Une mystérieuse inconnue - La brûlure du soupçon

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Une mystérieuse inconnue, Lisa Childs 

Les protecteurs 3/3

Trois frères, une seule devise : protéger… et aimer

Les yeux écarquillés par la surprise, Parker dévisage la femme au charme fragile qui, des larmes dans la voix, implore sa protection pour elle et le bébé qu’elle tient dans les bras. Puis, le cœur étreint par une étrange émotion, il se penche sur l’adorable petit garçon qui le fixe d’un regard étonné. Aucun doute, cet enfant est le sien. Mais qui est la femme qui l’accompagne ? De toute évidence, elle n’est pas sa mère, car, si leurs chemins s’étaient déjà croisés, jamais il n’aurait pu l’oublier…

La brûlure du soupçon, Angi Morgan 

Maîtrisant avec peine les battements de son cœur, Andrea baisse les yeux sous le regard inquisiteur de Pete Morrison, le shérif du comté. Car tout dans les événements de la nuit passée l’accuse : sa présence en plein désert à une heure avancée de la nuit, la découverte d’un inconnu mortellement blessé à proximité de son véhicule… Et tandis qu’elle tente de convaincre le séduisant policier que seule sa passion pour les étoiles l’a menée dans ce secteur fréquenté par le cartel de la drogue, elle sent son angoisse grandir. Car, manifestement, ce n’est pas pour la protéger mais pour la surveiller que Morrison veut la garder près de lui.
Publié le : dimanche 1 novembre 2015
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EAN13 : 9782280339421
Nombre de pages : 432
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« La tête de Parker a été mise à prix. »

ParkerPayne entendait ces mots résonner dans son esprit peuplé d’échos. Le souffle de l’explosion, qui avait envoyé deux de ses collègues à la morgue et l’avait fait atterrir dans ce lit d’hôpital, vibrait encore dans ses oreilles.

Il était rempli de chagrin et de culpabilité. C’est lui qui aurait dû être dans ce 4x4, et non Douglas et Terry. Totalement inconscients du danger, ils avaient sauté dans sa voiture pour aller chercher le déjeuner. Parker leur avait couru après pour modifier la commande, mais il était trop tard. Quand Doug avait mis le contact, le véhicule avait explosé en une gerbe de morceaux de verre et de métal. Deux hommes étaient morts, laissant femmes et enfants derrière eux.

C’est lui qui aurait dû être dans cette voiture. Non seulement il était célibataire, mais c’est lui qu’on visait.

L’explosion lui avait causé une commotion cérébrale. Il avait mal à la tête et n’y voyait pas très clair. Fermant les yeux, il tenta de se concentrer sur la conversation qui se déroulait autour de son lit.

Sa mère était en train de protester :

— Allez parler dans le couloir, pour que Parker puisse se reposer !

Elle effleura son front, comme elle le faisait dans son enfance quand il avait la fièvre ou qu’il s’était écorché un genou. Elle l’avait encore fait quand son père était mort. Elle avait toujours été là pour ses enfants, même si personne n’était là pour elle.

Parker attrapa la main de sa mère et la serra gentiment pour la rassurer. La perspective de perdre son fils devait la terrifier. Durant les semaines précédentes, Logan, son jumeau, et Cooper, leur frère cadet, avaient été victimes de plusieurs tentatives de meurtre. Mais la plupart d’entre elles étaient en réalité dirigées contre lui.

Comme toujours, Logan jouait son rôle de chef.

— Il faut découvrir qui a mis sa tête à prix, dit-il d’une voix ferme.

Puis, d’un ton plus soupçonneux, indiquant qu’il s’adressait à l’un de ses nouveaux beaux-frères, il ajouta :

— A moins que tu ne saches déjà de qui il s’agit. Tes contacts ont dû te le dire quand ils t’ont parlé de la mise à prix.

Son interlocuteur poussa un juron sonore, et Parker reconnut le bouillant Garek Kozminski. De toute évidence, cette voix de stentor ne pouvait être celle du frère de ce dernier, le doux Milek.

— Si je savais qui c’est, je te le dirais… Notre sœur est en danger à cause de ce salopard !

