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Un secret aux yeux ambrés

De
160 pages
Série Bellagio & Co - Tome 2/3
 
Trina Roberts, attachée de presse chez Bellagio & Co, savait bien que passer la nuit avec son collègue Walker n’était pas l’idée du siècle. Mais la soirée avait été si géniale, il y avait une telle alchimie entre eux deux qu’elle n’a pas pu résister. Trina savait aussi que Walker ne cherchait rien de sérieux – du moins, pas avec elle. Alors, lorsqu’il a accepté un poste à l’autre bout du monde, elle a en quelque sorte oublié de lui parler de l’enfant qu’elle attendait… et qu’elle était de toute façon déterminée à élever seule. Sauf qu’aujourd’hui, un an et demi après, Walker est de retour. Et qu’il vient de découvrir la vérité…
 
Roman réédité
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Si vous voulez suivre la voie de la facilité Prévoyez une paire de bonnes chaussures.
1
Il était déjà fort tard lorsque Trina Roberts s’assit au bar en laissant échapper un soupir. Toujours vêtue de sa petite robe noire la plus sexy, elle attira immédiatement l’attention du serveur. — La journée a été rude ? demanda-t-il. Qu’est-ce que je vous sers ? Rude ? Epuisante aurait été plus juste. Exténuante même. — Un mojito, s’il vous plaît. — Tout de suite. Inspirant profondément, elle parcourut la salle du regard. La foule s’était éclaircie. Ses yeux s’arrêtèrent sur un homme assis à l’autre extrémité du comptoir, penché sur un verre rempli d’un liquide ambré. Son nœud papillon était défait, ainsi que les deux premiers boutons de sa chemise. Elle reconnut aussitôt ce profil, cette mâchoire marquée, ce nez droit, et ces cheveux sombres qui retombaient de manière inhabituelle sur son front. Walker Gordon. Elle avait mal pour lui. Il paraissait si malheureux, si perdu. Anéanti. Et il y avait de quoi. Après tout, il venait de se faire plaquer publiquement, quasiment au pied de l’autel, par Brooke Tarentino, l’arrière-petite-fille du fondateur de Bellagio Shoes. Et, comme si cela n’avait pas suffi, la cérémonie devant être retransmise en direct sur plusieurs chaînes de télévision, la scène s’était déroulée sous les yeux de millions de téléspectateurs. Trina avait été invitée au mariage parce qu’elle tr availlait chez Bellagio, au département relations publiques. En fait, elle avait travaillé avec Walker, un publicitaire à la tête de sa propre agence à qui Bellagio avait co nfié une campagne de pub quelques années auparavant. Elle avait immédiatement apprécié l’heureuse combinaison de sa vive intelligence et de son sens de l’humour. Et le fait qu’il soit terriblement séduisant ne gâchait rien, bien sûr. Le serveur revint avec son cocktail. Elle le régla et se mit à le siroter en essayant de ne pas regarder Walker. Mais son attention se reportai t sur lui malgré elle. Jamais elle ne l’avait vu manquer de confiance en lui. Au contrair e, une solide assurance émanait d’ordinaire de sa personne et, même si elle n’avait pas tout à fait compris la teneur de sa relation avec Brooke, il lui en avait un jour révél é une partie. Brooke était bien trop égocentrique pour avoir envie de fonder une famille et cela lui convenait parfaitement car il ne voulait pas d’enfants. Devenir père, lui avait-il confié, serait pour lui le plus sûr moyen de courir à l’échec. Il avait plaisanté, mi-figue mi-raisin, prétendant être issu d’une longue lignée de mauvais pères, qu’il ne tenait pas à prolonger. Accoudé au bar, les épaules affaissées, il fixait le mur en face de lui d’un regard vide. A présent, la compassion qu’éprouvait Trina à son égard se teintait de colère envers Brooke Tarentino. Comment avait-elle pu lui faire u ne chose pareille ? Surtout de cette façon. Poussant un léger soupir, elle prit son mojito et alla s’asseoir sur le tabouret qui se trouvait à côté de lui. Il tourna la tête vers elle, cligna les yeux, mais ne parut pas la reconnaître. — Je suis vraiment désolée, dit-elle. Cela ne doit pas être facile. Un coin de sa bouche tressaillit, il ferma les yeux, puis les rouvrit pour porter son verre à ses lèvres. — Pas facile, non. — J’ai vu un journaliste essayer de vous rattraper. Est-ce qu’il a… — Je n’ai pas été assez rapide. Il m’a rattrapé, et deux autres après lui. Avant même que j’aie pu quitter l’église. — Désolée. — Est-ce que l’on pourrait parler d’autre chose ?
