Livre des petits garçons . Édition illustrée

Publié par

Paris A. Courcier, libraire-éditeur [1851]. 1851. 61-[1 bl.]-[1]-[1 bl.] p. : ill. ; 15 cm.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : mercredi 1 janvier 1851
Lecture(s) : 2
Source : BnF/Gallica
Licence : En savoir +
Paternité, pas d'utilisation commerciale, partage des conditions initiales à l'identique
Nombre de pages : 53
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

/~\
.1. ;y-
X
N
•f
f à | **#**'"■■
■sf a*, %\ >■ ,*
à S "V". #
1
PETITE BIBLIOTHÈQUE CHOISIE
Choix d'ouvrages illustrés <*> A
pour l'éducation et l'amusement des enfants.
J
1. Contes des fées, ^êo\. in-18.
2. Choix de fables, 1 vol. in-18.
3. Cris de Pabis, 1 vol. in-18.
4. Petite histoire de France, 1 vol. in-18.
5. LlVItE DES PETITES FILLES, 1 VOl. ill-18.
6. Livre des petits garçons, 1 vol. in-18.,
7. Petit Berquin des enfants, 1 vol. in-18-
8. Robinson Suisse, l vol. in-18.
9. Jeux et exercices des jeunes garçons, 1 vol. in-18.
Tous ces volumes sont cartonnés avec une char-
mante couverture or et couleurs.
Prix de chaque ouvrage colorié : 2 fr.
— — noir : 1 fr. 50 c.
Poissy. — Typographie Arbieu.
— 6 —
LETTRES ITALIQUES.
VOYELLES.
LETTRES DE RONDE.
CONSONNES.
— 7 —
01 23456789
zéro. un. deux, trois, quatre, einq. six. sept. Iiuit. neuf.
CHIFFRES ARABES ET ROMAINS.
un
1
I
seize
16
XVI
deux
2
II
dix-sept
17
XVII
trois
3
III
dix-huit
18
XVIII
quatre
4
IV
dix-neuf
19
XIX
cinq
5
V
vingt
20
XX
six
6
VI
trente
30
XXX
sept
7
VII
quarante
4-0
XL
huit
8
VIII
cinquante
50
L
neuf
9
IX
soixante
60
LX
dix
10
X
soixante-dix
70
LXX
onze
11
XI
quatre-vingts
80
LXXX
douze
12
XII
quatre-vingt-dix
90
XC
treize
13
XIII
cent
100
c
quatorze
14
XIV
cinq cents
500
D
quinze
15
XV
mille
1000
M
Vous êtes un bon garçon, vous avez très-bien dit
votre leçon, et, pour vous récompenser, je vais vous lire
une belle histoire qui se trouve dans votre livre après
les mots à épeler. C'est celle d'un petit garçon, qui n'é-
tait pas sage comme vous, et qui ne voulait pas étudier
ses leçons ; aussi vous allez voir combien sa paresse
l'a rendu malheureux par la suite.
Ce petit garçon s'appelait Alfred; son papa et sa
maman, qui étaient très-bons, relevaient avec le plus
grand soin, et voulaient en faire un homme bien ins-
truit ; mais Alfred répondait très-mal à tous leurs
— 16 —
efforts, et il ne profitait nullement des leçons qu'on
lui donnait.
Je ne puis vous dire toute la peine qu'on avait eue
pour lui apprendre seulement son A. B. C. D. Toutes
les fois qu'il fallait lire, il se mettait à pleurer et à crier
comme un vilain enfant qu'il était, et il refusait d'aller
chercher son livre, en disant qu'il était trop fatigué,
que le livre était trop lourd, et toutes sortes de choses
qui n'avaient pas le sens commun.
Quelquefois sa bonne, qui était très-complaisante
et le gâtait un peu, allait chercher le livre pour lui, et
l'apportait sur les genoux de la maman, et même elle
l'ouvrait à l'endroit de la leçon. Vous croyez qu'alors
cela allait tout seul et qu'il se mettait à lire courageu-
sement?., point du tout, il continuait à pleurer, en di-
sant que le livre était trop bas, ou bien trop haut, puis
il nommait les lettres tout de travers; je crois bien
cela, il ne pouvait pas les voir comme il faut, parce
que ses yeux étaient pleins de larmes et que tout lui
paraissait brouillé.
