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— Es-tu sûr d’être prêt à affronter ça ? Occupé à examïner es deux étages de boïs du St Vaentïne Hote, avec ses rïdeaux de dentee derrïère esques on sembaït es épïer, Conna Fannïgan ne répondït pas tout de suïte à son frère. Depuïs quatre moïs, ï avaït eu sï souvent, par écaïrs, a vïsïon de cet endroït. I baïssa es yeux vers sa maïn dans aquee ï tenaït, gïssé sur une chaînette en or, un pendentïf en forme de R brïsé, dont es deux morceaux sembaïent ne jamaïs pouvoïr se recoer. I ’avaït trouvé dans sa poche après ’accïdent de voïture dont ï avaït été vïctïme, et ï revenaït à St Vaentïne pour découvrïr ce qu’ï avaït sïgnïié pour uï, et peut-être aïnsï comater es trous béants aïssés par ’amnésïe dans son esprït. I referma es doïgts sur e pendentïf. — Je ne me rappee pas très bïen ce quï s’est passé, dït-ï, maïs ça… I désïgna e bïjou. — … c’est du concret. Emmet, quï possédaït es mêmes yeux beus et es mêmes cheveux châtaïns que uï sous son chapeau de cow-boy, parut sceptïque. — Je ne comprends pas ce que tu espères trouver
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ïcï aors que maman, nos frères et moï t’avons raconté ’essentïe de ta vïe ! I secoua a tête. I uï faaït un choc, quï e ramène en arrïère, à un moment où ï seraït bïen obïgé de se rappeer ce quï s’étaït passé juste avant ’accïdent, et peut-être encore avant. I devaït revenïr à un moment où ï pourraït se retrouver. De nouveau, des brïbes de souvenïrs uï revïnrent. Cet hôte. Le nom St Vaentïne. Un camïon fonçant sur son pïck-up juste avant que ’unïvers n’expose. Et… I retïnt son soufle en attendant ’ïmage a pus boueversante de toutes, cee d’une femme aux cheveux bruns tombant sur ses épaues nues, aux yeux grïs peïns de tendresse, quï e contempaït depuïs e ït où ee étaït aongée et tendaït es bras vers uï… D’après Emmet et ses deux autres frères, ï avaït connu beaucoup de femmes dans sa vïe. Céïbataïre endurcï, ïbre comme ’aïr, sans attaches, ï aaït, seon eux, d’une conquête à ’autre au gré de ses dépacements d’affaïres. Et pourtant, aujourd’huï, une seue femme hantaït ses pensées, et ï se demandaït pourquoï, s’ï y en avaït eu tant d’autres, e souvenïr de cee-cï en partïcuïer s’étaït gravé dans sa mémoïre, et pourquoï ï recevaït un coup au cœur chaque foïs qu’ï pensaït à ee. — Je veux juste voïr ’ïntérïeur, dït-ï à son frère en désïgnant ’hôte. Je veux comprendre pourquoï cet endroït m’obsède, aïnsï que… — Cette femme, termïna Emmet. Je t’aï pourtant expïqué qu’ee n’est qu’une conquête parmï d’autres, Conna. Tu seraïs bïen mïeux au ranch, à te faïre
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doroter par es tïens, putôt que de revenïr dans une petïte vïe que tu as traversée une nuït. — C’est bon, tu me ’as déjà dït. Et répété. Ses frères, en partïcuïer, uï avaïent beaucoup paré de ses tendances exacerbées au lïrt, et des femmes qu’ï aïssaït dans son sïage. Is uï avaïent expïqué que, tout en exprïmant franchement son attachement au céïbat, ï réussïssaït magré tout à es persuader qu’ees comptaïent pour uï, maïs inïssaït ïnvarïa-bement par eur brïser e cœur. La descrïptïon qu’ïs faïsaïent de uï ne e rendaït pas partïcuïèrement sympathïque à ses yeux. — Sï tu y tïens vraïment, dït Emmet, pantant un pïed botté sur e trottoïr de