Une passion inoubliable

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Lorsqu’elle découvre que l’homme qui vient de lui confier un important projet architectural n’est autre que celui avec lequel elle a passé, quatre ans plus tôt, une nuit brûlante et passionnée, Riva prend peur. Car si Damiano a pu se montrer autrefois infiniment charmeur et séducteur avec elle, il se comporte aujourd’hui en puissant homme d’affaires. Un homme d’affaires capable, d’un seul mot, de ruiner sa carrière débutante… Forcée d’accepter cette mission et de travailler avec lui, Riva est désormais hantée par une question : comment cacher à Damiano que de leur unique nuit d’amour est né un petit garçon ?
Publié le : dimanche 1 juillet 2012
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280238755
Nombre de pages : 160
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Riva arrêta sa voiture devant une jolie bâtisse en pierre, à la lisière de ce qui avait dû être un domaine campagnard prospère. Elle apercevait le vieux manoir au fond d’une longue allée. Les fenêtres en étaient condamnées et une pancarte « A vendre » pendait à la grille rouillée. Mais c’était la demeure qui se dressait devant elle qui retenait toute son attention :Old Coach House. Cette dépendance du manoir semblait bel et bien habitée. Deux voitures, dont une Porsche noire rutilante, étaient garées à l’extérieur. Riva verrouilla sa portière et s’avança dans la cour pavée. Le gazouillis des oiseaux et le soleil de cette In de printemps ajoutaient à sa bonne humeur. Sa première mission importante où elle aurait carte blanche… On la chargeait en effet de concevoir entièrement la décoration d’une des pièces de cette charmante vieille maison. Quelle chance ! Sa main tremblait de nervosité en appuyant sur le bouton de la sonnette. Ses précédentes prestations avaient dû être remarquées pour qu’on veuille faire appel à elle tout spécialement. Si elle pouvait mener ce chantier à bien, ce serait un tournant majeur dans sa carrière. Et alors, adieu les Ins de mois difIciles ! — Madame Duval ? demanda Riva poliment.
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Une jeune femme blonde, élégante en tailleur anthra-cite, venait d’ouvrir la porte. Elle toisa la tenue moins conventionnelle de Riva avec un sourire hésitant. — Non. Madame n’est pas là, mais vous êtes attendue. Mademoiselle Singleman, n’est-ce pas ? Riva acquiesça. La jeune femme la pria d’entrer et riva la suivit le long d’un bel escalier rustique. Du haut de son petit mètre soixante, elle se sentait minuscule à côté de son hôtesse, au point de se demander s’il n’eût pas été plus correct de mettre des talons hauts, ainsi qu’une veste. Mais elle détestait les convenances. Jusque-là, elle s’était jugée plutôt bien mise dans sa tunique à rayures noires et grises, qu’elle avait assortie d’une minijupe noire, de leggings et de ballerines. — Veuillez patienter ici. Elle se retrouva dans un grand salon ensoleillé donnant sur la cour et décoré avec style. De belles photographies ornaient les murs : vue aérienne d’un archipel tropical, poissons bariolés, plage de rêve bordée de palmiers. — Tiens, tiens… îl me semble reconnatre Mlle Riva Singleman, It une voix derrière elle. Ce timbre grave et velouté, teinté d’accent, éveillait en elle une dangereuse familiarité.Non ! Ce n’était pas possible… Sous le choc, Riva se retourna si vite que son sac heurta le pied d’un guéridon. Le vase précieux qu’il supportait faillit se renverser. — J’espère que cela ne présage pas d’une propension à causer des accidents ? L’homme en costume sombre qui se tenait sur le seuil était semblable au souvenir qu’elle gardait de lui. Grand, le teint hâlé, les traits énergiques, les cheveux d’un noir de jais ramenés en arrière… Damiano ! S’il était surpris de la voir, il ne le montrait absolument