— Bien sûr. Elle termina son verre à petites gorgées, tout en passant mentalement en revue divers sujets anodins. — Quel est votre jeu télévisé favori ? demanda-t-elle. Jeopardy,répondit-il en avalant une nouvelle longue goulée d’alcool. Et vous ? La roue de la fortune. — Vous aimez les mots. — Et vous, les faits. — C’est vrai. Le silence retomba. Que Trina se sentit bientôt obligée de meubler. — Il y a un autre jeu que j’aimais bien. C’est une vieille émission, je ne l’ai vue qu’en rediffusion d’ailleurs. Ça s’appelait :Quelle est cette chanson ?…je crois. — Ah oui, je m’en souviens. Il m’est arrivé de la regarder quand j’étais malade et que je ne pouvais pas aller à l’école. Il vida son verre et leva deux doigts en direction du garçon. — Quel genre de musique aimez-vous ? demanda-t-il. — Oh ! Un peu tout. Autrefois, j’aimais tout ce que ma mère détestait, ajouta-t-elle en souriant. Il esquissa un sourire. — Ado rebelle, hein ? — Hmm hmm… Je ne voulais pas entendre parler de mon danités, du bal des débutantes, par exemple. Cela rendait ma mère à moitié folle. Et vous ? — Mon père s’est chargé d’étouffer dans l’œuf toutes mes velléités de rébellion. Il a quitté ma mère et est parti s’installer aux îles Caïmans, où il a démarré une affaire et s’est remarié. — Cela n’a pas dû être facile pour l’épouse et l’enfant qu’il laissait derrière lui. Est-ce que vous le voyez de temps à autre ? Lesenfants, précisa Walker. Au pluriel. Je lui ai rendu visite une fois. Il fit une courte pause avant de reprendre : — Certains hommes ne devraient tout simplement pas se reproduire. Je pensais qu’épouser Brooke était une bonne idée parce qu’ell e disait qu’elle ne voulait pas d’enfants, et elle était tellement centrée sur elle-même que… Il s’interrompit pour boire une longue gorgée du whisky que le serveur venait de placer devant lui. Trina ne pouvait s’empêcher de penser à tout ce qui les différenciait, Brooke et lui. Walker avait probablement toujours été studieux, re sponsable, pondéré à l’excès, tandis que Brooke était rebelle, drôle et audacieuse. Mais elle était aussi très belle, et son père était un homme riche. « Quelle soirée », songea-t-elle en buvant une nouv elle gorgée de son mojito. Toutefois, l’alcool aidant, elle commençait à se détendre. — Sans vouloir m’appesantir sur cette triste journé e, vous avez manqué un autre mélodrame, reprit-elle. Une des animatrices du reality-show a interviewé Jenny Prillaman, laissant entendre qu’elle n’était pas diplômée d’un e école de design ainsi qu’elle le prétendait. Walker cessa enfin de fixer le fond de son verre et se tourna vers elle. — Non ! Vous plaisantez ? — Hélas, non. Et cela n’a fait qu’empirer après ça. Jenny a avoué qu’elle n’avait pas ce diplôme. Alfredo Bellagio est devenu violet et il l ’a licenciée sur-le-champ, devant les caméras. Walker jura. — Quel gâchis, marmonna-t-il en secouant la tête. C ’est terrible pour cette jeune femme. — Oui. Je suis vraiment triste pour elle. C’est que lqu’un de très gentil, et elle a un talent incroyable, avec ou sans diplôme. Elle regarda sa montre en se demandant si, en réalité, Walker ne préférerait pas rester seul avec son chagrin. — Je crois que je devrais rentrer, indiqua-t-elle. — J’aimerais pouvoir en dire autant. Mais il n’est pas question que je rentre chez moi ce soir. Je suis sûr qu’une demi-douzaine de journalistes campent devant chez moi depuis déjà des heures. Et, même si je réussissais à leur échapper et à regagner mon appartement, mon téléphone ne cesserait pas de sonner, ou des am is se succéderaient à ma porte pour prendre de mes nouvelles. Elle fit la grimace.
