Un milliardaire pour amant

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Zac Delucca est bien décidé à détruire l’homme qui a détourné plus d’un million de livres sterling à son entreprise. Et puisque la fille de ce dernier est aussi belle qu’arrogante, pourquoi ne pas en profiter pour rendre sa vengeance infiniment plus agréable ?

Si Zac Delucca a bâti un véritable empire financier à partir de rien, c’est à force de travail et d’intransigeance. Aussi, lorsqu’il apprend que Nigel Paxton, le directeur financier de l’entreprise qu’il vient de racheter, a détourné plus d’un million de livres sterling, est-il bien décidé à se montrer impitoyable. Mais en apprenant que la magnifique – et insupportablement hautaine – jeune femme rousse qui a attiré son attention, quelques minutes plus tôt, dans le hall de l’entreprise n’est autre que la fille de l’homme qu’il s’apprête à détruire, Zac se demande s’il n’y aurait pas un autre moyen, bien plus agréable – et sensuel –, de se venger…
Publié le : vendredi 1 août 2014
Lecture(s) : 24
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280317863
Nombre de pages : 160
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1.
Zac descendit de la limousine conduite par son chauffeur et, de fort mauvaise humeur, leva les yeux vers le bâtiment qui se dressait en face de lui : le siège social de la société Westworld Components, sa toute dernière acquisition. Raffe Costa, son bras droit et ami, avait eu la responsabilité de veiller au transfert de direction. Et si ce dernier lui avait demandé de venir le rejoindre à Londres, c’était parce que le problème était sérieux. Or, problème sérieux ou pas, Zac avait prévu de partir en week-end, au soleil et en galante compagnie. Pas question donc de s’éterniser ici ! Soudain, comme chaque fois qu’une victoire en affaires se concrétisait — et c’était le cas en cet instant devant l’imposant building —, sa vie défila sous ses yeux. A la suite du décès de ses parents dans un accident de voiture alors qu’il n’avait qu’un an, il avait passé ses jeunes années dans un orphelinat, à Rome. Il en était sorti à l’âge de quinze ans, avec pour toute richesse les vêtements qu’il portait. Mais, tout au fond de lui, mûrissait l’inexorable ambition de réussir dans la vie. De grande taille, doté d’un physique qu’il savait avenant, il avait toujours fait plus mature que son âge. Grâce à son intelligence, à sa force de caractère, à sa détermination sans faille et à son instinct de survie, il avait réussi à ne pas sombrer dans la délinquance, contrairement, hélas, à bien de ses anciens camarades. Durant cette période critique de l’entrée dans sa vie d’adulte, il étudiait la journée et, le soir, utilisait sa rage de vaincre sur un ring. Sous un nom de scène, il boxait avec une énergie indéfectible, persuadé que, grâce à son savoir-faire, à sa force physique et mentale, il serait un éternel vainqueur. Depuis sa plus tendre enfance, il se promettait de conquérir le monde, de le mettre à ses pieds. Il gagna ainsi, à la force de ses poings, combat après combat, l’argent nécessaire pour se lancer dans les affaires. A vingt ans, il fit son premier achat : une ferme en ruines dans le sud de la Calabre et des milliers d’hectares de terres à l’abandon. Quelques mois plus tard, l’Etat mettait en œuvre un projet d’aéroport pour accueillir les touristes de plus en plus nombreux dans la région, donnant brusquement de la valeur à son investissement. Certains l’accusèrent de délit d’initié ; totalement imperméable à ces calomnies, Zac rénova la ferme, bâtie face à la mer