Un refuge près de l'océan - Dans le piège de l'amour

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Un refuge près de l'océan, Charlene Sands

Moonlight Beach : la toile de fond idéale pour quelqu’un qui cherche à soigner une peine de cœur. Le soleil, les plages paradisiaques, la douce musique du Pacifique invitent au calme et à l’apaisement. Spontanément, Jessica n’aurait pas choisi de se réfugier dans la villa de Zane, le mari de sa défunte sœur, pour retrouver des forces, mais elle doit admettre que le cadre est enchanteur. Pour ajouter à son bonheur, Zane prend très au sérieux sa convalescence et la comble d’attentions qui adoucissent peu à peu sa peine. Trop, peut-être. Car, très vite, elle ne peut plus se passer de la présence de Zane à ses côtés, ni des frôlements du corps de cet homme interdit qui l’attire comme un aimant.

Dans le piège de l'amour, Brenda Harlen

Nathan Garrett est désemparé. Alors qu’Allison Caldwell travaille depuis des années pour Garrett Furniture, il a fallu attendre ce repas de Noël de l’entreprise pour que son charme et sa beauté lui sautent aux yeux, lui faisant l’effet d’une véritable bombe. Et lui, d’ordinaire si flegmatique, n’a pu résister à l’envie de se pencher sur ces lèvres sensuelles et de lui donner un baiser sous le gui. Pourtant, il comprend rapidement qu’Allison n’est pas comme ses conquêtes habituelles. Sans explication, après cette soirée magique, la jeune femme le fuit, le chasse, l’entraînant dans un jeu du chat et de la souris qui pourrait bien finir par le rendre fou.
Publié le : lundi 1 février 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280357173
Nombre de pages : 384
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De l’endroit où il était retranché, Zane Williams suivait du regard le moindre mouvement de Jessica, et entendait ses bottes résonner sur les lattes en séquoia de la véranda. Donnant sur le Pacifique, elle était inondée de soleil. Son invitée, qui se trouvait également être sa belle-sœur, venait officiellement d’arriver.

Mais était-il encore censé la considérer comme telle ?

Une brise assez forte soulevait sa chevelure couleur caramel, qu’elle avait attachée en queue-de-cheval. Quelques boucles lui fouettaient les yeux tandis qu’elle suivait Mariah, son assistante. En fin d’après-midi, le vent soufflait en général avec vigueur sur Moonlight Beach, s’élevant du large au moment où le soleil descendait vers l’horizon. C’était l’heure où la plupart des touristes qui lézardaient sur la plage pliaient bagage, et où les locaux sortaient pour en jouir tranquillement à leur tour. Ce zéphyr qui gonflait les chemises faisait partie des deux ou trois choses qu’il avait appris à apprécier, depuis qu’il vivait sur une plage californienne.

Il ôta ses lunettes de soleil, pour mieux observer Jessica. Elle portait un chemisier blanc rentré dans un jean délavé, lui-même retenu par une large ceinture en cuir marron, et ses lunettes à monture d’écaille ne parvenaient pas à dissimuler le chagrin et le désarroi qui se reflétaient dans ses prunelles.

Adorable Jess. Sa présence ici convoquait de nombreux souvenirs… Il sentit alors son cœur figé se réchauffer un peu. Elle véhiculait en effet un univers familier dans son sillage : celui de son foyer.

Il était pourtant éprouvant de repenser à Beckon, dans son Texas natal, à son ranch et à la vie qui autrefois avait été la sienne, là-bas, à sa rencontre avec Janie, la sœur de Jessica, et à la manière dont leurs vies s’y étaient liées. D’un côté, il lui semblait que la tragédie qui s’était produite plus de deux ans auparavant remontait à une éternité et, d’un autre, il avait la sensation que le temps avait suspendu son vol. Mais quelles que soient les fluctuations de son humeur, un fait demeurait : sa femme Janie et l’enfant qu’elle portait avaient disparu et ne reviendraient plus jamais. Malgré lui, il grimaça et sentit une douleur lui nouer l’estomac, qui se propagea telle une traînée de poudre dans tout son être pour le consumer littéralement.

Assez ! Il devait se concentrer sur Jessica. Elle portait une valise en tapisserie, dans les tons de gris, mauve et pêche. Il avait offert le même bagage à Janie et Jessica pour leur anniversaire, trois ans plus tôt. N’était-ce pas un hasard extraordinaire que les deux filles de Mae et Harold Holcomb soient nées le même jour, avec sept ans de différence ?

