu as ri et tu m’as dit D’accord. Puis tu t’es rapproché encore et doucement, presque au ralenti, tu as respiré mon cou, effleuré mes lèvres de ta bouche. J’ai failli te mordre au sang pour te montrer, que tu saches à qui tu avais réellement à faire - mais failli seulement. Parce que non, j’ai préféré répondre à ton baiser. J’en avais trop envie.

 Tu ne savais pas ce à quoi tu t’exposais mais puisque tu étais partant, alors je l’étais aussi. Et le soir même, je me suis donnée à toi.

 

 Au lit, tu me rendais folle. Très vite, j’en ai perdu le sommeil, le goût du travail et des études. Les Beaux Arts - j’étais pourtant en dernière année mais je n’entendais plus, je n’assimilais rien. Je ne vivais plus que pour l’instant où tu me retrouvais, chez moi, le soir après ton travail, dans la petite maison que j’occupais en lisière de campagne. Tu me prenais dans tes bras et la porte n’était pas encore refermée que déjà tes mains s’impatientaient sur les boutons de mon chemisier, dégrafaient ma jupe, mon corsage. Tu disais Je t’aime et je te croyais.

 Après l’amour, tout contre toi, je posais ma main sur ta poitrine pour sentir battre ton cœur et me persuader que c’était pour moi.

 Tu m’offrais des fleurs, chaque jour différentes. Je les attendais tout comme je t’attendais, toi...

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