et jouissant d’une vue imprenable, pour en faire sa demeure. Sur ses terres, il se lança dans la culture des oliviers et, avec l’aide d’un expert, mit sur le marché une huile d’une qualité exceptionnelle, recherchée par les connaisseurs du monde entier et vendue à un prix astronomique. Ce fut la première affaire entièrement créée et gérée par ses soins. Quinze ans plus tard, Delucca Holding était devenu un consortium international réunissant, sous sa houlette, une grande variété d’entreprises — mines de cuivre, manufactures diverses, sociétés spécialisées dans le forage et le raffinement du pétrole, et Westworld Components, son tout dernier achat, qui fabriquait et vendait des armes. D’une arrogance rare et d’une férocité notoire : tel était habituellement le jugement porté sur lui par ses pairs. Cependant, même ses pires ennemis reconnaissaient ses compétences, son sens inné des affaires et son intégrité. Aujourd’hui, il appartenait à cette caste de maîtres du monde capables d’obtenir d’un simple claquement de doigts la réalisation de tous leurs désirs. — Salut, Zac ! La voix de Raffe le tira de son voyage dans le temps. Après une accolade virile, il entra directement dans le vif du sujet : — Tu es vraiment sûr de ce que tu avances ? demanda-t-il à son bras droit. Raffe et lui se connaissaient depuis dix ans. A l’époque, celui qui n’était pas encore son ami travaillait comme expert financier dans une banque. Ils s’étaient rencontrés lors de la création
d’une de ses sociétés et avaient immédiatement sympathisé. Deux ans plus tard, Zac débauchait Raffe pour le conseiller et l’assister dans ses opérations financières internationales. Depuis, il s’en félicitait tous les jours. — Sûr ? répéta Raffe, les sourcils froncés. Pas à cent pour cent, mais suffisamment pour que je te demande de me rejoindre pour vérifier. Ils pénétrèrent dans l’immeuble. — L’enquête préliminaire menée avant l’achat n’avait rien révélé, poursuivit Raffe. S’il s’agit vraiment d’un détournement de fonds, comme je le pense, il a été fort habilement perpétré et dissimulé au cœur des bilans depuis des années. — Franchement, me retrouver piégé à Londres en plein mois de juin pour m’occuper de cette affaire sordide n’entre pas dans mes projets. J’avais la ferme intention de m’octroyer quelques jours de repos bien mérité au soleil et… accompagné ! Tout en souriant au responsable de la sécurité auquel Raffe le présentait, Zac s’efforça de maîtriser son impatience grandissante. Cette affaire devait être rondement menée. Il mettrait tout en œuvre pour qu’il en soit ainsi : il avait plusexcitantà faire. Des mois de rudes négociations avaient été nécessaires pour réussir à finaliser l’opération de rachat de Westworld Components. Et ce matin, sous la douche, Zac avait soudain pris conscience d’une anomalie : durant toute cette période, il n’avait pas eu une seule aventure féminine ! La dernière avait donné lieu à une rupture tumultueuse, lorsque sa maîtresse avait exigé qu’il lui passe la bague au doigt. Pour rattraper le temps perdu il avait tout mis en œuvre afin que le week-end à venir soit festif. Lisa, un ravissant top-model devait le rejoindre sur son yacht — et dans son lit. S’ils se révélaient sexuellement compatibles, il emmènerait la jeune femme pour une croisière aux Caraïbes. Dans toute sa carrière, jamais il ne s’était accordé plus de deux jours de congé. Le temps était venu pour lui de prendre du bon temps. Mais Raffe l’avait appelé, inquiet, mettant à mal ses projets du week-end. Il apposa sa signature au bas de la feuille que lui présentait le