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Un joli chemin

De
316 pages

Benoît Dutertre, étudiant en économie à l'université de Besançon, musicien de talent, est en pleine déroute après une aventure amoureuse avec Murielle, une fille sulfureuse qui l'avait entraîné sur un chemin où il avait rompu avec ses amis et une partie de sa famille. C'est l'amitié généreuse de Sophie, étudiante elle aussi, qui va lui permettre de remonter la pente, de briser le cercle de la déchéance et de repartir avec elle sur un joli chemin fait d'amour, de musique et d'amitiés retrouvées avec, en filigrane, la figure du Petit Prince de Saint-Exupéry qui va les accompagner tout au long du roman. Pour Benoît, c’est une sorte de rédemption qui va s’opérer, malgré les tentatives de Murielle pour le reconquérir.


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175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-01415-6

 

© Edilivre, 2017

 

1ère partie

Sophie et le Petit Prince

Benoît

Benoît Dutertre était morose, triste et mélancolique. Il était très mal dans sa peau. De plus en plus mal, presque désespéré. Il traînait ses jours et ses nuits comme un boulet de condamné et se demandait quelle vie était devenue la sienne. Lui autrefois si dynamique, esprit vif et intelligent, passionné de la vie, de la musique et du sport, ne s’intéressait plus à rien, même pas à lui-même et était envahi par un vague à l’âme, désabusé, écœuré. Il avait l’impression d’avoir tout échoué. Sa vie d’étudiant, d’abord, il redoublait, sans y croire et sans aucun enthousiasme, sa deuxième année de master en Sciences Économiques à l’Université de Besançon. Sa vie sentimentale ensuite, son histoire sulfureuse avec la blonde Murielle Weillant s’était lamentablement terminée il y trois mois, après un an et demi d’un amour aussi fou que dévastateur.

Il avait quitté le cours de Droit International qu’il aurait dû suivre à cette heure-là. Au bout d’un quart d’heure, comme presque à chaque fois depuis la rentrée qui avait eu lieu le 10 septembre. Il avait complètement décroché. Les paroles du professeur s’envolaient aux quatre coins de l’Amphithéâtre Gaudot comme les notes d’une musique étrange qui ne le touchait pas et créait seulement autour de lui une atmosphère sonore. Il était dans une sorte d’état second, d’abattement, de léthargie, noyé dans le spleen cafardeux qui le paralysait et l’empêchait de réfléchir ou de comprendre. Que lui importait alors de savoir quelles étaient les conditions d’établissement en France du commerçant étranger ou les modalités du Traité d’Amsterdam ! Depuis trois mois, il était ainsi, de plus en plus apathique, découragé, dépressif, sans goût pour tout ce qui avait été ses passions auparavant : le sport, la musique, le dessin, les études, ses copains.

Autrefois excellent nageur, il avait fait partie de l’équipe locale des Sports nautiques francs-comtois, et avait même été champion régional junior du 4 fois 100 m. Et pourtant, il n’avait pas remis les pieds à la piscine depuis plusieurs mois. Son corps lui importait aussi peu que son esprit et il ne les entretenait pas plus l’un que l’autre. Il les négligeait même, lui qui avait quand même la réputation d’être soigneux de sa personne, sans en être imbu. Il ne pratiquait plus de sport et vivait dans une sorte de paresse physique et intellectuelle. La lecture, dont il était si avide, ne l’intéressait plus et son esprit, vif et curieux, semblait maintenant être ankylosé, comme paralysé. La curiosité qui lui avait fait regarder tout ce qui pouvait être aimé et cultivé, parce qu’il voulait comprendre aussi bien la musique que la politique, la philosophie, les grandes découvertes scientifiques et l’informatique, cet appétit s’était émoussé, érodé, épuisé, comme une vielle pomme ratatinée. Comme s’il était rassasié, repu, blasé, détaché de tout. Et les livres qu’il dévorait jadis, attendaient désormais, éparpillés sur des étagères, qu’il veuille bien s’occuper de nouveau d’eux.

Il avait aussi délaissé sa trompette dans son étui, alors qu’il était soliste dans l’Orchestre des Jeunes du Conservatoire de Région et promis à un bel avenir. Même s’il ne songeait pas vraiment à en faire son métier, la musique avait été pour lui un moyen de s’affirmer, d’avoir davantage confiance en lui, de se prendre en charge, de se discipliner. Il lui avait consacré une bonne partie de sa jeune vie. À 23 ans, il pouvait se vanter d’avoir été baigné dans la musique, car il avait embouché sa première trompette à 7 ans. Aujourd’hui, l’instrument dormait, triste et muet dans son étui abandonné dans un coin de placard de sa chambre.

