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Une famille si ordinaire

De
512 pages

Kyle Leager, marié et père de deux enfants, voit sa vie basculer quand sa femme, Clara, décède des suites d'un cancer. Acculé par les dettes, il finit par accepter l'offre de son meilleur ami, Josiah : louer une maison et s'en partager les étages. Chacun sa vie, chacun son espace : Josiah avec son compagnon volage, Reginald, et Kyle avec ses enfants, Chadwick et Jewel.

Une étrange routine finit par s'installer entre ces murs, entre rires et larmes, bonheur et petites tragédies du quotidien. Un nouvel équilibre dans leurs vies pas tout à fait ordinaires.
Mais le cœur a ses raisons que la raison ignore. L'arrivée de Paige Dubois dans cette petite famille va semer le trouble et surtout mettre en danger ce bel équilibre retrouvé.
Kyle va devoir se poser les bonnes questions s'il ne veut pas tout perdre. En premier lieu, son amitié avec Josiah. Mais n'est-ce au fond que de l'amitié qui lie ces deux hommes ?
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Une famille si ordinaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mix Editions

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

À mes lecteurs des premiers jours,

qu'ils soient de l'ombre ou de la lumière.

 

 

 

 

Prologue

 

 

 

Kyle regardait les photos posées sur la cheminée depuis de longues minutes.

Que de temps passé.

Cela faisait maintenant près de deux ans que Clara était morte et il ne lui restait aujourd’hui que cette étrange impression, à la fois de distance et de proximité. Qu'elle était toujours là mais qu’elle ne prenait plus toute la place.

Il lui arrivait encore de se réveiller la nuit en espérant la trouver à ses côtés.

Mais, certains jours, de plus en plus souvent d’ailleurs, il ne pensait pas à elle. En tous cas, pas dans la douleur de l’absence. Il avait fait son deuil. Enfin...

Il faut dire qu’il avait de quoi s’occuper l’esprit. Elle lui avait laissé deux beaux enfants.

Une fille, Jewel, six ans, et un garçon, Chadwick, presque dix ans. Les trésors de sa vie.

Pour eux, il avait tenu. Pour eux, il avait survécu. Pour eux, il s’en était sorti.

Grâce à lui aussi…

Josiah1 Ellis, le meilleur ami de Clara, devenu par la force des choses le sien.

Non… Plus que par la force du destin, par choix.

Kyle s’était immédiatement bien entendu avec lui. Grâce à ce profond sentiment de le connaître depuis toujours. Il sourit en se souvenant de leur première rencontre. Clara avait bien amené la chose.

 

Elle l’avait invité peu après la naissance de Chadwick. Elle le connaissait depuis toujours mais les aléas de la vie les avaient fait se perdre de vue. Il avait déménagé à New York avec Michael, son ami de l’époque. Après presque cinq ans de vie commune, ils s’étaient séparés. Josiah avait alors repris le chemin de la maison maternelle suite au décès de son père. Père qui depuis son coming-out avait rompu tout contact avec lui.

Ce soir-là, ils avaient soupé, sympathisé, beaucoup rigolé aussi et, quand il les quitta, tard, Clara lui avait annoncé que Josiah était gay.

Kyle dut bien avouer qu’il n’avait rien remarqué : son ami n’était ni efféminé, ni maniéré. Il ne correspondait en rien à l’image préconçue qu’il se faisait de l’homosexualité masculine.

Clara avait tu à dessein cet état de fait pour éviter que Kyle ne le juge avant même de le connaître. Non pas qu’il soit homophobe, il ne s’était même jamais posé clairement la question. Mais, pour lui, il était difficile de concevoir que deux hommes puissent s’aimer, et encore moins partager le même lit.

Clara, elle, espérait juste que son meilleur ami s’entende avec son mari, et ce fut le cas.

Kyle se lia d’une profonde amitié avec Josiah, telle que sa femme en vint quelquefois à jalouser leur complicité.

 

Josiah était alors en couple avec Reginald que tout le monde n’appelait que par son sobriquet, Reggie. Un bisexuel charmeur, charmant, qui adorait épater la galerie. À l’humour caustique et dévastateur mais ayant le cœur sur la main. Ce fut le seul petit ami connu de Josiah que ce dernier présenta à la famille. Ce serait le seul tout court d’ailleurs.