— Oui, j’imagine que vous n’avez pas besoin de ça, dit-elle en le considérant avec attention. Les épaules voûtées, il semblait de nouveau absorbé dans la contemplation de son verre. Lui qui se tenait si droit d’ordinaire, qui respirait la confiance en lui. Elle éprouva un nouvel élan de compassion à son égard. — Mon appartement est juste au coin de l’avenue, si vous avez besoin d’un canapé, proposa-t-elle sans réfléchir. Il leva la tête et la regarda. Il la regarda vraime nt pour la première fois. Ses yeux scrutèrent son visage, puis parcoururent rapidement son corps, puis revinrent à son visage. — Vous êtes sérieuse ? Quelque chose dans son regard brun-vert éveilla sou dain en elle une sorte d’appréhension. Mais elle l’écarta aussitôt, attribuant son malaise à son second mojito. — Oui. — Alors, j’accepte, dit-il. Mais d’abord prenons un dernier verre. — Je n’ai pas encore fini celui-là. — Buvez plus vite, répliqua-t-il, avant de terminer le sien d’un trait et de faire signe au barman. Deux mojitos plus tard, et bien qu’elle fût passablement grise, Trina eut le bon sens de laisser le serveur leur appeler un taxi. Sans doute auraient-ils pu faire le chemin à pied, mais la coordination de ses mouvements ne lui semblait plus être à son top niveau. Pas plus que celle de Walker d’ailleurs. Il l’aida cependant à descendre du taxi lorsque celui-ci s’arrêta devant chez elle. — C’est vraiment gentil à vous, Trina, de m’offrir votre canapé. J’ai toujours pensé que vous étiez une chic fille, déclara-t-il d’une voix un peu pâteuse. — Merci, Walker. Je vous ai toujours trouvé très sympathique aussi, et très intelligent, précisa-t-elle en chancelant sur ses talons hauts. — Quel étage ? demanda-t-il en entrant à sa suite dans l’ascenseur. — Sixième. Elle leva la main pour appuyer sur le bouton et le rata. — Oups, fit-elle. Il se mit à rire. — Laissez-moi faire. Il le manqua aussi. Pour Dieu sait quelle raison, Trina trouva cela très amusant et se mit à rire aussi. Ils refirent une tentative en même temps, et cette fois réussirent à presser le bon bouton. Ayant enregistré leurs précédents essais, l’ascenseur s’a rrêta cependant au quatrième, puis au cinquième, avant de les déposer enfin au sixième étage. Ils quittèrent la cabine, toujours en riant. Non sans mal, elle parvint à trouver ses clés dans son sac à main, et Walker à repérer la bonne clé et, après quelques tâtonnements, à la glisser dans la serrure. Elle trébucha en entrant, mais Walker la rattrapa tout en refermant la porte derrière eux. — Oh là ! On ne tombe pas. Vous n’êtes pas autorisée à tomber. S’accrochant à ses épaules pour retrouver son équil ibre, Trina prit une profonde inspiration, et un effluve de l’after-shave de Walker l’enveloppa tout entière. — Hmm… vous sentez bon, murmura-t-elle. — Ah oui ? Il inclina la tête pour fourrer son nez dans son cou et inspira bruyamment. — Vous aussi, ajouta-t-il avec conviction. — Merci. Elle aimait la sensation de son corps contre le sie n, lamanière dont ses cheveux d’ordinaire parfaitement lisses et disciplinés semblaient soudain s’être dissipés. Il avait des yeux vraiment sexy aussi, et une petite fossette adorable. — Savez-vous que vous avez une fossette juste là ? demanda-t-elle en effleurant du doigt le petit creux en forme de croissant comme imprimé sur sa joue droite. — Oui. Je crois que je la dois à l’une de mes bagar res avec mon frère ou ma sœur, répondit-il avec un accent traînant qui rappelait celui des gens du Sud. — D’où êtes-vous originaire ? — D’un peu partout dans le Sud. J’ai habité dans trop de maisons et de mobile homes pour pouvoir les compter. C’est ce qui arrive quand on a un père qui ne paie pas son loyer. Elle hocha la tête avec sympathie. — Avant de mourir, dit-elle, mon père a dépensé des sommes incroyables dans une affaire qu’il avait portée en justice pour défendre ses principes. — Aïe. Je vois. Défendre ses principes devant la Co ur est quelque chose qui peut revenir très cher en effet.