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pas. Sa bouche ferme s’incurvait en un sourire moqueur, et son expression parfaitement matrisée ne trahissait rien d’autre qu’une autorité innée. D’une démarche assurée, il entra dans le salon sans cesser de la Ixer de ses yeux sombres et pénétrants. Un regard dont elle n’avait pas soupçonné la duplicité autrefois, se rappela Riva, le cœur battant. Que faisait-il là ? D’après les récents articles qu’elle avait lus à son sujet, il occupait un appartement luxueux à Londres, pas cette paisible retraite campagnarde. Nerveusement, elle tritura son collier, essayant de trouver un sens à la situation. — Que fais-tu ici ? Je pensais… Qui est Mme Duval ? — Ma grand-mère, répondit-il d’un ton nonchalant. Apparemment, on ne t’a pas prévenue qu’elle était absente. — Non, on ne m’a rien dit. îl avait une grand-mère française, maintenant ? Première nouvelle ! îl ne lui avait certainement pas conIé ça autrefois. Prenant soudain conscience qu’il suivait du regard le mouvement de ses doigts sur le collier, au bord de son décolleté, Riva abaissa vivement la main. — Quant à la jeune femme blonde qui t’a ouvert, poursuivit-il, c’est ma secrétaire. Le premier choc passé, Riva sentit la colère l’envahir. — Ce n’est pas une coïncidence, n’est-ce pas ? Tu savais ! Tu savais que c’était moi qu’on envoyait ici. Damiano haussa les épaules avec désinvolture. — Je me demande comment une Ille qui vendait des bijoux sur les marchés est parvenue à se hisser à un poste aussi enviable, dit-il, éludant sa question. — Par le travail. Uniquement par le travail, Damiano ! Ce que je ne suis pas disposée à faire pour toi. Sur quoi, Riva passa devant lui pour gagner la porte. A sa colère et à sa déception de n’avoir pas été engagée
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pour son mérite s’ajouta la confusion, quand son bras frôla le sien. — J’informerai Mme Redwood que tout ceci n’est qu’une erreur, déclara-t-elle d’une voix tendue. înutile de me raccompagner, je trouverai bien mon chemin. Sur quoi, elle s’engouffra dans l’escalier. — A ta place, je rééchirais à deux fois. La menace suave qui imprégnait sa voix profonde la It stopper net. — Que… que veux-tu dire ? It-elle en se détournant lentement. îl dominait le palier de sa haute taille, et Riva se sentait aussi impressionnée à vingt-quatre ans qu’elle l’avait été à dix-neuf, quand elle avait été conquise par son physique époustouant, sa brillante intelligence et son charme latin irrésistible. — On t’a envoyée pour une mission précise, et j’en-tends que tu la mènes à bien, expliqua Damiano. Sinon, je ne me gênerai pas pour dire à ta redoutable patronne que je préfère m’adresser à une autre agence. Le cœur de Riva se mit à battre plus vite. Pour Redwood înteriors, Damiano D’Amico était un client précieux. Si jamais il se plaignait d’elle, ce serait elle qu’on renverrait. — Tu veux dire… que tu me ferais perdre mon travail ? déclara-t-elle, outrée. De nouveau, il haussa les épaules. — Non, tu le ferais très bien toute seule, Riva. A toi de choisir. Comme si elle avait le choix ! Cet homme était capable de la détruire si elle refusait de faire ce qu’il demandait. Tout comme il avait détruit sa pauvre mère, si aimante, si fragile… Car il était certain que, sans sa cruelle intervention, Chelsea Singleman serait encore en vie. Dans le silence vibrant qui suivit, elle perçut un bruit
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de moteur dans la cour. La secrétaire qui s’en allait sans doute, la laissant seule avec lui. Un frisson de crainte la parcourut. — Reviens dans le salon, commanda-t-il. Sachant ce qu’elle perdrait à lui résister, Riva passa devant lui, se raidissant contre les sensations qui l’assaillirent une fois de plus quand elle frôla du bras la manche de sa veste. Car il ne s’écarta pas pour lui faciliter la tâche, le mue ! — Hmm, est-ce une invite, Riva ? dit-il pour commenter ce geste. Je vais penser que je suis pour toi bien plus qu’un client, si tu n’y prends garde. Et nous savons tous deux ce qui est arrivé la dernière fois que nous nous sommes vus. La dernière fois, il s’était servi d’elle, froidement, impitoyablement, déployant son charme pour la tenir à sa merci, se remémora-t-elle. Et elle avait été trop naïve et trop inexpérimentée pour deviner son odieux calcul. Elle ne s’en était rendu compte qu’après, une fois sa Ierté et sa dignité réduites en miettes ! — Je n’ai pas besoin de t’inviter, Damiano. En tant que client, tu sais t’imposer. — Tu t’es aussi convaincue que je m’imposais à toi, il y a… Combien ? Quatre ans et demi, presque cinq ans ? Riva sentit ses joues s’enammer à ce rappel. Comment oublier qu’elle avait été une proie facile et consentante entre ses mains expertes ? Elle avait même devancé ses caresses, prenant cette marque de tendresse pour de l’affection, et sa séduction calculée pour quelque chose de plus profond encore. — Non. J’ai été stupide, c’est tout, murmura-t-elle. Elle vit un sourire jouer sur ses lèvres diaboliquement sensuelles. — Tu ne pouvais pas me reprocher de vouloir connatre la vérité. Du reste, les faits parlaient d’eux-mêmes.