responsable de la sécurité. Ce dernier tenait sans doute à lui prouver combien il prenait son rôle au sérieux. Puis Raffe le présenta à Mélanie, la réceptionniste. La ravissante blonde battit des paupières en minaudant. — M. Costa a dû vous le dire : nous sommes tous très heureux de faire désormais partie de Delucca Holding. Si,personnellement, je peux vous être utile à quoi que ce soit, n’hésitez pas à me le demander. Zac sourit devant cette invite à peine déguisée. La jeune femme était visiblement sous le charme, il avait l’habitude… — Merci, Mélanie. Il se tourna vers Raffe. — Allons-y, dit-il, il est grand temps de… Il s’interrompit brusquement, son attention irrésistiblement attirée par la jeune femme qui venait de pénétrer dans le hall d’entrée. — Tout à fait exquise, murmura-t-il pour lui-même, incapable de détacher son regard de l’arrivante. Elle possédait un visage d’ange, des yeux bleus immenses, une peau de pêche, un petit nez adorable et, surtout, des lèvres bien ourlées faites pour les baisers… Qui était donc cette délicieuse apparition, capable de dissiper en une seconde son agacement teinté de lassitude ? Une flamboyante chevelure rousse encadrait ses traits délicatement maquillés ; sa robe — à l’évidence l’œuvre d’un grand couturier — ondulait autour de ses hanches à chacun de ses pas. Le bustier, parfaitement ajusté, laissait deviner une poitrine parfaite. Elle avait un air quasi virginal mais, à peine eut-il posé son regard sur ses interminables jambes qu’il la trouva incroyablement sexy. Ses escarpins à talons qui claquaient sur le carrelage ne firent que renforcer encore cette impression. Le cœur de Zac bondit dans sa poitrine et son pouls s’accéléra. Elle était belle à faire damner un saint. L’image de ces longues jambes enroulées autour de sa taille s’imprima dans son esprit. Tout son corps se tendit. — Qui est-ce ? demanda-t-il à Raffe. — Je n’en ai pas la moindre idée, mais elle est superbe. Le regard fasciné de son ami ne quittait pas la jeune femme tandis qu’elle s’avançait vers eux. Zac dut faire un terrible effort sur lui-même pour ne pas hurler : « Ne t’avise surtout pas de la toucher ! Cette femme est à moi ! »
Que lui arrivait-il ? L’inconnue n’était pas son type. Il aimait les grandes blondes, brunes à la rigueur, pas les chevelures de feu. Sans qu’il comprenne pourquoi, il la désirait comme jamais encore il n’avait désiré aucune autre femme. Une évidence s’imposa alors à son esprit : elle partagerait son lit avant la fin du week-end ! Un large sourire s’épanouit sur ses lèvres à l’intention de la jeune femme, mais celle-ci passa à côté de lui sans lui accorder la moindre attention, à part un léger signe de tête en signe de salut exigé par la politesse.
* * *
Sally traversa le hall de Westworld Components d’un pas martial et déterminé. Elle eut vaguement conscience que deux hommes se tenaient debout à la réception et eut droit à un sourire du plus imposant d’entre eux. Son cœur s’emballa alors dans sa poitrine et un frisson courut le long de sa colonne vertébrale. Elle devait impérativement se conduire comme si elle faisait partie de la société. Sans doute cet homme était-il une personne qu’elle aurait dû reconnaître. Elle fit un signe de la tête pour le saluer et poursuivit son chemin. Elle avait une mission à accomplir ; rien ni personne ne pourrait l’arrêter. Ses yeux se fixèrent résolument sur les deux ascenseurs situés derrière la réception. L’un servait à l’usage courant, l’autre menait directement au dernier étage — l’étage directorial, où se trouvait le bureau de son père.