Il était également très doué en dessin. Il avait hésité un temps à faire École des Beaux-arts. Il aimait dessiner. Il excellait dans le portrait au fusain, au trait. Il s’adonnait aussi à la caricature humoristique… Très tôt, il s’était mis à croquer sur des feuilles de papier à dessin ses parents, sa sœur, ses amis… ses professeurs. C’était un passe-temps, des moments où il laissait son imagination vagabonder au gré de son humeur et de ses fantasmes. Il avait préféré la musique, la trompette et le Conservatoire où, pensait-il, il pouvait mieux s’exprimer. Mais de temps à autre, il sentait encore ses doigts le démanger et son crayon s’égarait au fil de ses pensées… Alors, pendant des heures, il pouvait crayonner, dessiner, des visages, connus ou inconnus qu’il imaginait, qu’il voyait peut-être dans ses rêves. Des corps de femmes nues aux lignes harmonieuses et sensuelles, avec quelquefois un zeste d’érotisme platonique, avec une sorte de tendresse et de respect jusque dans le trait. Il plaçait toujours un pan de drap, un morceau d’écharpe, une robe de chambre jetée négligemment en forme de feuille de vigne pour protéger le mystère d’une intimité qui se laissait deviner.

Pour les formes, les belles courbes, l’harmonie d’un corps, la beauté tout simplement qu’il admirait et qui le touchait. Une fleur, un oiseau, une biche dans la forêt, une belle poterie artisanale, un site pittoresque, une peinture, un film, un morceau de musique, tout pouvait être beau, tout pouvait l’émerveiller et l’attendrir même si ce sens de l’esthétisme est relatif. Cela donnait souvent lieu à d’âpres discussions avec ses amis, mais il aimait confronter ses opinions à celles de ses copains, avec passion et considération des autres. Il savait encore être étonné, il se laissait surprendre, séduire par des choses qui paraissaient banales et normales à d’autres. Il avait gardé au fond de lui, la perception et l’émotion du merveilleux et du fantastique, que beaucoup de gens ont perdus dans un monde qui produit sans cesse et détruit très vite ce qu’il a fabriqué, qui descend aujourd’hui aux enfers ce qu’il a adulé hier et porté aux nues.

Il crayonnait aussi des personnages costumés, des hommes en habit et des femmes en robes figurant dans un défilé de mode imaginaire. Et puis, il s’était mis aussi à concevoir des bijoux, il dessinait au crayon noir des colliers, des bracelets, des bagues avec une telle finesse dans le trait, qu’on les aurait crus réels dans leur écrin de papier… Il savait jouer avec la lumière, avec les ombres. Ses dessins sortaient du monde virtuel, devenaient des objets réels et ses personnages s’animaient, dans son imaginaire.

Benoît avait longtemps été le « chouchou » des filles de son quartier de Besançon et du village où ses parents avaient une maison de famille dans laquelle ils passaient leurs vacances et les congés de fin de semaine. C’est vrai que depuis l’adolescence, son physique s’était révélé. Sportif, grand et fort, il avait aussi un assez beau visage aux traits fins et aux angles légèrement arrondis qui lui donnait à la fois un air viril et doux avec ses cheveux bruns, autrefois souples et ondulés mais qu’il portait aujourd’hui longs et mal coiffés. Il avait aussi des yeux sombres au regard d’ordinaire profond et vif mais où transparaissait toujours une lumière de tendresse. Au lycée, à la fac, il s’était fait remarquer par son dynamisme, ses connaissances, sa curiosité toujours en éveil, sa lucidité, son sens des responsabilités qui l’avait amené à plusieurs reprises à être l’élu de ses camarades de classe, sa gentillesse et ses convictions qu’il savait toujours défendre avec ferveur et avec une vraie déférence pour ses adversaires. Il avait l’estime de tous, des jeunes mais aussi des adultes, professeurs et membres des diverses structures qu’il avait fréquentées, écoles, associations…

Benoît était un garçon qui étonnait par sa joie de vivre, sa bonne humeur, son sérieux, son sens et son respect de l’autre. Il séduisait beaucoup de monde. Il énervait aussi ceux qui n’appréciaient pas l’influence, toute relative, qu’il avait sur les autres, l’aura qui se dégageait de sa personne, sa façon d’être, de s’habiller, classique et décontractée, sans provocation et sa Foi qu’il pratiquait au sein de la paroisse de son quartier mais qu’il n’avait jamais cachée.