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Certes, elle lui avait menti, convint-elle, dissimulant les choses les plus intimes sur elle-même. Parce qu’elle avait été terriblement gênée et qu’elle avait eu honte de son passé. îl avait été furieux contre elle après cela, mais peut-être l’avait-il été davantage contre lui-même. Car découvrir qu’il avait proIté d’une jeune Ille vierge pour punir Chelsea Singleman avait dû peser sur sa conscience. EnIn, s’il en avait une ! — Tu as gâché la vie de ma mère, jeta-t-elle en dardant sur lui la amme accusatrice de son regard vert. îl prit un air dubitatif. — En l’empêchant d’épouser mon oncle ? J’aurais manqué à mon devoir familial si je n’étais pas intervenu. Je suis sûr qu’elle s’en est remise depuis. Des femmes comme Chelsea et comme toi,cara, se consolent vite d’une occasion perdue. Avant longtemps, une autre victime tombera dans ses Ilets, si ce n’est pas déjà fait. La douleur lacéra Riva comme un coup de fouet, et il lui fallut toute sa volonté pour s’empêcher de gier celui qui lui faisait face. — Ma mère est morte, assena-t-elle d’une voix vibrante. Un silence pesant s’écoula. — Je suis désolé, dit-il enIn. A voir son expression abasourdie, elle aurait presque cru à sa sincérité. C’était oublier que Damiano D’Amico était incapable de la moindre compassion. Comment osait-il prononcer ces mots-là quand il n’était pas étranger au désespoir de Chelsea et qu’il était directe-ment responsable de sa mort ? — Que s’est-il passé ? demanda-t-il. — Comme si tu t’en souciais ! Les traits de Damiano se durcirent ostensiblement. — Dis-moi. Riva garda le silence. C’était trop pénible de parler de sa mère disparue beaucoup trop tôt — alors qu’elle
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n’avait même pas quarante ans. Elle avait été si pleine d’entrain, si coquette aussi, au point d’insister pour que sa Ille l’appelât par son prénom, surtout devant l’homme qu’elle aimait. Damiano attendait son explication, et il dégageait une telle autorité que, à contrecœur, Riva Init par céder. — Une overdose accidentelle de médicaments, laissa-t-elle tomber. Chelsea était aussi devenue alcoolique, et c’était le mélange de psychotropes et d’alcool qui, d’après les médecins, lui avait été fatal. Mais Riva préféra passer cela sous silence. — Quand ? voulut-il savoir. — îl y a un peu plus d’un an. îl ébaucha une moue contrite. — Comme je l’ai dit, je suis désolé. Riva laissa échapper un rire cassant. — Oh ! bien sûr… Tu vas aussi me dire que ce n’est pas ta faute si elle en est arrivée là, alors que tu as rompu ses Iançailles avec l’homme qu’elle aimait ? — Tu me tiens pour responsable ? s’étonna-t-il, médusé. — Qui d’autre ? — C’est trop facile, Riva. Tu sais parfaitement pour-quoi mon oncle a rompu ses Iançailles avec ta mère. Mon enquête a prouvé qu’elle ne faisait pas l’affaire. Votre comportement à toutes les deux laissait grande-ment à désirer. — Uniquement de ton point de vue. — Marcello était trop envoûté par une jolie blonde aux yeux bleus pour voir plus loin que ses sourires superIciels et un passé inventé de toutes pièces. — Ça te va bien de dire ça, toi qui n’as cessé de jouer double jeu ! — Tiens donc… Si mon oncle a eu droit à une version édulcorée de la vérité par ta mère, ce n’est pas à lui qu’on
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a servi les mensonges les plus éhontés, rétorqua-t-il, les dents serrées. Riva frémit, mortiIée, en repensant à l’histoire qu’elle avait brodée autour de ses origines et de son éducation. Comme elle avait été naïve de croire qu’il ne décou-vrirait jamais son subterfuge ! Mais rien ne changerait ça, comme rien ne pourrait lui faire avouer les raisons qu’elle avait eues de lui mentir, pensa-t-elle. — Maintenant, tu ne verras pas d’inconvénient, je pense, à ce que nous commencions à travailler. Du geste, il lui It signe de le précéder pour sortir du salon. A contrecœur, Riva obéit, soulagée de laisser tomber cette conversation.
