Lumières des sentinelles enfouies

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Dans un avenir pas si lointain, une communauté isolée, aux convictions fortement marquées, résiste à l'ordre dominant. Mais peut-on rester indéfiniment terré, loin du tumulte du Monde ? L'heure vient de la confrontation, où les idées de chacun seront exposées au grand jour, avec leurs forces et leurs faiblesses, et où les armes respectives sèmeront la mort et la confusion dans le camp adverse. L'espérance survivra-t-elle à un tel chaos ?


Publié le : mardi 9 février 2016
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EAN13 : 9782334005722
Nombre de pages : 366
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ISBN numérique : 978-2-334-00570-8

 

© Edilivre, 2016

Du même auteur

Du même auteur :

Apocalypse & Mondialisme (du XVI au XXIème siècle…) : essai littéraire paru en 1998 aux Editions Lettres du Monde (142, rue du Faubourg Saint-Antoine, 75012 PARIS), toujours disponible en format livre classique ; dont les analyses et prévisions, fondées sur des prophéties bien plus anciennes, ont été largement corroborées par certains événements survenus depuis, dont en particulier ceux du 11 septembre 2001 (comme l’attestent les quelques extraits ci-dessous tirés de ses pages 100 et alentour) :

« Ceux de la mer se tenaient à distance et criaient, regardant la fumée de ses flammes : “qui donc était semblable à l’immense cité ?” (…) une heure a suffi pour consommer sa ruine » (Saint Jean : 1er siècle après J.C.)

« Tes marchands étaient les princes de la terre et tes sortilèges ont fourvoyé tous les peuples » (idem)

Il s’agit d’une ville côtière (…) siège d’une grande richesse (…) Or cette cité-phare du nouveau monde existe : c’est New York, (…) première place financière mondiale (…) et port immense dont les docks s’étendent sur des centaines de kilomètres. (…) Le pouvoir des financiers, qui s’exerce là-bas dans toute sa splendeur, est devenu le premier sur notre planète [l’auteur]

« Payez-la de sa propre monnaie ! » (Saint Jean) : allusion à la puissance du dollar, indissociable de celle de la cité new-yorkaise [l’auteur]

« En un seul jour, des plaies vont fondre sur elle : (…) elle sera consumée par le feu » (Saint Jean) : incendie faisant suite à l’explosion, (…) mort immédiate d’un grand nombre [l’auteur]

Dédicace

Aux deux témoins des temps futurs…

Avant-propos

Ceci n’est pas un livre de prophétie. Je ne prétends pas décrire dans cet ouvrage ce que seront le monde et les hommes au début du deuxième tiers du XXIème siècle. Certes, les forces qui s’y affronteront existent déjà, pour l’essentiel. Mais leur véritable nature ne s’est pas encore pleinement manifestée. Quelles seront demain leurs puissances respectives ? Nul ne peut à ce jour l’affirmer avec certitude.

Des personnages se trouvent mis en scène. Ils évoluent dans un contexte dépendant moins de leurs volontés propres que du destin collectif qu’achève de se construire l’humanité. Cet environnement peut être plus ou moins sombre, prenant parti lui-même pour l’un ou l’autre camp, influant sans cesse sur le déroulement de l’action. Une question se pose alors : l’issue du combat ne dépend-elle pas en grande part de cet environnement futur, qui nous reste aujourd’hui si largement insaisissable ?

Et c’est ici qu’intervient une réponse stupéfiante : NON ; en l’occurrence, le triomphe final ne dépend pas des vicissitudes de l’Histoire, en laquelle il est DEJA INSCRIT. Seriez-vous inquiet face aux incertitudes du monde ? Sachez alors que même les conditions les plus terrifiantes n’empêcheront pas sa réalisation. Telle est du moins l’immuable conviction de nos héros, icônes vivantes de ceux qui portèrent cette espérance sur la Terre et qui la porteront jusqu’au bout.

Michel BRUN

Chapitre 1er
Chroniques souterraines

– Qui va là ?

L’injonction se répercuta sans fin sur les voûtes humides.

– C’est moi, Jacques, n’aie pas peur !

répondit une voix du fond du boyau obscur. Cette galerie appartenait à la zone qui avait dû être évacuée lors de la panne de la deuxième turbine. Certes, les responsables affirmaient que l’on trouverait bien moyen de réparer, que l’on récupérerait les zones abandonnées aux ténèbres. Mais le petit peuple des réfugiés n’en savait plus trop rien, tant s’était dégradée la situation au cours de ces trois dernières années. A la surface, la Terre elle-même semblait porter le deuil des plus folles espérances humaines, cependant que le refuge souterrain apparaissait à son tour particulièrement menacé. D’une part ses ennemis n’ignoraient plus rien de son existence, sauf son exacte localisation ; d’autre part les calamités naturelles en cours à la surface produisaient leurs effets jusque dans le ruisseau alimentant la grotte.

