Un séduisant étranger - Une vie à protéger

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Un séduisant étranger, Marilyn Tracy

Qui cherche à la faire fuir ? Jeannie vit dans la peur depuis que les incidents se multiplient à Rancho Milagro, le domaine qu’elle vient de racheter au Nouveau-Mexique afin d’y faire construire un orphelinat. Certes, les gens du coin n’ont pas vu son arrivée d’un bon œil. Mais jamais elle n’aurait pensé être la cible de menaces si angoissantes ! Aussi, quand Chance Salazar, qu’elle vient d’embaucher pour s’occuper de sa propriété, lui révèle qu’il est en réalité un agent fédéral en mission et lui propose de la protéger, accepte-t-elle sans hésiter. Chance, qu’elle s’était pourtant juré d’éviter le plus possible, tant il provoque en elle un trouble irrépressible depuis son arrivée au ranch…

Une vie à protéger, Debra Webb

— Jonathan… Rappelle-moi, je t’en supplie. J'ai besoin de ton aide. C'est une question de vie ou de mort…En entendant la voix de Melissa au bout du fil, Jonathan sent l’émotion l’étreindre. Jamais il n’aurait pensé que la femme qu’il aime encore – mais qu’il a quittée trois ans plus tôt, incapable de lui faire supporter sa vie de soldat – le recontacterait un jour. Il faut dire que Melissa est bouleversée : sa nièce de trois ans a été enlevée et aucune demande de rançon n’a suivi. Sans hésiter, Jonathan accepte de rentrer de toute urgence — tout en sachant que revoir Melissa et lui cacher ses sentiments va certainement être la pire épreuve de sa vie…
Publié le : jeudi 1 mars 2012
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280234535
Nombre de pages : 448
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Accoudé au comptoir du bureau de poste de Carlsbad, Chance Salazar bavardait avec Doreen Gallegos quand une inconnue entra. Doreen jeta un regard vers la nouvelle venue puis se pencha en avant, comme pour parler à Chance sur le ton de la conîdence, sans pour autant baisser la voix. — Ce soir, ma mère ne sera pas là et les enfants sont avec Geo. Passe me voir, nous pourrons discuter. Son attention tournée vers la femme qui venait d’entrer et attendait son tour, Chance marmonna une réponse évasive. Elle était grande, et son jean impeccable et son chemisier blanc laissaient deviner des courbes généreuses. Elle avait attaché ses cheveux roux en queue-de-cheval, révélant une nuque délicate parsemée de petites taches de rousseur. Tout chez elle, de sa façon de se mouvoir à ses lunettes de soleil de marque, indiquait qu’elle n’était pas de la région. S’agissait-il d’une touriste ? Elle tenait une enveloppe kraft d’une main et, de l’autre, un petit carnet qu’elle ouvrit. — Alors ? C’est d’accord, Chance ? demanda Doreen. Hier, j’ai fait de la sangria. Avec du bon vin, quatre citrons, deux oranges, trois limes, et j’ai laissé mariner le tout un bon moment. Et puis, j’aimerais te parler de… enîn, tu sais.
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L’inconnue coinça son enveloppe sous son bras et écrivit quelques mots dans son carnet, un petit sourire aux lèvres. — En plus, ma mère a fait des crêpes, donc nous aurons aussi de quoi manger et… — Doreen, tu as une cliente, l’interrompit Chance, qui se redressa pour laisser la place à l’inconnue avec un sourire auquel elle ne répondit pas. Gardait-elle volontairement ses distances ou n’avait-elle tout simplement pas fait attention à lui ? Comme il ne voyait pas ses yeux, il n’aurait su le dire. — Chance, tu ne bouges pas de là ! ordonna Doreen en pointant le mur du doigt. Elle attendit qu’il s’appuie docilement contre le mur, bras croisés, pour enîn prêter attention à sa cliente. — Que puis-je pour vous ? lui demanda-t-elle avec impatience. La femme sursauta, comme tirée d’un rêve. Puis elle s’avança et posa son carnet toujours ouvert sur le comptoir, à côté d’elle. — J’aurais besoin de quelques renseignements, dit-elle d’une voix dénuée de l’accent du sud-ouest des Etats-Unis. Comme Doreen ne répondait pas, elle sourit, tendit l’épaisse enveloppe qu’elle avait en main et ajouta : — Et il me faudrait également des timbres pour cet envoi, s’il vous plaït. — Vous voulez que ça parte comment ? s’enquit Doreen en prenant l’enveloppe. — Pardon ? — Quel type d’envoi souhaitez-vous ? expliqua Doreen, en détachant chaque mot, comme si elle s’adressait à une enfant en bas âge. Normal ? Rapide ? Elle observa l’adresse de destination et reprit : — Pour Washington, un envoi rapide coûte douze
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dollars. Mais, comme il est 10 heures passées, pas sûr que votre pli arrive demain. A mon avis, vous devriez vous contenter d’un envoi normal par avion. Ce sera moins cher, et ça n’arrivera pas forcément plus tard. A vous de voir. — Un envoi normal par avion ira très bien, répondit l’étrangère qui, contrairement à Doreen, s’exprimait d’un ton aimable et distingué. Merci beaucoup. — Pas de problème. Autre chose ? Curieux, Chance se pencha légèrement en avant et inclina la tête pour lire ce que la cliente avait noté dans son carnet.
