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Un jardin pour l'été

De
352 pages
Série Chesapeake Shores, tome 7

Son cœur qui bat plus vite lorsqu’elle consulte sa messagerie, son imagination qui s’emballe lorsqu’elle revoit en pensée le visage aux traits virils de celui dont elle tombée amoureuse… Moira doit se rendre à l’évidence : elle ne peut oublier Luke O’Brien. Il faut dire qu’avec ses cheveux bruns en bataille, son regard parfois grave mais pétillant de vie, son sourire irrésistible, cet Américain venu passer ses vacances en Irlande n’a guère eu de mal à la séduire. Sauf qu’après le mois idyllique qu’ils ont passé ensemble, Luke est reparti aux Etats-Unis reprendre le cours de sa vie, et peut-être même retrouver une autre femme. Alors que Moira tente de se persuader que tout est ainsi pour le mieux, son grand-père lui demande de l’accompagner à Chasepeake Shores, la petite ville de la côte Est des Etats-Unis où vit Luke. Moira n’hésite que quelques secondes avant d’accepter. Même si, dès lors, une question l’obsède : saura-t-elle convaincre Luke qu’il y a une place pour elle dans sa vie ?

A propos de l'auteur :

Diplômée de l’école de journalisme de l’université de l’Ohio, Sherryl Woods a travaillé dix ans pour les pages culturelles de divers quotidiens d’Ohio et de Floride, avant de se consacrer à sa carrière de romancière. Sherryl Woods est une habituée des listes des meilleures ventes du New York Times.

Série Chesapeake Shores

Tome 1 : La maison de la baie
Tome 2 : Un jardin sur l’Atlantique
Tome 3 : L’aube des promesses
Tome 4 : Jusqu’au bout du rêve
Tome 5 : Rendez-vous sur la baie
Tome 6 : La promesse de Beach Lane
Tome 7 : Un jardin pour l’été
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Rien à faire : l’insupportable Moira ne quittait pas ses pensées ! Le voyage en Irlande de Luke O’Brien datait pourtant d’un bon mois, à présent, et les occupations ne lui avaient pas manqué, depuis son retour. Outre les inquiétudes que lui inspirait son projet d’ouverture d’un pub à Chesapeake Shores, et le tollé que cette idée ne manquerait pas de soulever dans sa famille, il était ressorti plusieurs fois avec la ravissante et élégante Kristen Lewis, reprenant leur histoire là où ils l’avaient laissée avant son escapade irlandaise. A vrai dire, leur relation tenait plus de l’arran-gement amiable que d’une véritable histoire de cœur, mais jusqu’à une date récente elle avait constitué un agréable divertissement. Ne serait-ce que par son caractère compliqué, qui convenait parfaitement au naturel rebelle de Luke. Jusqu’à ce qu’il croise la route de Moira Malone, dont l’esprit vif et la langue bien affûtée n’avaient pas manqué de l’intriguer au plus haut degré. — Il faudra plus que de belles paroles et un clin d’œil pour faire ma conquête ! lui avait-elle déclaré d’emblée, le remettant fermement à sa place. J’ai l’habitude des types dans votre genre. Ils s’étaient rencontrés pendant les vacances de la famille O’Brien en Irlande. Petite-îlle de Dillon O’Malley, lui-même amour de jeunesse de la grand-mère de Luke, Moira était magniîque, mais absolument invivable. En fait, elle était probablement la femme la plus frustrante
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que Luke ait jamais connue, entre autres parce qu’elle semblait totalement insensible à son charme. Malgré cela, elle s’était approprié son cœur, une complication dont il se serait bien passé. Ayant prolongé son séjour de plusieurs semaines après le retour de la famille au pays, Luke avait înalement regagné ses pénates, prêt à reprendre le cours ordinaire de sa vie. Et à « se comporter enîn en adulte », selon les termes de son père, qui lui avait reproché ses années d’études inutiles. A quoi pouvait bien lui servir un diplôme d’histoire ? A rien, il en convenait. Il avait opté pour cette matière parce qu’elle ne lui déplaisait pas trop, et parce qu’il fallait bien faire un choix. Mais aujourd’hui l’horloge avançait, et le clan très soudé des O’Brien observait, curieux de voir ce que le plus jeune des petits-enfants de Nell entendait faire de sa vie. Et Luke doutait qu’un membre de cette famille l’ait jamais imaginé en tenancier d’un pub irlandais sur Shore Road. Il se sentait terriblement impatient, en cet instant : il avait fait et refait ses plans, et prié le ciel de lui