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Les Caraïbes Route des Pirates 1716
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— Inférieurs en canons, inférieurs en voiure, infé-rieurs en hommes… anéantis d’avance ! constata Logan Haggerty. Sacrebeu ! Virez de bord et prenez de a vitesse ! Toutes voies dehors ! Presque aveugé par a fureur, i îxait à travers ses paupières à demi fermées e bateau pirate qui se dirigeait sur eux. — Capitaine, noussommestoutes voies dehors ! Et nom d’un chien, nous essayonsdéjà!de virer de bord répondit son premier mateot, Jamie McDouga. Jamie était un vieux oup de mer, un honnête marin de commerce qui était entré jadis dans a Marine. Puis i était passé un temps à a piraterie, avait obtenu son pardon et était revenu au service du roi. S’i y avait un tour à jouer en mer, Jamie e connaissait. S’i y avait un moyen d’échapper à un pirate, i e connaissait aussi. Mais s’is étaient coués, Jamie saurait, tout comme ui, que ce serait ’œuvre de a cupidité et de ’égoïsme de ’aristocratie. Logan avait informé e duc qui avait affrété e bateau marchand sur eque is se trouvaient que des pirates naviguaient dans a région. I ui avait expiqué son propre
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désavantage, dû au nombre insufîsant de mateots à bord s’is étaient accostés. I avait expiqué aussi que e poids de eur cargaison affecterait grandement eur vitesse et eur capacité de manœuvre. Mais e duc ne s’en était pas soucié. Seu comptait e trésor que Logan devait transporter pour ui. I avait dix canons. Le bateau pirate en avait vingt qu’i pouvait aisément compter, peut-être pus, et sa ongue-vue ui indiquait que ’équipage ennemi se montait au moins à deux douzaines d’hommes. Deux fois pus que e sien. Le navire qui se portait sur eux, arborant un drapeau rouge, était superbe. C’était un soop, în et rapide, fendant es vagues aussi faciement que s’i fendait ’air. I avait un faibe tirant d’eau et pouvait sans peine échapper à de pus grands bateaux, même en eau peu profonde. Un bâtiment bien équipé, à ce qu’i pouvait voir. Outre e grand canon pointé sur eux, i constatait que e pont supérieur était doté d’une rangée de canons pivotants, eux-mêmes munis de nombreux bariets. Ce soop était de toute beauté et avait été modiîé pour es besoins de sa mission criminee. Trois mâts, quand de nombreux soops n’en avaient qu’un, et des voies qui prenaient a pus égère brise. Ses canots étaient ogés derrière es canons pivotants, ne aissant subsister aucune faibesse. I était petit, éancé et robuste. Logan savait qu’i n’aurait pas dû entrer en territoire pirate, mais sa îerté ’avait perdu. Oui, sa îerté pus encore que cee de a nobesse qu’i raiait, cette îerté qui ’avait înaement tenté d’entre-prendre ce voyage magré son refus véhément d’accepter a mission, au départ. Et comment e duc était-i parvenu à e convaincre ? Logan eut un petit rire d’autodérision. Eh bien, à cause de Cassandra. De a douce Cassandra… I pourrait gagner sa main s’i avait assez d’argent. Sa
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ignée était sufîsamment nobe, mais i était bien trop pauvre pour prétendre à a jeune femme. Néanmoins, s’i faisait un succès de cette mission, i pourrait rentrer triomphant et regagner tout ce que sa famie avait perdu. Non, ce qui ui avait étévolé.S’i était capabe de déîer a mer et d’accompir ce voyage, i serait digne d’ee. Ee était e seu trophée qui comptait à ses yeux, s’i réussissait dans cette course intrépide pour apporter ’or du tempe d’Asiopia aux coons de Virginie. Maintenant, i se rendait compte qu’i n’avait été qu’un sot. Qu’avait donc cette femme pour e captiver au point de tenter une entreprise aussi périeuse ? Toute sa vie, i avait dû faire son propre chemin. Seu. Au î des années, i avait connu des ribaudes et des grandes dames. I eur avait montré à toutes de a courtoisie, mais jamais aucun sentiment amoureux, et i n’avait jamais éprouvé un te besoin de se îxer. Non que Cassandra soit une aguicheuse ou une tenta-trice, qu’ee se montre exigeante ou menace de ne pas jouer franc jeu. Ee était trop droite pour cea. Non, ce qui e séduisait chez ee, c’était e rire qui pétiait dans ses yeux de vif-argent, a douce caresse de ses doigts et, surtout, ’honnêteté de toutes ses paroes et ses actions. I se rendait compte qu’i pouvait ’aimer ; ’aimer vraiment. I y avait davantage, bien sûr, même s’i ne pouvait ’admettre qu’en son for intérieur : ee serait a parfaite compagne pour ui. Ee était a îe unique d’une famie respectée et fortunée. Avec son nom joint au sien, i pourrait récamer tout ce qui avait appartenu jadis à sa famie, et rebâtir ainsi a fortune des Haggerty. Cassandra était tout ce qu’i pouvait espérer chez une épouse et une partenaire. I ne pouvait a bâmer s’i avait vouu prendre ce risque pour ee. I n’en bâmait même pas son père, qui ne vouait que a sécurité de sa seue enfant. S’i y avait un bâme à attribuer, ce n’était qu’à ui.
