Un jour quelque part

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Depuis plus de cinq ans, François, Isabelle et Nicole travaillent en harmonie en plein centre de Paris. François, un bel homme d'une quarantaine d'années, n'arrive pas à trouver la femme de sa vie. Sa secrétaire Isabelle, une jolie jeune femme d'une trentaine d'année avait placé tous ses espoirs dans sa relation avec Hugo, mais hélas... Nicole son agent, une jolie rousse de quarante-cinq ans que la vie n'a pas trop gâtée, vit avec son fils Jérémy. Ils vont tous les trois vivre une aventure dont seul le destin connaît le secret. La vie va faire en sorte que ces personnes se trouvent et s'aiment. Ainsi tourne le monde avec ses joies et ses peines, même la nature s'en mêle apportant ses flots de tristesses et de chagrins. Peut-être trouveront-ils le bonheur ?


Publié le : vendredi 22 novembre 2013
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EAN13 : 9782332629401
Nombre de pages : 226
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ISBN numérique : 978-2-332-62938-8
© Edilivre, 2014
…1…
François est le patron d’une boîte, où travaillent Isabelle et Nicole. Il l’a héritée de son grand-oncle qui n’a jamais eu d’enfant. Cette manne, tombée du ciel, lui a permis d’investir dans une agence immobilière en plein centre de Paris. Au début, il estimait que cette agence serait plus une aventure qu’une vraie occupation, mais bien vite il a renoncé à son poste de directeur dans une grande chaîne de production pour se consacrer à son entreprise. Désormais, il appartient à cette catégorie d’hommes qui n’ont plus d’effort à faire. François est un bel homme : grand, athlète et brun de surcroît, avec ses grands yeux émeraude ; à quarante ans il est toujours attirant. Isabelle, une jolie jeune femme d’une trentaine d’années, avec des joues veloutées, de belles fossettes quand elle sourit, un joli petit grain de beauté au-dessus de sa lèvre supérieure. De jolies boucles d’or ornent ses oreilles et elle paraît très jeune - quand aucune larme ne vient assombrir son regard - avec sa silhouette, frêle et élancée. Isabelle est bien plus douce et modérée que son amie Nicole. Nicole, une jolie rousse, a pris un peu de poids au fil des années ; mais elle est encore, à quarante-cinq ans, une femme séduisante. Même si la vie ne l’a pas gâtée, elle garde sa bonne humeur et son rire communicatif. Il était un peu plus de neuf heures, ce lundi matin, quand François arriva à l’agence, le visage boursouflé comme s’il n’avait pas dormi. Cela fait presque cinq ans que lui, Isabelle et Nicole travaillent en harmonie ; tout est parfaitement organisé, on dirait même qu’ils sont complémentaires. Au fil du temps, leurs rapports ont changé et sont devenus amicaux. Chaque lundi matin, il y en a toujours un parmi les trois qui a quelque chose à raconter de son week-end. Nicole, de nature gentille et attentionnée, ressent mieux les subtilités, et sait quand François, ou Isabelle, a besoin d’un soutien moral. – Bonjour François ! Encore un mauvais week-end ? – Bonjour Nicole, bonjour Isabelle ! Oui, une nouvelle dispute avec Margaret. Margaret, riche héritière, est une femme redoutable, du moins c’est l’opinion qu’Isabelle et Nicole ont depuis leur première rencontre. François a fait sa connaissance un matin, il y a six mois de cela ; il l’a accompagnée pour la visite d’un chalet à la campagne à la place de Nicole - cette dernière devait conduire son fils Jérémy à l’hôpital. Depuis ce matin-là, lui et Margaret vivent une passion torride, et destructrice pour lui ; il est de nouveau amoureux. Il est tombé amoureux fou dès l’instant où il l’a vue ; mais depuis quelques semaines, leurs échanges venimeux commencent à le lasser. Au début de leur relation, il la trouvait belle et sexy ; aujourd’hui, il la trouve tyrannique et froide… Pourtant, il soutient à Isabelle et à Nicole qu’il en est amoureux. Isabelle, elle, avait connu Hugo à un match de foot à l’âge de seize ans, et depuis ils ne s’étaient pas quittés ; jusqu'à ce fameux soir. Elle avait mis beaucoup d’espoir dans sa relation avec Hugo, son petit