Parker se força à ouvrir les yeux. La lumière du soleil qui filtrait à travers le store et la lueur crue des néons au plafond le firent battre des paupières. Son mal de tête s’accrut, mais c’était davantage dû à la culpabilité qu’à la douleur. Stacy Kozminski-Payne avait vécu des moments très durs depuis quelque temps, et c’était principalement par sa faute. Il regarda la femme aux cheveux blond vénitien qui était devenue sa belle-sœur. Elle se tenait entre son mari et son frère, comme pour les empêcher d’en venir aux mains. Une position dans laquelle elle resterait sans doute toute sa vie.

C’est alors que Logan fit quelque chose qu’il faisait rarement : il présenta des excuses.

— Désolé, vieux. Je sais que tu ferais n’importe quoi pour protéger ta sœur.

D’un hochement de tête, Garek accepta son mea-culpa et poursuivit :

— La seule chose dont je suis certain, c’est que c’est quelqu’un qui a beaucoup d’argent et beaucoup d’influence.

— Milek et toi, il faut que vous preniez contact avec toutes vos relations pour voir ce que vous pouvez apprendre.

Logan avait repris son rôle de chef. En tant que P-DG de Payne Protection et aîné — de dix minutes — des jumeaux Payne, il avait pris le pli de commander à tout le monde.

Les Kozminski n’acceptaient pas facilement les ordres, et Parker s’attendait à les voir se cabrer. Mais Milek s’exclama :

— C’est une proposition d’embauche ?

La Payne Protection était une société de sécurité fondée par Logan quelques années après son départ de la police. Il avait persuadé son jumeau de donner aussi sa démission pour venir travailler avec lui. Logan avait toujours été très attentif aux gens qu’il engageait : Terry et Douglas étaient parmi les meilleurs, et leur mort était une perte tragique.

Plissant ses yeux bleus, Logan considérait ses nouveaux beaux-frères. Leur lien était très récent, car son mariage avec Stacy venait d’être célébré dans cette chambre d’hôpital, afin que lui, Parker, puisse être son témoin.

— J’ai besoin de votre aide, dit Logan.

Et Parker connaissait assez son frère pour savoir que cet aveu n’avait pas dû être facile pour lui.

Stacy connaissait aussi son mari, car elle se serra contre lui pour lui témoigner son admiration et son affection. L’amour qu’elle lui portait était visible, tout comme celui de Logan pour elle.

L’évidence de leurs sentiments mutuels était telle que Parker en éprouva un pincement d’envie. Il chassa vite ce sentiment insensé : il avait dû se cogner la tête plus fort qu’il ne le croyait.

Logan passa un bras autour des épaules de sa femme et reprit :

— Il faut veiller à la sécurité de Stacy et de Parker.

Rassemblant ses forces pour lutter contre la douleur, Parker se redressa avec effort et s’assit au bord du lit.

— Ce n’est pas ton combat, Logan, dit-il. C’est le mien. Et cette fois, ce n’est pas toi qui donnes les ordres.

Il ne s’était jamais élevé contre le fait que son frère soit aussi son patron, mais le risque que Logan se fasse tuer suffisait à le pousser à se rebeller.

— Ce n’est pas Payne Protection qui va veiller sur moi. Je peux m’en occuper moi-même, reprit-il.

Maintenant qu’il savait qu’il était la cible…

Comme surpris de le découvrir là, Logan se tourna vers lui.

— Parker…

— Ça ne concerne que moi. Et toi, tu dois t’occuper de Stacy. Il faut que vous partiez en voyage de noces.

Serrant sa femme contre lui dans une attitude protectrice, Logan secoua la tête.

— Je ne partirai pas tant que tu seras en danger.

— Désolé de te contredire, mais c’est exactement pour ça que tu dois partir, souligna Parker. Parce que si je suis en danger, tu l’es aussi.

Avec leurs cheveux noirs, leurs yeux bleus et leurs traits sculpturaux, ils se ressemblaient tant que la plupart des gens n’arrivaient pas à les distinguer. Seule différence entre eux : Logan était toujours sérieux, alors que Parker adorait plaisanter.

— Nous devons tous collaborer pour découvrir qui a mis ta tête à prix, insista Logan.

— C’est sans doute un mari jaloux, lança la voix grave d’un homme qui venait de pénétrer dans la chambre.