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Une voix intérieure, moqueuse, e traita de menteur et d’imposteur. Le besoin d’argent n’était pas ’unique raison. I était toujours avide de naviguer, parce que depuis toujours i vouait trouver un homme. Un homme qui sionnait es mers au mépris de a oi. I afîrmait qu’i recherchait a justice, pas a vengeance, mais s’i était honnête avec ui-même, i devait admettre que c’était a soif de vengeance qui e guidait. I aurait dû prendre pus de canons. I aurait dû emmener pus de mateots, mais i avait besoin d’hommes de conîance pour a bataie qu’i espérait engager, et de tes hommes étaient difîcies à trouver. Quoi qu’i en soit, i ne pouvait reprocher à personne d’autre qu’à ui-même a situation critique dans aquee i se trouvait en ce moment. C’était une époque dangereuse pour parcourir es mers. Quand ’Angeterre et a Hoande étaient en guerre contre ’Espagne et a France, beaucoup de prétendus pirates se faisaient fort de mener une bataie égitime. Sur un bateau angais, i n’aurait été à a merci que d’un bateau français ou espagno. Mais quand es combattants avaient fait a paix en 1697, es corsaires avaient encombré a mer. Beaucoup n’avaient aucune destination vers aquee rentrer. Beaucoup ne souhaitaient pas rentrer. Faire a guerre en mer était devenu pour eux un mode de vie. Bien d’autres jugeaient qu’un homme pouvait faire fortune s’i était courageux, intrépide et prêt à risquer sa vie. Si bien que jamais auparavant es Caraïbes n’avaient été sionnées par autant de voeurs. Logan s’en prit au sort et aux hommes cupides et misérabes qui ’avaient incité à partir contre son propre jugement. Maudits soient-is ! Non. Maudit soit-i, ui.
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Un homme ne pouvait être conduit dans un te endroit que s’i choisissait son cours. Au temps pour e bon sens qui e guidait d’habitude, a détermination dont i se servait d’ordinaire à bon escient. I avait échoué. Et ses désirs intrépides avaient condamné avec ui es hommes de quaité qui ’accompagnaient. I serait, sur ces vagues des Caraïbes, a cause de eur mort. Is ne pouvaient prendre de vitesse e bateau pirate, et n’aaient sûrement pas e couer. I n’était pas un potron, mais i n’était pas un sot non pus. S’i ne faisait rien, e désir de se ier à une femme et ’appât du gain aaient e tuer et tuer tout son équipage avec ui. — Miord capitaine ? demanda Jamie. Ques sont vos ordres ? — Nous devons compter sur ’honneur de ce pirate, répondit-i, sachant qu’i devait sacriîer sa îerté pour sauver ses hommes. — Quoi ? ît Jamie. Les pirates n’ont pas d’honneur ! — Si, is en ont. Pus que maints supposés grands hommes. Envoyez e drapeau banc. Demandez à pare-menter. Je vais négocier avec eur capitaine. — Négocier ? protesta Jamie. Mais i ne peut y avoir de négociation avec… — Sinon, nous sommes tous des hommes morts. Descendez notre drapeau à mi-mât. Je vais nous sortir de à en traitant. — Traiter avec un capitaine de pirates ? I va putôt vous passer par e fer ! — Pas s’i veut conserver e respect de ses hommes, assura Logan. Pour ’amour du Cie, Jamie, nous perdons du temps ! Faites ce que je dis ! Magré es protestations de son premier mateot et a méîance manifeste de ses hommes, en vingt minutes is furent lanc contre lanc avec e soop et pas un coup de canon n’avait été tiré. Logan se tenait debout avec ses marins, îxant e beau bastingage du navire, pendant