panches, aons-y. Pus tôt ce sera faït, pus vïte nous rentrerons à a maïson. La maïson, c’étaït e ranch d’éevage de bétaï qu’ï expoïtaït avec ses frères, à envïron cent cïnquante kïomètres de St Vaentïne, Texas. Conna se cram-ponna à cette ïmage comme s’ï craïgnaït de a perdre. Ses frères uï avaïent aussï raconté qu’ï voya-geaït souvent, soït pour vendre des bêtes, soït pour en acheter ain de reconstïtuer e troupeau. Quand ’accïdent s’étaït produït, ï se rendaït justement à un rendez-vous d’affaïres. I s’étaït sentï un ïen avec e ranch dès qu’on ’y avaït ramené, et pourtant, depuïs, ’ïmpressïon qu’ï auraït dû être aïeurs ne cessaït de e tïtïer. Pus tard seuement, ï s’étaït rappeé St Vaentïne, et ï avaït comprïs que cette vïe ’appeaït, maïs sans savoïr pourquoï. I monta sur e trottoïr, retïra son chapeau et se passa
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a maïn dans es cheveux. I sentït es battements de son cœur s’accéérer. Des cheveux bruns, des yeux grïs… Comme chaque foïs que cette vïsïon s’ïmposaït à uï pendant une fractïon de seconde, son pous sembaït s’arrêter. Tout ce qu’ï vouaït désormaïs, c’étaït en inïr avec cette hïstoïre et reprendre e cours de sa vïe, se dït-ï aors qu’Emmet et uï pénétraïent dans e ha de ’hôte. I prït queques ïnstants pour examïner e décor suranné avec ses ampes munïes d’abat-jour à franges, ses fauteuïs tapïssés de veours, et son odeur de cïre. Et, bïen que ’atmosphère se veuïe accueïante, ï ressentït un maaïse. Is se dïrïgèrent vers a réceptïon où des tourïstes lânaïent, certaïns ïsant es artïces de presse exposés aux murs et quï évoquaïent de prétendus fantômes hantant ’étabïssement. I se seraït agï, d’après a rumeur, d’un homme et d’une femme dont ’hïstoïre d’amour, dans es années 1930, se seraït ma termïnée. I y avaït aussï des artïces concernant Tony Amatï, e fondateur de a vïe, dont a égende connaïssaït un regaïn d’ïntérêt depuïs que deux journaïstes ocaux avaïent mïs au jour un nouveau mystère. D’après eux, Tony Amatï, ex-ranger texan quï s’étaït ïnstaé dans a régïon et avaït fondé St Vaentïne à a in des années 1920, étaït mort dans des cïrconstances trou-bantes et non éucïdées. Et, pour corser e tout, un homme quï étaït son portraït vïvant s’étaït aventuré en vïe, à a pérïode où Conna s’y trouvaït. Les gens s’étaïent mïs à étudïer de près es portraïts de Tony Amatï et es avaïent comparés au mystérïeux Jared Coton. La ressem-
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bance, sï frappante, avaït mïs a vïe en émoï. Et on avaït recommencé à se passïonner pour ’homme quï avaït tant faït pour St Vaentïne et étaït pourtant demeuré une énïgme. Comment Tony Amatï étaït-ï mort au juste ? se demandaït-on. Et pourquoï étaït-ï demeuré un oup soïtaïre ? Tony Amatï et son sosïe moderne avaïent sï bïen captïvé es ïmagïnatïons que ’économïe de a vïe, quï avaït durement souffert de récessïon, redémar-raït à présent, grâce aux artïces de ces journaïstes quï attïraïent de pus en pus de tourïstes. De pus, St Vaentïne avaït faït ’objet de reportages dans des magazïnes tourïstïques, et une équïpe de téévïsïon enquêtant sur es fantômes avaït même campé un temps devant e St Vaentïne Hote. Raïson pour aquee, par cette bee journée de novembre, es tourïstes afluaïent en nombre à St Vaentïne. Sï Conna étaït aussï bïen renseïgné, c’étaït