— Cooper ! s’exclama leur mère en apercevant son plus jeune fils.

Bien qu’il ait deux ans de moins que Parker et Logan, Cooper aurait pu aussi être leur jumeau, tant il leur ressemblait.

— Bon sang ! grommela Parker. Toi aussi, tu devrais être encore en voyage de noces.

Il prit soudain conscience que ses deux frères étaient désormais mariés. Seuls sa sœur cadette et lui étaient encore célibataires. Et sa mère. Mais elle était veuve, ce qui était tout autre chose.

Il ne voulait pas que ses belles-sœurs deviennent veuves à leur tour.

— Tanya et toi, montez dans un avion et fichez le camp d’ici. Et pendant que vous y êtes, emmenez Logan et Stacy avec vous.

— Logan et Stacy ?

A la vue de la femme blottie dans les bras de son frère, Cooper haussa les sourcils.

Logan et Stacy s’étaient détestés pendant des années avant d’admettre soudainement qu’ils s’aimaient. Mais ce revirement ne s’était opéré qu’après le départ de Cooper et Tanya en voyage de noces.

— Parker s’agite, déclara leur mère. Et il faut qu’il se repose. Marier Logan et Stacy dans sa chambre n’était pas une bonne idée…

— Vous êtes mariés ! ? s’exclama Cooper.

Sa mère lui fit signe de baisser le ton.

— Allez continuer votre conversation dans le couloir, ordonna-t-elle.

L’autorité de son ton et la noirceur de son regard, habituellement si chaleureux, firent merveille. S’empressant de lui obéir, ses fils et les Kozminski sortirent dans le couloir en se bousculant.

Elle le repoussa gentiment contre ses oreillers.

— Le médecin te garde en observation cette nuit, lui rappela-t-elle, la commotion ayant affecté sa mémoire immédiate. Alors, tu dois te reposer.

— Maman…

— Tu auras besoin de toutes tes forces pour te battre aux côtés de tes frères, lui dit-elle, usant du même argument que quand, enfant, il ne voulait pas aller se coucher.

Elle l’embrassa sur le front avant de rejoindre le reste de la famille dans le couloir.

* * *

Enfin seul, Parker ferma les yeux. Il était épuisé, pourtant il ne parvenait pas à oublier l’attentat qui se rejouait sans cesse derrière ses paupières. Il revoyait Terry et Douglas à travers le pare-brise, avant que ce dernier vole en éclats, que la carrosserie explose et que leurs corps…

Avec un grognement d’horreur et de douleur, il se réveilla en sursaut et découvrit qu’il n’était plus seul. Une femme était penchée sur son lit. Ce n’était pas une infirmière, car elle ne portait pas de blouse, mais avec un tailleur chamois avec corsage à col montant. Elle aurait pu faire partie du personnel administratif de l’hôpital, n’eût été le bébé qu’elle portait à califourchon sur la hanche.

— Vous êtes Parker Payne ? demanda-t-elle.

Méfiant, Parker se tendit. Pourquoi voulait-elle le savoir ? Puis il écarta ses soupçons. Elle n’était sûrement pas là pour empocher la prime le concernant.

A moins que les assassins n’amènent des bébés avec eux. En ce cas, mieux valait qu’elle s’en prenne à lui plutôt qu’à Logan ou à Cooper.

— Oui, c’est moi.

Visiblement soulagée, elle laissa échapper un soupir tremblant.

— Vous n’êtes pas mort…

— Pas encore…

Elle frissonna.

— J’ai vu aux nouvelles ce qui vous est arrivé… ou plutôt ce qui a failli vous arriver. C’était votre voiture…

— Je vais bien, dit-il avec un pincement de culpabilité.

C’est Doug et Terry qui auraient dû être à sa place en ce moment. Mais ils avaient disparu en laissant des enfants derrière eux. Comme leur père les avait laissés, lui et ses frères, en se faisant tuer dans l’exercice de ses fonctions.

Si on réussissait à l’abattre, lui ne laisserait derrière lui aucun enfant qui le pleurerait comme il avait pleuré son père. Sa famille et ses amis pensaient qu’il restait célibataire parce que son tempérament de play-boy l’empêchait de s’engager. Mais c’était seulement en raison de son sens pratique. Les dangers de son métier ne faisaient pas de lui un bon parti. Il ne voulait infliger à personne le chagrin que sa mère, ses frères et sa sœur avaient enduré.