« Des incendies. Accidentels ? Dus à la foudre ? Quels animaux sont capables de détruire des clôtures ? Quelle différence entre un commis de ferme et un cow-boy ? Où est le bétail ? Chance. Surnom de cow-boy ? Hispanique ? Recette de la sangria : quatre citrons, deux oranges, trois limes, un bon vin. Laisser mariner. »
Comme si elle s’était rendu compte qu’il lisait ses notes, ou peut-être parce qu’elle s’apprêtait à partir, la cliente tira le carnet à elle. — J’aimerais également savoir où se trouve le poste de police. — Vous avez des ennuis ? demanda Doreen. L’inconnue sembla se raidir. Chance en déduisit qu’elle ne devait pas avoir l’habitude que l’on se montre aussi curieux. Si elle comptait rester au Nouveau-Mexique, elle allait cependant devoir s’y faire, car se mêler des affaires des autres était pour ainsi dire une coutume locale. Elle ôta ses lunettes de soleil. D’où il était, même s’il ne la voyait que de proîl, Chance s’aperçut qu’elle avait des
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yeux d’un bleu splendide. Mais aussi que son regard était plein de méîance. Il savait que Doreen, malgré ses manières un peu brusques, était non seulement intelligente mais dotée d’un cœur en or. Il ne fut donc pas étonné qu’elle n’insiste pas et réponde d’un ton beaucoup plus doux : — Le poste de police est à trois rues d’ici, à gauche en sortant. Si vous avez un problème grave, vous trouverez le bureau de la police fédérale au coin de la rue en prenant à droite. Vous pouvez demander à parler à Ted Peters et lui dire que Doreen vous envoie. Mais, si vous avez un souci à Milagro, c’est au shérif qu’il faut vous adresser. Elle marqua une pause, mais, comme la femme ne semblait toujours pas décidée à lui expliquer quel était son problème, elle reprit : — La police s’occupe des affaires de la ville, et le shérif de celles du comté, comme partout. Vous le trouverez de l’autre côté de la place, à côté du tribunal. Il s’appelle Nando Gallegos. C’est mon cousin. — Mais comment savez-vous… — Que vous êtes de Rancho Milagro ? la coupa Doreen avec un sourire malicieux de gamine. J’ai simplement lu l’adresse d’expédition, précisa-t-elle en agitant l’enveloppe qu’elle avait en main. La cliente sembla se détendre. — Oui, bien sûr. Merci encore pour votre aide. Donc, le shérif est un cousin à vous ? — Eh oui. Et tout le monde ici l’appelle Nando. Dites-lui que c’est moi qui vous envoie ; je m’appelle Doreen Gallegos. Quel que soit votre problème, il vous aidera. Chance se retint de pouffer. Nando Gallegos était un incompétent notoire. La cliente eut un petit sourire, remercia encore une fois,
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paya ses timbres puis quitta le bureau de poste sans jeter un regard vers l’endroit où se tenait Chance. Il n’en fut pas offensé. Au contraire, il éprouvait un plaisir étrange à savoir qu’elle avait noté son nom dans son carnet. — Bien, tu ne m’as toujours pas donné de réponse claire, Chance, dit- Doreen. — T’a-t-elle semblé en danger ? lui demanda-t-il en se redressant. Doreen soupira. — Les hommes sont vraiment tous les mêmes ! Un nouveau joli minois fait son apparition, et les copines ne comptent plus. Chance lui sourit. — Oh ! Tu crois ça ? Elle lui retourna son sourire et lui posa amicalement la main sur le bras. — Absolument. Et toi, tu es le pire de tous, Chance Salazar ! Pour toi, seuls comptent les chevaux et les femmes. — Mais pas nécessairement dans cet ordre, répliqua-t-il avec un sourire de séducteur. C’était un petit jeu entre eux. Ils étaient amis depuis si longtemps que ça ne prêtait pas à conséquence. — Ce qu’il te faudrait, Chance, reprit Doreen, c’est tomber amoureux. Mais vraiment amoureux. Alors peut-être comprendrais-tu ce qu’éprouve le commun des mortels. — Quoi ? Le malheur et la perte de l’estime de soi ? s’exclama-t-il avec ironie. — Peut-être, admit Doreen, songeuse. Mais aussi le bonheur. Car je te connais, Chance. Tu sais rire, tu as toujours un bon mot en réserve, mais je sais qu’au fond de toi, tu n’es pas tout à fait heureux.