donner l’assurance et la conîance nécessaires pour que personne ne puisse le faire changer d’avis. C’est dans cet état d’esprit qu’il se dirigeait vers le bureau de son frère. Matthew était en train de s’imposer comme un architecte aussi talentueux et créatif que leur oncle Mick, dont la renommée dépassait largement les frontières. Comme la plupart des membres de la famille, Matthew avait découvert sa vocation très jeune, une qualité que Luke leur enviait. Pas seulement parce qu’ils avaient toujours su ce qu’ils voulaient faire de leur vie, mais également parce qu’ils avaient tous réussi, parfois de façon magistrale. Autant d’exemples particulièrement intimidants. Quand Luke entra dans le bureau, Matthew était telle-ment absorbé par les plans étalés devant lui qu’il ne leva même pas les yeux, ce qui donna à Luke quelques instants supplémentaires pour rassembler ses idées. Son intention
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était de tâter d’abord le terrain avec l’interlocuteur qu’il jugeait le plus réceptif. Matthew înit par se redresser, et sursauta en le décou-vrant devant lui. — Depuis quand es-tu là ? — Un certain temps. Combien de villes as-tu conçues, aujourd’hui ? — Une seule, répondit Matthew avec un grand sourire. Je crois que les plans de cette commune de Floride sont prêts à partir chez le promoteur pour approbation înale. A en juger par le nombre de ses appels pour connaïtre l’avancée de mon travail, il brûle de donner le premier coup de pioche. Luke avait vu nombre de rendus architecturaux au cours des années, et il devait reconnaïtre qu’il avait encore du mal à deviner, derrière les tracés, ce qu’ils représentaient vraiment. Il se pencha néanmoins par-dessus l’épaule de son frère, prêt à manifester l’enthousiasme attendu, mais ce qu’il découvrit le laissa abasourdi. — C’est toi qui as conçu ça? Une ville entière, avec ses maisons, sa rue principale, ses écoles, sa bibliothèque et même son église ? Et tout ça à partir de rien ? Un simple coup d’œil à quelques hectares de terres en friche t’a sufî? Le visage de Matthew s’illumina, et il hocha la tête. — Impressionnant, n’est-ce pas… si j’ose dire ! — Finalement, tout ce temps passé à jouer avec ton Lego quand tu étais gosse n’a pas été perdu. Oncle Mick l’a vu ? — Evidemment. Il n’a pas cessé de me relancer. A mon avis, je ne suis pas le seul que le promoteur ait harcelé, ces derniers temps. — Et…? — Et notre cher oncle Mick estime qu’il n’aurait pas pu faire mieux, répondit Matthew d’un air satisfait. — Ce qui signiîe que c’est mille fois mieux, conclut Luke. Mais aucun risque qu’il l’admette pour ton premier job important, de peur de te voir prendre la grosse tête et exiger une augmentation.
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Matthew repoussa le compliment d’un haussement d’épaule. — On peut toujours faire mieux. Oncle Mick m’a même parlé de ce qu’il ferait, si l’opportunité lui était donnée de redessiner Chesapeake Shores. Luke le regarda, étonné. — Vraiment ? Comme quoi, par exemple ? — Il a reconnu que Thomas avait eu raison de vouloir construire la ville dans le respect de l’environnement. Il m’a dit que si c’était à refaire il ne se montrerait pas aussi dur avec lui sur ce sujet. Luke éclata de rire. — Non, il se contenterait de lui casser les pieds pour le principe, comme il le fait avec papa ! — Il y a de grandes chances. Bon, qu’est-ce qui t’amène ici à cette heure tardive ? — Je me demandais si tu aurais le temps de prendre un verre avec moi. — Bien sûr. Ça ne t’ennuie pas si Laila se joint à nous? Nous devions nous retrouver pour dïner. Tu es le bienvenu, si ça te dit. — Ça marche. Je voulais d’ailleurs lui parler d’une ou deux petites choses. Son frère lui jeta un regard soupçonneux. — Et puis-je savoir de quoi tu souhaites t’entretenir avec ma femme ? demanda-t-il. — Peut-être d’une fête surprise pour ton anniversaire, plaisanta Luke. Il connaissait l’aversion de son frère pour ces fêtes improvisées, alors même que celui-ci avait organisé son propre mariage surprise en Irlande, laissant Laila dans l’ignorance jusqu’à sa demande ofîcielle, la veille de Noël. — Mon anniversaire est passé depuis deux mois et aucun de vous n’est un organisateur-né, répliqua Matthew. Trouve autre chose. — Pourquoi ne pas parler de ça devant un verre ? — Entendu. Chez Brady ?