Il avait donc connu quelques beaux succès féminins, et beaucoup de filles auraient bien voulu se laisser charmer et le séduire. Il avait le choix et ne s’en était pas privé pendant une période où, comme tous les adolescents de son âge, il recherchait avant tout le plaisir et la gloire de la conquête. Mais il était très sensible, et il s’attachait très vite, si bien que ses premières amours adolescentes ne lui avaient pas laissé que de bons souvenirs, lorsqu’à plusieurs reprises, ce fut lui qui joua le rôle de l’amoureux abandonné. Aussi, après quelques aventures sans lendemain au seuil de sa vie d’adulte, avait-il cultivé surtout l’amitié qu’il partageait sans ambiguïté avec quelques filles et garçons de son âge, jusqu’à ce qu’il rencontre celle qu’il avait cru être la femme de sa vie.

Or, tout cela était du passé. Il ne nageait plus, il ne jouait plus de la trompette, il ne dessinait plus et son charme n’opérait plus auprès des filles. Sa ligne de vie, au creux de ses mains lisses et douces, autrefois sans détours et sans accrocs, avait heurté un obstacle qui l’avait désorientée et ne suivait plus le cap qui était le sien et qui avait fait de lui un jeune homme droit et honnête, apprécié de ses amis. Tout cela c’était avant. C’était avant qu’il ne fasse une rencontre qui allait bouleverser sa vie.

Il songeait à ce passé, somme toute pas si lointain où il était un étudiant brillant, aimé de ses amis, de sa famille qu’il adorait, musicien de talent… et puis elle était arrivée dans sa vie, comme arrive un accident, une maladie… par hasard, par malchance. Il l’avait d’abord considérée comme un cadeau du ciel, mais il avait déchanté, car le cadeau si beau fut-il, était un présent empoisonné !

Les études pâtissaient aussi de la situation. Il avait connu une scolarité assez brillante, il avait eu un parcours sans faute jusqu’à la licence. Mais une première année de master s’était soldée par un fiasco complet et cette deuxième période ne s’annonçait pas sous de meilleures auspices.

Tout cela à cause d’une fille qui l’avait tenu sous son emprise pendant dix-huit mois. Elle avait réussi à faire de lui une loque, un être sans énergie, sans réaction, un garçon soumis et peu courageux, prêt à renier pour sa belle ce qui avait été sa vie, ses idéaux les plus purs et les plus désintéressés. À cause d’elle, il s’était coupé de tous ses bons copains et copines, ses rapports avec sa famille s’étaient détériorés. Depuis trois mois, il était seul. Elle l’avait jeté comme une vieille chaussette. Sur le moment, il en avait presque été soulagé. Mais, dans les jours qui suivirent, il avait déprimé devant l’étendue des dégâts. Il avait sombré dans le mutisme et une sourde colère le minait en permanence. Une colère d’abord dirigée contre lui, contre sa stupidité, sa crédulité, mais aussi contre celle qu’il avait cru aimer d’un amour ardent, celle dont il avait cru aussi à la sincérité des sentiments. Oui, il lui en voulait parce qu’elle s’était moqué de lui, elle avait profité de lui, de sa gentillesse, de sa sensibilité et elle en avait fait un objet entre ses mains, un petit animal qui la suivait partout, qui satisfaisait tous ses désirs. Et pourtant, ceux qui le connaissaient auparavant, savaient qu’il avait une forte personnalité, qu’il était plutôt un meneur d’hommes qu’un suiveur. Elle avait réussi à annihiler toute la volonté qui était en lui, elle avait détruit sa capacité de réflexion, son sens critique.

Murielle… comment pouvait-il en être arrivé là, à cause de cette créature sans scrupules, petite bourgeoise et fille à papa, pour qui l’argent ne se gagnait pas mais se ramassait à la pelle grâce aux affaires de son père. Habituée au luxe et à l’oisiveté, elle était inscrite à la faculté pour la forme, pour avoir sa carte d’étudiante et profiter des avantages du statut sans en avoir les contraintes. Elle avait navigué ainsi de fac en fac depuis son bac, ne réussissant même pas à obtenir une licence de lettres au bout de cinq ans de papillonnage entre les facultés. Peu à peu, elle l’avait détourné de la musique, du sport, mais l’avait initié au golf, éloigné des études enfin, en lui faisait mener une vie nocturne incompatible avec un travail sérieux… Ah bien sûr, leur amour était passionné et au lit elle faisait bonne figure… quoique… en y réfléchissant, il se rendait compte qu’elle ne l’avait jamais aimé, elle demandait beaucoup mais ne donnait guère. La tendresse, elle ne connaissait pas, tout pour elle se résumait quasiment au sexe dont elle était insatiable. Elle était quasiment nymphomane… et pour la débauche elle était prête à tout, même à perdre sa dignité dans des aventures toujours plus extravagantes, là où la morale n’y trouve plus son compte. Elle rêvait d’échangisme, de sado-masochisme, voire de zoophilie. Au début, il en riait, pensant qu’il s’agissait là d’un fantasme qui resterait comme tel. Peu à peu, il comprit qu’elle était prête pour des pratiques qu’il n’avait pas envie de partager. Elle lui reprochait sa « ringardise » et son « conservatisme catho ». Il se défendait en riant parce qu’il savait qu’il n’avait pas cette réputation. Ceux qui le connaissaient bien, son ami Arnaud par exemple, respectaient ses convictions parce qu’il avait au contraire les idées larges sur beaucoup de points. Mais Murielle revenait souvent à la charge et ce fut là, des sources de conflits violents entre eux parce que Benoît ne voulut jamais céder à ce qu’il considérait comme un caprice.