J'aurais été bien malheureuse, si j'avais eu un en-
fant si méchant et si paresseux, et M™ Dordé, sa
— 17 —
mère, était aussi bien malheureuse, elle ne pouvait se
consoler d'avoir un petit garçon qui ne voulait rien
apprendre du tout.
11 y avait des jours, cependant, où la leçon allait un
peu mieux, et je vais vous dire comment cela se fai-
sait : la bonne revenait du marché et disait à M'ne
Dordé : Madame, si Alfred lit bien, nous lui donnerons
cette belle pomme rouge, et Alfred, qui était un peu
gourmand, regardait du coin de l'oeil la belle pomme
rouge ; ces jours-là il faisait bien attention, disait
très-bien foutes ses lettres, parce qu'il avait beaucoup
d'intelligence quand il voulait s'appliquer. De sorte
qu'Alfred lisait pour avoir une pomme, et point du
tout pour devenir instruit et faire plaisir à sa maman,
et ce n'était pas beau , n'est-il pas vrai?.. Certaine-
ment il n'est pas défendu d'aimer les belles pommes
rouges; au contraire, le bon Dieu les met sur les arbres
pour les petits enfants qui sont bien sages, qui lisent
bien leurs leçons et surtout qui aiment bien leur
papa et leur maman. Mais un enfant qui fait atten-
tion à sa lecture, seulement pour avoir une récom-
pense, n>s^p4$~geMil du tout. Cependant M"' 0 Dordé
/.•$>■- /A 2
— dS-
disait : Peut-être que plus tard, quand Alfred sera
plus grand, il comprendra qu'il faut toujours bien faire
son devoir, même quand on n'a pas l'espoir d'avoir
une récompense, mais tout simplement pour faire plai-
sir à sa maman et obéir au bon Dieu, qui veut que tout
le inonde travaille, grands et petits, riches et pauvres.
C'est ce qu'on répétait toujours à Alfred, quand il re-
fusait de lire sa leçon.
Les progrès d'Alfred n'étaient pas bien rapides,
comme vous pouvez croire, et il avait déjà six ans qu'il
ne savait pas encore lire couramment! C'était bien
honteux, n'est-ce pas?.. Cependant à force de lui faire
répéter les mêmes mots, à force de lui donner de bel-
les pommes rouges, on parvint à le faire lire à peu près
bien ; je dis à peu près, parce qu'il ne lisait pas tout
à fait bien et ne savait s'arrêter ni aux virgules, ni aux
points, comme je vous ai dit qu'il fallait le faire. Mais
enfin la maman disait : Voilà Alfred qui sait lire, peut-
être deviendra-t-il moins paresseux, et j'en serai bien
contente, parce qu'il a encore beaucoup de choses à
apprendre. Et pour l'engager à travailler, à écrire, à
étudier des fables et l'histoire sainte, on lui donnait
— 19 —
toutes sortes de beaux livres, avec de jolies couvertu-
res, de belles images, et remplis d'histoires toutes plus
intéressantes les unes que les autres... Mais Alfred ne
les ouvrait seulement pas, ou c'était pour regarder les
images, et puis il n'y touchait plus et la maman se
désolait.
Alfred avait un petit cousin, nommé Gaston, qui était
plus jeune que lui, et qui cependant savait beaucoup
plus de choses ; il lisait très-bien, commençait à écrire,
récitait des fables par coeur, savait compter jusqu'à
100, etc. Enfin il était très-gentil et tout le monde
l'aimait à cause de sa bonne conduite ; et Mmo Dordé
disait souvent à Alfred : Regarde donc comme ton petit
cousin est sage, et combien il sait de choses, et cepen-
dant son papa n'a pas beaucoup le temps pour lui
donner des leçons.