Il se saisit de ses béquilles posées près de sa chaise longue et se leva prudemment pour l’accueillir, prenant garde à ne pas tomber : s’il se blessait de nouveau, Mariah ne le lui pardonnerait pas. Son poignet plâtré le fit affreusement souffrir lors de cette manœuvre, mais il refusait que son assistante accoure dès qu’il voulait faire quelques pas. Cela l’agaçait déjà assez qu’elle ait endossé, en plus de son travail, le rôle d’infirmière. Il ne devrait pas oublier de demander à son comptable de verser une généreuse prime à Mariah.

Cette dernière surgit soudain et darda sur lui un regard désapprobateur.

— Le voici, Jessica, déclara-t-elle néanmoins d’une voix de velours. Je vous laisse tous les deux.

— Merci, Mariah, dit-il.

Mais celle-ci ne desserra plus les dents, mécontente qu’il ne l’ait pas attendue pour se mettre debout.

Jessica s’avança vers lui.

— Même avec des béquilles, tu restes un parfait gentleman qui se lève pour saluer les dames, Zane.

Il avait oublié à quel point son timbre sensuel ressemblait à celui de Janie… Toutefois, la ressemblance s’arrêtait là, car les deux sœurs étaient par ailleurs très différentes. Moins grande que Janie, Jess braquait sur le monde un regard vert clair tandis qu’un ton émeraude avait brillé dans les yeux de sa sœur. Jess était châtain, Janie blonde. Quant à leurs personnalités, elles se situaient aux antipodes l’une de l’autre. Janie avait été tout feu tout flamme ; elle affrontait sans problème son succès de chanteur country et son statut de star, ce qui aurait sans doute intimidé une femme moins assurée. D’après ce qu’il se rappelait de Jess, elle était d’un tempérament plus tempéré ; c’était une enseignante qui adorait son métier, une femme vraiment exquise.

— Désolée pour ton accident, ajouta-t-elle.

— Un manque de concentration stupide, enchaîna-t-il en hochant la tête.

Il était en effet tombé de l’estrade alors qu’il donnait un concert au Los Angeles Amphitheater et que toutes ses pensées étaient accaparées par Janie. Une vidéo de sa chute avait rapidement fait le tour d’Internet et le monde entier avait pu constater à quel point il était distrait.

— Ma tournée a été reportée, poursuivit-il. Je ne peux pas jouer de la guitare avec un poignet cassé.

— Cela se conçoit aisément.

Elle posa sa valise et considéra la plage, en contrebas : le soleil se mirait dans l’eau bleu acier tandis que l’écume venait mourir sur le sable mouillé. La mer montait.

— Je suppose que maman t’a forcé la main pour que tu acceptes de m’accueillir chez toi.

— Comment aurait-elle pu forcer la main à la marionnette que je suis en ce moment ?

Elle se retourna brusquement pour lui faire face, le regard perçant.

— Tu sais très bien ce que je veux dire, Zane.

Il n’aurait rien pu refuser à Mae Holcomb et, de fait, elle lui avait demandé cette faveur. « C’est terrible, lui avait-elle dit. Elle est blessée et a besoin de se changer les idées. Je te serais vraiment reconnaissante de l’accueillir dans ta maison en bord de mer pendant une semaine, peut-être deux. Je t’en prie, Zane, prends bien soin d’elle ».

Il le lui avait promis : il s’occuperait de Jess et veillerait à ce qu’elle guérisse. Mae comptait sur lui, et c’était le moins qu’il puisse faire pour la mère de Janie.

— Tu peux rester chez moi aussi longtemps que tu le souhaites, Jess. Ce n’est pas un vain mot.

— Merci, répondit-elle d’un ton hésitant.

Et il vit que sa bouche tremblait.

— Tu as entendu parler de ce qui s’est passé, n’est-ce pas ? poursuivit-elle.

— Oui, je suis au courant.

— Je ne pouvais pas rester à Beckon un instant de plus, il fallait que je quitte le Texas au plus vite, et que je m’en aille loin, très loin.

— En venant ici, tu es allée le plus à l’ouest possible, constata-t-il. Nous sommes à huit kilomètres de Malibu, en empruntant l’autoroute de la côte Pacifique.