En regardant sa jolie démarche tandis qu’il lui indi-quait la direction de la pièce à rénover, Damiano ne put s’empêcher de remarquer son port de tête altier et son dos très droit sous la tunique qu’elle portait. Riva Singleman avait du cran, il lui reconnaissait cela. îl capta une bouffée de son parfum euri et sentit comme un aiguillon dans son bas-ventre. Avec ses cheveux cuivrés, sa peau laiteuse et ses seins menus, elle n’était pas le genre de femme qui le charmait habituelle-ment — des blondes aux jambes interminables —,mais il y avait quelque chose en elle, un je-ne-sais-quoi qui l’attirait et l’irritait tout à la fois. îl était bien forcé d’admettre qu’il désirait cette créature comme il l’avait désirée autrefois dès qu’il l’avait vue dans la villa de son oncle Marcello. îl avait été ravi quand Marcello lui avait annoncé son intention de se remarier, se souvint-il. Après tout, le frère de son père défunt était veuf depuis plus de dix ans. Mais quand, à l’invitation de celui-ci, il était arrivé à la villa pour faire la connaissance de sa future
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épouse, Damiano avait été surpris de voir une femme deux fois plus jeune que son oncle et escortée d’une Ille déjà adulte. Au début, il avait même cru qu’elles étaient sœurs. Parce qu’elles s’appelaient par leurs prénoms, étaient toutes deux vêtues de grandes jupes à eurs et portaient des cheveux très longs. La seule différence était que l’une était rousse et l’autre blond platine. Dès le départ, il avait eu des doutes sur leurs inten-tions. Qui étaient-elles ? D’où venaient-elles avec leurs colliers de eurs et leurs sandales de cuir, dont la plus jeune se passait volontiers pour marcher pieds nus ? Et quelle femme trentenaire choisirait de se lier à un homme, séduisant certes, mais beaucoup plus âgé qu’elle, si ce n’était qu’elle enviait son rang social, sa fortune et le pouvoir dont il jouissait ? Car Marcello D’Amico était le descendant d’une des familles les plus respectées d’îtalie. Le fait que son oncle avait rencontré ces femmes dans une station balnéaire anglaise où elles vendaient des bijoux sur le marché avait renforcé sa méIance et son désir d’en apprendre davantage à leur sujet. îl avait donc chargé son personnel de mener une enquête discrète sur Chelsea Singleman, pendant que de son côté il avait courtisé sa Ille pour lui soutirer des informations. Son père, lui avait-elle dit, avait été ofIcier dans la Royal Navy et souvent absent durant son enfance. Quant à sa mère, elle aurait pu faire une belle carrière artistique si son mari n’avait vu d’un mauvais œil le fait qu’elle travaille. Riva avait aussi afIrmé avoir reçu la meilleure éducation avant la mort de son père dans un accident de voiture. Un père qui les avait laissées, sa mère et elle, à l’abri du besoin, avait-elle précisé. Et elle ne s’était pas contentée de lui fournir ce qu’il
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avait cherché à savoir, admit Damiano d’un air sombre. Elle lui avait donné beaucoup plus que ça… îl serra les mâchoires. Comment oublier que, dans sa quête de la vérité, il avait déoré une jeune Ille ? Encore aujourd’hui, cela lui restait sur le cœur. îl essayait d’apaiser sa conscience en se répétant que cette petite sirène maléIque avait eu une idée derrière la tête en couchant avec lui. Heureusement qu’il n’était pas dupe de sa comédie. Car les faits que son personnel lui avait rapportés lui avaient donné raison. îl avait eu affaire à deux marginales et, comme il l’avait suspecté depuis le début, des croqueuses de diamants. Rien de ce que Riva avait dit n’était vrai. Née hors mariage, elle venait d’une banlieue défavo-risée et n’avait fréquenté qu’un lycée public ordinaire. Sa mère, loin d’être une artiste ambitieuse, avait eu du mal à garder le moindre job et avait occupé une succession de logements minables pour lesquels elle ne réglait pas toujours le loyer. Quant au père, il avait été docker à une certaine époque — ce qui se rapprochait le plus de son supposé grade d’ofIcier de marine — et l’unique uniforme qu’il eût jamais porté était celui de détenu dans l’une des prisons de Sa Gracieuse Majesté ! Le seul élément véridique de l’histoire était qu’il s’était effectivement tué au volant de sa voiture… dans l’année qui avait suivi sa libération, et sous l’emprise de l’alcool ! Damiano ne se féliciterait jamais assez d’avoir sauvé son oncle des griffes de ces deux créatures malhonnêtes. îl regrettait cependant ce qui était arrivé à Chelsea Singleman.Per amor di Dio,il n’aurait pas une once d’humanité, sinon. Mais, en supposant qu’elle eût épousé Marcello, lequel malheureusement était décédé dix-huit mois plus tôt, c’était cette petite proIteuse de Riva qui aurait empoché la fortune de son oncle. Un comble !
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