ami de toujours. Mais voilà, le soir même de leurs fiançailles, elle l’a trouvé au lit avec l’une de ses meilleures amies. Aujourd’hui, elle doit chercher refuge derrière les apparences, pour donner l’illusion d’avoir oublié Hugo, et de ne plus souffrir. Hugo était son point d’ancrage ; sans lui, elle a la sensation de partir à la dérive, tel un navire sans capitaine, errant éternellement sur cette mer déchaînée qu’est la vie. Dorénavant, ça ne sera plus pareil ; sa vie va changer parce que, seule avec ses incertitudes, elle ne se sent plus en sécurité. Elle n’est plus à l’aise, même dans ses vêtements, pourtant elle s’habille chez de grands couturiers ; elle se sent fade, mais elle se maquille avec grand soin ; ses longs cheveux blonds, relevés en chignon, lui donnent parfois l’impression d’avoir quelques années de plus. Jamais elle n’avait imaginé sa vie sans lui, ni combien cela serait douloureux de le voir partir. Leur appartement, choisi ensemble avec tant d’amour, lui semble bien vide à présent. Isabelle
serra ses mains croisées sur son cœur, comme un bouclier, pour empêcher François - son patron qui vient d’entrer dans son bureau - d’entendre ces battements qui lui font si mal. Elle, qui n’a pas levé les yeux de son courrier, plongée dans ses pensées, s’efforça de sourire. – Bonjour François ! Je te sers un café bien sucré, comme tu l’aimes ? – Volontiers… Bonjour Isabelle ! Je vous veux toutes les deux dans mon bureau dans cinq minutes. – Bien François ! Répondirent-elles, surprises. – Dis Isabelle, François n’a pas l’air bien ce matin… – Tu sais, depuis quelques jours je trouve son attitude bizarre ; on dirait qu’il mijote quelque chose. – Toi aussi tu avais remarqué… Je ne voulais pas te le dire. Je suis sûre que c’est à cause de Margaret. Margaret, cette femme que toutes les deux avaient trouvée antipathique, dès le premier instant où elle avait mis les pieds dans l’agence ; elle avait lancé son regard noir à Isabelle, qui avait senti son sang se glacer. Cela n’avait pas empêché cette dernière de lui rendre un sourire narquois. Isabelle, tout en étant aimante et sage, sait désarmer les gens qui lui semblent hostiles au premier abord. Bien qu’étant timide, elle a le sens de l’humour et de la repartie. Elles échangèrent de longs regards, en silence. Cinq minutes après, Isabelle et Nicole entrèrent dans le bureau de François. Isabelle, toujours la tasse de café à la main, dévisagea François. – Isabelle… – Oui François ? Répondit-elle d’un ton amusé pour détendre l’atmosphère, devenue pesante tout à coup. – Isabelle, pose-moi cette tasse s’il te plaît ! Asseyez-vous toutes les deux, j’ai une proposition à vous faire. Si on prenait une petite semaine ? Je vous offre un petit voyage ! Isabelle et Nicole se regardèrent sans comprendre ; Nicole, qui a le rire facile, se moqua de lui et répondit : – Tu te fous de nous, une semaine de vacances !? Pour aller où ? En plus tu nous offres le voyage ! Tu plaisantes ; hein François !? François paraissait nerveux ; il prit son air sérieux, ce qui empêcha Nicole de continuer à plaisanter. C’est vrai que, depuis sa séparation douloureuse avec Séverine, il collectionnait les femmes pour remplir ses jours et ses nuits. Il ne voulait plus aimer, mais ne voulait pas non plus rester seul. Il essayait de se bâtir une réputation de séducteur. Pour lui, désormais, l’important était de développer et faire prospérer son agence… Alors pourquoi ce voyage ? Et puis, il y avait Margaret… Malgré leurs incessantes disputes, il avait l’air de l’aimer, d’ailleurs il n’arrête pas de tenter d’en convaincre Isabelle et Nicole. L’idée de ce voyage dérouta les deux femmes. – J’ai l’air de plaisanter Isabelle ? – Non, mais c’est si soudain que nous ne savons que te répondre. – Si c’est une plaisanterie, elle est de bien mauvais goût François ! lâcha Nicole. Puis, elle s’adressa à Isabelle : – Toi tu sais que je ne suis jamais sortie de France et que je rêve de voyage depuis si longtemps… – Je ne plaisante pas Nicole ! Pour la deuxième fois : voulez-vous, toutes les deux, faire ce voyage avec moi ? J’ai envie de partir loin, ne serait-ce qu’une petite semaine ; j’ai besoin de faire le point. Isabelle ne parlait plus ; elle fixait François sans vraiment comprendre, se disant au fond de son cœur : « Voilà une occasion qu’il ne faut pas refuser ! ». Depuis sa rupture avec Hugo, plus de trois mois auparavant, plus rien ne l’intéressait. Même le sourire d’un enfant n’arrivait
