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Un Noël pas comme les autres

De
384 pages
Quand vos ex s’invitent à Noël, le repas promet d’être pimenté !
 
Elles sont inséparables et elles ont l’intention de passer un Noël inoubliable. Mais rien ne va se passer comme prévu…
Tandis que Cassie prépare le mariage de sa fille chérie prévu pour les fêtes, son ex indélicat ne trouve rien de mieux à faire que de s’inviter chez elle – avec sa (trop jeune) nouvelle épouse et leur horrible chien… Provocation ?
Pendant ce temps-là, Charlene voit resurgir à travers les flocons de neige son ex infidèle qui, après l’avoir odieusement trahie, lui promet qu’il a changé... Fabulation ?
De son côté, Ella fait tout pour vendre la maison qu’elle partage encore avec son ex immature. Seulement voilà, ce dernier déploie des trésors d’imagination, et de doux souvenirs au goût de chocolat chaud, pour donner une seconde chance à leur mariage. Tentation ?
 
A propos de l'auteur :
Avant de se décider une bonne fois pour toutes à écrire, Sheila Roberts a un temps cherché sa voie. Par exemple, en créant une entreprise de télégrammes chantés, ou encore en jouant dans un groupe. Aujourd’hui, le groupe en question n’existe plus, mais Sheila aime toujours écrire des chansons. Et quand elle ne participe pas à des conférences ou qu’elle ne papote pas avec ses copines, elle écrit des histoires sur des sujets chers qui touchent les femmes de près : la famille, les amies et le chocolat…
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Couverture : SHEILA ROBERTS, Un Noël pas comme les autres, Harlequin
Page de titre : SHEILA ROBERTS, Un Noël pas comme les autres, Harlequin

PROPOS DE L’AUTEUR

Avant de se décider une bonne fois pour toutes à écrire, Sheila Roberts a un temps cherché sa voie. Par exemple, en créant une entreprise de télégrammes chantés, ou encore en jouant dans un groupe. Aujourd’hui, le groupe en question n’existe plus, mais Sheila aime toujours écrire des chansons. Et quand elle ne participe pas à des conférences ou qu’elle ne papote pas avec ses copines, elle écrit des histoires sur des sujets chers qui touchent les femmes de près : la famille, les amies et le chocolat…

A ma copine Kathy

image

De temps en temps, lorsque la chance est au rendez-vous, il arrive qu’une journée s’annonce en tout point conforme au rêve qu’on en a fait. Et c’était le cas aujourd’hui ! songeait Cassie en posant le plat de dinde sur sa table de salle à manger.

Elle contempla son œuvre, un sourire aux lèvres. Tout était charmant — très Martha Stewart dans le style —, du service en porcelaine jusqu’à la cristallerie, en passant par le centre de table de Thanksgiving, acheté chez Lupine Floral ; enfin, sa vénérable maison victorienne embaumait les épices et les herbes aromatiques. La fenêtre de la salle à manger encadrait une scène hivernale digne d’une carte de vœux : au premier plan, la pelouse ponctuée d’arbres et de buissons recouverts d’un blanc manteau givré, avec au loin les montagnes aux sommets enneigés.

De fait, la neige avait accompli tout ce qu’on est en droit d’attendre d’elle en cette saison. Elle était même tombée avec suffisamment de constance pour que les équipes municipales soient contraintes de dégager les routes pour les véhicules des vacanciers. Car contrairement au Thanksgiving de l’année précédente, la petite ville d’Icicle Falls grouillait de touristes en quête d’évasion. Une manne pour le commerce, en particulier si vous teniez une pâtisserie. Ce week-end, les figurines en pain d’épice, filles et garçons, quitteraient le magasin en rangs serrés, et la recette irait tout droit gonfler le compte en banque de Cassie qui ne pouvait que s’en réjouir. En effet, il y avait fort à parier que, d’ici un an ou deux, elle allait devoir payer un mariage…

Une clameur d’enthousiasme masculin s’éleva du salon, suivie par des exclamations de joie. Le match de football tirait à sa fin et, de toute évidence, l’équipe soutenue par le petit groupe réuni devant la télévision venait de marquer un touch down.

— Voilà, il ne reste plus rien dans la cuisine, déclara Dot Morrisson en posant sur la table un saladier débordant de farce, ainsi qu’un autre, plein à ras bord de purée.

