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Un mariage;chez les Hudson
MAUREEN CHILD
- 1 - 
Un nouveau cri strident provenant du bureau voisin perça les tympans de Devlin Hudson. 
C’était la quatrième secrétaire ce matin à recevoir un cadeau. Un énorme bouquet de fleurs, un animal en peluche ou une boîte de chocolats, à coup sûr. 
– La Saint–Valentin devrait être abolie, maugréa-t–il. 
– Quel rabat–joie vous faites. 
Il lança un bref regard à son assistante. Blonde, une cinquantaine d’années, Megan Carey secouait la tête d’un air consterné. 
– Je vous saurai gré de garder vos commentaires, Megan. 
Il savait depuis longtemps qu’il valait mieux prendre les devants avec Megan, car elle était capable de disserter des heures sur le sujet qui la tracassait. 
– Je n’ai rien dit. 
– Ce serait une première, marmonna-t–il dans sa barbe. 
Dev était lucide. Même s’il était l’aîné de sa fratrie, même s’il occupait un poste très haut placé chez Hudson Pictures, et qu’il pouvait figer d’un seul regard les agents et les acteurs les plus récalcitrants, c’était Megan Carey qui dirigeait son bureau – et donc son monde. Et elle s’octroyait le droit de dire le fond de sa pensée, que cela lui plaise ou non. 
– Mais, dit–elle comme pour lui en fournir une nouvelle preuve, la Saint–Valentin, c’est demain. 
– Bonté divine ! Une autre journée entière de livraisons à supporter. 
– On dirait que Cupidon ne vous a pas rendu visite depuis un moment, murmura-t–elle. 
– Vous n’avez pas du travail à faire ? riposta-t–il, la fixant avec un regard noir qu’il réservait d’habitude aux réalisateurs ayant dépassé leur budget. 
– Croyez-moi, rétorqua-t–elle avec un soupir appuyé, aborder ce sujet avec vous, c’est du travail. 
Il se retint de sourire. 
– Bon. Dites ce que vous avez à dire, que je puisse reprendre mes activités. 
– D’accord. 
Elle posa une pile de messages téléphoniques sur son bureau, puis planta ses mains sur ses hanches rebondies. 
– Comme je vous le disais, la Saint–Valentin, c’est demain. Un homme sage saisirait l’occasion d’envoyer à sa femme des fleurs. Ou des friandises. Ou les deux. 
Il prit les messages et les fixa en faisant comme si Megan n’était pas là. Comme si le fait de l’ignorer allait la pousser à partir. Peine perdue. 
– Je me disais, poursuivit–elle, que n’importe quelle épouse serait heureuse d’avoir des nouvelles de son mari en ce jour si particulier… 
– Valerie et moi sommes séparés, Megan, lui rappela-t–il sèchement. 
Il n’avait pas envie de parler de son mariage, de sa femme, ou du fait qu’elle l’ait quitté. Lui, Devlin Hudson ! 
Malheureusement, maintenant que Megan avait mis le sujet sur le tapis, il était incapable de penser à autre chose. 
En vérité, il avait encore du mal à croire que sa femme l’avait quitté. Pour l’amour du ciel, pourquoi ? Ils s’entendaient bien, pourtant. Il lui avait ouvert un compte illimité dans toutes les boutiques de Rodeo Drive, et elle pouvait faire du shopping à longueur de journée, si elle le souhaitait. Ils s’étaient installés dans les appartements de Devlin, dans le manoir familial des Hudson, ce qui signifiait qu’elle n’avait même pas à s’occuper des domestiques. Tout ce qu’elle avait à faire, c’était vivre avec lui. 
Ce qui, apparemment, n’avait pas été assez attrayant pour la retenir. 
Maintenant, sa femme vivait dans une luxueuse résidence à Beverly Hills, et les seules nouvelles qu’il avait d’elle provenaient de photos glanées dans les magazines la montrant à la sortie d’une boutique chic ou du dernier restaurant à la mode. Peut–être même d’autres hommes. voyait–elle
A cette simple idée, il serra les messages dans son poing, et les morceaux de papier se froissèrent comme un accordéon brisé. Il était inacceptable qu’un autre homme sorte avec sa femme. Mais, comprit–il à cet instant, si tel était le cas, il n’y pouvait fichtrement rien. 
– C’est juste, patron, approuva Megan. Vous êtes séparés, pas divorcés.