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que es pirates es regardaient avec de grands sourires, parfaitement conscients d’avoir e dessus. Des grappins d’abordage et d’épais cordages es unirent aussi étroitement que des amants pris dans une étreinte passionnée. — Votre capitaine, mes braves ! cria aors Logan. Où est votre capitaine ? J’exige de e voir ! — Vousexigez? reeva un homme à a jambe de bois. — En effet. C’est mon droit d’exiger une négociation, non pasbien quevous soyez des pirates, maisparce quevous êtes des pirates. Si vous rejetez ma demande, vous serez maudits et condamnés, et vous e savez. I avait compté sur a superstition qui avait cours chez es pirates et s’en féicita. Les membres d’équipage marmonnèrent entre eux et échangèrent des coups d’œi incertains. Puis e capitaine s’avança à travers e groupe rassembé sur e pont, un homme jeune et mince, rasé de près, avec de beaux cheveux noirs boucant sous un chapeau à arge bord orné d’une pume. Son pourpoint était en veours rouge et, en dessous, sa chemise était d’un banc de neige. I était grand, et ses traits évoquaient pus une statue grecque qu’un brigand des mers. I portait de hautes bottes noires et, magré ’éégance de sa tenue, i marchait avec une assurance virie. Les pistoets et e couteau passés dans sa arge ceinture paraient d’affaires sérieuses, ainsi que e ong sabre qui pendait à son côté. — Bonté divine, mateots, ne aissez pas ce genti-homme vous désarmer si rapidement ! I cherche à sauver sa peau, raia ’homme en s’avançant. Et non pas parce que c’est son prétendu droit de négocier, mais parce qu’i se croit si inteigent, je suis prêt à prendre e temps de parementer avec ui. — Quees que soient vos raisons, je es apprécie, capitaine… Capitaine ? — Mon drapeau dit tout. Je suis connu sous e nom de Red Robert. Robert e Rouge.
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— Vous êtes angais, dit Logan, ui rappeant qu’i avait attaqué ’un de ses compatriotes. Rares étaient es pieurs des mers qui s’attaquaient à eur propre pays. — Je ne suis pas angais, je vous assure. I avait apparemment déjà eu ’occasion de faire cette décaration. Son nom, Logan ’avait entendu prononcer dans de nombreux endroits. C’était un nom qui faisait trember même es pus courageux, car es histoires que ’on racontait sur ui étaient terribes. I fut surpris de découvrir un homme qui paraissait si jeune et qui parait d’une voix aussi douce mais, d’un autre côté, es pirates ne duraient guère ongtemps, du moins dans a piraterie. Soit is étaient tués, soit is changeaient de nom et se créaient une nouvee vie sur des es éoignées ou dans des vies retirées, grâce aux richesses qu’is avaient voées. Logan reprit a paroe, conscient qu’i devait e faire avec une certaine éoquence s’i vouait atteindre son but, ceui de garder ses hommes en vie, que que soit son propre sort. I s’avança d’un pas. — Moi, mon bon capitaine Robert, je suis Logan Haggerty, ord de Loch Emery. Cea dit, si mon titre était synonyme de terres ou de richesses, vous ne me trouveriez pas en haute mer. Ce que je cherche, c’est e droit de ivrer un combat d’homme à homme. — Hmm… Expiquez-vous… — Si vous me vainquez avec votre épée, vous aurez gagné un bon bateau et de grandes richesses sans verser une goutte de sang autre que e mien ni risquer a perte d’un trésor au fond de a mer, sans risquer non pus a vie ni es membres de vos hommes. — Et sivousme battez, miord ? demanda Red Robert avec un amusement poi. — Aors nous continuerons notre chemin.