A la fois mentor de Cass et son ancienne patronne, Dot aurait normalement dû fêter Thanksgiving avec sa fille, mais ce soir, Tilda sillonnait les rues à bord de son véhicule de patrouille, protégeant la population d’Icicle Falls de… de Dieu sait quoi ! Leur petite ville était bien loin d’être un haut lieu du crime.

Dot avait opté pour une tenue en rapport avec l’occasion : jean et sweater blanc orné d’une dinde brandissant un écriteau :

« Sortez des sentiers battus, servez du jambon ! »

Quelques années auparavant, Dot, propriétaire de la Breakfast Haus, d’où provenaient les meilleurs pancakes d’Icicle Falls, avait encouragé Cassie à sortir elle aussi des sentiers battus ; elle lui avait même prêté de l’argent pour monter sa propre pâtisserie. Depuis, Cass se sentait moralement tenue d’inviter son amie à partager le repas de Thanksgiving, et ce jusqu’à la fin de ses jours.

— Appelle-moi donc tous ces comiques, reprit Dot. Dans la vie, je ne connais rien de pire que de manger froid.

Pour sa part, Cass aurait pu lui suggérer d’autres choses tout aussi déplaisantes : les impôts, les candidoses ou les ex-conjoints.

Mais non, pas question de gâcher la perfection de ce jour de fête par ne serait-ce que l’ombre d’une pensée pour Mason ! Ce sale type, cette espèce de rat égocentrique et indigne qui avait tenté de récupérer les enfants ce week-end en leur faisant miroiter un séjour à Vail1, lui qui ne…

Non et non ! Interdiction de penser à Mason ! C’était Thanksgiving, après tout, jour où l’on est censé se réjouir de tous les bienfaits que le ciel nous prodigue.

Or trois de ces bienfaits-là étaient assis dans le salon : ses enfants Danielle, Willie et Amber. Le copain de Dani, Mike, était là, lui aussi, lové contre elle dans un fauteuil rembourré.

Du haut de ses vingt ans, Dani était l’aînée de Cass, ainsi que son bras droit au magasin. Elle avait hérité de la passion de sa mère pour la création culinaire et, après un an de cours à l’IUT, elle avait choisi de travailler à temps complet à la pâtisserie. Cass avait espéré que sa fille bouclerait au moins sa seconde année de cursus, mais Dani ne voyait pas l’intérêt de continuer ses études. « J’apprends plus ici avec toi qu’avec n’importe lequel de mes profs », lui avait-elle affirmé. Et qu’est-ce que Cassie aurait pu répliquer à cela ? Dani n’avait pas tort, pour tout ce qui avait trait à la pâtisserie, en tout cas.

Pelotonnée en bout de canapé, Amber, sa petite dernière, envoyait des textos. Quelques mois auparavant, elle avait offert à Cass quelques cheveux blancs supplémentaires en se mettant à traîner avec le genre de jeunes qu’aucune mère ne souhaite voir s’approcher de sa fille, voire pire, lui servir de modèle. Grâce au ciel (et peut-être aussi à la copine de Cass, Samantha Sterling), Amber avait changé de fréquentations et noué de nouvelles amitiés plus convenables.

Willie, son grand sportif de fils, était vautré par terre, serrant contre lui le doudou préféré de tous les lycéens de par le monde : un ballon de football. Le seul problème qu’elle rencontrait avec Willie, c’était d’arriver à le rassasier. Ce garçon était une véritable sauterelle sur deux pattes.

Enfin, il y avait le frère cadet de Cass, Drew, venu tout exprès de Seattle. Divorcé depuis peu (cette tendance au divorce était-elle inscrite au patrimoine familial ?), il avait sauté de joie à l’idée de passer le week-end de Thanksgiving chez elle. Comme il n’avait pas d’enfants, Cass lui prêtait volontiers les siens. Il incarnait pour eux un oncle formidable et une figure paternelle bien plus convaincante que son ex-mari.

Non, non et non ! Ne pas lui accorder ne serait-ce que l’ombre d’une pensée aujourd’hui !

Cass s’avança sous l’encadrement cintré du salon et annonça, tel un majordome :

— Le dîner est servi !

Evidemment, personne ne lui prêta attention. Un autre touch down venait d’avoir lieu à TV Land.

— Ouais ! s’exclama Mike.

— Pff… mon équipe est nulle ! râla Willie en faisant rebondir son ballon d’un geste irrité.

