Un troublant visiteur - Collaboration forcée

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Un troublant visiteur, Alice Sharpe
Série Trois frères, trois destins, tome 1
Qui est l’inconnu qui est entré par effraction chez elle ? Paige sent une sourde panique l’envahir : elle est seule, dans ce chalet perdu en pleine montagne où elle est venue se réfugier après avoir été quittée par son fiancé, et aucun réseau téléphonique ne passe. Mais alors qu’elle s’apprête à s’enfuir, l’inconnu la retient. Il a besoin de son aide, lui chuchote-t-il à l’oreille, car il est blessé et… amnésique. Et la seule chose dont il soit sûr, c’est qu’il est poursuivi par un homme qui veut sa peau…

Collaboration forcée, Julie Miller
Evidemment, comme tous les autres avant lui, Thomas Banning la prend pour une folle ! Kelsey est terriblement déçue : en apprenant qu’elle allait collaborer avec cet inspecteur de la police de Kansas City, elle avait nourri l’espoir qu’il n’aurait pas d’a priori sur elle et sur son don de double vue… Mais peine perdue ! Thomas se montre désagréable envers elle, et extrêmement sceptique quant aux visions qu’elle a d’un dangereux tueur en série… Pourtant, Kelsey le sait, ils doivent arrêter ce psychopathe, et vite. Car c’est la vie de plusieurs femmes qui est en jeu et, pour les sauver, elle est prête à tout. Même à séduire l’arrogant Thomas pour le convaincre de la croire…

Publié le : mardi 1 octobre 2013
Lecture(s) : 13
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280294201
Nombre de pages : 448
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La sensation était étrange. Il avait dû s’endormir dans une mauvaise position. Il ouvrit lentement les yeux, et ît un effort de concen-tration. Il y avait des pierres partout, des gravillons, des roches de la taille d’un poing, des pierres rondes et lisses, et des cailloux aux bords acérés. Un déluge de pierres, dans des tons de rouille, d’ivoire et de gris. Et le grondement sourd d’une cascade toute proche… La nausée le submergea tandis qu’il relevait la tête, mais il ît un effort pour se mettre en position assise. Sa vision était brouillée. De ses doigts gourds et entaillés par les pierres, il palpa son visage, et sentit la peau tuméîée et humide sous son œil gauche. Ecartant sa main, il constata qu’elle était tachée de sang. Il portait un costume, mais il était assis sur la berge d’une rivière. Le courant était vif et l’eau venait recouvrir jusqu’aux chevilles ses pieds chaussés de mocassins. Bizarrement, il ne sentait rien. Il finit par éloigner ses jambes de l’eau, avec la même sensation d’hébétude qu’il éprouvait face à son environnement. Des montagnes et des arbres, et un rivage rocailleux,
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sous un soleil déclinant. De l’eau qui déferlait comme au sortir d’une cascade, et des roches. Où se trouvait-il ? Comment était-il arrivé là ? Il tourna la tête en amont de la rivière et distingua la cascade. Puis il observa son costume gris et, là où sa peau apparaissait, les entailles et les contusions. Etait-il tombé du haut de la cascade ? Qui était-il ? Il devait bien avoir un nom… Il ît un effort de réexion. Il avait probablement un portefeuille, avec des papiers d’identité. Il fouilla ses poches détrempées mais ne trouva rien d’autre que quelques pièces de monnaie. Sous sa veste, une lanière solidement îxée retenait un holster, dans lequel se trouvait toujours un pistolet semi-automatique. Que faisait-il avec une arme ? D’un geste dicté par l’instinct, il éjecta le chargeur et constata qu’il était complet. Complet et prêt à servir, mais dans quel but ? Il réenclencha le chargeur et observa la rive. Un oiseau était perché sur le haut d’un rocher. L’homme se déplaça de dix pas sur la droite et visa un nœud dans un morceau de bois otté. Le bois se désintégra et l’oiseau effrayé s’envola vers les arbres. Le pistolet fonctionnait. Mais, tandis que l’écho de son tir se répercutait le long de la berge, il prit conscience avec effroi qu’il venait de signaler sa position. Des dizaines de paires d’yeux semblaient tout à coup l’observer depuis le couvert des arbres. Saisi de vertige, il essaya de faire quelques pas et trébucha. Le ciel commençait à s’obscurcir, et il calcula qu’il lui restait à peine deux heures de lumière.
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Son intuition lui soufait qu’il venait du sommet de la falaise, mais il n’aurait jamais le temps de remonter là-haut avant la nuit. Il ne servait à rien de suivre la rivière, et il savait qu’il ne réussirait pas à la traverser. Claquant des dents, il se tourna vers la forêt et se mit péniblement en marche. Tandis qu’il s’enfonçait dans la pinède odorante où le vert sombre des pins créait un tunnel de fraïcheur, il trébucha sur une racine et atterrit lourdement sur le sol tapissé de fougères, de mousse et d’aiguilles de pin. Son intention était de se relever, de continuer à avancer. Pourtant, il ferma les yeux et se laissa sombrer avec soulagement dans l’oubli.