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— En fait, j’avais un autre endroit en tête. Je dois passer au bureau de papa d’abord. Retrouvons-nous sur Shore Road devant le Panini Bistro dans vingt minutes, d’accord? — D’accord. J’appelle Laila et je la préviens. Si j’arrive le premier, je prends une table. — Non. Attends-moi devant, plutôt. Mais dis à Laila de prendre une table si elle arrive avant notre retour. — Notre retour ? De plus en plus bizarre, ît remarquer Matthew, les sourcils froncés. — Fais-moi conîance, d’accord ? — Toujours. A tout de suite. Luke lui adressa un signe de la main avant de se diriger vers le bureau de leur père. En réalité, il espérait bien que ce dernier serait déjà parti et qu’il ne resterait que sa sœur. Susie risquait de rechigner un peu devant sa requête, mais n’userait pas de sa supériorité hiérarchique pour exiger des explications. La chance était avec lui, car les bureaux de la société de gestion immobilière étaient fermés. Comme il donnait un coup de main à l’occasion pour les visites de propriétés, Luke en avait la clé, qu’il utilisa pour entrer. Une fois à l’intérieur, il choisit sur le tableau un jeu de clés corres-pondant à un de leurs immeubles et ressortit, refermant la porte derrière lui. Il devança son frère de quelques secondes sur le lieu de rendez-vous. — Alors, où va-t-on, maintenant, petit cachottier ? demanda Matthew. — Tout près. Luke l’entraïna un peu plus bas dans la rue, jusqu’à un grand local vide autrefois occupé par un restaurant français qui avait fait faillite, incapable de survivre au manque d’activité pendant les longs mois d’hiver. Personnellement, il restait convaincu que la véritable raison de l’échec venait des chaises particulièrement inconfortables sur lesquelles les consommateurs se tortillaient en mangeant des plats aux prix exorbitants.
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Après avoir déverrouillé la porte, il entra dans le local, alluma les lumières et se tourna vers son frère. — Alors, qu’en penses-tu ? demanda-t-il. Matthew le regarda, étonné. — De quoi ? C’est un local vide. Luke soutint son regard. — Tu crois que tu pourrais m’aider à le transformer en un pub irlandais chaleureux et accueillant ? Les mots n’avaient pas îni de franchir ses lèvres qu’un cri retentissait dans son dos. Faisant volte-face, il découvrit son oncle Mick sur le pas de la porte. — Je passais juste voir pourquoi il y avait de la lumière ici, et voilà que je découvre que vous complotez pour ouvrir un pub ! s’exclama-t-il, l’air incrédule. Luke poussa un soupir. Il se serait bien passé d’un cri-tique aussi difîcile dès le début, mais înalement ce n’était peut-être pas plus mal. Mick avait le sens des affaires et une parfaite connaissance des besoins de cette ville. Peut-être comprendrait-il l’intérêt d’un lieu de rencontre dans la rue principale — un endroit où il ferait bon venir passer un moment, dans la plus pure tradition irlandaise. — J’y pense, en effet, conîrma Luke en le regardant droit dans les yeux. Qu’en dis-tu ? Mick plissa les yeux. — Qu’est-ce qui te fait croire que tu en es capable? Tu n’as jamais travaillé comme barman, que je sache. Ni même dans un restaurant, d’ailleurs. — Ce n’est pas tout à fait exact, rectiîa Luke. Pendant mon séjour en Irlande, j’ai travaillé quelque temps chez McDonough, le pub où nous passions notre vie. J’ai aussi fait le tour du pays en visitant tous les pubs que je rencon-trais, dans les villes comme dans les villages. J’ai posé des milliers de questions, pris des notes et cuisiné pas mal de îsh and chips. J’ai même acheté le vieux comptoir d’un bar qui fermait. Il devrait être livré d’ici un mois. Le visage de son frère afîchait maintenant la même expression de surprise que celui de son oncle.