— C’est mon repas qui va être nul si vous ne vous bougez pas illico pour venir le manger, les prévint Cassie.

— De toute façon, le match est presque fini, fit observer Mike, démontrant par là ses excellentes manières de petit ami en titre.

Il se leva de son fauteuil, entraînant Dani à sa suite. C’était un solide gaillard, ancienne star du football et tout nouveau héros de Willie. Mike était actuellement employé à la quincaillerie de la ville — une place idéale, de l’avis de Cass. Dès qu’il demanderait la main de Dani, ces deux-là se marieraient, s’installeraient à Icicle Falls — à proximité de leurs familles et de leurs amis — et tout le monde y serait gagnant.

— Oui, tu as raison, acquiesça Drew.

Il éteignit le poste et mena le petit cortège jusqu’à la salle à manger.

Il suffisait à Cass de regarder un cookie pour aussitôt prendre deux kilos sur les hanches. Alors que son frère, grand et filiforme, pouvait manger de tout, le veinard ! Du point de vue vestimentaire, sa mise était toujours plus chic que la sienne, et ce depuis leur enfance. Enfin, côté physique, Drew possédait également l’avantage. En revanche, il ne savait pas cuisiner, aussi profitait-il de chacune de ses visites à Icicle Falls pour dévaliser la pâtisserie de sa sœur. Drew était surtout son meilleur ami et Cassie se réjouissait qu’il soit venu passer Thanksgiving chez elle.

Tout le monde prit place à table. Les seules personnes manquant à l’appel étaient la mère de Cass et Ralph, son second mari. Depuis quelque temps, ceux-ci jouaient les oiseaux migrateurs et ils séjournaient actuellement en Floride, dans sa famille à lui. Toutefois, ils comptaient venir passer Noël ici et, à choisir, Cass préférait encore accueillir sa mère pendant les fêtes de fin d’année.

Drew tendit le bras pour se servir de la dinde. Cass lui infligea un petit coup de cuillère sur le dos de la main.

— Et le bénédicité, mécréant !

Willie se mit à ricaner, ce qui lui valut l’honneur de dire lui-même les grâces. Sitôt le « amen » final tombé de ses lèvres, il se précipita sur le plat de farce dont il s’octroya une énorme portion.

En temps normal, Cass lui aurait rappelé d’en laisser suffisamment pour les autres, mais pas en ce jour. A Thanksgiving, la tradition est de faire bombance, et de la farce, elle en avait préparé plus qu’il n’en fallait, de façon à régaler tout le monde. En outre, elle aussi comptait bien se resservir.

Durant les minutes qui suivirent, la conversation se résuma à des : « Faites passer les petits pains » et à des : « Mais où sont-elles, ces olives ? » Au fur et à mesure que se remplissaient les assiettes et les estomacs, d’autres thèmes de discussion se mirent à surgir : quelle équipe de fantasy football allait gagner ? Comment se vendaient les nouveaux colliers en pain d’épice de Cass et de Dani ? Qu’en était-il de l’opération de Dot pour son hallux valgus ?

Puis vint le moment de déguster le dessert. Malgré le surcroît de travail démentiel à la pâtisserie, Cass avait eu le temps de confectionner une tarte à la citrouille et aux noix de pécan, mais aussi une autre, aux myrtilles sauvages celle-là, le péché mignon de son frère. Celui-ci s’appropria aussitôt le plat tout entier en déclarant sur le ton de la plaisanterie :

— Voilà qui devrait me suffire.

Le moment du dessert était assorti d’une autre tradition, instaurée par Cassie du temps où ses enfants étaient encore petits.

— Bien, dit-elle quand tous se furent servi une part de tarte. Et maintenant, place à l’expression de notre gratitude pour tous les bienfaits que nous procure la vie. Qui veut commencer ?

La gratitude… Certaines fois, le seul fait d’en éprouver un tant soit peu s’était révélé pour Cassie un défi à la mesure de cette notion morale. Et c’était bien souvent qu’elle avait fait montre d’une monumentale hypocrisie, encourageant ses enfants à voir le bon côté des choses alors qu’elle-même s’adonnait sans réserve au ressentiment.