Paige Graham avait quitté le chalet des Pollock peu après le dïner, et roulait sous une pluie battante, toute son attention concentrée sur la route en dépit de l’effet quasi hypnotique qu’exerçait sur elle le va-et-vient de l’essuie-glace. Les Pollock étaient charmants et elle avait apprécié leur compagnie, en dépit du fait qu’ils étaient de la génération de ses parents. Au cours du dïner, elle avait appris beaucoup sur eux. Lui était retraité de la police de Chicago et elle de l’en-seignement secondaire. Ils avaient élevé quatre enfants et avaient sept petits-enfants. Ils vivaient à l’année dans cette région montagneuse du Wyoming, tels des pionniers des temps modernes. En bref, ils avaient réussi ce dont Paige avait toujours rêvé : un vrai mariage, un engagement pour toute une vie. Ce n’était pas vraiment le genre de choses dont elle avait envie d’être témoin en ce moment. Elle avait donc levé le camp aussi vite que l’autorisait la politesse.
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Elle ralentissait au passage d’une ornière quand un éclair déchira le ciel. Quelques secondes plus tard, le tonnerre retentissait. Il était un peu tôt dans l’année pour séjourner à la montagne, surtout pour une citadine comme elle, mais il n’était pas prévu au départ qu’elle s’y retrouve toute seule. Il lui restait encore six jours à passer, cependant elle n’était pas certaine de pouvoir tenir six minutes de plus. Comme lune de miel, on avait déjà vu mieux. Etant la seule à louer en milieu de semaine, elle ne fut pas surprise de trouver les autres chalets plongés dans l’obscurité. Mais il n’y avait pas non plus de lumière chez elle, alors qu’elle avait veillé à laisser la lampe du porche allumée. Le vent soufait en rafales de plus en plus violentes, et la pluie se déchaïnait tandis qu’elle se dirigeait vers la maison. Elle tâtonna à la recherche de l’interrupteur extérieur et l’actionna de haut en bas sans résultat. Le compteur avait dû disjoncter. Le propriétaire l’avait prévenue que cela pouvait se produire. Il y avait une torche quelque part à l’intérieur. Elle ne savait pas exactement où. Parfait ! Elle ne pourrait même pas se distraire en regardant l’unique chaïne que captait avec plus ou moins de netteté l’antique poste de télévision. Elle ne pouvait appeler personne car son portable ne passait pas à cause de l’épaisse muraille des arbres et de la montagne, pas plus qu’elle ne pouvait se connecter à internet. Et d’ailleurs, avec qui au juste communiquerait-elle si elle le pouvait ? Sa mère ? Non, merci. Sa sœur ? Même chose. Ses amis ? Ils devaient faire des gorges chaudes de la situation, à moitié choqués par son comportement,
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à moitié avides de détails. Qui n’aimait pas un bon petit scandale — à part les personnes impliquées, évidemment ? Elle ouvrit la porte et entra. Au moins, il y avait un semblant de chaleur grâce au poêle, mais la lumière des ammes était insufîsante pour lire. Dans ces conditions, le mieux était de se mettre au lit tout de suite. Il serait toujours temps demain de décider si elle écourtait son séjour ou si elle restait quelques jours de plus. Elle se déshabilla dans le noir. Tant pis pour la torche. Comme elle était venue au chalet directement depuis l’église, les seules tenues de nuit présentes dans ses bagages étaient les déshabillés de soie et de dentelle prévus pour ensorceler son mari. Inutile de dire qu’elle ne les avait pas dépliés, passant les deux nuits précédentes en pantalon de jogging et T-shirt à manches longues. Ceux-ci se trouvaient où elle les avait laissés ce matin, accrochés au porte-serviettes dans la salle de bains, où elle les trouva à tâtons. Le sol était gelé sous ses pieds, et elle envisagea de chercher une seconde paire de chaussettes dans sa valise, avant d’abandonner cette idée à cause de l’obscurité. Elle se glissa sous les couvertures, se roula en boule pour avoir plus chaud… et sut immédiatement qu’elle n’était pas seule. Brian. Il avait changé d’avis et était venu la retrouver. Sa présence était-elle la bienvenue ? Non ! Pour qui se prenait-il ? Bizarrement, elle n’avait pas vu sa voiture. Et il n’y avait pas que cela d’étrange. D’où venait cette odeur de tourbe et de résine ? Elle tendit la main et rencontra un bout de tissu mouillé. — Brian ? murmura-t-elle. Des doigts se refermèrent autour de son poignet.