En effet, M. Bernard, le père de Gaston, était occupé
toute la journée à son bureau, et c'était seulement le
soir qu'il donnait la leçon à son fils. Mais celui-ci, qui
savait que son papa était déjà très-fatigué d'avoir tra-
vaillé toute la journée, s'appliquait de tout son coeur
pour ne pas le fatiguer davantage ; vous voyez quec'é-
— 20-
tait un bien charmant enfant, auquel on n'avait pas
besoin de donner des pommes rouges pour le faire
travailler; aussi tout le monde l'aimait, il fallait voir!
et l'on disait sans cesse, qu'il est donc gentil, Gaston !
S'il continue comme cela il sera un homme bien ins-
truit, quand il sera grand ; ce n'est j as comme Alfred
qui ne veut rien apprendre du tout ; aussi il sera un
petit âne toute sa vie.
Cela m'est bien égal, répondait Alfred ; quand je se-
rai grand j'aurai beaucoup d'argent comme mon papa,
alors j'achèterai tout ce que je voudrai; tandis que
Gaston sera obligé de travailler, parce que mon oncle
n'est pas riche comme mon papa.
Voyez-vous comme tout de suite un défaut mène à
un autre. Alfred, pour trouver une excuse à sa paresse,
devenait orgueilleux et méprisait son petit cousin,
moins riche que lui. Mais il ne savait pas que l'on aime
les gens parce qu'ils sont bons et qu'ils ont un joli ca-
ractère, et point du tout parce qu'ils ont beaucoup
d'argent ou de beaux appartements. Je sais bien que
pour moi, j'aime mieux un petit garçon qui n'a qu'une
petite blouse bien simple, mais qui est poli et bien
— 21 —
élevé, que celui qui a un costume bien élégant, et qui
est indocile, malhonnête et paresseux.
Mme Dordé était bien fâchée d'avoir un enfant aussi
peu raisonnable. Elle cherchait tous les moyens pos-
sibles pour engager son fils à travailler. Un jour elle
dit en elle-même, peut-être qu'Alfred s'ennuie d'ap-
prendre tout seul, et qu'il aurait plus de courage, s'il
avait un petit camarade ; cela lui donnerait de l'ému-
lation, et il serait sans doute honteux de voir un autre
enfant plus sage que lui ; nous allons essayer cela.
jjme Dordé mit son chapeau et alla trouver Mm 0 Ber-
nard. Ma soeur, lui dit-elle en entrant, je viens
vous faire une proposition : comme votre mari est
absent toute la journée, il ne peut pas beaucoup
s'occuper de son fils; si vous voulez, Gaston viendra
tous les jours à la maison, et le maître d'Alfred lui
donnera des leçons en même temps qu'à son cousin;
de cette manière, Gaston, qui est Irès-sage et très-ap-
pliqué, fera bien des progrès, et peut-être que mon fils
travaillera mieux aussi.
Je le veux bien, ma soeur, répondit M,ne Bernard,
et dès demain matin j'enverrai Gaston chez vous.
— 22 —
Ce qui fut dit, fut fait, et à partir de ce moment,
les deux cousins prirent leçons ensemble. Gaston tra-
vaillait de tout son coeur. Le maître était surpris de
son intelligence, et il aimait beaucoup ce petit élève
si sage et si appliqué. Quant à Alfred, il était toujours
très-paresseux, et son cousin avait déjà appris toute
l'histoire sainte, l'histoire de France et une grande
partie de son livre de géographie, que lui savait à
peine l'histoire d'Abel et celle de Noé ; et puis il n'était
jamais prêt pour commencer à étudier, et Gaston était
déjà dans la salle d'études depuis longtemps lorsqu'il
se décidait à y entrer. Cependant Gaston avait tous
les matins une grande course à faire pour venir, parce
qu'il demeurait bien loin, bien loin, mais il se levait
de très-bonne heure pour ne pas être en retard.
Quand il arrivait, après avoir embrassé son oncle et
sa tante et donné une bonne poignée de main à son
cousin, il entrait dans le cabinet d'études, il accrochait
avec beaucoup de soin sa casquette contre le mur, à
côté de la petite gibecière où il mettait ses livres et
ses cahiers, puis il s'asseyait et commençait à travailler
sans lever les yeux.