Il revoyait encore sa peau dorée par les U.V. dont elle faisait une consommation sans doute excessive. Son corps nu, étendu sur les draps blancs dans des poses impudiques et d’un érotisme sulfureux. Son visage de poupée de porcelaine, encadré de longs cheveux blonds. Sa bouche aux lèvres pulpeuses, toujours soulignées de rouge foncé, ses yeux verts aux grands cils noirs et aux paupières hyper maquillées. Son ventre plat et le triangle très clair, presque totalement épilé de son pubis, ses seins en forme de poires, bien fermes, qu’il croquait avec une sorte de gourmandise. Ses cuisses étirées en longs fuseaux, ses rondeurs fessières à la peau tout aussi dorée, son parfum venu tout droit de chez Chanel…

Ah ce corps ! Comme il l’avait fasciné ! Il était plein de sensualité, il respirait l’érotisme, et semblait fait pour la jouissance, le plaisir. Il était bien fait, et agréable à regarder… Au début, il connut les délices d’un amour enflammé, auquel il se donnait avec beaucoup de plaisir et de délectation. Comme il l’avait aimé, caressé, embrassé ! Leurs étreintes étaient violentes et passionnées. Il n’avait pas été le premier, certes, dans sa vie. Elle se vantait de ne plus se souvenir de ce qu’était la virginité, ni quand, comment, où et avec qui elle l’avait perdue. À 18 ans, elle avait déjà eu bon nombre d’aventures, de courte durée en général, avec des hommes plus âgés que Benoît. Ils avaient souvent la trentaine, voire plus. Elle ne dédaignait pas non plus les hommes mariés, prenant un malin plaisir à détruire un couple puis à abandonner sans scrupules le mari infidèle devenu son amant.

Benoît, qui avait peu à peu découvert le caractère torride et les mœurs plutôt légères de sa dulcinée, même s’il avait eu du mal à en accepter la réalité, avait été une exception avec ses vingt et un ans et dix-huit mois passé avec lui. Cela avait été le coup de foudre entre eux au cours d’une soirée étudiante. Il la connaissait un peu. Elle traînait déjà derrière elle une réputation « d’allumeuse » impénitente, mais Benoît, ce soir-là, gomma de sa mémoire tout ce qu’il savait d’elle. Il venait de traverser une période chaste, faite de travail intense et de musique. Il avait accompagné quelques copains à cette soirée organisée par l’association des étudiants de lettres. Ils s’étaient regardés. Il avait senti comme un flash, un énorme frisson, une décharge électrique qui lui avait transpercé le corps. Il l’avait invitée à danser, lui avait offert une coupe de champagne. Il avait été subjugué, ensorcelé par cette fille qu’il avait prise pour un ange descendu du paradis et qui était vite devenue un démon jailli de l’enfer. Leur histoire avait été une longue suite d’épisodes passionnés, entrecoupés de brouilles, de ruptures, de réconciliations.

Elle dégageait une sorte d’aura qui s’était vite révélée maléfique et négative. Elle laissait derrière elle une curieuse impression, un malaise indéfinissable ressenti par ceux qu’elle rencontrait. Arnaud, le meilleur ami de Benoît, éprouvait pour elle une animosité que le jeune homme, aveuglé, ne comprenait pas. Il l’avait d’abord prise pour de la jalousie. Pourtant, Arnaud avait une fille dans sa vie, il en était très amoureux et rien, mais vraiment rien ne pouvait l’attirer chez la blonde Murielle. Non, ce n’était pas de la jalousie. C’était seulement son amitié très forte pour Benoît qui souffrait de le voir plonger ainsi vers des abîmes sans fond. Il le lui avait dit. Benoît l’avait très mal pris. Il l’avait traité de tous les noms d’oiseaux possibles. Comme il avait mal pris tout ce que ces amis, copains et parents avaient pu lui dire. Il avait été sourd aux remarques d’Arnaud Dumas, mais aussi d’Adeline Berchet, de qui il était pourtant très proche. Il s’était moqué du prêtre de la paroisse et de tous ceux qui osaient critiqué sa dulcinée.