Du reste, il lui semblait parfois avoir passé le plus clair de sa vie conjugale dans ce déplaisant état d’esprit. Elle en avait voulu à Mason de s’être engagé dans la Navy au moment de leurs fiançailles. A peine venaient-ils de se mettre en ménage qu’il avait embarqué pour sa première mission ! Résultat, il avait manqué la naissance de sa fille ; c’était la mère de Cassie qui l’avait soutenue durant l’accouchement. Tout bien réfléchi, cela valait sans doute mieux, s’était-elle dit à l’époque. Tiens, voilà une chose dont elle pouvait s’estimer reconnaissante envers le ciel ! Et de la reconnaissance, elle en avait également éprouvé quand Mason avait quitté la marine. Nettement moins, en revanche, lorsqu’il avait repris le chemin de la fac et négligé ses devoirs de père au profit de ses études. Et encore moins lorsqu’il s’était forgé une carrière qui semblait avoir pour objectif principal de le tenir éloigné de son foyer. Mason était bien résolu à réussir dans la vie, sauf que la voie qu’il avait choisie lui paraissait visiblement trop étroite pour y engager toute sa petite famille. C’était Cass qui avait toujours été là pour consoler les peines de cœur de ses enfants, se creuser les méninges sur les problèmes de maths et applaudir à tous les matchs de foot. Mais lui, Mason, qu’avait-il fait au juste ?

De la reconnaissance envers le ciel, Cass, tu te rappelles ? D’accord, d’accord… Eh bien, elle était reconnaissante de ne plus vivre avec Mason, voilà !

Dani fut la première à s’exprimer :

— Eh bien, moi, je suis reconnaissante à la vie pour une chose.

Elle plongea la main dans la poche de son jean et en tira un diamant qu’elle passa à son doigt.

— Oh ! j’y crois pas ! Tu es fiancée ! s’écria Amber.

Cass posa sa fourchette, au comble de la stupéfaction. Naturellement, elle sentait venir ces fiançailles depuis quelque temps, néanmoins elle était un peu peinée que sa fille ne lui ait pas réservé la primeur de cette grande nouvelle.

— Et depuis quand ? s’enquit-elle.

Les yeux bruns de Dani pétillaient d’excitation. Elle se tourna vers Mike et tous deux échangèrent ce sourire qui est l’apanage des couples partageant un amour tout neuf.

— Hier soir. On voulait attendre pour vous faire la surprise.

Pour le coup, c’était réussi !

Dot intervint :

— Ma foi, j’ignore si c’est une surprise pour tout le monde, mais s’il y en a une qui est contente, Dani, c’est bien ta mère !

Contente, Cass l’était, bien entendu. Alors pourquoi diable restait-elle muette sur sa chaise, immobile comme une statue ? Elle se leva d’un bond et alla embrasser sa fille et son futur gendre.

— C’est une merveilleuse nouvelle ! Vous serez très heureux, ensemble.

Comment pourrait-il en être autrement ? Tout le contraire de ta mère au même âge, aurait pu ajouter Cass. Danielle avait su faire preuve de discernement et de sagesse au moment de choisir son compagnon, elle au moins. Elle ne s’était pas jetée à corps perdu dans une relation passionnelle, les hormones en folie et les neurones asphyxiés par les inhalations de nicotine ! Non, elle avait tendu la main à l’homme qu’il lui fallait. Même d’un point de vue physique, ils allaient bien ensemble. Mike, avec sa carrure d’athlète, ses yeux et ses cheveux bruns, mettait en valeur le teint plus pâle de Dani, son blond vénitien et sa silhouette élancée. Une fois parés de leurs habits de cérémonie, on pourrait presque les piquer au sommet du gâteau de mariage.

— Eh bien, je crois qu’une seconde part de tarte s’impose ! décréta Drew avec un grand sourire, avant de joindre le geste à la parole.

— Tu me prendras comme demoiselle d’honneur, hein ? demanda Amber à sa sœur.

— Evidemment.

Cass se pencha vers son frère.

— Tu ferais bien de ressortir ton costume Armani, Drew. Dani va avoir besoin de toi pour la conduire à l’autel.

Le visage de celle-ci perdit un peu de son éclat de future mariée et elle se mordit la lèvre.

S’avisant de l’embarras de sa nièce, Drew s’empressa d’affirmer :

— Mais, Dani, ça ne me dérange pas de rester assis au premier rang à côté de ta mère. Après tout, ce n’est pas forcément à moi que revient d’assumer ce rôle.

Oh ! que si, c’était à lui de l’assumer ! s’insurgea Cass en son for intérieur. Qui d’autre s’en chargerait, sinon ? Hein, qui ? Oh ! non… Sûrement pas…

— Euh, pour tout dire, j’espérais que ce serait papa qui me conduirait à l’autel, murmura Dani.