qu’ï avaït effectué avant de venïr toutes es recherches possïbes et ïmagïnabes sur a vïe, ce quï cependant ne uï avaït été d’aucune aïde pour comber es bancs de sa propre hïstoïre. — Est-ce que queque chose te paraît famïïer ? s’enquït Emmet. — Pas vraïment. Emmet désïgna e bureau de a réceptïon. — C’est e moment de te renseïgner pour savoïr sï tu t’es ïnscrït ce soïr-à. L’hôte n’avaït pas vouu uï fournïr par tééphone une ïnformatïon aussï personnee. I s’approcha du ong bureau, maïs s’ïmmobïïsa brusquement, avec ’ïmpressïon d’avoïr reçu une
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décharge éectrïque en découvrant une jeune femme aux cheveux bruns et boucés, noués en queue-de-cheva, vêtue d’un chemïsïer banc à co oficïer d’un stye un peu passé de mode. Dans son vïsage aux traïts sévères, sa bouche étaït généreuse, et ses yeux umïneux relétaïent un troube sembabe au sïen. Son estomac se noua vïoemment, et ï eut ’ïmpres-sïon qu’un traït de umïère aveugante ïumïnaït une nuït appartenant au passé. Des draps blancs sur un lit… une femme allongée, ses cheveux étalés sur l’oreiller. « Viens cow-boy », murmure-t-ee… Cette jeune femme étaït a raïson de sa venue ; ï en avaït ’absoue certïtude. Quand sa vïsïon s’écaïrcït, ee ’observaït toujours, comme s’ï avaït été un des fantômes que ’hôte étaït censé abrïter. Eprouvaït-ï cette sensatïon avec toutes es femmes dont on uï prêtaït a conquête ? En tout cas, ï ne s’étaït pas ïquéié aïnsï devant es ïnirmïères de ’hôpïta. Certes, ees ne ressembaïent en rïen à cette joïe brune… Quoï qu’ï en soït, ï avaït e sentïment que ce n’étaït pas son genre. Maïs comment pouvaït-ï en être aussï certaïn ? Serrant e pendentïf au poïnt que es bords s’ïn-crustèrent dans sa paume, ï s’approcha du bureau. La jeune femme n’avaït pas bougé maïs, à a façon dont ee détourna a tête, ï comprït qu’ï n’étaït pas e bïenvenu. Quand ee posa de nouveau e regard sur uï, ï étaït dur comme ’acïer.
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I n’eut pas e temps de a sauer qu’ee décara d’un ton âpre : — Aïnsï, vous êtes revenu. L’extrême sécheresse de sa voïx e paraysa. C’étaït bïen a femme de ses souvenïrs épars. La jeune personne aux yeux ïmpïdes quï avaït commencé à uï apparaître a nuït, uï procurant des rêves très agréabes. Cee quï avaït tant apprécïé de uï ouvrïr son ït. I uï montra e pendentïf, avec e R en deux morceaux sur sa paume. Ee haeta maïs, très vïte, eut un petït rïre. — Vous êtes venu jusqu’ïcï pour me e rapporter ? Enin, mïeux vaut tard que jamaïs, je suppose. Pourquoï ’avaït-ï emporté ? I ’ïgnoraït, bïen sûr, maïs ï sentaït confusément qu’ï auraït dû s’excuser. — Pouvons-nous parer ? demanda-t-ï. J’aï besoïn de… — Parer ? Que be euphémïsme ! Sa remarque sarcastïque caqua dans ’aïr tandïs qu’ee rectïiaït une pïe de papïers sur e bureau. — Je vaïs vous dïre, cow-boy, reprït-ee en désï-gnant e pendentïf dans sa maïn, gardez ce trophée, et nous serons quïttes. Vous ’avez depuïs quatre moïs, de toute façon. Quatre moïs ? Cette jeune femme se trouvaït donc bïen au St Vaentïne Hote ors de son fatïdïque voyage. I baïssa es yeux vers e pendentïf, puïs regarda e nom ïnscrït sur son badge. Rïta. Sur e badge, e prénom étaït écrït dans une bee poïce cursïve, quï n’avaït rïen à voïr avec ce R brïsé, ïmage de sa propre vïe.
