Un palais en Toscane (Harlequin Azur)

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Un palais en Toscane, Christina Hollis

A la mort de son époux, Luigi Alfere Tiziano, un comte italien qui l'a toujours délaissée pour ses voitures de sport, Rissa se retrouve sans argent mais propriétaire d'un ravissant palazzo en Toscane, le seul bien que Luigi n'ait pas dilapidé. Dès qu'elle voit la demeure, la jeune femme tombe sous le charme et décide de la restaurer pour lui redonner son lustre d'antan. Mais tout se complique quand surgit au palazzo un homme fort séduisant qui prétend être le seul à connaître suffisamment le passé des lieux pour pouvoir l'aider dans sa tâche. Séduite malgré elle, Rissa hésite pourtant : Antonio Isola n'a-t-il pas un motif caché de lui faire cette proposition ?

Publié le : vendredi 1 février 2008
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280256575
Nombre de pages : 160
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1.

En Toscane, les chauds après-midi chargés de senteurs fleuries invitaient au farniente ou aux flâneries dans les ruelles ombragées. Mais, contrainte de suivre le rythme soutenu que lui imposait le signor Mazzini, Rissa ravalait sa curiosité et pressait le pas.

— Je suppose que feu le comte vous aura initiée aux douceurs des passeggiate, contessa. C’est l’heure à laquelle nous aimons sortir prendre l’air, voyez-vous, lorsque le soleil se fait moins ardent.

Le visage empourpré et le front moite, Mazzini entraînait sa cliente à travers la foule de badauds qui déambulaient sur la place du village.

— Mon mari ne m’a jamais emmenée en Italie, signor. En fait, nous n’avons quasiment pas quitté les Etats-Unis après notre mariage, confessa Rissa en s’efforçant de dissimuler la déception que trahissaient ses propos.

Elle avait tant de choses à découvrir, ici ! Du vivant de Luigi, ils ne s’étaient rendus qu’une seule fois chez elle, en Angleterre, et le souvenir de cette visite restait teinté d’amertume. Et à présent qu’elle avait recouvré sa liberté, les dettes de son époux disparu pesaient lourdement sur ses épaules. En effet, le train de vie fastueux de Luigi avait rapidement englouti la fortune des Tiziano, au point que le patrimoine familial ne comptait plus que le palazzo de la famille, vieille demeure laissée à l’abandon depuis des décennies. Elle l’avait aperçue de loin à son arrivée, quelques jours plus tôt, mais Rissa s’apprêtait à pénétrer pour la première fois dans l’enceinte de la propriété. Et elle avait la ferme intention de visiter minutieusement l’ultime bien de la famille Alfere-Tiziano.

A la suite du signor Mazzini, elle se dirigea vers les grilles imposantes qui protégeaient la demeure du reste du village. Tandis que l’agent immobilier cherchait la bonne clé dans le volumineux trousseau qu’il tenait à la main, Rissa eut soudain l’étrange impression d’être observée. Elle s’était préparée à la curiosité des habitants du village mais il s’agissait là d’autre chose…

Elle pivota sur ses talons, arborant un sourire affable qui s’évanouit instantanément. Attablé à l’une des nombreuses terrasses de café qui occupaient la place, un homme l’observait fixement.

— Buongiorno…, dit-elle.

Bien qu’assis à quelques mètres, l’inconnu ne répondit pas à son salut. Brun et mat de peau, vêtu avec une élégance décontractée, il incarnait le charme et la virilité du ténébreux Italien. Mais pourquoi son regard noir, incroyablement perçant, exprimait-il tant d’hostilité tandis qu’il la détaillait sans vergogne ? Rissa retint son souffle. Elle comprenait mieux à présent cette sensation de brûlure sur sa nuque, quelques instants plus tôt… Jamais encore elle n’avait croisé de regard aussi intense, aussi pénétrant. Un regard qui faisait froid dans le dos, alors même qu’une onde de chaleur parcourait ses veines…

Réprimant un frisson, elle suivit avec soulagement le signor Mazzini dans le sanctuaire de la propriété ; ce dernier referma derrière eux les lourdes grilles. Son soulagement, hélas, fut de courte durée. Luxuriante et anarchique, la végétation avait envahi le parc, recouvrant presque entièrement ce qui jadis avait dû ressembler à des pelouses soigneusement entretenues. Balayés par les vents ou frappés par la foudre, quelques arbres étaient tombés, endommageant à plusieurs endroits le mur d’enceinte. Devant l’ampleur des dégâts, Rissa sentit son cœur se serrer. Plus importants seraient les travaux, plus lourdes seraient les factures…

Lorsqu’elle avait accepté la demande en mariage de Luigi, elle était follement amoureuse de lui. Mais l’amour passion du début de leur idylle s’était transformé au fil du temps, même si la personnalité exubérante de son époux maintenait malgré tout Rissa sous l’emprise de celui-ci. Cette fascination avait pris fin brutalement, le jour où la voiture de sport de Luigi, lancée à plus de deux cent vingt kilomètres/heure, avait quitté la route…

Le décès accidentel de Luigi avait arraché Rissa à l’aveuglement béat dans lequel elle se complaisait jusqu’alors. Ce premier choc, d’une violence inouïe, avait été suivi de deux autres découvertes stupéfiantes : il ne restait pratiquement plus rien de l’immense fortune de Luigi et elle était la dernière personne à porter le nom d’Alfere-Tiziano. Quelle lourde responsabilité pesait sur ses épaules, tout à coup !

En mémoire de Luigi, elle s’était sentie obligée de faire bonne figure — et c’était aussi en mémoire de son défunt époux qu’elle avait insisté pour visiter ce mystérieux palazzo. Elle avait quasiment vidé son compte en banque pour payer son aller simple pour l’Italie. Dieu merci, elle n’avait pas eu à regretter sa décision : empreint d’un fascinant mélange de magie et de romantisme, l’endroit l’avait séduite sur-le-champ. Quelle tristesse que la demeure en décrépitude ne puisse être transmise à un héritier digne de ce nom !

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