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— Doreen, il va falloir que je te paie pour tes conseils et la séance d’analyse ! Elle renia de dédain. — Il y a pire que mes conseils. Ce n’est pas moi qui monte des chevaux furieux au risque de me briser le cou toutes les semaines pour gagner ma vie. Allez, île et laisse-moi travailler ! Et si tu t’arrêtes au bureau du marshal… — … et si, par hasard, je rencontre Ted Peters… — Peu importe qui tu rencontres, mais rappelle-leur que leur dernier envoi n’a pas été payé. — Je n’y manquerai pas. Et merci pour ton invitation, mais… — Attends, laisse-moi deviner… Tu as déjà prévu de te casser une jambe, c’est ça ? Il sourit et la salua d’un geste. Alors qu’il avait la main sur la poignée de la porte, Doreen ajouta : — Au fait, elle s’appelle Jeannie McMunn. C’est une des nouvelles propriétaires de Rancho Milagro. — Tu as lu tout ça sur l’enveloppe ? — Ne me prends pas pour une débutante, Chance. Je sais qui c’est depuis un mois. Ses associées ne vivent pas au ranch ; c’est elle qui s’occupe de le retaper. Elle a même engagé des réparations à grands frais — sans que personne ne sache d’où vient l’argent, d’ailleurs — aîn de le transformer en orphelinat. Elle a embauché un couple pour s’occuper de la maison et des terres. Juanita et Tomas Montoya, ça te dit quelque chose ? Chance secoua la tête. — Ils sont d’origine mexicaine. A ce qu’on m’a dit, avant, ils travaillaient à Roswell. Il émit un sifement admiratif.
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— Ted Peters a intérêt à faire attention, car tu es aussi bien renseignée que les fédéraux ! — Et ce n’est pas tout ce que je sais, renchérit Doreen. Je connais aussi l’origine de ses ennuis. — Vas-y, raconte-moi. — Eh bien, personne ne lui a dit que le Rancho Milagro était hanté. Je ne plaisante pas, Chance. D’ailleurs, Nando m’en parlait encore l’autre jour. — Nous avons vraiment de la veine d’avoir un shérif qui croit aux fantômes. La prochaine fois qu’il y aura une disparition, il lui sufîra d’organiser une séance de spiritisme pour apprendre ce qui s’est passé. — Rigole tant que tu veux, mais je sais de quoi je parle. Depuis quelques semaines, il y a des phénomènes étranges, au Rancho Milagro : des lumières dans le ciel, des bruits nocturnes. Peut-être est-ce pour ça que le ranch s’appelle ainsi, d’ailleurs. Milagrosigniîe miracle, pas fantôme, je te le rappelle. — Esprits, miracles…, appelle ça comme tu veux, mais, moi, je crois aux légendes. Et cette femme ne devrait pas vivre là-bas sans amis ni mari. — Ne sois pas trop dure avec elle, Doreen. Tu viens de me dire qu’elle est ici depuis peu. — Et, à ton avis, pourquoi parlait-elle d’incendies non expliqués dans son carnet ? Chance haussa les sourcils. — Tu as lu dans son carnet à son insu ? — Quand on travaille à la poste, on apprend vite à lire à l’envers. Et je t’ai vu y jeter un œil toi aussi. Alors ne me fais pas la leçon !