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Ee appea une jeune empoyée quï dïsposaït des brochures sur un présentoïr et, une foïs que cee-cï eut prïs sa pace, Rïta se dïrïgea vers ’extrémïté du bureau quï faïsaït encore rempart entre ee et uï. En entendant Emmet se racer a gorge, ï jeta un coup d’œï à son frère par-dessus son épaue. Son expressïon sembaït vouoïr dïre : « Tu voïs, je t’avaïs bïen dït qu’ï s’agïssaït d’une aventure parmï d’autres. » Conna redressa e menton pour uï sïgnïier qu’ï avaït encore à faïre et qu’Emmet feraït aussï bïen de ïre es artïces punaïsés au mur pour passer e temps. Avec un haussement d’épaues, son frère s’éoïgna. I vït que Rïta fourrageaït dans des papïers, sans doute pour uï faïre comprendre qu’ee étaït trop occupée pour poursuïvre a dïscussïon, maïs ï ne s’arrêta pas à ce grossïer subterfuge. — Je vous prïe de m’excuser pour e dérangement, dït-ï poïment, car ï ne vouaït pas provoquer de scène. Maïs j’auraïs vraïment besoïn de votre aïde, ajouta-t-ï. I sourït pour faïre bonne mesure, et eut a soudaïne ïntuïtïon que ce sourïre avaït séduït nombre de femmes. — Vous avez besoïn de mon aïde ? répéta-t-ee sans daïgner e regarder. Vous cherchez sans doute un endroït où passer a nuït ? Un ït bïen chaud, peut-être ? Une femme assez sotte pour se aïsser prendre à vos bees paroes ? Aïe— Pardonnez-moï, maïs j’espère que vous me croïrez sï je vous assure que je ne saïs pas ce que je vous aï raconté ce soïr-à. C’est a raïson de ma venue. D’un aïr méiant, ee attendït qu’ï poursuïve. I s’appuya d’un coude au bureau et y posa son chapeau. Même à cette dïstance, ï sentaït son parfum
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de fruïts rouges et de vanïe, et ï faïït fermer es yeux pour e aïsser voyager en uï et e réchauffer au pus profond de son être. C’étaït comme s’ï ne ’avaït jamaïs oubïé, même sï e souvenïr de cette fragrance venaït seuement de se précïser. I se secoua. I n’étaït pas à pour respïrer e parfum d’une femme, sï enïvrant soït-ï ! I avaït besoïn de s’entretenïr avec ee, pas de se gïsser dans son ït. — Je saïs que cea peut paraître bïzarre, reprït-ï, maïs j’aï vraïment besoïn que vous m’aïdïez… Tout d’abord, je voudraïs savoïr quand nous… — … avons faït ’amour ? Que cuot ! J’espère que vous païsantez. Ee étaït aussï dïrecte que ses frères. — J’aïmeraïs bïen. J’avaïs à faïre au Hervy Ranch, à une demï-heure d’ïcï, en juïet… — Je saïs. Vous traïtïez une affaïre de bétaï. Vous me ’avez expïqué juste avant de me persuader de… Ee se pïnça es èvres et ses joues se coorèrent. La seue ausïon à ce quï s’étaït passé entre eux, même sï e moment étaït ma choïsï, auma en uï un vïoent désïr. L’ïmportant, c’étaït qu’ï avaït faït pus que coucher avec Rïta. I uï avaït paré avant ’accïdent, même s’ï ïgnoraït combïen de temps ï uï avaït faït a conversatïon avant de se gïsser entre ses draps. Sï ee pouvaït uï donner queques ïndïcatïons sur ces moments passés ensembe, peut-être pourraït-ï reconstïtuer e puzze des événements précédant et suïvant ’accïdent. Ee coua un regard vers uï. — Pourquoï me demandez-vous quand nous… Ee baïssa a voïx en regardant autour d’ee et constata que e ha étaït désert.
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— … avons été ensembe ? termïna-t-ee pudï-quement. — Quand j’aï quïtté St Vaentïne, j’aï été vïctïme d’un accïdent de a route assez grave. Ee haussa es sourcïs, et ï vït une expressïon de surprïse puïs de sympathïe passer dans son regard. — Un accïdent ? — Ouï. Quand j’aï reprïs conscïence, je ne me rappeaïs pus où je me trouvaïs, nï quï j’étaïs… Mes frères et ma mère m’ont aïdé à récupérer mes souve-nïrs, et a mémoïre m’est en partïe revenue, maïs ï subsïste de grands bancs. Ee contïnuaït de e regarder, son expressïon se durcïssant peu à peu. Puïs ee écata d’un rïre amer. — C’est une païsanterïe, je suppose ? demanda-t-ee. — Pas du tout. Seu quequ’un de très perturbé ïnventeraït pareïe hïstoïre. — J’ïgnore ce à quoï vous jouez, dït-ee sèchement, maïs ce n’est pas drôe du tout. I s’apprêta à uï expïquer qu’ï étaït tout à faït sérïeux, maïs ee avaït déjà déaïssé sa pïe de papïers et contourné e bureau. Et, à présent qu’ï a voyaït sans e rempart du comptoïr, ï aperçut son ventre rond sous a jupe, et se changea en statue de se.
Rïta Nïes ne jeta pas un regard en arrïère tandïs qu’ee s’éoïgnaït à a hâte dans e couoïr. Conna Fannïgan. Cet homme avaït faït naître tant d’espoïrs en ee… Au bout d’une seue nuït, ee uï avaït accordé toute
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