Depuis sa séparation douloureuse d’avec Michael, il ne s’était attaché qu’à ce cavaleur invétéré mais tellement essentiel à son équilibre.

Il était son amant, son ami, son compagnon d’aventures, mais ils ne s’aimaient pas. Ils étaient chacun l’équilibre de l’autre et partageaient une amitié quelque peu particulière.

Si Josiah n’avait que Reginald comme partenaire, ce n’était pas le cas de ce dernier qui collectionnait les aventures, tant féminines que masculines. Il aimait le sexe et ne s’en cachait pas.

Le soir venu, une fois les enfants couchés, il était monnaie courante qu’il se mette à raconter toutes ses rencontres avec moult détails autour d’un dernier verre.

Josiah et Clara riaient de bon cœur devant le visage décomposé d’un Kyle mal à l’aise face à la crudité des mots de Reginald qui aimait à renchérir. La vie sexuelle d’un homosexuel n’avait plus de secret pour Kyle, à son grand désarroi.

Reginald ne cessait de l’importuner que quand, d’un regard, Josiah lui ordonnait de se taire.

 

Don Juan insatiable, il portait des préservatifs avec tous ses amants et maîtresses. Josiah était le seul avec lequel il n’en mettait pas, connaissant la raison profonde de la solitude de son ami et l’acceptant, s’en amusant parfois, mais jamais à ses dépens.

Il tenait bien trop à lui pour faire quoi que ce soit qui puisse le blesser, et cette part d’ombre était un sujet délicat qu’ils abordaient peu souvent.

Il le connaissait tellement bien, lisant en lui comme dans un livre ouvert, même si Josiah était plutôt de nature réservée quand il s’agissait de parler de lui.

 

Josiah devint un membre à part entière de leurs vies, partageant les anniversaires, les fêtes et les repas familiaux… Et parfois leurs vacances.

Les enfants l’adoraient et, même s’il demeurait souvent maladroit avec eux, il leur rendait leur affection au centuple. Il n’était pas fait pour être père et n’en avait jamais éprouvé l’envie. Mais il adorait Jewel et Chadwick comme s'ils étaient ses propres enfants.

 

Père de deux enfants de quatre et sept ans à l’époque, la mort de Clara, fauchée à trente et un ans par un cancer, laissa Kyle veuf et inconsolable.

Tout à son chagrin, il en oublia celui de Josiah qui s’occupa d’eux avec l’aide de Piper, la demi-sœur de Kyle, une jeune femme pleine de vie et d’une loyauté indéfectible envers son grand frère. Fut un temps, elle en pinçait pour le copain gay et pensa longtemps pouvoir le faire changer d’orientation. À son grand désespoir, elle dut se résoudre à s’en faire un ami plutôt qu’un amant.

Pour Josiah, elle était un peu la petite sœur qu’il n’avait jamais eue.

 

Du jour de l’enterrement aux premiers mois de deuil, la tension était palpable dans l’appartement familial. Le remboursement des soins, ceux des funérailles, et la perte d’un salaire firent que Kyle se retrouva bien vite dans l’incapacité d’assumer tous les frais.

Il était bien trop fier pour quémander de l’aide, mais personne n’était dupe.

Ce fut alors que Josiah lui proposa d’emménager avec les enfants dans une maison dont ils pourraient partager le loyer. Son propre logement arrivant en fin de bail, ils pourraient ainsi faire d’une pierre deux coups.

Kyle hésita longtemps. Il aimait beaucoup Josiah, mais il n’avait jamais envisagé la possibilité de vivre avec lui et de partager ainsi leurs vies privées. Et intimes surtout.

Clara était morte depuis sept mois, il ne s’en remettait pas, mais il devait avancer. Alors il finit par accepter. Josiah et Piper se mirent en quête d’une maison.

Ils finirent par en dénicher une un peu à l’extérieur de la ville. Un petit jardin clôturé, un grenier aménagé façon penthouse qui suffirait à Josiah. Une maison, trois chambres… Parfait.

Piper la fit visiter aux enfants et à Kyle. Devant leur enthousiasme et celui de sa sœur, il signa le bail et, trois mois plus tard, ils emménagèrent tous sous le même toit.