Quoi, ce père absent et indigne ? Cet homme qui avait été « porté disparu » pendant le plus clair de l’existence de sa fille ? Cass se laissa aller contre le dossier de sa chaise et dévisagea Dani qui lui faisait face. Les joues empourprées de culpabilité, sa fille évitait soigneusement de croiser son regard.

— Ton père ? répéta Cass.

Le mot tomba de sa bouche, glacé de mépris. Allons, se sermonna-t-elle. Ce n’était vraiment pas le moment de faire l’enfant en gâchant le grand jour de sa fille.

Douée d’un heureux caractère, toujours désireuse de faire plaisir, Danielle était généralement facile à vivre, mais à cet instant, son menton pointait en l’air de façon tout à fait belliqueuse.

— Papa voudra me conduire à l’autel, je le sais !

Oh ! pour ça, il avait toujours eu la volonté d’être présent ! L’ennui, c’est qu’il ne l’avait jamais été.

Jusqu’à ces derniers temps. Alors que leur progéniture avait pratiquement atteint l’âge adulte ! Lui et sa potiche de trente-deux ans, Babette, semblaient trouver normal de s’arroger le droit de faire venir les enfants à Seattle chaque fois que Mason était de passage chez lui — entre deux déplacements professionnels —, mais aussi d’acheter leur affection avec des virées shopping ou des billets pour un match des Seahawks.

Et de toute évidence, leur stratégie fonctionnait à merveille, c’était bien cela qui donnait à Cassie une brusque envie d’attraper le plat à tarte pour le fracasser contre un mur. Décidément, ce n’était vraiment pas juste. Mais comment amener sa fille à le comprendre ?

Elle s’éclaircit la voix.

— Ton père voyage beaucoup, tu sais…

— Je sais, la coupa Dani. Mais Mike et moi, on veut se marier à Noël et il sera là le 25.

— Le jour de Noël ?

Willie fit la grimace.

Dani le foudroya du regard.

— Qu’est-ce qu’il y a, tu as peur que Papa Noël ne passe pas ?

Puis, s’adressant aux autres :

— On pensait faire ça le week-end avant Noël, pour être exacte.

— Ça ne laisse pas beaucoup de temps pour organiser un mariage, lui fit remarquer Dot. Pourquoi tant de précipitation ?

Le visage de Mike s’illumina comme celui d’un homme porteur d’une grande nouvelle, mais ce fut Dani qui parla en son nom :

— Parce que Mike a décroché une place de directeur adjoint dans une grosse quincaillerie de Spokane. Et que j’ai l’intention de le suivre quand il prendra son poste là-bas.

Autour de la table, tout le monde félicita Mike avec chaleur.

Tout le monde sauf Cass, encore sous le choc de cette annonce. Mike et Dani allaient déménager. Sa fille allait la quitter presque à la minute où elle serait mariée. L’image de Dani fondant un foyer ici, à Icicle Falls, et prenant un jour sa suite à la pâtisserie, partit d’un seul coup en fumée. Cass était au bord des larmes. Contenant son émotion, elle repoussa son assiette où gisait une moitié de part de tarte au potiron, en priant pour que personne ne lui demande de quoi elle était reconnaissante au ciel.

— De toute façon, nous, on veut une cérémonie toute simple, précisa Mike. Sans tralala.

Sans tralala ? Mais Dani avait toujours rêvé d’un grand mariage en blanc ! Ce n’était donc plus à l’ordre du jour, ça non plus ?

— Et je sais que papa pourra se libérer ce week-end-là, ajouta Dani.

— Parce que tu en as déjà parlé à ton père ?

Avant même de m’annoncer la nouvelle ? Cette véritable gifle ne fit qu’accroître le chagrin de Cassie, lui occasionnant au passage les pires brûlures d’estomac de sa vie.

— Oui, pour savoir s’il serait dispo. J’ai même pensé qu’ils pourraient tous passer la semaine ici.

— Ici ? couina Cassie, incrédule.

— Oh bon sang, souffla Drew dans sa barbe.

— Non, Dani, nous ne pouvons pas les accueillir ici, il n’y a pas la place, déclara Cassie d’un ton catégorique.

L’hôtel « Chez Cass » affichait complet.

Dot haussa les épaules.

— Bah, tu pourras sûrement les loger chez Olivia.