plus à l’émouvoir ; elle avait aimé Hugo, elle avait cru son couple solide, elle avait imaginé lui donner de beaux enfants… et tous ses rêves se sont écroulés comme un château de cartes. Il fallait oublier, et le plus vite serait le mieux. Encore dans ses pensées, elle répondit : – Moi je ne peux pas ! – C’est à cause de Hugo ? Vos fiançailles sont annulées, ne me dis pas que tu le revois !? lui demanda François. – Non ce n’est pas à cause de lui, mais on ne peut pas laisser l’agence. – Et pourquoi Isabelle ? On a rattrapé le retard, on est en novembre. Nous irons une semaine le mois prochain, et en janvier nous attaquerons le bilan. – Hé ! Vous m’oubliez !? intervint Nicole. Moi je ne peux pas, il y a Jérémy. – Arrête Nicole ! Il y a bien ta mère qui peut le garder une petite semaine ; bientôt c’est les vacances de Noël. – Bien, je vais voir avec maman, et je demanderai à Jérémy ce qu’il en pense. Dis, on peut savoir où nous conduit ce petit voyage si gentiment proposé ? – J’ai pensé à la Malaisie ! Isabelle et Nicole avaient du mal à comprendre… Que voulait dire François ? La Malaisie c’est à l’autre bout du monde. Que voulait-il fuir ? Il y a tellement de pays à voir, pas trop loin de la France : l’Italie, l’Espagne… S’il voulait de l’exotisme, il y avait la Martinique, la Guadeloupe… Il y avait quelque chose en lui qui leur échappait. – La Malaisie… tu divagues ! La Malaisie ! répéta Nicole incrédule. Tu ne serais pas tombé sur la tête en quittant ton lit ce matin ?!
2…
En bouquinant un peu, François avait appris que la Malaisie était un état indépendant du sud-est asiatique. Cet état permet aux touristes de découvrir l’Asie, il n’y a pas de difficultés de transport et on y trouve des hébergements de qualité. La vie y est bon marché, et il est possible de voyager de façon économique, surtout pour les gens qui aiment faire de la bicyclette. C’est une région fascinante, autant par ses aspects géographiques que culturels ; la côte de la Malaisie est pleine de plages et d’îles tropicales d’une beauté inégalable. Il y a aussi des montagnes, où la nature est encore à l’état sauvage ; on peut y découvrir la faune et la flore dans l’immense parc national de Taman Negara. Les amoureux de la mer peuvent faire de la plongée au large de Sabah ; on peut admirer des poissons tropicaux, des tortues de mer. On peut se promener dans le vieux port historique de Malacca ou dans les rues pittoresques de George Town à Penang. La population est composée de Malais, de Chinois, d’Indiens et d’Aborigènes. Dans chaque ville, on trouve un marché offrant des produits et des objets d’artisanat local ; quant à la nourriture, elle est succulente et épicée. En somme, c’est pour toutes les choses qu’il en a lues que François rêve de partir pour ce pays. – Oui j’ai bien dit la Malaisie ; c’est un endroit qui me fascine… Et si je n’y suis pas encore allé jusqu'à présent, c’est qu’avant je n’en avais pas les moyens ; et depuis cinq ans, il n’y en a que pour l’agence. – Partir si loin, que pour une semaine… tu ne trouves pas que c’est un peu ridicule !? rétorqua Isabelle. – Je sais que cela fait un peu court… mais vous connaissant toutes les deux ; si vous êtes partantes, on prend deux semaines au début de décembre, ou bien on passe Noël là-bas. Seulement à une condition : je ne veux pas entendre Nicole, toute la journée, dire : « Jérémy par-ci, Jérémy par-là… ». Jérémy est un bel adolescent de quinze ans ; même s’il ne connaît pas son père, il sait qu’il lui ressemble. Son épaisse chevelure ébène, ses grands yeux noirs et son beau sourire font fondre le cœur de Nicole. Jérémy est le fruit d’une nuit de passion de sa mère avec un Italien. Un soir où le moral de Nicole était au plus bas, et que tout lui semblait triste, elle