* * *
Pour la première fois de sa vie, Zac avait été ignoré par une femme ! Durant quelques secondes, ce fait hautement inhabituel le paralysa. Retrouvant la parole, il s’adressa à la réceptionniste : — Qui est cette jeune femme, Mélanie ? Dans quel département travaille-t-elle ? — Je l’ignore. Je ne l’ai jamais vue dans nos murs. — Sécurité ! appela aussitôt Zac, mais le responsable interpellait déjà l’arrivante. — Mademoiselle ! Arrêtez-vous ! Vous devez signer le registre… Perdue dans ses pensées, Sally eut à peine conscience que quelqu’un l’interpellait. La porte de l’ascenseur étant ouverte, elle s’engouffra dans la cabine et appuya sur le bouton. L’ascenseur démarra aussitôt. Sa seule visite à son père dans son bureau de Londres remontait à cinq ans. Elle avait alors dix-huit ans et, tout comme aujourd’hui, ne s’était pas fait annoncer. C’était l’anniversaire de sa mère. Cette dernière avait reçu une simple carte de son mari l’informant qu’il ne pourrait venir le fêter avec elle : il avait trop de travail. En rage, Sally avait alors décidé de venir jusqu’à son bureau et de le ramener avec elle à Bournemouth, où ils habitaient. Nigel Paxton se devait d’être aux côtés de son épouse le jour de son anniversaire, d’autant que celle-ci sortait de l’hôpital après y avoir subi l’ablation d’un sein à la suite d’un cancer. Le succès de la soirée surprise organisée par Sally reposait sur la présence paternelle. La nausée lui monta aux lèvres au souvenir de la scène qu’elle avait découverte dans le bureau de son père, ce jour-là. La secrétaire n’étant pas derrière son bureau, Sally avait frappé à la porte ; sans réponse, elle l’avait poussée et était entrée. Le spectacle alors offert à ses yeux l’avait profondément choquée : son pantalon en bas des jambes, son père se tenait penché sur sa jeune secrétaire à moitié dévêtue, étendue sur le bureau, les jambes écartées. Son père… Ce séducteur invétéré, ce coureur de jupons, ce fieffé menteur, cet homme sans foi ni loi que sa mère continuait pourtant à vénérer… Dans son enfance, elle avait elle aussi vénéré cet homme pourtant trop souvent absent. Directeur financier à Westworld Components, Nigel Paxton gagnait bien sa vie et jouissait d’une excellente réputation dans son travail. Il était passé maître dans la gestion financière. Travaillant tard, il avait acheté un duplex non loin de son lieu de travail et ne rentrait que le week-end à Bournemouth, dans la belle et vaste demeure victorienne construite face à la mer, héritée de ses grands-parents maternels trop tôt décédés. Sally détestait la guerre sous toutes ses formes et avait été horrifiée d’apprendre que Westworld Components fabriquait essentiellement des armes. Son père n’avait pas manqué de se moquer d’elle. Elle n’était selon lui qu’une sotte : qu’elle se contente d’être belle et laisse les hommes gouverner le monde !
Depuis ce jour atroce où elle l’avait surpris dans une position sans équivoque, Sally ne ressentait plus que mépris et dégoût pour son géniteur. Mais aujourd’hui, il entendrait ce qu’elle avait à lui dire. La coupe était pleine. Sa mère se mourait à petit feu dans une clinique privée du Devon. Cela faisait six semaines qu’elle n’avait reçu aucune visite de son mari. Ce dernier allait devoir respecter les vœux prononcés lors de leur mariage et l’accompagner à la clinique ! Sally repoussa les larmes qui lui brûlaient les paupières au souvenir du désespoir qu’elle avait lu dans les yeux de sa mère quand, le week-end précédent, elle était une fois de plus venue seule la voir. « Il a beaucoup de travail. » Tel était le leitmotiv de Sally pour excuser son père, et Pamela approuvait d’un signe de tête. Celle-ci n’ignorait rien des infidélités de son mari. A dix-huit ans, Sally n’avait pu s’empêcher de lui raconter ce qu’elle avait vu. Sa mère n’avait pas été surprise : elle avait déjà eu connaissance de certaines incartades de son époux. Ulcérée, Sally l’avait écoutée rejeter la faute sur elle-même : depuis son cancer, elle n’était plus capable de répondre aux besoins sexuels de son mari. Quant au coupable, devant sa fille profondément choquée, il n’avait manifesté aucun embarras, aucun remords. « Tu n’es qu’une gamine ignorant tout des besoins des adultes, avait-il proféré, sentencieux. Tu ferais bien de t’occuper de tes affaires et de te