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1.

Catherine, interdite, fixait le dossier d’admission qu’elle tenait à la main. La première ligne de la première page. Là où figurait le nom du patient : Dante Baldassare.

Son cœur avait fait un curieux bond dans sa poitrine quand elle l’avait lu.

Pourquoi ici ? Ce n’étaient pourtant pas les hôpitaux qui manquaient. Savait-il qu’elle travaillait dans celui-ci ? Venait-il pour la tourmenter, pour lui rappeler ce dont elle ne voulait surtout pas se souvenir ?

Elle avait appris par les médias qu’il avait été blessé plusieurs semaines auparavant, mais le journal avait précisé qu’il avait été admis dans un centre de rééducation londonien. Alors pour quelle raison se retrouvait-il ici, en Suisse ? Dans cette clinique de Berne dont elle assurait la direction médicale ?

Ses yeux se fixèrent de nouveau sur la feuille.

Dante Baldassare… Après toutes ces années, elle reconnaissait sa signature. L’autre paraphe illisible au bas du formulaire était celui du Dr Max Aeberhard. Même s’il ne dirigeait plus la partie médicale de l’établissement, il en était encore propriétaire et, à ce titre, avait toujours autorité pour ratifier les admissions.

Et d’après ce qu’elle pouvait constater, l’affaire avait été vite réglée. Max avait été de service, elle non. C’était sa décision et elle n’avait aucunement le droit de la contester. De plus, pourquoi aurait-il refusé de recevoir ce patient ? Il ne pouvait pas savoir ce qu’elle avait vécu avec lui. Et quand bien même…

Elle n’avait donc d’autre choix que d’accepter l’inévitable. En soupirant, elle s’assit pesamment dans son fauteuil et essaya de conjurer les images qui, déjà, se frayaient un chemin dans son esprit, là où elles n’avaient plus droit de cité.

Elle avait pu à plusieurs reprises voir sa photo dans les revues sportives ou les journaux au cours des cinq dernières années, aussi savait-elle à quoi il ressemblait aujourd’hui : il était encore plus beau qu’il l’avait été, pour autant que ce fût possible. Le temps avait mûri, ciselé, durci son visage hâlé et typé d’Italien.

C’était une chose qu’elle ne lui avait jamais niée : son physique irrésistible assorti d’un charme quasi hypnotique.

Elle se souvenait encore précisément de leur première rencontre, à l’hôpital, quand il était venu la voir au sujet d’un de ses patients… Il avait fallu trois bonnes minutes à son cœur pour reprendre son rythme normal avant qu’elle puisse répondre correctement à ses questions. Le soir même, elle était dans son lit, et elle y avait ensuite passé toutes les nuits pendant les six mois qui avaient suivi.

Mais ce n’était pas le moment de laisser la porte ouverte à ces souvenirs. Son seul souci, à cette seconde, était de trouver le moyen d’éviter le plus longtemps possible ce patient qui s’installait à cet instant même dans la suite Genève. Motif : rééducation après une deuxième opération de la cheville.

Une deuxième opération ? Pourquoi ? Il y avait eu un problème avec la première ? Elle n’avait rien lu à ce sujet dans les journaux, rien entendu dans les communiqués sportifs qu’elle s’efforçait de ne pas écouter. Alors quoi ?

Elle survola rapidement les notes médicales transmises par la clinique où il avait séjourné, mais n’y trouva aucune précision quant à ce qui avait pu se passer. Refermant le dossier, elle le posa sur son bureau.

Elle ne tarderait pas à avoir une réponse, de toute façon. Car, qu’elle le veuille ou non, ses fonctions la contraignaient à aller accueillir son ex-fiancé.

Elle posa machinalement la main sur son poignet, certaine que son pouls devait battre des records, et se répéta que tout cela appartenait à une autre vie, que c’était un chapitre clos de son existence…

En pure perte. Pourquoi ? Pourquoi sa réaction était-elle aussi forte ? Depuis leur séparation, elle s’était mariée, et lui… lui, d’après ce qu’elle avait lu, n’avait pas été en mal de conquêtes.

Prenant une forte inspiration, elle décrocha le téléphone pour appeler sa secrétaire.

— Dante Baldassare est-il dans sa chambre ?

— Oui, docteur, répondit Marianne. D’après la responsable d’étage, il est installé et il rouspète ; apparemment, il n’est pas heureux d’être ici.

Il rouspète ? Ça, c’était nouveau. Elle ne l’avait jamais entendu rouspéter…

— Beepez le Dr Rilke pour lui dire d’aller le saluer, s’il vous plaît, dit-elle, improvisant instinctivement. C’est lui qui sera affecté à M. Baldassare, il peut donc avoir l’honneur de l’accueillir à la clinique Aeberhard.

Et elle aurait ainsi plus de temps pour se préparer à le voir.

— Vous n’y allez pas ? s’étonna Marianne.

La direction de la clinique était très à cheval sur le règlement. Mais pour Catherine, c’était un cas de force majeure. Elle se sentait incapable de rencontrer Dante maintenant. Elle devait auparavant s’habituer à cette idée.

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