était descendue boire un verre, au bistrot qui se trouvait en dessous de son immeuble. Là, elle avait aperçu ce bel étalon, sorti de nulle part, et s’était dite : « Si cet homme me sourit, je le suis ! ». Avant qu’Isabelle ou Nicole ne répondent à François, les pneus d’une voiture crissèrent en entrant dans la cour de l’agence. À sa manière de se garer si violemment, tous les trois comprirent que c’était Margaret qui arrivait. – Tout le monde à son poste ; Madame arrive ! Surtout bouches cousues ! On reprendra cette conversation plus tard, dit François en souriant. – Bien patron ! s’exclamèrent en chœur Isabelle et Nicole, joyeuses, en sortant du bureau. Margaret traversa la pièce d’un pas alerte, et emprunta le petit couloir qui menait au bureau de François, sans même jeter un regard à Isabelle et Nicole. – Bonjour les filles ! – Bonjour… François, qui avait oublié de boire le café que lui avait servi Isabelle, allait en reprendre un bien chaud avant de s’attaquer à un tas de messages empilés sur son bureau, quand tout à coup Margaret fit irruption dans la pièce. Au même moment, le téléphone se mit à sonner. – François, j’aimerais que nous reprenions notre conversation de ce matin. – Margaret s’il te plaît… Allô… Oui Isabelle ! – C’est M. Lemerle pour la maison de Vaucresson. Veux-tu lui parler ou dois-je lui dire que tu es avec quelqu’un ? Ton rendez-vous de 10 heures est arrivé. – Passe-le moi et fais patienter mon rendez-vous quelques instants.
François, qui parlait au téléphone, ne prêtait plus attention à Margaret. Celle-ci fulminait, triturant le stylo qu’elle tenait entre ses doigts. Habituellement peu expansif, François s’était lancé dans une grande conversation avec son interlocuteur. Au bout de dix minutes, excédée, Margaret partit en claquant la porte. Cela ne faisait plus de doute : il y avait de l’eau dans le gaz. S’ils se séparaient, ni Isabelle, ni Nicole n’en ferait une maladie ; elles trouvaient Margaret pompeuse et ne l’avaient jamais appréciée. – Isabelle, fais entrer mon rendez-vous… Et ne me passe plus d’appel. La porte du bureau de François s’est refermée derrière M me Dary, et Nicole a lancé avec ironie : – « Jérémy par-ci, Jérémy par là… » Que voulait insinuer François ? Dis Isabelle, tu as vu comment il parle de mon fils ?! Tu sais comment j’aime mon bébé ; c’est le seul cadeau que Dieu a bien voulu me faire… Et comment j’ai souffert pour le mettre au monde… – Nicole, la réflexion de François sur Jérémy n’était pas méchante… Dis, tu penses comme moi que pour François et Margaret c’est la fin de leur histoire d’amour ? Je pense que ce voyage c’est pour la quitter. – C’est vrai qu’il a des manières particulières pour laisser tomber les femmes, mais cette Margaret ne se laissera peut-être pas faire comme les autres. – Que penses-tu de ce voyage en Malaisie ? Ça te tente ? Moi je veux bien y aller, je sais que cela me fera du bien. – Je veux bien aussi, mais il y a Jérémy. Si on part les deux dernières semaines, ce sera son premier Noël sans moi. – Tu vois ce que voulait dire François ? Ta vie ne tourne qu’autour de ton fils ; ce n’est plus un enfant Nicole ! Au fait, comment va sa petite copine ? Écoute, laisse-le vivre sa vie, je crois que tu l’étouffes… – Elle va bien ; hier soir elle a dîné à la maison. Je pense que tu as raison… Ce voyage te tente ? Moi oui, depuis le temps que je rêve de partir… Bien, il faut se remettre au travail, dis à François que je suis allée faire visiter à un client le pavillon qui se trouve à Marly-la-Ville. – J’imagine qu’on ne te verra plus de toute la journée… Bon appétit et bon après-midi ! Nicole, n’oublie pas le livre que tu devais me prêter ! – Salut Isabelle ! Je te l’apporte demain OK ?! Il était presque midi quand François sortit de son bureau. Souvent, Isabelle déjeune avec lui dans un petit restaurant pas loin de l’agence, et quelquefois Nicole se joint à eux, quand elle est dans les parages. – On va déjeuner madame ? plaisanta François. – OK ! Donne-moi deux petites minutes François. – Ne prends pas trop de temps, j’ai une faim de loup ; ce matin je n’ai pris que deux cafés.