Sur la boite aux lettres :

« Famille Leager »

« Ellis Josiah »

C’est là que commença leur nouvelle vie de famille.

 

***

 

Kyle soupira en se retournant quand la porte d’entrée s’ouvrit brusquement et qu’il entendit les voix de Jewel, essoufflée, qui n’avait pas dû arrêter de parler tout le long du trajet, et celle de Chadwick qui tâchait de se faire entendre à son tour.

Josiah entra, la mine décomposée. Il était passé chercher les enfants à la sortie des classes et ils n’avaient visiblement pas dû le lâcher de tout le trajet. Kyle lui sourit tandis que ceux-ci lui sautaient au cou.

Une vie si ordinaire avec des êtres qui ne l’étaient pas et ne le seraient jamais à ses yeux.

 

Comme ils en avaient pris l’habitude, Kyle préparerait le dîner pendant que Josiah s’occuperait des devoirs. Ils iraient s’asseoir dans la cuisine, Jewel se mettrait à sa droite, verre de lait à portée de main. Chadwick serait plus réticent mais finirait par s’asseoir à son tour sous la menace de Josiah de le priver de connexion internet.

Kyle, pendant ce temps, s’attellerait au repas en riant des remarques parfois déroutantes des enfants et des réponses maladroites de Josiah face à celles-ci.

Il était bien plus patient que leur père sur ce point. Kyle ne savait plus très bien comment ils en étaient venus à cette étrange routine quotidienne.

Josiah était plus posé, certes, mais surtout plus cultivé que Kyle qui gérait très bien cet état de fait. Il était, de son côté, plus adroit de ses mains et plus vif d’esprit et pragmatique que ne l’était Josiah. À eux deux, ils formaient une parfaite association.

Après le dîner, chacun retrouvait sa part de vie privée.

Josiah sortait parfois avec ses amis, gays ou pas.

Kyle retrouvait les siens une fois par semaine pour une sortie sportive ou purement amicale.

Piper servait alors de nounou quand ni l’un ni l’autre n’étaient libre.

 

Kyle ne ramenait jamais de conquête à la maison et ce même si, depuis environ un an, il avait repris sa vie sexuelle en main.

Josiah, lui, invitait souvent Reginald. Les enfants l’aimaient beaucoup, Kyle aussi.

Il faisait partie de leur cercle fermé au même titre que Piper ou oncle Jimmy. Kyle lui demanda juste d’éviter de s’étendre sur les détails de sa vie intime devant les enfants, même si ceux-ci avaient bien compris le lien qui l’unissait à Josiah. Pour eux, c’était tout ce qu’il y avait de plus normal. Pour leur père, adulte, c’était juste un peu plus compliqué à gérer.

Quand un matin, il retrouva Reginald dans la cuisine, vêtu d’un simple boxer rose fuchsia entouré des enfants, à préparer le déjeuner en jouant la « folle » pour les amuser, il se dit que tout compte fait, entendre ses enfants rire valait bien quelques entorses au règlement.

Ce fut Josiah qui lui fit la remarque. Reginald continua à faire le pitre mais… en pantalon de pyjama.

 

Les week-ends n’étaient jamais programmés. Kyle travaillait parfois le samedi quand le garage le nécessitait. Josiah amenait alors Jewel à son cours de danse et Chadwick à son cours de natation, profitant de ce temps pour faire les courses et les reprendre au retour.

Quand Kyle ne travaillait pas, c’était lui qui s’occupait d’eux et Josiah prenait alors son samedi.

Le dimanche était sacré. C’était le jour de Kyle, celui qu’il dédiait entièrement à ses enfants.

Josiah respectait ce pacte silencieux, s’absentant la plupart du temps ou restant dans ses appartements.

Ainsi allait leur vie. Routine parfois chamboulée par les vicissitudes de la vie, mais routine nécessaire à l’équilibre des enfants. Ils se retrouvaient sans mère mais entourés d’un père qui les aimait pour deux, et d’un homme, Josiah, qu’ils considéraient presque comme un second parent.