La femme l’observait, les sourcils légèrement froncés. Même plissés, ses yeux noisette étaient si grands qu’ils lui mangeaient la moitié du visage. Lâchés, ses cheveux couleur auburn auraient pu adoucir son visage, mais ils étaient noués en un chignon sévère à l’arrière du crâne. A voix basse, elle demanda doucement :

— Vous êtes sûr que vous allez bien ?

Parker se secoua et repoussa ses idées noires. Il n’allait laisser personne derrière lui car il n’allait pas mourir… Du moins pas avant d’avoir trouvé le salopard qui lui en voulait et de lui avoir fait payer les dégâts qu’il avait causés.

Assez de repos, se dit-il en s’asseyant au bord du lit. Un éblouissement le prit, et il cligna des yeux pour s’éclaircir la vision.

— Dois-je appeler quelqu’un ? demanda la femme en reculant vers la porte.

Elle remonta son enfant sur la hanche, ce qui le fit glousser doucement.

Parker reporta son attention sur le bébé. Vêtu d’une petite salopette et d’un T-shirt rayé bleu et vert, il avait tout l’air d’être un garçon. Avec ses cheveux noirs bouclés et ses grands yeux bleus, il était très mignon.

— Vous savez qui je suis, articula-t-il, mais j’ignore qui vous êtes. Est-ce que je suis censé vous connaître ?

Il n’oubliait jamais les visages d’habitude, surtout les visages féminins. Mais cette jeune femme ne portait pas de maquillage et elle était si mal fagotée qu’en temps normal il ne l’aurait même pas remarquée… à moins qu’il n’ait été d’humeur à flirter avec un rat de bibliothèque. Peut-être était-ce le cas à présent, d’ailleurs, car il avait envie de savoir de quoi elle avait l’air avec les cheveux lâchés.

— Je m’appelle Sharon Wells, dit-elle avec une nuance interrogative dans la voix, comme si elle se demandait s’il se souvenait d’elle.

L’aurait-il dû ?

Il secoua la tête, un mouvement qui se répercuta dans son crâne et le fit gémir.

— Je devrais appeler, répéta-t-elle en jetant un regard nerveux vers le couloir. Vous avez besoin d’aide.

— Non, ce n’est rien.

Il y avait déjà bien trop de gens qui voulaient l’aider et résoudre le problème qu’il avait lui-même créé, d’une manière ou d’une autre. C’était lui qu’on voulait tuer. Qui avait-il contrarié au point qu’on lui en veuille ainsi ?

Cooper se trompait en parlant de mari jaloux. Parker ne s’était jamais attaqué à une femme mariée et ne le ferait jamais. Il y avait là une ligne qu’il se refusait à franchir.

— Je n’ai besoin de personne, dit-il.

A présent, la jeune femme contemplait le bébé qu’elle berçait doucement. Son petit visage s’anima et il tendit les bras vers elle. Bien qu’ils ne se ressemblent pas du tout, on aurait dit qu’ils ne faisaient qu’un, tant ils paraissaient attachés l’un à l’autre.

— Sharon Wells…, répéta-t-il.

Mais ce nom ne lui parut pas plus familier pour autant. Ce n’était pas la femme de Terry ou de Doug ; il connaissait leurs visages. Des visages qu’il ne pourrait plus jamais regarder sans un élan de culpabilité et de honte. Si Sharon Wells appartenait à la famille de l’un ou de l’autre, ce devait être une parente éloignée, car il connaissait la plupart de leurs proches.

Prenant appui sur le lit, il se mit debout. Gêné de constater à quel point ses jambes tremblaient, il se crispa.

Il n’allait pas passer la nuit à l’hôpital, alors qu’il devait rechercher un tueur.

— Je suis désolé, conclut-il. Je ne sais pas qui vous êtes.

La femme soupira.

— J’espérais que si…

— Ah bon et pourquoi ?

— Parce que cela m’aurait facilité les choses que vous vous attendiez à ma visite, expliqua-t-elle.

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