concentrer sur tes études, dont j’assure entièrement le financement et qui me coûtent très cher. » Ulcérée, Sally avait aussitôt voulu quitter l’université d’Exeter, où elle étudiait l’archéologie et l’histoire, mais sa mère s’y était farouchement opposée. Malade de dégoût, elle avait dû supporter la présence de son père dans leur maison les rares week-ends où il daignait les honorer de sa présence. Cependant, elle devait le reconnaître, sa mère avait eu raison de l’encourager à poursuivre ses études. A sa sortie de l’université, son diplôme avec mention en poche, elle avait obtenu un poste au célèbre British Museum de Londres. Jeune diplômée, elle s’était passionnée d’emblée pour son travail et avait loué un meublé au-dessus d’une boulangerie dans la capitale. Son cancer en totale rémission, sa mère avait pu alors lui rendre de nombreuses visites et, tous les week-ends, Sally la retrouvait à Bournemouth. La vie aurait pu se dérouler douce et tranquille si le destin n’en avait décidé autrement. Sortie faire ses courses, Pamela avait été renversée par une voiture alors qu’elle traversait la rue. Elle n’avait jamais retrouvé l’usage de ses jambes. Paraplégique, sans espoir de la moindre amélioration dans le futur, elle passait désormais ses journées cloîtrée dans une clinique privée du Devon. Sally consacrait tous ses week-ends à la visiter, louant une chambre dans un hôtel à proximité de la clinique. Le samedi précédent, alors qu’elle se tenait assise aux côtés de sa mère, le téléphone avait sonné. C’était son père. Des étoiles s’étaient aussitôt allumées dans les yeux de la malade, hélas très vite remplacées par une infinie tristesse : Nigel ne pourrait venir ce week-end ni le suivant. Le rachat de Westworld Components par la firme italienne Delucca Holding l’obligeait à rester au bureau. Cette fois, avait pensé Sally,la coupe est pleine, il ne s’en tirera pas à si bon compte. Puisqu’il ne vient pas de lui-même, j’irai le chercher !Voilà pourquoi elle se retrouvait devant son bureau, la rage au cœur. Elle prit une profonde inspiration. Elle devait impérativement se calmer et réfléchir aux mots à employer. Apostropher vertement l’auteur de ses jours ne servirait à rien. Cette fois, il allait devoir faire un effort. D’après les médecins, les jours de Pamela étaient désormais comptés. Elle s’affaiblissait de jour en jour. Il était du devoir de son mari — qu’elle continuait à vénérer malgré ses frasques — de lui apporter son soutien moral. C’était le moins qu’il puisse faire !
* * *
Zac se dirigea vers le responsable de la sécurité qui, debout devant l’ascenseur, pressait sur le bouton pour le rappeler. — Désolé, monsieur Delucca, dit le gorille, penaud. Je n’ai pas pu l’arrêter. Cet ascenseur ne conduit qu’à l’étage directorial, où seuls M. Costa et M. Paxton, le directeur financier, ont leur bureau. Cette jeune personne n’est pas l’amie… euh, je veux dire… la secrétaire de M. Paxton. Peut-être cherche-t-elle à vous rencontrer. L’agent de la sécurité tentait désespérément de faire oublier qu’il avait failli à sa mission.
Ainsi, le directeur financier a une liaison avec sa secrétaire !Zac, amusé. Cette pensa information pouvait se révéler intéressante. En général, les maîtresses coûtaient cher à entretenir… — Ne vous inquiétez pas, Joe. Si vous dites vrai, cette jeune personne ne peut nous échapper. Vous pouvez reprendre votre poste. L’ascenseur arrivait. Zac s’y engouffra, suivi de Raffe. — Cette jeune femme est vraiment superbe, dit ce dernier. J’ai vu tes yeux s’allumer. Une conquête, en perspective ? Un sourire fleurit sur les lèvres de Zac. Une conquête ? Pourquoi pas ? Un journaliste avait écrit récemment : « Le richissime Zac Delucca a les plus belles femmes du monde à ses pieds. A trente-cinq ans, il est toujours célibataire. Pourquoi choisir une jeune beauté quand il peut les avoir toutes ? » La ravissante créature à la chevelure flamboyante était passée devant lui sans lui prêter la moindre attention. Un défi à relever. Son but serait désormais de la conquérir. Se rappelant la raison de sa présence dans ces lieux, il demanda : — C’est le directeur financier que tu soupçonnes de trafiquer les bilans, Raffe ? — Oui. — Est-il marié ? — Oui. Avec un enfant, je crois. — Et une maîtresse, apparemment. Tes soupçons pourraient bien être justifiés, mon ami.