Et peu à peu, il s’était coupé de tous ses copains. On aurait cru que partout où elle passait, elle faisait le vide, au point que dans le monde étudiant, certains l’appelaient « Attila »” ! Elle avait mauvais caractère et elle savait facilement être méchante, même avec lui, même lorsqu’ils étaient au mieux de leur relation, c’est-à-dire les six premiers mois. Mais elle avait aussi le don de séduire par ses artifices, son sens de la comédie et il ne résistait pas, lorsqu’elle revenait le chercher après une dispute et lui promettait de s’amender. Ils passaient beaucoup de temps au lit, à faire l’amour, au lieu d’aller en cours. Il passait ses journées et ses nuits avec elle, dans son appartement situé dans un immeuble de grand standing, le « Jouffroy d’Abbans », proche du cœur de la ville.

Aujourd’hui, il se remémorait ces moments où elle se faisait féline et s’approchait de lui avec un sourire qui se voulait tendre. Elle l’embrassait. Il leur prenait alors une sorte de frénésie de passion qui les conduisait dans n’importe quel endroit de l’appartement. Il la déshabillait, elle faisait de même. C’était une sorte de rite entre eux et ils prenaient beaucoup de plaisir à se dévêtir l’un et l’autre. Très vite leurs corps entraient dans une transe et tous leurs sens se mettaient en ébullition. Il se revoyait embrasser le corps nu, son cou, sa poitrine, son ventre… Quand il la prenait, c’était par terre, sur une table, sur une chaise, sur le lit… Elle acceptait tout, les positions les plus acrobatiques, toutes les formes d’union… Elle se délectait alors de sa jouissance qu’il ne pouvait plus retenir. Il frissonna à ses souvenirs qui remontaient en lui et qui aujourd’hui, lui glaçaient le cœur. Il en avait même la nausée.

On disait d’elle qu’elle « n’était pas une lumière », ce qui, intellectuellement parlant, n’est pas un véritable compliment. Elle était incapable de s’intéresser à des choses plus sérieuses que les futilités qui faisaient son quotidien, la mode et ses modèles, ses mannequins et les potins qui faisaient la une de certains journaux « people » dont elle se délectait, les vedettes et les stars du show-biz, de la « Star Academy », du sport, et de « la ferme aux célébrités »… Elle était plus fervente de musique techno que de classique, ce qui n’est pas forcément une tare en soi, mais elle refusait de s’intéresser à autre chose et méprisait souverainement ce qui n’était pas dans son univers. Elle était adepte du hit-parade et des tubes serinés par les radios FM, elle vivait dans un monde de paillettes et de talents artificiels. Inutile de lui parler de politique, d’économie, ou de la misère du monde. Elle s’en fichait comme de sa toute première couche-culotte ! Son univers était à des millions d’années lumière de la réalité qu’elle côtoyait sans la voir. Elle était née dans un milieu où le confort et un certain luxe avait été acquis par le travail. Elle en avait héritée sans avoir conscience de son coût.

Les meilleurs amis de Benoît ne comprenaient pas qu’un garçon comme lui, fin, intelligent, talentueux, avec des qualités d’artiste, puisse s’attacher à une fille aussi artificielle, hypocrite et menteuse. Elle était tout le contraire du jeune homme. Peut-être est-ce, paradoxalement ce qui l’avait séduit. Elle lui renvoyait une autre image de lui-même, affranchie des règles de la vie, des responsabilités, du sérieux qu’il montrait habituellement. C’était un autre Benoît qu’il regardait dans le miroir déformant de la vie facile qu’elle lui proposait. Lui, l’enfant docile, façonné au moule de sa famille, catholique pratiquant, bon élève, musicien et sportif, bref, le jeune homme que tout le monde estimait et que toute mère aurait souhaité pour gendre, avait soudain fait sa crise d’adolescence et avait provoqué autour de lui un rejet quasi unanime.

Elle vivait aux crochets de ses parents, commerçants aisés mais qui commençaient à trouver que leur fille grandissait en âge mais peu en sagesse. Outre le grand studio du « Jouffroy d’Abbans », qui leur appartenait, elle disposait d’une voiture, un coupé-cabriolet Peugeot 308 CC, et un compte en banque alimenté régulièrement par prélèvement automatique sur celui des parents. Mais, elle savait aussi profiter de ses amis et en particulier de ses amants. Elle était vraiment la maîtresse dans tous les sens du terme.

Benoît, n’avait pas naturellement, le même train de vie. Mais, elle exigeait de lui et d’une manière subtile, une contribution à des dépenses qui entraient de plus en plus difficilement dans son budget : restaurants, spectacles, casino, week-end à deux dans des hôtels de luxe, etc. Bref, la vie de château, la vie facile, le plaisir au jour le jour, sans se soucier de l’avenir… Il fallait profiter immédiatement de ce que la vie leur donnait, sans s’occuper du lendemain. Une forme d’épicurisme primitif et complètement matérialiste où le « carpe diem » était le maître mot.