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— Je croyais que tu avais prolongé ton séjour en Irlande parce que tu t’étais malencontreusement entiché de l’insupportable Moira ? — C’est ce que je voulais que tout le monde croie, reconnut Luke, ce qui était d’ailleurs en partie vrai. Je n’étais pas encore prêt à vous laisser démolir mon idée. J’en étais encore à la tourner dans ma tête pour savoir si elle sonnait juste et me convenait. Il îxa son frère, priant pour que celui-ci le comprenne et le soutienne. — Et elle me convient, conclut-il. — Mais pourquoi un pub ? demanda Matthew, mani-festement inquiet. — En fait, l’inspiration m’est venue suite à une réexion de Mack, expliqua Luke en parlant du mari de sa sœur, Susie. Je lui donnais mon avis et, soudain, il s’est écrié que je devrais devenir psychanalyste comme Will. Il plaisantait, bien sûr, mais l’idée a fait son chemin. — Et c’est ce qui t’a amené à ce projet de pub? demanda Mick avec étonnement. Je ne vois pas le rapport. — Tout le monde sait que les gens ont l’habitude de raconter leur vie aux barmans, expliqua Luke. J’aime bien écouter, pas dans un but thérapeutique, comme Will, mais en jouant les oreilles attentives. En Irlande, j’ai constaté la même chose dans tous les pubs où nous sommes allés, et brusquement tout s’est mis en place. Les pubs génèrent leur propre clientèle, pas seulement pour boire et pour manger, mais aussi pour retrouver ses copains, pour la musique et les rires. Du moins quand ça se passe bien. C’est le genre d’endroit que j’aimerais créer. — Eh bien, si je m’attendais à ça ! lança Matthew. Luke étudia son visage, anxieux de voir si, au-delà de la surprise, l’approbation était au rendez-vous. — Tu me crois fou ? demanda-t-il. — Un peu. Mais je pense que ça pourrait bien marcher. Et toi, Mick ? Regarde autour de toi. Imagine ce vieux comptoir, contre le mur du fond, avec un grand miroir qui
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rééchirait la baie, au moins pendant la journée. Peut-être pas aussi sombre que les vrais pubs irlandais, mais d’une couleur adéquate pour une ville en bord de mer. Laila et moi en avons vu un comme ça, à Howth, qui donnait sur la marina. Tu as parlé de musique, ajouta-t-il en se retournant vers son frère. Cela signiîe que tu envisages de réserver un petit coin pour un groupe ? — En effet. Rien de très élaboré ou sophistiqué, juste un endroit où permettre à des musiciens de se poser. Je compte bien inviter quelques véritables groupes irlandais de temps en temps. Ou des chanteurs. Enîn, ce que je pourrai trouver. — Je vois…, dit Matthew, qui avait commencé à prendre des notes sur le carnet qui ne quittait jamais sa poche. Oncle Mick, ton avis ? Ce dernier secoua la tête en déambulant dans la pièce. Au bout de quelques minutes, Luke s’aperçut qu’il était en train de mesurer mentalement le local. Finalement, Mick s’arrêta devant son neveu. — As-tu préparé un budget prévisionnel ? demanda-t-il. En hiver, les temps sont durs, par ici. Tu vas devoir en tenir compte. — J’ai l’intention d’attirer les gens du coin et peut-être même de toute la région, avec la musique. Mes estimations me paraissent correctes, mais j’espère que Laila acceptera d’y jeter un coup d’œil. Les maths n’ont jamais été mon point fort. J’espérais qu’elle pourrait même avoir le temps de prendre en charge cet aspect des choses, de surveiller mes înances et de me rappeler à l’ordre si je tire trop sur la corde, comme elle le fait déjà avec Jess. — Ah, d’accord… Ce qui explique pourquoi elle nous attend en ce moment même chez Panini, dit Matthew. Nous ferions mieux d’y aller. Oncle Mick, tu te joins à nous ? — Essaye de m’en empêcher, grommela ce dernier. Le temps de passer prendre Megan — c’est d’ailleurs là que j’allais quand je vous ai aperçus. Elle devrait être en train de fermer la galerie.