Les épaules de Jess s’affaissèrent et elle baissa la tête.

— Je me sens tellement idiote, marmonna-t-elle.

A ces mots, il lui prit le menton et l’obligea à croiser son regard, cependant que la maudite béquille qu’il avait placée sous son bras tombait par terre.

— Il ne faut pas, renchérit-il d’un ton pressant.

— Je ne vais pas être d’une compagnie très joyeuse, le prévint-elle dans un souffle.

Et comme elle s’apprêtait à se pencher pour ramasser sa béquille, il la devança en serrant les dents. Il ne serait pas dit qu’elle aussi l’assisterait ! Il se redressa et cala de nouveau la béquille.

— Dans ce cas, nous serons deux, déclara-t-il.

Elle émit un petit rire que la brise emporta au loin. Cela devait sans doute faire des jours qu’elle n’avait pas ri.

Il lui sourit.

— Je resterai une semaine, pas plus, reprit-elle.

— Comme je te l’ai dit, ma maison t’est ouverte aussi longtemps que tu en as envie.

— Merci.

Elle cligna des paupières, puis scruta ses plâtres.

— Tu souffres beaucoup ? s’enquit-elle.

— C’est plutôt moi qui fais souffrir mon entourage. Mariah subit de plein fouet mon humeur de chien.

— Je vais pouvoir la partager avec elle et l’en décharger un peu, plaisanta-t-elle.

Et, l’espace d’une seconde, ses prunelles se mirent à briller.

Il avait oublié la personnalité de Jess, et leur mode relationnel. Elle avait dix ans de moins que lui, et il l’avait toujours appelée sa petite sœur, même s’il ne l’avait guère revue, depuis la mort de Janie. Mû par la colère et la culpabilité, il s’était délibérément retiré de la vie des Holcomb. Ne leur avait-il pas causé assez de tort ?

— Donne-moi ta valise, lui ordonna-t-il.

Et, de son poignet valide, il glissa ses béquilles sous son aisselle et voulut se pencher pour la prendre… Quel effort, nom d’un chien ! Mais une fois encore, Jessica le devança.

— Merci, Zane, c’est vraiment très aimable à toi, mais je peux tout à fait la porter, elle n’est pas lourde. J’ai pris le minimum, tu sais, juste les vêtements qu’on porte à la plage.

Et elle empoigna fermement son bagage. Il ne protesta pas, peu désireux de se ridiculiser, avec ces béquilles qui le rendaient aussi maladroit qu’un marin ivre.

— Eh bien, commença-t-il, il ne te reste plus qu’à t’installer. Pour ma part, je suis cantonné au rez-de-chaussée, donc l’étage entier est à toi. Choisis la chambre qui te plaît le plus. Tu peux te reposer un peu, si tu en as envie.

Il la suivit alors qu’elle franchissait les portes-fenêtres qui menaient dans le salon.

— N’hésite pas à visiter toi-même la maison, suggéra-t-il. A moins que tu ne préfères faire le tour du propriétaire avec Mariah.

— Non, ce n’est pas nécessaire, répondit-elle en observant son entourage.

Elle scruta le plafond en forme de voûte, les murs tapissés, le style art déco et les meubles aux lignes épurées. Il perçut alors sa confusion : nul doute qu’elle se demandait pourquoi un chanteur de country, né et élevé au Texas, avait élu domicile sur une plage californienne. Pour être honnête, lui aussi se posait parfois la question. Lorsqu’il avait loué cet endroit, tout en mettant une option pour un éventuel achat ultérieur, il désirait changer complètement d’existence. En ce moment, il se consacrait ainsi à la construction d’un restaurant, Zane’s on the Beach, son deuxième après de longues années ; par ailleurs, il ne cessait d’être sollicité pour jouer dans des films hollywoodiens. Avait-il la carrure nécessaire pour entamer une carrière d’acteur ? Il l’ignorait, aussi les propositions s’empilaient-elles sur son bureau.

Jess tourna la tête et lui jeta un regard par-dessus l’épaule.

— Tu as une très belle maison, Zane, le complimenta-t-elle.

Comme elle se tenait devant la baie, il s’approcha pour admirer la même vue.

— Je la considère juste comme un endroit où poser mes bagages, répliqua-t-il. Où accrocher mon Stetson.

— C’est un vrai palais donnant sur le front de mer, oui !