— Oui, fit-elle, distraite par la pression de sa hanche contre la sienne. Elle observa ses yeux un moment et reprit : — Savez-vous que vos yeux n’ont pas toujours la même couleur ? — Euh… non. Je ne crois pas les avoir beaucoup regardés récemment. — Là, ils sont vert foncé, mais ils ne sont pas toujours verts. Il approcha son visage du sien et scruta son regard. — Les vôtres sont… marron clair, dit-il d’une voix un peu rauque. Comme le cacao en poudre. Non, plutôt comme un chocolat chaud. Trina sentit son cœur faire un drôle de petit bond dans sa poitrine. — Oh ! fit-elle. La bouche de Walker n’était qu’à quelques centimètres de la sienne, et elle se demanda quel goût auraient ses lèvres si elle les embrassait. Ce n’était pas la première fois, à dire vrai, qu’elle se posait cette question, mais elle l’avait toujours prestement chassée de son esprit. Et c’était précisément ce qu’elle devait tâcher de faire de nouveau à cet instant. — Je devrais aller vous chercher une couverture et un oreiller, dit-elle. — Oui, murmura-t-il d’un air songeur, son regard s’attardant sur sa bouche. Pourquoi pensez-vous que Brooke m’a laissé tomber ? La question prit Trina au dépourvu. Son cœur se serra soudain. — Je ne sais pas du tout, répondit-elle doucement. — Vraiment ? En quoi ne lui ai-je pas convenu final ement ? N’étais-je pas assez intelligent ? Pas assez beau ? Pas assez intéressant ? — Non, non, vous êtes tout ça, voyons. — Ah bon ? Vous trouvez ? Trina savait que Walker n’était pas dans son état n ormal. Il était blessé dans ses sentiments, et dans son orgueil, et il avait trop bu. Le lendemain, il s’en voudrait de s’être laissé ainsi aller devant elle. — Absolument, répondit-elle. Elle le pensait, et elle était aussi désolée pour lui. — Vous êtes intelligent, beau au point que c’en est presque injuste si vous voulez mon avis, et très intéressant. Un coin de ses lèvres se releva légèrement et il l’enlaça avec douceur. — Vous êtes vraiment gentille, Trina. — Ce n’est pas de la gentillesse. Je ne fais que dire la vérité. — Non, non, vousêtesgentille. Et très douce aussi, chuchota-t-il, sa bouche dans ses cheveux. Sa voix avait changé et Trina ressentit comme un fr isson d’alarme. Elle s’écarta légèrement, relevant les yeux vers lui. — Je vais aller chercher cette couverture, murmura-t-elle. Il hocha la tête, mais leva sa main pour effleurer ses lèvres. Son geste, la douceur de ses doigts la surprirent et la troublèrent… beaucoup trop. — Pour une jeune femme aussi charmante, j’ai toujou rs trouvé que vous aviez une bouche de vilaine fille, remarqua-t-il. — Pardon ? — Vos lèvres sont pulpeuses, répondit-il tout en continuant de les caresser du bout des doigts. Et très roses. Sauf quand vous portez du rouge à lèvres carmin. Je suis sûr que votre bouche donne des idées à beaucoup d’hommes. Il tenait des propos qu’il n’aurait pas dû tenir, m ais sa voix était basse et sexy, et l’obscurité les enveloppait comme dans un cocon. — Est-ce que cela vous ennuierait si je vous embras sais ? demanda-t-il. Juste une fois ? Elle le regarda un instant sans répondre. « Pourquoi pas ? Juste un petit baiser… »,lui soufflait son cerveau embrumé. Un petit baiser. Dieu sait qu’elle y avait déjà pen sé plus d’une fois… Quel mal pouvait-il y avoir à échanger un simple baiser avec lui ? — Juste un alors, dit-elle. Il ne se le fit pas dire deux fois et se pencha vers elle. Puis il prit son temps, ce qui la