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Prologue
Quand Amy aperçut les deux policiers près de l’entrée, elle n’éprouva tout d’abord qu’une légère curiosité. Jamais elle n’aurait imaginé qu’ils s’apprêtaient à bouleverser son existence.
A vrai dire, elle était bien trop euphorique pour nourrir la moindre pensée négative. Cette soirée était l’aboutissement de plusieurs semaines harassantes de préparation et elle savourait à présent son succès. Ses clients ne cessaient de la féliciter. La galerie qu’elle avait dénichée dans le quartier de Southbank les enchantait, tout comme les murs d’écrans où étaient projetées des images de leur ligne de luminaires écologiques.
Amy était également très satisfaite de sa propre apparence. Elle avait suivi un régime draconien pour rentrer dans une petite robe noire terriblement chic… et chère. Et elle avait dépensé une somme folle chez un coiffeur de Chapel Street qui avait illuminé sa chevelure châtain clair de balayages subtils. Enfin, ses escarpins à hauts talons et les boucles d’oreilles en diamants de sa grand-mère parachevaient l’image sophistiquée qu’elle voulait renvoyer.
En écoutant le concert de louanges que son allure et l’organisation de la soirée de lancement suscitaient, il ne faisait aucun doute à ses yeux qu’elle avait définitivement assis sa réputation dans le monde du marketing et de l’événementiel de Melbourne.
Elle s’apprêtait à fêter son triomphe au champagne quand l’expression sombre des policiers la frappa. Que faisaient-ils ici ? se demanda-t-elle en suspendant son geste pour porter une coupe à ses lèvres. Elle crut d’abord qu’ils s’étaient trompés d’adresse, mais quand elle vit le plus âgé des deux hommes échanger quelques mots avec le vigile chargé de contrôler les invitations, et que ce dernier pointa l’index dans sa direction, un sentiment d’anxiété lui noua la gorge.
Voulant à tout prix éviter que l’apparition des policiers ne vienne gâcher une soirée jusque-là si parfaite, elle s’empressa d’aller à leur rencontre. Tout en se dirigeant vers l’entrée, elle essayait de trouver une explication plausible à cette intrusion. Un criminel en cavale avait-il réussi à passer le barrage du portier ? Etait-ce elle que la police recherchait ? Avait-elle mal garé sa voiture ? Ou quelque chose était-il arrivé à ses parents ? Seigneur ! Pourvu que ce ne soit pas ça !
— Bonsoir messieurs, dit-elle d’une voix tremblante quand elle fut arrivée à leur hauteur. En quoi puis-je vous aider ?
— Etes-vous mademoiselle Amy Ross, et résidez-vous au 67 Grange Street à Kew ?
— Oui.
Les jambes flageolantes, elle s’attendait à ce qu’il lui annonce d’un instant à l’autre qu’elle avait oublié de débrancher le fer à repasser et que sa maison avait brûlé.
— Vous êtes bien l’organisatrice de cette soirée ?
Incapable de masquer son inquiétude plus longtemps, elle balbutia :
— Oui. Que… Que se passe-t-il ?
— Nous préférerions vous parler en privé. Si vous voulez bien nous suivre…
L’estomac noué par l’appréhension, Amy emboîta le pas aux deux hommes qui se dirigèrent vers la partie la moins fréquentée du hall de la galerie. Le plus jeune sortit un papier de sa poche. Elle reconnut immédiatement un des cartons d’invitation à la soirée. Que signifiait tout ceci ? Ses clients avaient approuvé sa liste d’invités et la seule personne extérieure qu’elle avait ajoutée à cette liste était sa meilleure amie, Rachel. Elle avait d’abord songé à inviter son petit ami, Dominic, avant de se raviser et de donner le carton à Rachel. Mais rien de tout cela n’était illégal.
Son amie était mère célibataire et écrivain ; depuis la naissance de sa fille, elle ne sortait pratiquement plus. Cette soirée était l’occasion rêvée pour elle de renouer avec une vie sociale avant la publication de son premier roman. Si elle n’était pas encore arrivée, c’était sans nul doute parce qu’elle avait eu du mal à laisser sa fille, Bella, à une baby-sitter pour la première fois.
Le policier tapotait de l’index le carton d’invitation.
— Est-ce bien vous que Rachel Tyler a déclarée comme personne à prévenir en cas d’accident ?
Submergée par une vague de panique, Amy éprouvait de plus en plus de peine à parler.
— Je suis sa meilleure amie, murmura-t-elle. Rachel n’a plus de famille et je suppose qu’elle a pu me déclarer comme sa plus proche parente.
— Votre nom est apparu quand nous avons vérifié son permis de conduire.
Le ton doux — trop doux — du policier lui glaça le sang. Amy commençait à trembler de tous ses membres. Elle aurait voulu prendre ses jambes à son cou pour ne pas être obligée d’entendre ce que ces hommes étaient venus lui annoncer.
— Nous avons trouvé cette invitation dans son sac à main et nous en avons déduit que nous vous trouverions ici, poursuivit le policier.
Amy dut réprimer une terrible envie de hurler. En tournant autour du pot comme ils le faisaient, ces hommes la rendaient folle de terreur. Elle aurait voulu qu’ils disparaissent sur-le-champ.