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En allant chercher sa femme, Mick avait apparemment rencontré Connor, le cousin de Luke, qui rejoignait lui aussi sa femme, Heather, et les avait invités, car ils arrivèrent tous les quatre. Quand ils furent enîn installés chez Panini, ils avaient monopolisé quasiment toutes les chaises du petit restaurant. Naturellement, Mick s’empressa de sauter sur l’occasion pour annoncer la nouvelle, ce qui déclencha des cris et des exclamations de la part de tous les membres du groupe, jusqu’à ce qu’il tape sur la table pour réclamer le silence. Puis il se tourna vers son neveu. — Quel nom comptes-tu donner à ton pub, Luke ? — O’Brien’s, évidemment, répondit ce dernier avec un grand sourire. A quoi est-ce que ça servirait, sinon, d’avoir un vrai nom irlandais ? Le visage de son oncle s’éclaira. — Et nous sommes les premiers à apprendre cette nouvelle ? — En effet, conîrma Luke, qui prit soudain conscience de ce qu’il avait fait. Une nouvelle fois, Mick O’Brien avait trouvé le moyen de damer le pion à ses frères, en apprenant avant eux le dernier scoop. Dans une famille aussi compétitive que la leur, le père de Luke n’avait pas îni d’entendre parler. — Tu vas me laisser le soin d’avertir papa, n’est-ce pas ? supplia Luke. Par respect. Cette perspective arrachait visiblement le cœur de Mick, mais un coup de coude bien ajusté de Megan ît pencher la balance du bon côté. — D’accord, convint-il à contrecœur. — Merci. Le regard de Luke ît le tour de la table. — Alors, vous me soutiendrez ? demanda-t-il, inquiet. Laila, acceptes-tu de surveiller mon budget? Et toi, Connor, veux-tu bien t’occuper d’obtenir toutes les autorisations ? Et vous pensez tous que c’est une bonne idée ? ajouta-t-il après avoir obtenu leur assentiment.
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— C’est une excellente idée, conclut Mick quand le chœur d’encouragements se fut calmé. Et si c’est un projet qui te tient vraiment à cœur, seul un sot voudrait se mettre en travers de ta route. Luke avait le pressentiment que, si son père ne lui accordait pas un soutien inconditionnel, son oncle serait plus que ravi de lui répéter ce message. Avec un peu de chance, on n’en arriverait pas là. La dernière chose que Luke souhaitait, c’était bien de déclencher une nouvelle querelle familiale.
Moira contemplait la photo de Luke O’Brien qu’elle avait prise quelques semaines plus tôt. Une des meilleures, à son avis. Elle l’avait surpris alors qu’il riait avec la mer en arrière-plan, ses cheveux noirs ébouriffés par le vent, ses yeux bleus pétillant de joie de vivre. Le simple fait de le regarder lui coupait le soufe. Quand Luke avait débarqué chez son grand-père, avec toute son exubérante famille, pour les fêtes de Noël, elle traversait une de ses célèbres crises de mauvaise humeur, prête à sauter à la gorge de quiconque croisait son chemin. Son grand-père et sa mère étaient habitués à ses sautes d’humeur et s’inquiétaient d’ailleurs ouvertement pour elle, ce qui ne faisait qu’exacerber le phénomène. Bizarrement, ses remarques acerbes n’avaient pas fait fuir Luke, qui ne l’avait pas lâchée d’une semelle, ce soir-là, la taquinant sans relâche, parvenant même à lui arracher un sourire ou deux. Quand ils s’étaient tous retrouvés, quelques jours plus tard, pour le mariage impromptu de son frère avec Laila, il avait même réussi à l’entraïner sur la piste de danse, susurrant à son oreille comme il l’aurait fait à une pouliche nerveuse jusqu’à ce qu’elle se détende entre ses bras. Et commence même à tomber un peu amoureuse de lui… En vérité, c’est de la famille tout entière que Moira s’était éprise. Une famille tellement différente de la sienne! Même
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