Jeannie tourna à fond la climatisation de sa Jeep Cherokee et se pencha en avant pour sentir l’air frais sur
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son visage. La chaleur était accablante et, de plus, elle avait besoin de se revigorer un peu avant d’aller au bureau de Nando Gallegos, le shérif. Elle repensa à la lettre qu’elle venait de poster. Dans deux jours, Leeza et Corrie, ses deux meilleures amies et copropriétaires du ranch avec elle, l’ouvriraient et liraient son tissu de mensonges. Une seule fois auparavant elle leur avait menti de la sorte. C’était peu après que David, son mari, et Angela, leur îlle, avaient perdu la vie dans ce terrible accident et qu’elle leur avait afîrmé qu’elle surmonterait cette épreuve et reprendrait une existence normale. Dans cette lettre qu’elle leur envoyait, elle leur disait encore une fois que tout allait bien et que les rénovations du ranch étaient terminées. Elle leur apprenait qu’enîn il avait plu, mais sans toutefois préciser que, lorsque l’orage avait éclaté, la foudre avait frappé un arbre et déclenché un incendie dans une prairie, ni qu’une coulée de boue avait anéanti les travaux d’aménagement du tout nouveau chemin carrossable réalisé à grands frais. Elle leur annonçait également que l’Etat avait înalement donné son agrément pour la transformation du ranch en orphelinat, sans ajouter que cet agrément pouvait à tout moment être suspendu jusqu’à une nouvelle inspection des services sanitaires. Par-dessus le marché, elle leur écrivait que les deux premiers enfants recueillis étaient adorables. Ça, c’était sans doute le plus gros mensonge. Car le premier, depuis son arrivée, quelques semaines plus tôt, refusait obstiné-ment de parler à qui que ce soit, bien que les médecins aient afîrmé que rien ne l’empêchait de le faire. Le second était une îlle de quinze ans, qui était passée d’une famille d’accueil à une autre, et qui, apparemment,
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vouait une haine viscérale au monde entier. Les rapports avec elle étaient extrêmement tendus. Comme d’habitude, Leeza et Corrie sauraient lire entre les lignes et déceler ses mensonges. Elle poussa un gémissement et appuya la tête contre le volant. Ses amies la connaissaient trop bien ; elles ne tarderaient pas à la bombarder de coups de téléphone et d’e-mails. Et, si elle ne répondait pas, l’une d’elles sauterait dans le premier avion et viendrait voir ce qui se passait. Cela faisait à peine quelques minutes qu’elle avait déposé cette lettre à la poste. Il était encore temps de la récupérer. Elle pouvait rattraper le coup et éviter d’être rongée par la culpabilité de tromper ses amies. Elle se redressa, coupa la climatisation et descendit du véhicule. Immédiatement, elle eut l’impression que la température de cette journée d’août avait encore grimpé de quelques degrés. Elle se hâta en direction de la poste, les yeux baissés, et entra en collision avec un homme. — Eh ! Attention ! s’exclama celui-ci d’une voix grave tandis que des mains puissantes la saisissaient par les épaules pour lui éviter de perdre l’équilibre. Ebahie, elle cligna des yeux et regarda l’homme. — Ça va, madame ? Après quelques secondes, elle l’identiîa. Chance, le cow-boy qui était au bureau de poste un peu plus tôt, et avec qui la postière bavardait. Il était beaucoup plus grand qu’elle et la dominait d’une bonne tête. Agé d’environ une quarantaine d’années, il avait des traits bien dessinés, des yeux dont la couleur oscillait entre le vert et le marron, surmontés d’épais sourcils noirs, un teint bronzé, et une expression avenante
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et chaleureuse. Il émanait de lui un mélange de cultures anglo-saxonne et hispanique. — Madame ? répéta-t-il. — Oh ! Oui, répondit-elle enîn. Ça va, merci. Il l’observait attentivement, comme pour graver son visage dans sa mémoire, mais son regard était bienveillant. Lentement, il la lâcha et laissa retomber ses bras le long du corps. Etrangement, Jeannie en éprouva du regret. Car, même si c’était absurde, elle avait eu la sensation fugitive que pour la première fois depuis la mort de David, son mari, deux ans plus tôt, quelqu’un avait eu un geste qui l’avait immédiatement rassurée. Elle avait aussi éprouvé une émotion plus forte dont elle n’aurait su déînir la nature. L’homme face à elle lui sourit plus largement et lui tendit la main, une main ferme mais aux longs doigts délicats. — Chance Salazar, se présenta-t-il. Elle se retint au dernier moment de dire qu’elle savait déjà son nom, et lui serra la main. A ce contact, une curieuse sensation de bien-être l’envahit. — Chance, c’est un surnom dont j’ai hérité, reprit-il. C’était le pseudonyme de mon grand-père quand il faisait des rodéos. Maintenant, c’est le mien. Pourquoi lui donnait-il ces précisions ? Etait-ce parce qu’il avait lu ce qu’elle avait noté dans son carnet ? Elle se sentit rougir. Il ne semblait cependant nullement chercher à la mettre mal à l’aise. — Et vous êtes ? lui demanda-t-il. — Jeannie McMunn, parvint-elle à répondre. Titulaire d’un doctorat d’anthropologie, elle avait enseigné douze ans à l’université de Washington et n’au-rait donc pas dû se sentir embarrassée dans une situation
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