Malgré la douleur de la perte, ils avaient réussi à surmonter leur chagrin et même si, parfois, Chadwick étouffait ses larmes dans son oreiller tout comme le faisait son père, ou si Jewel se posait des questions sur le Paradis et sa maman au ciel, ils étaient heureux.

Piper et Reginald les regardaient vivre, émerveillés par cette famille si peu ordinaire mais qui, faisant fi des qu’en-dira-t-on, s’épanouissait dans un bonheur tout ce qu’il y avait de plus simple. Celui d’être ensemble. D’être une famille.

Il y eut bien sûr des gens pour juger et médire sur le fait qu’un homosexuel partage la vie d’un père de famille et de ses enfants. Cela faisait jaser mais, et cela surprit Piper au départ, Kyle ne s’en préoccupait guère. Il y avait longtemps qu’il avait fait abstraction des préférences sexuelles de Josiah. Pour lui, c’était juste son meilleur ami, le meilleur qu’on puisse rêver d’avoir, le seul qu’il voulait à ses côtés.

Josiah assumait son orientation et ne voyait donc pas de raison de l’afficher comme un étendard. Piper était certaine que si Josiah avait été aussi extraverti que Reginald, les choses auraient été nettement moins aisées pour son frère.

Kyle aimait la discrétion de Josiah, et ce dernier aimait le fait que celui-ci le regarde comme un ami, un homme, et non pas une abomination de la nature comme l’avait clamé si fort son défunt père.

Il y avait bien quelques disputes, des mots durs, des moments de silence et de la tristesse parfois.

Mais il y avait surtout des moments d’union, de fous rires, de partage, de petits bonheurs de la vie quotidienne.

Kyle ne regretta jamais son choix. Cette maison avait été le lieu de leurs renaissances.

Cette maison était son chez lui. Leur chez eux.

Clara serait fière de lui. La vie avait repris ses droits.

Dans ces murs, témoins silencieux d’une évidence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Apache

 

 

 

Cela faisait des mois que les enfants le harcelaient, mais Kyle refusait obstinément de céder.

Ni Chadwick ni Jewel ne trouvèrent de soutien auprès de Josiah qui ne voulait pas s’en mêler.

Mais à peine ce dernier avoua-t-il, un jour de lassitude, que cela ne le dérangerait pas, que les enfants en profitèrent pour réitérer leur demande auprès de leur père avec, cette fois-ci, bien plus d’obstination.

« Papa… On veut un chien. »

Kyle s’était retourné, s’appuyant sur l’évier pour leur faire face :

« J’ai déjà dit non. »

« Mais pourquoi ? », supplia Jewel de ses grands yeux noisette.

« Parce que c’est qui, qui va devoir s’en occuper ? MOI… C’est qui, qui va devoir le sortir ? MOI. »

« Je pourrais le sortir. Je suis assez grand et le parc est pas loin », le coupa Chadwick.

« Mais, enfin, d’où vous vient cette soudaine obsession de vouloir un… un chien ? »

« J’ai toujours voulu avoir un chien », clama son fils en croisant les bras sur sa poitrine, toisant son père.

Josiah, assis à la table de la cuisine, ne pouvait s’empêcher de faire le parallèle entre les deux. Ils avaient les mêmes attitudes, la même façon de parler. Le même entêtement surtout.

Jewel accrochée à la jambe de son père, le suppliant du regard était, elle, le portrait de sa mère, Clara.

Il avait l’impression qu’elle était là, derrière lui, à les observer à ses côtés. Il en sourit.

« Ça te fait marrer, toi ? », lança Kyle, furieux.

« Dis-lui, Josiah. Dis-lui que tu veux bien », insista Chadwick.

« Oui, c’est ça, J. Dis-le-moi. »

« Je n’ai jamais dit que j’étais d’accord, j’ai dit que ça ne me gênerait pas », dit-il, pris au dépourvu.

« Tu vois papa », hurla Jewel. « Il a dit oui. »

« Tu comptes le nourrir, le sortir, ramasser ses besoins qui vont joliment pousser au milieu du salon ? », pesta Kyle.

Josiah tiqua.

« Prends pas ton air de “je ne sais pas de quoi tu veux parler ?” parce que je sais que tu m’as très bien compris », rageur.