Aujourd’hui, Benoît était amer, triste et découragé. Il se rendait compte que cette histoire avait été une folie, une aberration, une ineptie. Il avait découvert la grandeur de son entêtement et de sa stupidité. Il n’avait rien voulu entendre. Pas plus que ses parents, sa sœur Agnès, son beau-frère Vincent, ou ses amis n’avaient pu avoir gain de cause lorsqu’ils lui criaient « casse-cou ». Ses études, le sport, la musique, ses meilleurs copains, sa famille, tout avait été sacrifié sur l’autel d’un amour fou et aveugle offert en holocauste à la déesse Murielle. Elle avait profité de lui, de sa générosité naturelle puis l’avait laissé tomber lorsqu’il lui avait demandé de freiner ses appétits. Il ne pouvait plus suivre ses exigences. Il ne pouvait non plus supporter ses infidélités, ses provocations. Combien de fois l’avait-elle trompé ? Au début, il croyait qu’elle faisait semblant, pour le rendre jaloux et mieux le contrôler. Mais, il avait dû se rendre à l’évidence, elle le trompait sans vergogne, avec n’importe qui, avec le premier qui tombait dans ses filets. Il se fâchait, elle suppliait, elle promettait, il pardonnait, elle recommençait quelques semaines plus tard.

Maintenant, il était seul. Et cela était pour lui une grande souffrance, parce qu’avant, ses copains, ses copines, ses amis comptaient beaucoup pour lui et tenaient une grande place dans sa vie. Aujourd’hui, plus personne ne voulait lui parler. Les conversations s’interrompaient lorsqu’il arrivait près d’un groupe d’étudiants. Ses plus fidèles amis, dont Arnaud Dumas avec qui il avait passé une bonne partie de sa scolarité et fait les « quatre cents coups », refusaient même de le voir, ne voulaient plus répondre à ses appels, après qu’ils l’eurent tous mis en garde contre Murielle. Mais il avait refusé tout conseil, il avait repoussé tout ce qui pouvait être une mise en garde, la défendant becs et ongles contre ses amis qu’elle insultait. Alors ils étaient tous partis, écœurés, déçus, blessés dans l’amitié profonde que beaucoup lui portaient. Lui, qui, de nature, aimait la vie en groupe, le travail en équipe, se retrouvait seul, sans personne à qui parler, à qui se confier.

– Ah je l’ai bien cherché, reconnaissait-il au fond de lui-même, mais il était incapable de recoller les morceaux. Il savait qu’il avait dépassé les bornes. Il comprenait aujourd’hui que rien ne serait plus comme avant. Mais il n’arrivait pas à se construire un nouvel « après ».

– Tu as été trop loin, lui avait dit Arnaud. Il y a des faiblesses que l’on peut admettre, que l’on peut pardonner chez son meilleur ami, mais là, Benoît, tu as touché le fond, tu ne peux plus nous demander quoi que ce soit.

Arnaud, suivi de ses autres copains, avait tiré les conclusions de l’attitude de son ami et, le cœur gros, avait coupé les ponts. Ce n’était pas de sa part une stratégie visant à mettre Benoît au pied du mur. Arnaud n’avait plus l’espoir de ramener Benoît à la raison. Pour lui, comme pour les autres, il fallait tirer un trait sur ce qui avait été une formidable histoire d’amitié. Il savait bien que le couple Benoît-Murielle ne durerait pas. Ils étaient trop différents. Murielle était un être amoral, sans aucune limites, prêt à tout pour satisfaire ses désirs. Benoît était au contraire quelqu’un de rigoureux, respectueux des autres et des règles de la société, même si certaines ne lui convenaient pas. Il l’avait montré d’ailleurs à maintes reprises. Élu des étudiants, il avait réussi à faire évoluer le règlement intérieur, très archaïque et à le faire approuver ensuite par ses pairs et les professeurs. Il n’aimait pas les conflits et s’efforçait toujours d’être le catalyseur qui réunit et qui rapproche, quand cela est possible, les points de vue opposés. Dans tous les cas, il respectait toujours ceux qui n’étaient pas de son avis. Arnaud ne comprenait pas comment son ami avait pu devenir à la fois méprisant pour les autres, véhément dans ses propos et quelquefois violent dans ses actes. C’était vraiment une attitude incompréhensible, seulement explicable par la force de la mainmise que Murielle exerçait sur l’esprit de Benoît. Et pourtant, il n’était pas un être faible. Il avait une force de caractère. Il était d’ordinaire un battant, rempli d’idées et plein d’initiatives. Mais il était devenu méconnaissable, tant dans son aspect physique que dans son tempérament.

