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- 1 -
Dès son arrivée devant la maison familiale, le Major Silas Davenport comprit que quelque chose clochait.
Manifestement, ses parents n’étaient pas là.
Leur voiture n’était pas devant le cottage. Pas de guirlande éclairant la façade, pas même l’ombre du traditionnel Père Noël gonflable dont son père ornait d’habitude le petit jardin. Et où donc était passée l’éternelle couronne de l’avent ?
Sa mère était de celles qui bouclent leurs achats de Noël avant la fin du mois de juillet. Jamais ses parents ne se seraient absentés pour des courses de dernière minute.
Peut-être étaient-ils sortis dîner ?
Sur le pas de la porte, Silas aperçut deux journaux abandonnés qui n’avaient pas été dépliés.
Un mauvais pressentiment s’empara de lui.
Il descendit de voiture, soulagé d’avoir reconnu le petit rocher artificiel qui servait déjà de cachette à clés dans la maison de bord de mer où il avait grandi.
Mais où diable étaient-ils donc passés ? Et dire qu’il venait d’accomplir un périple de plus de vingt-quatre heures, bravant la fatigue, en se délectant à l’avance de la surprise qu’éprouveraient ses parents en le découvrant devant leur porte pour fêter Noël avec eux… Tout cela pour trouver une maison vide.
Adieu, embrassades chaleureuses et émues, adieu repas chaud et convivial auprès du poêle à bois au son des chants de Noël, adieu vin chaud et blagues de fin de soirée…
A y repenser, plutôt que de faire la surprise à sa famille, il aurait mieux fait de les appeler pour les prévenir qu’on lui avait accordé une permission de dernière minute. Comme la plupart des soldats de l’armée, Silas avait demandé une permission pour les fêtes, mais la probabilité de l’obtenir était en général si faible qu’il n’avait pas sérieusement imaginé pouvoir passer Noël auprès des siens. Il s’était donc résigné à rester en Irak auprès de ses camarades qu’il admirait et affectionnait sincèrement, mais qui n’étaient pas sa famille.
C’était la première fois en deux années de service qu’il rentrait pour les fêtes. Il se réjouissait tant de retrouver le vin chaud maison de son père et les orangettes de sa mère ! Il s’était même préparé à entendre les lamentations de celle-ci au sujet du petit ami de sa sœur cadette : à la plus grande horreur de ses parents, celle-ci faisait actuellement le tour de l’Europe, sac au dos, avec son amoureux. Pour une fois, cela lui ferait même plaisir de connaître les derniers potins du reste de la famille. Il saurait qui était enceinte, qui devait se fiancer, qui divorçait. Bref, toutes ces petites choses qui font que l’on appartient à une famille, et que l’on partage, même ponctuellement, un certain esprit de tribu.
Après avoir extirpé son sac du coffre, Silas s’empara de la clé cachée dans la petite roche factice. Tout semblait calme à l’intérieur du cottage. Alors qu’il allait entrer, son regard se figea soudain : près du paillasson, se trouvait une paire de ballerines Au loin, quelques notes de musique s’élevaient, et accompagnaient un bruit d’eau qui coule. Plus intrigué que jamais, il s’avança prudemment.
— Maman ? cria-t-il en fronçant les sourcils. Papa ?
Rien.
Son paquetage déposé, il se dirigea vers la terrasse couverte, qui faisait le prix de ces cottages de front de mer. La maison s’organisait de manière assez simple autour d’une cuisine centrale qui donnait sur un double séjour, ainsi que sur deux grandes chambres. Celle de Silas, à l’étage, offrait la vue la plus époustouflante de la demeure. Entre le bruit des vagues et l’odeur des sablés au beurre de sa mère qui montait de la cuisine, cette pièce était un véritable paradis. Un paradis qu’il s’était fait une joie de retrouver.
Hélas, son intuition lui soufflait qu’il n’était pas près de les déguster, ses orangettes, caramels mous, jambon à la broche et autres gourmandises de Noël… Un froid tenace régnait dans la maison : manifestement, ses parents n’avaient pas programmé le chauffage, ce qui signifiait, de toute évidence, qu’ils ne rentreraient pas de sitôt. Tout était trop rangé, trop propre. Et aucune trace de Cletus, leur fidèle chat, dont la gamelle était pourtant remplie de pâtée fraîche.
Il tendit l’oreille. Les notes de musique provenaient du porche abritant le Jacuzzi. Il reconnut les paroles de Trouble, le tube de Ray La Montagne, repris à tue-tête par une voix de femme qui chantait horriblement faux.
Silas ne put réprimer un sourire. Elle chantait vraiment mal, mais semblait y mettre tout son cœur. D’un pas prudent, il se dirigea vers le porche, poussa doucement la porte. Sur le sol, des vêtements étaient éparpillés : sweat-shirt, jean, culotte en dentelle rouge et soutien-gorge assorti. En quelques secondes, son moral revint au beau fixe.
Une femme nue prenait un bain. Dans le Jacuzzi de ses parents. Avec un peu de chance, elle était jolie, et son Noël ne serait pas aussi morose que prévu.
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