— 93 —
Alfred arrivait ensuite, il jetait sa casquette par terre,
ainsi que sa gibecière, et comme il n'avait jamais le
soin de mettre le bouton, la gibecière s'ouvrait et les
livres et les cahiers se répandaient de tous côtés; les
livres s'écornaient, les cahiers se chiffonnaient, tout
cela était très-sale, et montrait que le petit garçon n'a-
vait pas d'ordre du tout : je vous l'ai dit plus haut,
tous les défauts se tiennent ensemble.
Alfred se couchait sur sa chaise en étendant les bras
et bâillant comme s'il n'avait pas dormi de toute la
nuit. Quand il voyait Gaston travailler avec tant d'ar-
deur il se moquait de lui : Laisse donc tout cela, lui di-
sait-il ; à quoi cela te sert-il, de travailler sans lever les
yeux? moi, ça m'ennuierait joliment de piocher comme
cela.
Mais, répondait Gaston, si je ne me dépêche pas,
je n'aurai pas fini quand le maître viendra. —Ah!
bah! qu'est-ce que cela fait?
Gaston pensait que cela faisait beaucoup, et qu'il
était très-utile de profiter des bonnes leçons du maître
afin de faire plaisir à ses parents et de devenir bien
instruit ; il engageait Alfred à travailler, mais ce der-
— 24 —
nier se moquait de lui, et lui faisait toutes sortes de
niches pour l'empêcher d'écrire. Le bon petit Gaston
ne se plaignait pas, parce qu'il savait que c'est très-
vilain de rapporter.
Gaston, qui était si bon garçon, que tout le monde
aimait à cause de sa bonne conduite et qui recevait
sans cesse des éloges, était toujours gai, joyeux, parce
qu'il était content de lui-même, et sa figure avait une
expression de bonheur qui faisait plaisir à voir.
Alfred, au contraire, s'ennuyait toute la journée;
quand arrivait l'heure de la récréation il n'avait aucun
plaisir à jouer parce qu'il n'avait pas bien rempli ses
devoirs; tout le contrariait et il grognait sans cesse ;
il n'était jamais de l'avis de personne, et quand on le
réprimandait de son mauvais caractère, il disait : Oh!
moi, d'abord, on me gronde toujours, je vois bien
qu'on ne m'aime pas- Vous savez qu'il avait bien tort
de dire cela, et que l'on était très-bien disposé à l'ai-
mer beaucoup, s'il avait voulu être bon garçon, mais
il est sûr qu'on ne peut pas caresser un enfant pares-
seux, avec autant de plaisir que celui qui remplit bien-
exactement tous ses devoirs.
— 25 —
Mmc Dordé cherchait à lui faire comprendre que
s'il ne devenait pas plus aimable, il finirait par se faire
détester ; mais Alfred ne l'écoutait pas, et il devint
bientôt si insupportable qu'on ne l'appelait plus que le
petit boudeur. Lorsqu'on emmenait les deux enfants
à la promenade, tous leurs petits amis accouraient avec
empressement à la rencontre de Gaston ; à peine fai-
saient-ils attention à son cousin, et s'ils le recevaient
dans leurs jeux, c'était tout simplement pour ne pas
faire de peine à leur cher Gaston.
Ce que la maman avait prévu arriva. Alfred se vit
bientôt délaissé et repoussé de tout le monde, ou si
on s'occupait de lui, c'était pour rire des bêtises que
son ignorance lui faisait dire, quand il voulait mettre
son mot dans la conversation que ses petits camarades
avaient entre eux sur leurs études.
Toutes les humiliations qu'il éprouvait le faisaient
réfléchir quelquefois; cependant, il eût été peut-être
encore bien longtemps sans chercher à se corriger, s'il
ne lui fût arrivé une aventure bien désagréable et que
je vais vous raconter. «
Alfred et Gaston avaient un grand-papa, qui était
bien bon, bien bon, et qui aimait beaucoup les enfants,
surtout lorsqu'ils étaient sages et qu'ils faisaient bien
leurs devoirs. Quant à ceux qui étaient indociles et
paresseux, il les aimait très-peu. D'abord il commen-
çait par leur donner de bons conseils pour les engager
à être dociles ; quelquefois même il demandait leur
grâce lorsqu'ils étaient punis, parce qu'il espérait
qu'à la fin ils seraient plus sages et se corrigeraient ;
mais lorsqu'il les voyait retomber dans les mêmes fau-
tes, il n'était pas content, je vousassure, etil était bien
près de ne plus les aimer du tout. Il épTouvait beau-
— 28 —
coup de chagrin lorsqu'il était obligé de les gronder
ou de les punir lui-même, mais comme il savait bien
que si les enfants ne se corrigent pas de leurs dé-
fauts quand ils sont petits ils deviendront très-mal-
heureux, quand ils seront grands, il était très-sévère
pour ceux qui ne voulaient pas obéir.