3…
Cela faisait près de cinq minutes qu’Isabelle était retournée au bureau ; François, lui, aimait paresser devant son café. Soudain, il aperçut Christian, un copain de la fac, qu’il n’avait pas vu depuis de nombreuses années. Hormis ses tempes grisonnantes, il n’avait pas beaucoup changé. Il se leva et alla à la table de son ami qui s’apprêtait à partir. – Bonjour Christian ! C’est bien toi ? – Bonjour François ! Cela fait combien d’années que l’on ne s’est pas vu ? Au moins dix ans… assieds-toi ! Tu bois quelque chose ? – Un café ! Oui, je pense que cela fait au moins dix ans que j’ai quitté la Bretagne. Comment vont Lisa et Nora ? – Nora va bien je crois, mais Lisa est morte ; bientôt un an que je suis veuf… – Désolé… Mais je ne le savais pas… Christian était veuf, et d’après lui c’était sa faute car il estimait qu’après toutes ces années il n’aurait pas dû céder au caprice de Lisa… Vouloir un autre enfant à la quarantaine passée était une folie, et il le savait. Depuis, il ne se passe pas un seul jour où il ne regrette de lui avoir dit oui ; il ne peut s’empêcher de culpabiliser. Chaque jour qui passe, il ressent cette douleur insupportable, et s’en défaire est impossible. Bien qu’ils fussent mariés depuis longtemps, il n’avait pu imaginer la souffrance de Lisa après la perte de son fils mort-né. Même la tendresse de leur fille n’avait pas su lui redonner le goût de se battre. Lui, Christian, s’était promis de l’aider à se reconstruire, malgré les affaires qu’il avait à traiter en permanence. Il aimait lui faire des surprises, l’emmener dîner dans de grands restaurants, partir en week-end. Il lui arrivait même, parfois, de rentrer à la maison avec des fleurs plein les bras, et ça, sans raison particulière. Mais Christian sentait que sa femme n’était plus heureuse ; elle n’était même plus reconnaissante pour les efforts qu’il faisait, et l’amour qu’il lui témoignait. – Tu sais, elle s’est suicidée et je n’étais pas là. – Encore une fois, je suis désolé de te faire revivre autant de mauvais souvenirs… Christian se maudit d’être arrivé une heure trop tard ; il était rentré chez lui et l’avait trouvée dans la salle de bain, recroquevillée près de la baignoire, les deux mains en sang ; elle s’était tailladée les veines. Il a tout essayé pour arrêter l’hémorragie, mais Lisa était déjà morte. Lisa a laissé un grand trou douloureux dans son cœur, et même après tant de mois passés, sa vie peine à reprendre son cours. Il voudrait rejeter sa faute sur Lisa, comme on se débarrasse d’un secret trop lourd à porter ; mais il ne peut pas. Il se sent tellement responsable de sa mort… Frottant ses yeux d’une main lasse, il exposa ses larmes, mettant son âme à nu devant François. Ayant vidé son verre, Christian en redemanda un autre au serveur, qui hésita avant de le servir. Bouleversé par tant de souffrance, François lui proposa de venir avec lui. – Tu sais, j’ai mon agence pas trop loin. Viens, je vais te faire visiter ! – Je règle ma note et je te suis. – Laisse, c’est pour moi ! – Non, mais je te remercie. Le reste de l’après-midi, Christian le passa dans le bureau de François à se remémorer leur passé, les filles, la fac où ils s’étaient rencontrés. Christian était de cinq ans son aîné. Un jour, dans la cour de la fac, François s’était fait bousculer par un autre étudiant et Christian l’avait aidé ; c’est comme cela qu’ils étaient devenus des amis. – Parle-moi de Nora ; la dernière fois que je l’ai vue, elle avait presque dix ans. – C’est une belle jeune femme maintenant… Mais depuis la mort de sa mère elle ne fait plus rien à part s’enfermer à la maison ; elle a arrêté la fac, elle ne voit plus ses amies, et c’est à peine si elle me parle.
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