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L’homme parut soupeser sérieusement ses paroes. Puis i décara : — Vous paisantez sûrement. — Auriez-vous peur ? demanda Logan, jaugeant sa mince sihouette et sa jeunesse apparente, qui offraient un étrange contraste avec es voeurs endurcis à ses côtés. — Ce n’est pas un métier pour quequ’un qui a peur, rétorqua Red Robert d’un ton détaché. Ne soyez pas trompé par ma jeunesse,lordHaggerty. Je suis pus qu’efîcace avec mes armes. Un homme très muscé qui se trouvait près du capi-taine pirate — pas beaucoup pus vieux, mais bien pus fort et pus arge que ui — ui chuchota queque chose à ’oreie, ce qui e ît rire. — I peut s’agir d’un mauvais tour, Red, ’avertit ’un des autres mateots, un individu avec de ongs cheveux gris, une grande bouce en or à ’oreie et des doigts qui frémissaient sur a poignée du couteau qu’i portait à a taie. — Ce n’est pas un mauvais tour, dit tranquiement Logan. — Ne crains rien, Hagar, reprit Red à ’attention de ’homme qui avait paré. Et aucun accord n’a encore été passé. Puis i se tourna vers Logan. — Voici ce que je propose : si vous me battez, vous ne partirez pas ibre. Après tout, miord, vous saviez certainement que vous naviguiez en eaux dangereuses. Aors que Logan vouait parer, Red Robert eva a main pour ’interrompre. — Vos hommes garderont e bateau. Is pourront même partir avec a moitié du trésor. Mais vous, vous resterez avec nous, prisonnier consentant que nous échangerons contre une rançon. — Je vous ’ai dit. Mon titre signiîe bien peu de choses. — D’où e voyage téméraire que vous avez entrepris aujourd’hui ?
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Logan ne répondit pas, même si son cœur sembait se racornir à a pensée de ne jamais revoir Cassandra. Néanmoins, ses hommes resteraient en vie et pourraient repartir. S’i gagnait. Et, Dieu e préserve, e capitaine pirate était mince, ce qui e rendrait vif. Agie. Un adversaire morte. Mais même s’i était ui-même beaucoup pus arge de carrure, et avait des bras puissants, i était agie aussi. I s’était entrané avec queques-uns des meieurs escrimeurs que ’argent pouvait acheter, étant donné que a fortune de son protecteur ne s’était effondrée que récemment. I devait sauver ses hommes, songea-t-i. I avait eu tous es droits de mettre sa propre vie en jeu, mais i avait eu grand tort de risquer a eur. Et s’i pouvait vaincre ce capitaine… — Je serai votre prisonnier consentant, décara-t-i aors. Toutefois, si je perds, je vous demanderai de aisser es canots à mes hommes pour qu’is puissent accoster queque part sains et saufs. Red Robert haussa es épaues. Le grand homme, à côté de ui, protesta. — Non ! Le capitaine se tourna aors vers ui avec un regard de mécontentement si farouche que ’homme recua et courba a tête. — Brendan ! dit-i d’un ton d’avertissement. I avait vraiment une voix curieuse. Très douce. Etrange, pour quequ’un qui avait besoin de crier des ordres contre e vent. Son timbre était un peu voié, et ressembait presque à un murmure. — Oui, Red, répondit e dénommé Brendan. Mais i resta rigide, désapprouvant visibement, même si son « oui » était un « oui » d’obéissance à son capitaine, — Eh bien, c’est d’accord, répondit aors Red à Logan. — C’est de a foie, protesta doucement Jamie. Une
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ruse, certainement. Is ne nous aisseront pas partir, capi-taine… Is ne renonceront pas à a moitié d’un te trésor. — De a foie, en effet, convint Logan. Cette histoire avait été une foie dès ’instant où i avait accepté de transporter e trésor, de toute façon. Et ce qu’i proposait était-i vraiment fou ? Oui, sans doute, du début à a în ! Mais i tenait à sa chance de sauver au moins ceux qu’i avait entranés dans cette aventure. — Toutefois, je crois que ce pirate tiendra paroe… — Mon pont est e pus grand, miord capitaine, dit Red Robert. Nous nous battrons ici. I y eut des marmonnements sur e pont du soop. Et queques protestations du côté de Logan. Le capitaine eva une main. Les grommeements cessèrent aussitôt. — Nous combattrons jusqu’au premier sang, ança-t-i d’un ton bourru. — Avez-vous peur des prouesses de ord Haggerty ? e provoqua aors Jamie. Logan souhaita qu’i se taise. Is n’étaient guère en position d’irriter eurs adversaires. — Je n’ai pas ’intention de sacriîer une bee rançon ou de bons musces pour es avirons, rétorqua Red avec came. — Eh bien ? demanda ’un de ses compagnons. Y aons-nous, ou pas ? Lord Haggerty sauta agiement sur e bastingage pour passer sur e pont de ’autre bateau. Seu parmi es brigands, i tint pied. I dévisagea e mince pirate, dont i ne pouvait s’empêcher de trouver e visage étrangement în et beau, puis s’incina bien bas. — Quand vous voudrez, capitaine. — Dégagez e pont, ordonna Red Robert. Ce n’était pas un braiement tonitruant, mais un ordre donné avec came et qui fut aussitôt obéi. — I vous faut un second, miord capitaine ! cria Jamie McDouga.
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