Mais aussi, je ne puis pas vous dire comme il cares-
sait et gâtait ceux qui étaient bons et sages. Il faisait
tout ce qu'il pouvait pour les rendre joyeux, pour les
divertir, il les appelait ses petits amis, et n'était jamais
aussi heureux que lorsqu'il les avait tous réunis autour
de lui. Aussi les enfants l'aimaient, il fallait voir !.. c'é-
tait à qui irait chez le grand-papa, et il invitait non-
seulement ses petits enfants et ses petits neveux, mais
encore leurs amis pourvu qu'ils fussent sages. Et alors
Dieu sait comme on s'amusait et les bonnes parties
que l'on faisait!.. Le bon papa était si complaisant!
et puis, il y avait chez lui une grande chambre toute
remplie de joujoux très-beaux, en très-bon état et
pas cassés du tout. D'abord parce que les enfants en
prenaient grand soin, sachant très-bien que ce n'est
pas joli de tout briser, comme font certains enfants
— 29 —
de ma connaissance qui croient ne pas pouvoir s'amu-
ser sans tout mettre en pièces. Ensuite, lorsqu'il arri-
vait un malheur et que malgré toutes les précautions
il y avait quelque chose d'abîmé, le bon papa avait la
complaisance de le raccommoder, et il disait que cela
l'amusait beaucoup de travailler pour ses petits amis.
On était donc très-bien chez le grand-papa, qui avait-
de si beaux joujoux ! Puis encore savez-vous ce qui
arrivait souvent?., lorsqu'on avait bien joué et qu'on
était fatigué d'avoir sauté, couru, chacun apportait
sa chaise auprès du fauteuil du grand-papa qui s'y
asseyait en souriant, posait ses pieds sur un tabouret
que ses petits amis s'empressaient de lui aller chercher,
puis, quand tout le monde était assis bien commodé-
ment, le grand-papa se mettait à raconter des his-
toires très-belles, très-longues, et si amusantes que pas
un, même parmi les plus petits, n'avait envie ni de
bâiller ni de dormir, ils étaient tous éveillés comme
des petites souris, et souvent même quand l'heure de
se séparer arrivait, on poussait de bien gros soupirs
de regret, mais personne n'osait murmurer, ni se
plaindre parce que l'on savait bien que celui qui
— 30 —
grognerait ou refuserait, de suivre la bonne qui venait
le chercher, ne reviendrait pas la prochaine fois, et
c'eût été dommage.
Alfred et Gaston allaient donc chez le grand-papa
avec leurs autres petits cousins, avec cette différence,
que Gaston y allait toutes les fois, bien gaîment et
comme un enfant très-sage et qui a bien rempli tous
ses devoirs, tandis qu'Alfred resta plusieurs fois à la
maison. Il y avait des jours aussi où il arrivait les yeux
rouges et le coeur gros : Je vois bien, disait le grand-
papa, que les devoirs n'ont pas encore été bien faits !
tu ne seras donc jamais sage ?.. — Madame ne voulait
pas qu'il vînt, disait la bonne, mais il a tant promis
qu'il travaillerait mieux, qu'elle l'a laissé partir et elle
vous fait demander si vous voulez le recevoir. — Qu'il
reste pour aujourd'hui, disait le bon papa, mais je
l'engage à être plus raisonnable à l'avenir.
La paix alors était à peu près faite ; à peu près seu-
lement, car Alfred ne s'amusait pas d'aussi bon coeur
que les autres, parce qu'il se sentait bien honteux de
n'avoir pas travaillé, et il voyait que son grand-papa
ne le recevait pas avec autant de plaisir que ses petits

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.