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Elle hurla, se libéra d’un mouvement brusque, et voulut bondir hors du lit. Mais ses jambes se prirent entre les draps et elle tomba la tête la première. Des mains la saisirent et la relevèrent. L’homme — ça ne pouvait être qu’un homme, la silhouette était trop grande pour être celle d’une femme — la secoua. — Taisez-vous. Il pouvait toujours rêver ! Elle hurla à pleins poumons, tout en essayant de lui donner des coups de pied. — Arrêtez, dit-il, en la secouant de nouveau. Elle ne parvenait pas à s’en délivrer. Qui était cette brute tapie dans son lit ? Pourquoi avait-elle eu l’idée saugrenue de séjourner dans un endroit aussi isolé ? Elle pouvait crier à s’en casser la voix, personne ne l’entendrait. Elle déglutit avec peine et tenta de rassembler ses pensées. Il fallait qu’elle fasse quelque chose, ou elle ferait demain la une des journaux :Une femme retrouvée morte dans un chalet de montagne. — Qui êtes-vous ? parvint-elle à articuler. Que voulez-vous ? Il resta un long moment silencieux, avant de demander : — Allumez une lampe. — Je ne peux pas. L’électricité est coupée. Lâchez-moi, maintenant. Mon mari va arriver d’une minute à l’autre, et c’est un ancien militaire. — Vous ne portez pas d’alliance, dit-il après avoir touché sa main. Et rien dans le chalet ne suggère la présence d’un homme. Inutile de mentir. Je n’ai pas l’intention de vous faire du mal. — Qui êtes-vous ? — Je n’en sais rien. — Comment cela, vous n’en savez rien ? — Je ne sais pas qui je suis.
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Rien de ce qu’il disait n’avait de sens, mais Paige ît mine de négocier. — Lâchez-moi, et je promets de vous écouter jusqu’au bout. — Si vous vous enfuyez dans la nuit, vous allez mourir de froid. — Et, si vous gardez vos vêtements mouillés, vous allez mourir de froid aussi. Il abaissa lentement ses mains. Elle s’écarta aussitôt, mais cette fois il ne chercha pas à la rattraper. Sa silhouette paraissait imposante dans la petite pièce, mais il se tenait un peu voûté, et sa respiration était saccadée. — Vous êtes blessé ? demanda-t-elle. — Je crois. — Comment est-ce arrivé ? — Je ne sais pas. Je crois que je suis tombé du haut d’une cascade. — Je vais vous examiner. — Vous êtes médecin ? — Non, mais je suis la seule personne ici, ce qui fait que vous n’avez pas trop le choix. Pour commencer, il faut que je trouve une lampe de poche. Il y en a une dans la cuisine. — D’accord, dit-il, et elle entendit le grincement du matelas tandis qu’il s’asseyait. Elle ne s’autorisa à respirer vraiment qu’une fois la chambre quittée, prenant appui le long des murs pour se guider. Le salon n’était pas totalement plongé dans l’obscurité grâce à la lueur diffusée par le poêle, mais elle trébucha quand même contre un fauteuil et étouffa un juron entre ses dents. C’était l’occasion ou jamais de s’enfuir. Seulement, la
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clé de sa voiture était dans la poche de son jean, lequel se trouvait dans la salle de bains. Ou alors elle pouvait courir se réfugier chez les Pollock. Leur maison se trouvait à moins d’un kilomètre. Elle se dirigea quand même vers la cuisine. Elle avait besoin de cette torche, et peut-être d’un bon couteau de boucher. Il lui fallut quelques minutes pour ouvrir les tiroirs et fouiller leur contenu dans le noir, mais ses doigts se refermèrent înalement sur un objet cylindrique en acier froid. Après avoir tâtonné un moment, elle actionna l’inter-rupteur de la torche. — Que la lumière soit, marmonna l’homme à quelques pas de là. Elle tourna le faisceau vers lui et se rendit compte qu’elle l’avait aveuglé quand il leva le bras devant ses yeux. — Désolée, dit-elle en abaissant la lampe. Elle tenait un couteau dans sa main droite, le long de son corps. S’il faisait un pas vers elle… Il écarta une chaise de la table et s’y laissa tomber, comme s’il était incapable de tenir une seconde de plus sur ses jambes. Maintenant qu’elle avait pu voir son visage, elle avait un peu moins peur, et pourtant il n’y avait rien de rassurant dans son apparence. Elle aurait dû prendre ses jambes à son cou. Au lieu de quoi, les doigts toujours crispés autour du manche du couteau, elle s’assit en face de lui, dans le halo vacillant et jaunâtre de la torche, dont les piles commençaient à montrer des signes de faiblesse. — Vous seriez tombé d’une cascade ? demanda-t-elle. Il efeura sa lèvre tuméîée et vacilla.
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— Je n’en suis pas certain. — Vous devez bien savoir quelque chose, insista-t-elle. Il planta ses yeux noirs dans les siens. — Malheureusement, non.
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