* * *
Sally pénétra dans le bureau de son père sans frapper et s’arrêta net dans son élan. Il se tenait assis à son bureau, la tête dans les mains. L’image même du désespoir. Peut-être l’avait-elle mal jugé. Peut-être était-il bouleversé par le diagnostic alarmant des médecins sur l’état de santé de sa femme. — Papa… Il leva les yeux vers elle. — Sally ! Que diable viens-tu faire ici ? Non, ne réponds pas. Tu viens me chercher pour me conduire près de ta mère. C’est ça, n’est-ce pas ? Toute son attitude montrait l’aversion spontanée qu’il éprouvait à cette idée. — Quelle idiote je suis, répondit Sally, amère. L’espace d’un instant, j’ai cru que tu pensais à maman et éprouvais de la tristesse. Comme tu le sais, son état s’aggrave, et j’en ai plus qu’assez de tes mensonges et de tes tromperies ! Pour une fois dans ta vie, tu vas te conduire avec décence et venir avec moi dans le Devon. A sa totale surprise, son père se redressa soudain et, portant la main à son nœud de cravate pour le réajuster, lança, les yeux fixés sur la porte derrière elle : — Ah, non, désolé, pas aujourd’hui, ma chérie ! Elle se retourna. Les deux hommes aperçus quelques instants plus tôt à la réception entraient dans la pièce.
* * *
Depuis le pas de la porte, Zac Delucca avait entendu la supplique de la jeune femme demandant à Paxton de se conduire avec décence et de l’accompagner dans le Devon. Il s’avança dans la pièce. Le directeur financier se précipita vers eux, la main tendue. — Monsieur Costa, lança-t-il à l’attention de Raffe, je ne m’attendais pas à vous revoir aussi vite ! — Je ne viens pas seul, Paxton, mais accompagné du nouveau patron, Zac Delucca. — Monsieur Delucca, quel plaisir de vous rencontrer ! Le ton enjoué de son père sonnait terriblement faux aux oreilles de Sally. A l’évidence, il n’était pas heureux de cette rencontre. Elle ne l’était pas non plus : Delucca était le nom du magnat italien qui venait d’acquérir Westworld Components. Quand son père lui avait annoncé la nouvelle, elle s’était informée sur internet. Zac Delucca y était décrit comme l’homme à qui tout réussit, un multimilliardaire avide d’accroître sans cesse son pouvoir et sa fortune — et qui y parvenait. Il semblait protéger jalousement sa vie privée car peu d’informations transpiraient à ce sujet. Il était seulement mentionné qu’on le voyait souvent avec un top-model connu à son bras, jamais le même. L’homme consommait les mannequins comme son père les secrétaires. Méprisable !
Sally crispa ses poings de rage. A l’évidence, Nigel allait être occupé durant les minutes — et peut-être même les heures — à venir. Pendant des années, pour le bien de sa mère, elle avait fermé les yeux sur ses frasques abjectes. Aujourd’hui, elle était venue jusqu’à son bureau pour le persuader de venir passer le week-end auprès de la femme qui l’aimait, hélas mourante. Malheureusement, pour une fois, Nigel avait dit la vérité : l’imposant nouveau propriétaire de Westworld Components était à Londres, et sans doute allait-il lui demander de travailler samedi et dimanche.
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