« Pourquoi tu t’acharnes sur moi ? J’ai rien dit. »

« T’as rien à dire…Tu prends toujours le parti des gosses, et c’est encore une fois moi qui vais passer pour le méchant. »

« Mais enfin, Kyle… Avec quoi t’arrives ? Je te signale que c’est toujours toi qui finis par plier à tous leurs caprices », en prenant une mine renfrognée.

« Allez papa », re-supplia Jewel.

« J’ai dit non ! Ça clôt le débat. »

« Y a pas eu de débat », bouda Chadwick.

« Y a pas à en avoir. Je suis encore votre père, à ce que je sache ! Et j’ai dit non… Maintenant, allez-vous préparer, vous allez arriver en retard à l’école. »

« T’es méchant », lança Jewel en lâchant sa jambe.

« C’est ça… Je suis un monstre, tout le monde le sait », en lui ébouriffant les cheveux.

Elle se mit à rire et courut rejoindre son frère.

« T’as abandonné encore une fois », râla Chadwick.

« Mais non. »

« Si… C’est pas grave. On recommencera demain. »

« D’accord. »

Josiah ne put s’empêcher de sourire. Il se leva, prit sa tasse de café vide et se dirigea vers l’évier.

« Ils sont grands maintenant… Ils sont en âge d’avoir un animal de compagnie, tu ne penses pas ? »

« Tu vas pas t’y mettre toi aussi ? », en le foudroyant du regard.

« T’as pas eu d’animaux quand tu étais gosse, toi ? »

« Si… Mais c’était pas pareil. Je vivais à la campagne, moi. Pas en ville. »

« Et alors ? »

« Et alors… C’est toi qui vas le sortir le clébard quand il aura envie de pisser à onze heures du soir ? NON !C’est toi qui vas l’éduquer pour l’empêcher de baver sur les fauteuils ou de voler dans les poubelles ? NON ! C’est toi qui vas devoir te taper les vétos, les crottes sur le trottoir et j’en passe et des moins drôles ? »

« C’est bon, ça va, j’ai compris », en levant les mains en signe de reddition.

« Bien. »

« Je vais les conduire à l’école. Je dois aller chez Maxime, c’est sur ma route. »

« Merci », répondit sèchement Kyle.

« Y a pas de quoi, grincheux. »

Josiah sortit de la cuisine, suivi du regard par Kyle qui soupira. Un chien, non mais et puis quoi encore ?

 

***

 

Piper vint le lendemain avec l’oncle Jimmy qui logeait chez elle pour quelques jours.

Il avait apporté avec lui une tarte aux noix de pécan, la favorite de Jewel, ainsi qu’une tarte aux pommes, la favorite de Kyle et Chadwick.

 

Jimmy n’était pas à proprement parler leur oncle. Piper était en fait la demi-sœur de Kyle. La mère de ce dernier, Marie, s’était remariée avec le neveu de Jimmy, Mark, déjà père de Piper à l’époque.

Cette dernière avait choisi de rester vivre avec lui. Elle avait à l’époque cinq ans de moins que Kyle. Après quelques petites frictions somme toute normales, ils devinrent très vite inséparables. Ils se considéraient depuis comme de véritables frères et sœurs.

Quand leurs parents divorcèrent, Piper repartit avec son père. Arrivée à ses dix-huit ans, elle le quitta pour revenir vivre chez Marie avec qui elle avait gardé d’excellents contacts, mais surtout pour retrouver Kyle qui lui manquait beaucoup trop.

Marie mourut quelques années plus tard des suites d’une rupture d’anévrisme.

Kyle travaillait déjà, Piper vint vivre avec lui pendant deux ans avant de trouver un emploi de serveuse et de partir de son côté avec son premier amour, Greg.

Jimmy fut toujours là pour eux, il avait toujours considéré Kyle comme un membre à part entière de sa famille. Ce dernier le lui rendait bien.

Il détestait Greg. Non pas qu’il ne l’aimait pas, même si… Mais il ne correspondait pas l’image qu’il se faisait du gendre idéal pour son unique nièce.

Quand elle annonça leur rupture, il ne put cacher sa joie.

Quand elle avoua que Josiah était gay, il ne put cacher sa déception. Il aurait été le mari parfait, lui.