Janine s’avança ; elle connaissait bien ce tunnel pour l’avoir parcouru au temps où il était encore illuminé. C’était une jeune fille intrépide et pleine de vie, malgré la dureté des temps. Voici déjà dix ans, elle avait rejoint avec ses parents son présent refuge, construit clandestinement à l’époque où la vie au soleil était encore radieuse mais où la révolte couvait à nouveau sous la surface apaisée du monde. Ceux qui l’avaient bâti, malgré l’optimisme officiel, savaient à quoi s’en tenir sur l’avenir de l’Eglise et de la Monarchie, provisoirement triomphantes. Ceux qui l’avaient construit s’étaient senti pour mission d’y maintenir une présence, en ce lieu qui, pour l’observateur extérieur, ressemblerait plutôt à un tombeau mais qu’importe : de ce tombeau où les puissances du monde s’apprêtaient, comme par le passé, à l’enfermer à tout jamais, ils avaient la conviction que la vie resurgirait un jour.

Janine avait donc vécu la moitié de son existence dedans la grotte. Elle en connaissait les moindres recoins ; les yeux fermés, elle aurait su s’y repérer. Nul boyau en effet n’est semblable à un autre : tous diffèrent par la température, par l’humidité ambiante, par la texture du sol fait de roche calcaire ou d’amoncellements de glaise.

Jacques, lui, était venu bien plus tard en ces lieux. Il n’avait pas eu le loisir d’y exercer, comme enfant ou adolescent, ses talents d’explorateur. Il ne les avait guère connus qu’à l’âge adulte puisque moins de trois ans séparaient ce jour, anniversaire de ses 26 ans, de la date où il avait fait son entrée dans le monde souterrain. C’est pourquoi l’immense dédale des caves et galeries lui semblait encore inquiétant et inhospitalier. S’il avait rallié ce refuge dont un cousin déjà présent lui avait jadis, sous le sceau du secret, révélé l’existence, ce n’était point de gaieté de cœur. Mais le maintien en surface l’aurait amené à mourir ou à renier la meilleure part de soi-même. De plus, il savait combien ses compétences en électrotechnique seraient utiles à la communauté troglodyte. Pourtant, lui qui avait grandi au soleil de Bourgogne regrettait les conditions de vie qui étaient actuellement les siennes, faute d’un autre choix possible. Il attendait impatiemment le jour radieux où il pourrait remonter à la surface d’un monde enfin renouvelé. « Mais ce jour viendra-t-il jamais ? » songeait-il parfois. « Ou s’il vient, ne sera-t-il pas déjà trop tard pour l’œuvre ici entreprise ? »

Janine arriva devant lui. Comme elle émergeait dans la pénombre, Jacques put la contempler. Comme la plupart des femmes d’ici, elle était vêtue d’une tunique de fine laine qui lui arrivait jusqu’aux genoux, renforcée çà et là de doublures et de pièces de cuir ; le tout maintenu par une ceinture, en cuir également. Les hommes, quant à eux, portaient des pulls de laine et des pantalons 3/4 en peaux de mouton, fréquemment rapiécés. Shorts et jupettes étaient réservés aux enfants. Tous ces vêtements laissaient apparent le bas des jambes car, selon le cycle normal des saisons, l’eau envahissait régulièrement les passages inférieurs des galeries. Or il n’est jamais agréable de tremper ses habits, pour demeurer ensuite dans des effets mouillés. Pour cette même raison, les chaussettes avaient disparu dès les premières années et les seules chaussures aujourd’hui disponibles étaient des sandales à base de caoutchouc ou de matières plastiques, que l’épuisement des stocks rendait de plus en plus rares, ou des sabots taillés dans le bois que charriait parfois le ruisseau intérieur. Au demeurant, beaucoup préféraient s’en passer, surtout parmi les jeunes ou ceux qui avaient longtemps séjourné dans la grotte. Tel était précisément le cas de Janine, dont la démarche souple venait de s’arrêter auprès de Jacques.

– Que fais-tu là ? lui dit-il.

– Rien de mal, rassure-toi. J’explore sous leur nouvel aspect ces lieux que j’ai tant aimés du temps où ils étaient habités. Je ne veux pas les oublier, tu sais ; comme ce bassin où nous nous baignions et où retentissaient les rires des enfants. Quel silence aujourd’hui ! Crois-tu que nous réussirons bientôt à produire assez d’énergie pour récupérer cet endroit ?

– Franchement, je n’en sais rien : les pièces détachées manquent, de même que la matière pour les fabriquer, et tu sais combien il est périlleux de s’aventurer en surface. De toute façon, une décision devra être prise.

– Quelle tristesse en tout cas : l’herbe s’est flétrie et les arbustes ont déjà perdu toutes leurs feuilles, faute d’eau et surtout de lumière.

– Mais comment sais-tu tout cela ? Les bougies sont réservées à l’autel, les lampes de poche à accumulateur ne servent qu’aux patrouilles de sécurité et tu ne sembles pas non plus avoir de torche à graisse.

