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Voix de garage

De
93 pages
En mars 1999, la Régie Renault fit fermer un garage sans en avoir licencié le personnel selon les normes en vigueur. Refusant cet état de fait, les employés s'obligèrent à se présenter, chaque matin, sur le lieu de travail, puisque n'étant pas officiellement licenciés. Étant ainsi régulièrement présents et bien que n'exerçant plus aucune activité professionnelle, la Direction se trouva dans l'obligation de continuer à leur verser leurs salaires. Ce texte théâtral évoque ces longues journées d'attente, faites d'espoir et d'abattement, de colères et de résignation mais aussi parfois de rires.
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@ L'Harmattan, 2003 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan, Italia s.r.I. Via Bava 37 10124 Torino L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest ISBN: 2-7475-4712-4

Loïc PICHON

VOIX DE GARAGE

L'Harmattan

Préface
La première question que je me suis posée lorsque, par hasard, j'ai entendu ce «fait divers» à la radio fut: comment ces gens ont-ils pu tenir si longtemps (ils en étaient alors à leur douzième mois) ? Et la seule façon d'obtenir une réponse était bien évidemment d'aller les voir. Une relation de confiance étant établie, ils m'expliquèrent avec minutie toutes les phases de ce long conflit social qui ne pouvait qu'aboutir à cette situation de blocage. Mais la vraie réponse que je cherchais n'était pas celle-là, ou pas seulement. Venant et revenant voir ces personnes de nombreuses fois pour les interviewer séparément et collectivement, j'eus ainsi la chance de les voir vivre au quotidien et donc de les entendre s'exprimer au-delà de leurs soucis socioprofessionnels dont ils étaient bien légitimement préoccupés. J'ai alors constaté qu'à travers leurs propos même les plus anodins se dégageait un réel et très fort esprit communautaire, comme si ce groupe était devenu en soi une identité et chacun d'eux un élément de cette identité. Par exemple, si l'un d'eux était absent, les autres s'en inquiétaient et voulaient en connaître la raison comme si cette absence risquait de fragiliser le groupe. Car, pensaient-ils, de la force du groupe dépendait l'issue du conflit. L'homogénéité du groupe était donc capitale et chacun en était conscient. Ils pensaient et s'exprimaient par le groupe. Même les soucis de famille étaient racontés collectivement, et non l'inverse, m'ont-ils confié sépa-

rément, preuve qu'ils se sentaient mieux compris au sein du groupe que dans leurs contextes familiaux. Comme ils ne faisaient rien ou presque, ils parlaient, souvent, facilement, de façon spontanée mais sporadique, laissant parfois une phrase en suspens pour la reprendre plus tard, après qu'un autre ait ouvert une autre conversation, elle aussi, ensuite, suspendue. Il est vrai qu'ils répétaient souvent les mêmes choses, les mêmes blagues, les mêmes invectives; mais cet entrecroisement des idées était très surprenant pour quelqu'un comme moi venant de l'extérieur, et j'entrevoyais là la vraie réponse à ma question. Car cette façon de dire traduisait bien leur état d'esprit: leur souci communautaire avait même modifié leur façon de s'exprimer, et, disons-le, de penser. Et cela, il me semble, peut expliquer comment et pourquoi ils ont pu ainsi tenir 17 mois. Cette façon de parler, sur un rythme décalé, est donc très importante car elle traduit véritablement l'esprit de la communauté dont ces personnes étaient imprégnées. Autre élément important: l'occupation de l'espace. A bien les observer, je me suis rendu compte qu'ils occupaient leur lieu de vie de façon presque rituelle. Selon les moments de la journée ils se trouvaient dans tel ou tel endroit, avec tel ou tel collègue, et ces déplacements ne devaient rien au hasard car ils étaient renouvelés tous les jours. Les déplacements comme les moments de pose ou d'arrêt répondaient donc plus à des affinités relationnelles qu'à la logique des échanges verbaux qui circulaient continuellement. Cette occupation de l'espace est donc, tout comme le rythme décalé du langage, un élément important à 6

prendre en compte pour évoquer théâtralement cet événement. Je travaille actuellement à la mise en scène de ce texte qui sera présentée au Théâtre de la Tempête à Vincennes ainsi qu'au Théâtre du Campagnol à Arcueil, dans le cadre des 9èmeRencontres à la Cartoucherie, en juin 2003. Puissent ces manifestations théâtrales apporter une réflexion humaniste sur ce genre d'événement:> hélas, de moins en moins exceptionnel. Loïc Pichon

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Les personnages
Par ordre d'entrée en scène:

1.- David 2. - Cécile 3. - Le Gardien 4. - Jean-Claude 5. - François 6. - Monique 7. - Patrick 8. - Capelle

Acte 1

En milieu de scène: un bureau orienté face public et entouré de quelques chaises. A gauche de ce bureau et éloigné de 2 mètres au maximum, une table sur laquelle sont posés différents objets, dont principalement un poste de télévision et une machine à café. Plus à gauche, à Jardin, une autre table, plus grande, avec cendriers, tapis de cartes et verres vides. Cette table est également entourée de chaises. Dans le fond, à Cour, et soigneusement rangés par terre, 2 caisses à outils et un châssis à roulettes sur lequel est fixé un moteur de voiture. Contre le mur, à Cour, une table de ping-pong dont l'une des moitiés est relevée verticalement permettant ainsi de J'ouer seul, en «fronton ». En avant-scène, à Cour, une porte totalement vitrée, face public. En fond de scène, plutôt à Jardin, une petite porte correspondant au local du Gardien. Dans l'angle fond de scène et côté Cour, une grande ouverture permettant d'accéder au reste du garage. En avant-scène, à Cour, apparaissent David et Cécile qui s'approchent de la porte vitrée. CECILE. - Il n'y a encore personne. Tu vois, c'est toi le premier, comme d'habitude. David essaie de pousser la porte mais elle est bloquée. CECILE.
-

On avait le temps. Je le savais.