Certes, ses parents ne l’avaient pas abandonné. Il savait trouver près d’eux le gîte et le couvert. Mais, il cultivait envers son père et sa mère une attitude désagréable et leurs rapports se réduisaient au strict minimum. Il n’arrivait pas à retrouver le punch qui était le sien, avant. Sans savoir pourquoi. Il n’avait plus envie de rien. Avait-il encore envie de vivre ? Il n’en savait rien. Il “était” là. Il traînait dans les rues, dans les bars, passait de temps à autre à la faculté. Il restait des journées entières à dormir, puis ne rentrait plus pendant trois jours. Que faisait-il à ces moments-là ? Où passait-il ses journées et ses nuits ? Son père et sa mère ne pouvaient rien obtenir de lui. Pas une information. Pas un mot. Il revenait. Il réintégrait toujours le bercail, sans doute parce que c’était là qu’il se sentait le mieux. Même si ce « mieux » là était bien relatif.

Personne ne pouvait le raisonner. Personne ne pouvait le ramener à une vie plus organisée. Il n’avait plus la volonté, la moindre velléité de lutter contre cette apathie qui le minait. Il se laissait aller, telle une loque, un zombie. De temps à autre, il prenait une résolution. C’est ce qu’il avait fait ce matin-là.

– Allez, je vais en cours et je reste jusqu’au bout !

Il s’était répété cette phrase des dizaines de foi. Mais jamais, depuis la rentrée, il n’avait effectivement pu assister à un cours jusqu’à la fin. Au bout de quelques minutes, il perdait le fil de l’exposé et ses pensées s’envolaient ailleurs, sans qu’il sache vraiment où. Elles vagabondaient sur des terres lointaines, inaccessibles, où elles rencontraient des Murielle, toutes plus belles mais aussi toutes plus garces les unes que les autres.

Il était assis sur un banc devant l’entrée de la faculté, de l’autre côté de la rue, au bord du Doubs, sous une rangée de grands platanes, dressant leurs troncs grisâtres presque déjà dépouillés de leur feuillage, en ces jours d’octobre où les prémices de l’hiver se font déjà sentir. Il faisait frais, mais un pâle et blanc rayon de soleil commençait à poindre à travers les nuages et tempérait l’air. Il releva le col de son manteau, passablement défraîchi, et lança d’un geste las sa grande écharpe noire autour de son cou. Il attendait sans savoir quoi ou qui il attendait. Il n’avait plus de copains, plus d’amis. Il ne parlait plus à personne et personne ne cherchait à lui parler. Alors que faisait-il là ? Il lui arrivait de se sentir inutile, de se demander ce qu’il faisait dans ce monde où il ne trouvait plus sa place. Mais quelque chose, dont il n’avait pas vraiment conscience, l’empêchait de sombrer totalement. Un reste d’instinct de survie, une miette d’espoir ou d’espérance… Au pied du mur, ou au bord du gouffre, il n’arrivait jamais à sauter, comme s’il était retenu par un mince fil, ténu et invisible. Un fil qu’il ne voyait pas et dont il ne réalisait pas qui tenait l’extrémité.

Alors il ressassait ces idées, ces images. Il détestait cette fille qui l’avait amené là où il se trouvait, il se haïssait lui-même d’avoir tant cédé à ses caprices d’enfant gâté, mais il n’arrivait pas à se sortir de ce passé qui le tenait en cage, comme un oiseau qui se jette contre les barreaux pour s’envoler et qui se blesse. Elle avait essayé plusieurs fois de reprendre contact avec lui, mais il n’avait plus envie d’elle. Il était écœuré à l’idée de la retrouver.

La faculté de Droit et des Sciences Économiques et Politiques se situait sur le Quai Veil-Picard, au bord du Doubs, la rivière qui enserre la vieille ville de Besançon, le « Vesontio » que Jules César avait remarqué pour sa similitude avec Rome. Sept collines dominent en effet les deux villes. L’Aventin, le Palatin, le Capitole, le Quirinal, le Viminal, l’Esquilin, et le Caelius sont les gardiens de Rome, comme les collines du Fort Benoît, de Bregille, de la Citadelle, de Chaudanne, de Rosemont, de Planoise et du Fort Griffon au-dessus du quartier de Battant ont jadis protégé la ville des invasions barbares. Vauban avait bien compris le rôle stratégique de ces collines et avait fait de la Citadelle une forteresse dont les murs épais se dressent encore fièrement pour verrouiller l’accès à la ville. Besançon s’est installée dans une boucle du fleuve fermée par la plus haute et la plus vaste de ces collines où s’élève cette Citadelle construite sur les restes d’un édifice gallo-romain. Sous cette enceinte, les hommes ont creusé d’abord un canal, utilisé aujourd’hui par la navigation de plaisance et les Bateaux-Mouches qui font découvrir la cité aux touristes. Depuis les années 80 un tunnel routier relie deux des entrées protégées par la forteresse, sans avoir à traverser le Centre, du quartier Rivotte vers Pontarlier et Lausanne, à celui de Tarragnoz vers Lons le Saunier et Lyon. Le soir, les vieux murs de Vauban, se parent d’une auréole de lumière.

