Un troublant visiteur

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Série Trois frères, trois destins, tome 1

Qui est l’inconnu qui est entré par effraction chez elle ? Paige sent une sourde panique l’envahir : elle est seule, dans ce chalet perdu en pleine montagne où elle est venue se réfugier après avoir été quittée par son fiancé, et aucun réseau téléphonique ne passe. Mais alors qu’elle s’apprête à s’enfuir, l’inconnu la retient. Il a besoin de son aide, lui chuchote-t-il à l’oreille, car il est blessé et… amnésique. Et la seule chose dont il soit sûr, c’est qu’il est poursuivi par un homme qui veut sa peau…
Publié le : mardi 1 octobre 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280305990
Nombre de pages : 189
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1

La sensation était étrange.

Il avait dû s’endormir dans une mauvaise position.

Il ouvrit lentement les yeux, et fit un effort de concentration.

Il y avait des pierres partout, des gravillons, des roches de la taille d’un poing, des pierres rondes et lisses, et des cailloux aux bords acérés.

Un déluge de pierres, dans des tons de rouille, d’ivoire et de gris.

Et le grondement sourd d’une cascade toute proche…

La nausée le submergea tandis qu’il relevait la tête, mais il fit un effort pour se mettre en position assise.

Sa vision était brouillée. De ses doigts gourds et entaillés par les pierres, il palpa son visage, et sentit la peau tuméfiée et humide sous son œil gauche.

Ecartant sa main, il constata qu’elle était tachée de sang.

Il portait un costume, mais il était assis sur la berge d’une rivière. Le courant était vif et l’eau venait recouvrir jusqu’aux chevilles ses pieds chaussés de mocassins.

Bizarrement, il ne sentait rien.

Il finit par éloigner ses jambes de l’eau, avec la même sensation d’hébétude qu’il éprouvait face à son environnement.

Des montagnes et des arbres, et un rivage rocailleux, sous un soleil déclinant. De l’eau qui déferlait comme au sortir d’une cascade, et des roches.

Où se trouvait-il ?

Comment était-il arrivé là ?

Il tourna la tête en amont de la rivière et distingua la cascade. Puis il observa son costume gris et, là où sa peau apparaissait, les entailles et les contusions.

Etait-il tombé du haut de la cascade ?

Qui était-il ?

Il devait bien avoir un nom…

Il fit un effort de réflexion. Il avait probablement un portefeuille, avec des papiers d’identité.

Il fouilla ses poches détrempées mais ne trouva rien d’autre que quelques pièces de monnaie. Sous sa veste, une lanière solidement fixée retenait un holster, dans lequel se trouvait toujours un pistolet semi-automatique.

Que faisait-il avec une arme ?

D’un geste dicté par l’instinct, il éjecta le chargeur et constata qu’il était complet.

Complet et prêt à servir, mais dans quel but ?

Il réenclencha le chargeur et observa la rive. Un oiseau était perché sur le haut d’un rocher. L’homme se déplaça de dix pas sur la droite et visa un nœud dans un morceau de bois flotté. Le bois se désintégra et l’oiseau effrayé s’envola vers les arbres.

Le pistolet fonctionnait.

Mais, tandis que l’écho de son tir se répercutait le long de la berge, il prit conscience avec effroi qu’il venait de signaler sa position. Des dizaines de paires d’yeux semblaient tout à coup l’observer depuis le couvert des arbres.

Saisi de vertige, il essaya de faire quelques pas et trébucha. Le ciel commençait à s’obscurcir, et il calcula qu’il lui restait à peine deux heures de lumière.

Son intuition lui soufflait qu’il venait du sommet de la falaise, mais il n’aurait jamais le temps de remonter là-haut avant la nuit. Il ne servait à rien de suivre la rivière, et il savait qu’il ne réussirait pas à la traverser.

Claquant des dents, il se tourna vers la forêt et se mit péniblement en marche.

Tandis qu’il s’enfonçait dans la pinède odorante où le vert sombre des pins créait un tunnel de fraîcheur, il trébucha sur une racine et atterrit lourdement sur le sol tapissé de fougères, de mousse et d’aiguilles de pin.

Son intention était de se relever, de continuer à avancer. Pourtant, il ferma les yeux et se laissa sombrer avec soulagement dans l’oubli.

*  *  *

Paige Graham avait quitté le chalet des Pollock peu après le dîner, et roulait sous une pluie battante, toute son attention concentrée sur la route en dépit de l’effet quasi hypnotique qu’exerçait sur elle le va-et-vient de l’essuie-glace.

Les Pollock étaient charmants et elle avait apprécié leur compagnie, en dépit du fait qu’ils étaient de la génération de ses parents.

Au cours du dîner, elle avait appris beaucoup sur eux. Lui était retraité de la police de Chicago et elle de l’enseignement secondaire. Ils avaient élevé quatre enfants et avaient sept petits-enfants. Ils vivaient à l’année dans cette région montagneuse du Wyoming, tels des pionniers des temps modernes.

En bref, ils avaient réussi ce dont Paige avait toujours rêvé : un vrai mariage, un engagement pour toute une vie.

Ce n’était pas vraiment le genre de choses dont elle avait envie d’être témoin en ce moment. Elle avait donc levé le camp aussi vite que l’autorisait la politesse.

Elle ralentissait au passage d’une ornière quand un éclair déchira le ciel. Quelques secondes plus tard, le tonnerre retentissait.

Il était un peu tôt dans l’année pour séjourner à la montagne, surtout pour une citadine comme elle, mais il n’était pas prévu au départ qu’elle s’y retrouve toute seule.

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