surprit. Il promena longuement ses lèvres sur les siennes, comme s’il voulait en connaître tout, chaque millimètre, la forme exacte, la textur e, l’élasticité. Lorsqu’il en accentua la pression, elle entrouvrit la bouche et il insinua s a langue entre ses dents, une seconde à peine, avant de la ressortir pour lécher sa lèvre inférieure avec gourmandise. Une vague de chaleur la submergea. « L’alcool, se d it-elle, ce devait être l’alcool. » Mais plus il l’embrassait, plus elle en voulait. « Encore, encore… », répétait la folle petite
voix dans sa tête. Et, comme s’il avait entendu sa prière muette, il c ontinua de l’embrasser un long moment. Elle se coula contre lui, passa ses mains a utour de sa nuque et joua avec ses cheveux en désordre. C’était si bon de sentir son torse d’homme contre ses seins, presque… oh, oui, trop bon… Reprenant sa respiration un court instant, il marmonna contre ses lèvres : « Vous êtes si douce », et laissa courir ses mains le long de son dos, jusqu’à ses reins, puis la serra plus étroitement contre lui. Son érection était manifeste, et Trina sentit son c œur s’emballer tandis que ses capacités de réflexion semblaient au contraire décroître de seconde en seconde. Il aurait été si facile de laisser ses sens prendre le pouvoir. Walker sentait si bon, sa bouche était comme une drogue, et le léger balancement que ses hanches donnaient aux siennes était terriblement sensuel… Un reste de bon sens parvint pourtant à se frayer u n chemin dans son esprit et elle s’écarta brusquement. Cet homme venait d’être éconduit par sa fiancée, quasiment au pied de l’autel. Il souffrait. Son cœur et sa fierté avaient été durement blessés. — Je crois que nous devrions arrêter, dit-elle. — Vous avez raison. Non. Juste un baiser encore. Ce second baiser dura plus longtemps encore que le premier. Trina avait tellement chaud à présent qu’elle aurait aussi bien pu se tro uver en plein soleil sur une plage des Caraïbes. La main de Walker se promena un moment su r sa taille, puis remonta vers ses côtes jusqu’à son aisselle, effleurant sa poitrine, et se faufila sous sa robe dos-nu, cherchant la pointe de son sein. Elle inspira brusquement. Walker s’immobilisa et laissa échapper un juron. — Mais qu’est-ce que je fais ? marmonna-t-il. Je su is fou. Je ne devrais pas être en train… Il s’interrompit, jura de nouveau. — Mais, bon sang, j’ai tellement envie de vous, grommela-t-il en refermant fermement ses mains sur ses hanches. Trina s’efforça de se ressaisir, mais ce n’était pas facile. Le cœur de Walker battait à grands coups désordonnés contre sa poitrine. Elle aurait presque pu sentir l’amertume qui lui brûlait la gorge, elle ressentait sa douleur, s on dépit et son désir de les oublier un moment, jusqu’à ce qu’il ait trouvé la force de les affronter. Elle le désirait et éprouvait en même temps de la compassion pour lui, et cela la déroutait. Elle posa sa main sur sa joue et lut de nouveau ce mélange de désir et de souffrance dans ses yeux. Il pressa ses lèvres dans sa paume. — Ce que vous voulez, c’est une nuit d’amour passionné pour oublier, n’est-ce pas ? demanda-t-elle. — Oui. Avec vous. Parce qu’elle était la femme qui se trouvait près de lui à ce moment-là. Trina soupira. Walker était tellement sexy, et puis… infliger un nouveau coup à son ego ce soir… Non, dans ces circonstances, il n’y av ait vraiment qu’une chose qu’une femme un tant soit peu sensible aux autres puisse faire.