Cette faculté était un bel établissement, moderne, bien équipé, qui faisait référence dans le monde universitaire franc-comtois. Récemment construite, et alors que la tendance était plutôt de bannir les étudiants et les campus en périphérie, elle s’était rapprochée de la ville, sur un vaste terrain abandonné par l’administration du Trésor Public, la caserne des Sapeurs-Pompiers et Orange. Elle avait profité aussi du déplacement de la caserne des pompiers et de la construction d’une nouvelle ligne de Tramway. Cela n’avait pas été sans mal, et le projet avait rencontré de nombreuses critiques, face à un autre projet immobilier beaucoup plus rentable. Finalement, l’université avait eu gain de cause et la Faculté de droit et de sciences économiques et politiques avait été construite sur ce terrain de huit hectares. En prime, on y avait adjoint un Institut de droit Européen qui commençait à prendre de l’importance par la qualité de son enseignement. Des étudiants y venaient de l’Europe entière. Et finalement, la proximité de la City, la Cité des Affaires et son Grand Hôtel, de l’autre côté de l’avenue, le long du Quai Bugnet, apparaissait comme un avantage. Les moyens financiers, techniques, pédagogiques y étaient considérables et rompaient avec la misère de jadis. Au point que beaucoup de professeurs qui avaient fui l’antique Faculté de Droit de la Bouloie, tentaient par tous les moyens d’y revenir. Le Manageur – on y avait banni le terme de Doyen – était un battant, énergique et obstiné, il s’était investi pour le projet qu’il avait porté, seul contre tous, pendant des mois, avant de convaincre les politiques qui aujourd’hui essayaient de s’approprier la paternité de l’œuvre. Il y avait mille cinq cents étudiants.

La forte sélection, à l’entrée et à l’issue de la première année, faisait que cette faculté attirait une majorité d’étudiants motivés et désireux de poursuivre leurs études sérieusement, et profiter des bonnes conditions de travail qu’elle offrait : sa riche Médiathèque, ses grandes salles de travail, équipées d’ordinateurs connectés à Internet via le réseau Lumière, étonnante réalisation composée d’un double circuit en fibres optiques, parcourant la ville et sur lequel étaient branchées toutes les administrations et la fine fleur des écoles, des lycées, des collèges et de l’université. Une architecture à la fois audacieuse et très fonctionnelle avait permis d’occuper la surface d’une manière efficace. Des passerelles reliaient les trois ailes d’un ensemble de trois bâtiments de cinq étages en forme de triangle. Le restaurant universitaire de la Cité Canot, complètement réhabilitée et modernisée, à côté du pont du même nom, permettait aux usagers de prendre leurs repas et de se loger.

Des fenêtres des salles de cours et de deux grands amphis, les étudiants avaient une vue imprenable sur la grande boucle du Doubs, la vieille ville, ses vieilles demeures aux toits couverts de petites tuiles vernissées, ses cours et ses arrières-cours dans lesquelles le promeneur curieux peut découvrir des jardins étonnants et des façades somptueuses souvent méconnus des bisontins. Le centre-ville, tout proche avait bénéficié de cet afflux d’étudiants et lui avait redonné une nouvelle vie. Les commerces, mais aussi les cinémas, un nouveau complexe de 15 salles avait ouvert ses portes sur la Place du marché, à côté du Musée des Beaux Arts et du Conservatoire de Musique, profitaient en premier lieu de cette population jeune et qui sans avoir de gros moyens financiers, consommait. La ville avait retrouvé un air de jeunesse. Il y avait beaucoup de manifestations culturelles, concerts, théâtres, expositions qui attiraient non seulement les étudiants mais aussi le grand public.

Le regard vague, la tête vide, Benoît aperçut les premiers étudiants qui sortaient pour aller déjeuner. Un petit groupe de filles et garçons discutaient joyeusement à quelques pas de lui, livres et classeurs sous le bras. Lui, il avait abandonné ses livres et ses classeurs et venait en cours avec un bloc-notes, couvert de dessins et de graffitis, symboles de l’intérêt que lui inspiraient les cours. Et pourtant, il...