 

Tous réunis autour de la table basse du salon, entre cris, rires et conversations croisées, la question du chien revint sur le tapis.

« Oncle Jimmy ? »

« Oui, Chad ? », répondit-il en repoussant la visière de sa casquette qui ne quittait quasi jamais sa tête.

« Tu as des animaux ? », s’enquit-il tout en mordant dans sa part de gâteau.

« J’en ai toujours eu… Mais tu le sais très bien. Tu connais Jack en plus », s’étonna-t-il en fronçant les sourcils.

Jack était le rottweiler qui gardait la ferme de Jimmy à l’extérieur de la ville.

« Pourquoi tu me poses cette question ? »

« Pour rien », sourire en coin.

Il entendit Kyle soupirer bruyamment.

« Ils se sont mis dans la tête d’avoir un chien. »

« Rhooo, mais c’est génial ça ! », s’écria Piper.

« Tu vas pas t’y mettre toi aussi, hein ! », pesta-t-il en posant son assiette vide sur le rebord de la cheminée.

« T’en penses quoi ? », demanda Piper en se tournant vers Josiah qui coupait la croûte de la tarte aux pécans pour Jewel, assise à même le sol à ses pieds.

« J’en pense rien. »

« Pardon ? », répliqua Kyle en se tournant également vers lui.

« Je n’ai rien contre l’idée d’avoir un chien dans cette maison, mais je dois dire que j’ai un peu de mal avec les animaux. »

« Un peu de quoi ? », continua Kyle.

« Je n’en ai jamais eu… Ma mère était allergique aux poils. À part un canari qui a survécu à peine un an, je n’en ai jamais eu. »

« Et ? », insista Kyle.

« Et rien », en coupant le dernier morceau devant le regard affamé de Jewel. « Y'a juste que je ne sais pas ce que c’est que d’avoir à m’occuper d’un animal de compagnie, c’est tout… Tiens, mon ange », en tendant l’assiette à Jewel.

« Merci », dit-elle en posant sa cuillère à terre et en mangeant les morceaux coupés avec ses doigts.

« Jew », tonna Kyle.

« Mais, Papa ! J’arrive pas à attraper les morceaux avec », maugréa-t-elle en scrutant le couvert avec dépit.

« Mange, ma puce », lui sourit Josiah en ramassant la cuillère.

« Bah tiens », éructa Kyle en le pointant du doigt. « Tu le vois élever un chien, toi ! Il le laisserait tout faire, ce serait l’enfer ici. »

« Arrête avec ça… Je ne les laisse pas tout faire. »

« AH ! »

« Quoi ? AH ! »

« Kyle a peur des chiens », laissa tomber Piper en reposant son assiette sur la table.

« C’est pas vrai », répliqua-t-il aussitôt en écarquillant les yeux pour la faire taire.

« Mon père avait un boxer, Ronin. Il a mordu Kyle au cul. Depuis, il en a une peur bleue. »

« Putain, Piper… Merde. »

« Kyle ! Les enfants », le fustigea Jimmy.

« Oh ça va hein ! Tu jures toute la journée devant eux et je dis rien. »

« Je ne suis pas leur père, moi. »

« J’en connais plein des gros mots », sourit Jewel.

« Vraiment ? Eh bien, c’est du joli », maugréa Jimmy.

Piper se leva.

« J’ai une amie dont la chienne va mettre bas. »

« C’est vrai ? », s’emballa Chadwick.

« Piper ! », tonna Kyle.

« Bah quoi ? C’est pas parce que Meuuuusieur a peur des chiens qu’il doit en priver les autres. »

« Ils n’ont qu’à prendre un chat. »

« On veut pas un chat ! On veut un chien », bouda Chadwick.

« Oh, mais j’aime bien les chats aussi », lança innocemment Jewel en enfournant le dernier morceau de croûte.

« Jew », gronda son frère.

« Mais je préfère les chiens », se reprit-elle aussitôt.

Josiah ne put s’empêcher de rire en sourdine.