2
Neuf mois, dix jours, vingt-deux heures et trente-six minutes plus tard…
* * *
— Donnez-moi quelque chose, je vous en suppliiie, c ria Trina, qu’une douleur fulgurante dans le bas des reins venait de traverser de nouveau. — L’anesthésiste arrive, lui assura l’infirmière en lui tapotant le bras. — Vous m’avez déjà dit ça il y a des heures ! prote sta Trina, les muscles de son abdomen se relâchant un peu. Elle essuya son front moite de transpiration du dos de sa main. Elle vivait un enfer. Ni les jolis rideaux de chintz jaune ni la musique New Age n’auraient pu l’abuser. Elle souffrait le martyre, sa mère débitait des platitud es et un sosie de l’autoritaire Nurse Ratched deVol au-dessus d’un nid de coucou,l’infirmière Beamer, était censée l’accompagner durant toute la phase de travail. — Non, vous trouvez le temps un peu long, c’est tout, répondit cette dernière. Je vous ai dit ça il y a vingt minutes, pas plus. L’anesthésiste est avec une autre parturiente pour l’instant. — Vous mentez ! répliqua Trina alors qu’une nouvelle contraction s’annonçait. En quelques secondes à peine, ses muscles durcirent, enserrant son ventre comme un étau, au point qu’elle pouvait à peine respirer. — Je ne vais jamais avoir ce bébé, n’est-ce pas ? gémit-elle. Dites-moi la vérité. — Bien sûr que si, vous allez l’avoir, répondit l’infirmière en posant un linge humide sur son front. Dès que le médecin sera là, je suis sûre qu’il vous dira de commencer à pousser. — Mais où est-il ? Pourquoi n’est-il pas encore là ? — Chérie, l’infirmière te l’a déjà dit, intervint s a mère. Il est en train de mettre au monde un autre bébé. Il sera bientôt là. — C’est ce qu’elle a déjà dit au sujet de l’anesthésiste, rétorqua Trina. — Je ne comprends pas pourquoi vous ne pouvez pas t out simplement l’anesthésier complètement, demanda sa mère en se tournant vers l’infirmière. — Oui, s’il vous plaît, endormez-moi, supplia Trina. Tout de suite ! — On ne fait plus d’anesthésie générale qu’en cas de césarienne, répondit l’infirmière Beamer d’une voix calme mais ferme. — Alors, je veux une césarienne ! exigea Trina. Qu’on en finisse. Où est le médecin ? — Il arrive. — Je ne vous crois pas ! Il est sûrement en train de manger des beignets quelque part par là. Ou même de trousser une collègue dans une r éserve. Les hommes sont des porcs, ajouta-t-elle en se demandant où se trouvait Walker Gordon à cet instant précis. Sûrement en train de déguster un verre de vin dans un bistrot français en compagnie d’une Française longiligne, songea-t-elle. Ou attablé devant un café crème et des croissants chauds. C’était une question de fuseaux horaires. Quelle heure était-il en France ? Et ici ? Elle n’en avait plus aucune idée. — Mademoiselle Roberts, lança un homme d’un ton enjoué en entrant dans la pièce. Je suis le Dr Hanson, nous nous sommes rencontrés lors de l’une de vos visites mensuelles. Voyons où vous en êtes. Trina se rappelait vaguement avoir déjà vu ce médec in. Mais, après un ou deux changements de poste, ils commençaient à se ressemb ler tous. Il avait l’air heureux, remarqua-t-elle alors qu’une nouvelle contraction arrivait. L’espace de quelques secondes, juste avant que la douleur ne la submerge, elle se demanda s’il venait d’avaler un beignet