Il se mit à rire. Bon, il avait essayé de jouer les humbles, mais ça n’avait pas marché. La demeure avait été conçue par l’architecte qui habitait à deux pas de chez lui.

— Touché ! dit-il. C’est Mariah qui l’a dénichée. Elle l’a louée sur-le-champ. De son propre aveu, c’était pour me dépoussiérer la tête. Il est vrai que le dépaysement est total. C’est mon premier été, ici…

Il s’adossa contre le mur.

— Au moins, l’humidité est supportable, dans cette région, poursuivit-il. On dirait qu’il ne pleut jamais, que les orages n’existent pas. Le voisinage est en outre très agréable.

— Un lieu idéal pour se remettre, en somme.

— Sûrement…

— Quoi ? Ce n’est pas le cas ?

Il haussa les épaules, peu désireux d’ouvrir la boîte de Pandore. Pourquoi avait-il été sur le point de lui révéler ses pensées les plus intimes ? Ils n’étaient plus proches l’un de l’autre ; il ne connaissait pas l’adulte qu’elle était devenue, et pourtant, un lien très profond les unissait.

— Si, évidemment, éluda-t-il. Bon, est-ce que tu as faim ? Je peux demander à ma gouvernante de te préparer…

— Non, merci, le coupa-t-elle. Je n’ai pas faim, je suis juste un peu fatiguée à cause du voyage. Je crois que je vais gagner mes pénates avant de m’effondrer devant toi. A propos, merci d’avoir envoyé une limousine me chercher. Enfin, merci pour tout, Zane.

Et, se hissant sur la pointe des pieds, elle effleura sa joue de ses lèvres, ce qui déclencha un léger trouble chez lui. Sa chevelure fleurait bon l’été et les fraises, et cette odeur rafraîchissante continua d’imprégner ses narines, même quand elle s’écarta de lui.

— Bienvenue, lui dit-il.

Il sentit alors ses béquilles s’enfoncer dans ses aisselles. Comme il détestait ce maudit appareillage ! Il avait hâte d’en être débarrassé !

— Je me permets juste une suggestion, ajouta-t-il. La chambre qui se trouve à droite de l’escalier et au bout du palier jouit de la meilleure vue sur l’océan. Les couchers de soleil y sont magnifiques.

— Merci pour le conseil, lança-t-elle.

Et elle lui adressa un petit sourire, sans doute destiné à le rassurer sur son compte, mais il n’était pas dupe des petits cernes sous ses yeux, ni de la pâleur de sa peau. Oui, elle avait été durement éprouvée, et comme il la comprenait ! Il était passé par là, et il savait combien la peine pouvait parfois vous étouffer. D’ailleurs, pourquoi parlait-il au passé ? Sa douleur était toujours vive… Il considéra Jess. Quel genre de crétin fallait-il être pour abandonner une fille Holcomb juste devant l’autel ?

* * *

Jessica suivit le conseil de Zane et choisit la chambre d’amis, au bout du palier. Non pour les surprenants couchers de soleil qu’il avait évoqués, mais pour qu’ils se trouvent à bonne distance l’un de l’autre. L’intimité était un bien précieux, et elle savait qu’il appréciait la sienne. Elle fut soudain saisie par l’envie violente de se jeter sur son lit et de pleurer toutes les larmes de son corps, mais elle parvint à lutter contre son impulsion : elle en avait tellement assez de s’apitoyer sur son sort ! Après tout, elle n’était pas la seule femme à avoir été plaquée devant l’autel. Elle avait certes été trahie par un homme qu’elle aimait et en qui elle avait toute confiance, mais elle avait sans doute péché par excès d’assurance, de sorte qu’elle n’avait pas vu les signes avant-coureurs de sa trahison. Maintenant, ils sautaient aux yeux.

Elle se mit à défaire ses bagages, rangeant ses hauts dans une grande commode en bois. Puis elle s’occupa de ses robes et s’avança vers le placard. Il lui suffit de le toucher pour que ses portes s’ouvrent automatiquement. L’odeur de cèdre et de linge frais qui en émana la frappa tout de suite, ainsi que le volume du dressing, aussi grand que sa classe de CP, à Beckon. Il était composé de tiroirs en cèdre, de rangements pour les chaussures, de cintres rembourrés de soie. Rien à voir avec l’étroit placard de sa chambre, dans son deux-pièces cuisine.

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