« Ça te fait marrer, hein ? Eh bien tu sais quoi ? Tu t’en occuperas toi-même, parce qu’il est hors de question que je le fasse… C’est bien compris ? »

« Mais, enfin, Kyle… Qu’est-ce que j’ai encore dit ? »

« Rien… Tu dois rien dire. Tes yeux parlent pour toi. »

« QUOI ? », hurla-t-il en se levant du fauteuil. « Mais je ne veux pas m’occuper d’un chien. »

« Oh, Josiah, dis oui », la supplia Jewel à genoux à ses pieds.

« Oui… S’il te plaît, Josiah, dis oui… Je te jure que je le sortirai et que je m’occuperai bien de lui », relança Chadwick.

« Mais enfin, Kyle… Tu as dit que tu n’en voulais pas ? »

« JE n’en veux pas. EUX oui et comme, visiblement, TU es d’accord… », en croisant les bras.

« Mais je ne sais pas comment je dois faire, moi ! Et puis je travaille, je n’aurai pas le temps de m’occuper de cette pauvre bête. »

« Je le ferai… Je te le jure… Si je mens, j’irai en enfer », se signa Chadwick.

« On va y être en enfer, j’vous l’dis », marmonna Kyle, entre rictus et colère contenue.

« Mais je ne veux pas », se pétrifia Josiah.

Il se demanda comment Kyle avait encore une fois réussi à retourner la situation à son avantage et à lui faire porter le chapeau.

Il le fixa, paniqué, perdu, Jewel accrochée à son bas de pantalon et Chadwick le suppliant.

Tout cela devant le regard moqueur de Piper et d’un Jimmy qui secouait la tête, désespéré.

« Alors, J ? », sourit Kyle. « Ça fait quoi d’avoir le rôle du presque méchant ? »

Josiah tiqua :

« Pourquoi, Kyle ? »

« Ils veulent un chien, j’ai dit non, mais visiblement mon opinion ne compte plus guère ici… Alors ? », balançant la main dans le vide.

« Tu crois que je suis incapable d’élever un simple animal de compagnie, c’est ça ? », se vexa Josiah.

« Je crois que tu es incapable d’élever quoi que ce soit. »

« Kyle ! », claqua Jimmy.

« Je parlais pas des enfants », semblant sincèrement blessé qu’il ait pu croire le contraire.

Sans Josiah, il ne s’en serait jamais sorti avec eux. Il n’avait aucun reproche à faire à son ami sur ce sujet-là, sauf sur le ton de l’ironie, mais Josiah le savait et n’avait pas relevé la remarque.

« Bien. »

« Bien quoi ? », insista Kyle.

« Bien… J’accepte. »

« On va se marrer, je le sens », sourit-il, ironique.

« On va avoir un chien, c’est vrai ? »

Chadwick se tournait de son père à Josiah et de Josiah à son père. Entre joie et soudaine appréhension au vue des tensions que cela allait engendrer.

« Je vais en parler à mon amie », fit Piper.

« Euh… Y’a personne qui a eu idée de demander de quel genre de chien il s’agissait ? », laissa tomber tout calmement Jimmy.

« C’est vrai ça ? », s’inquiéta soudain Josiah.

Jewel se leva et courut vers Piper.

« On va avoir un chien ? »

« Oui, ma puce. Tu peux dire merci à Josiah. »

Elle ouvrit grand la bouche et les yeux avant de se retourner et de sauter dans les bras d’un Josiah devenu soudain très pâle.

« Ça va, J ? », rit Kyle qui ne put s’empêcher de s’en vouloir malgré tout.

« Elle est de quelle race ? », osa Josiah d’une voix neutre.

« C’est un dogue argentin. »

« Un dogue argentin ? Mais c’est… »

« C’est un molosse », s’esclaffa Kyle. « Je vais aller m’acheter une caméra… Je sens qu’on va bien rire. »

« Tu dois pas faire attention à ce que Kyle raconte, Josiah. »

Ce dernier se tourna vers Piper en reposant Jewel au sol.

« Lili obéit au doigt et à l’œil. C’est un véritable amour et elle adore les enfants. »

« Lili », répéta-t-il, dépité.

« Vous voulez un mâle ou une femelle ? »

« Un mâle », hurla Chadwick.

« Tant qu’à prendre un chien, autant prendre un mec… Hein, J ? », gloussa Kyle en lui faisant un clin d’œil.

« Ce n’est pas drôle, Kyle », soupira Josiah, la mine défaite.