– Je n’ai pas besoin de tout cela, répondit-elle ; la mémoire et le sens du toucher me suffisent. Je sens les feuilles mortes sous mes pieds et, tendant les bras, je puis atteindre certaines branches et constater combien elles sont nues.

– Tu ne devrais quand même pas t’aventurer seule dans le noir. Que se passerait-il si tu tombais et te blessais par exemple ?

Elle étouffa un rire.

– Rassure-toi, je ne vais pas partout ainsi. Mais ces chemins près de la piscine ne sont pas dangereux ; des milliers de fois je les ai parcourus et je ne veux pas les oublier.

Jacques étendit ses bras et les passa autour de la taille de son amie. Alors qu’ils s’enlaçaient tendrement, Jacques se sentit devenir poète et sa voix murmura en lui-même :

« Oui la grotte est vraiment son domaine,

Dans sa jeunesse elle en est la reine

Et moi je n’y suis qu’un manant. »

Ils firent route ensemble vers la zone centrale. Les couloirs étant faiblement éclairés, des mousses parvenaient à pousser sur les parois mais non point sur le sol, que le piétinement maintenait vierge de toute végétation. Cette zone était le cœur de la cité. Elle occupait une immense caverne, dans laquelle se dressaient plusieurs immeubles tels qu’on avait l’habitude d’en voir en surface, mais dont les piliers porteurs se prolongeaient jusqu’au voisinage de la voûte pour y maintenir un grillage anti-gravats. Pas question en effet de laisser s’effondrer quelque bloc, gros ou petit : les dégâts eussent été trop importants, sans même parler des victimes possibles. Cette cité souterraine avait été bâtie en aménageant au mieux un réseau naturel souterrain, situé dans l’est de la France. Détail incongru, dans cette grotte poussaient maintenant des palmiers et autres essences subtropicales, le chauffage des locaux ainsi que les autres activités humaines ayant porté sa température moyenne de 11°C à 16°C. Les constructeurs l’avaient d’ailleurs prévu, qui avaient planté ces essences en conséquence. Cette température de 16 °C était intermédiaire entre celle de la masse rocheuse, dont la valeur en profondeur restait proche de son niveau initial, et celle des locaux d’habitation et de bureaux, dont la température était fixée à 21°C. Ces quelques degrés de plus évitaient de vivre en permanence dans une atmosphère saturée d’humidité, alors que les 16 °C d’ambiance convenaient parfaitement aux activités physiques comme à la croissance des végétaux tempérés, qui formaient la base de l’alimentation. Celle-ci était complétée par les poissons du bassin d’élevage, quelques volailles et le fruit de leur ponte, des moutons enfin qui, soigneusement gardés, broutaient les herbes folles, les mousses et les jachères. Il était rare qu’on en mangeât, mais leur laine et leur peau étaient précieuses pour l’habillement.

Jacques et Janine franchirent le seuil de leur immeuble d’habitation, alors que le soir commençait à tomber. Oh certes, ce n’était pas un soir véritable puisque nous étions sous terre. Mais la communauté avait tenu à conserver le cycle de 24 heures, alors que rien dans la biologie de l’homme ne l’y obligeait. C’est qu’elle tenait à garder le sens des différents jours de la semaine, en particulier celui du dimanche, ainsi qu’à célébrer les fêtes sacrées du calendrier. Car si eux aussi oubliaient l’ordre divin du monde, qui donc s’en souviendrait ? La fidélité à leur idéal et la perpétuation de l’Eglise n’étaient-elles pas, pour les quelques cent cinquante personnes ici présentes, le fondement et la justification de leur ensevelissement ? Leur Seigneur avait dit : « Quand le Fils de l’Homme reviendra, trouvera-t-il la foi sur la Terre ? » ou encore, à propos de ses sympathisants et disciples : « Si eux se taisent, les pierres crieront. » Pour la communauté, l’interprétation de ces paroles était désormais particulièrement claire. Non, le Christ ne trouverait plus trace visible de foi lorsqu’il reviendrait en ce monde. Mais par un étrange paradoxe, alors que les ténèbres obscurcissaient sa surface, dans ses entrailles viendrait briller la divine lumière et les voûtes de la grotte résonneraient de la louange du Très-Haut. Les habitants de ce lieu portaient donc en eux, mélange d’exaltation et d’immense solitude, le sentiment d’être désormais parmi les rares vivants encore dépositaires de vingt siècles de Tradition et, plus encore, d’une Bonne Nouvelle qui avait comblé de joie des milliards d’humains ; qui avait donné un sens aux gestes infiniment répétés de leur existence, faisant de chacun d’eux une offrande, et qui surtout, brisant les cycles du paganisme, avait mis l’humanité en marche vers un avenir de progrès, de pleine domination de l’homme sur la nature et sur lui-même, en accomplissement des paroles de la Genèse. Certes, tous ces acquis semblaient aujourd’hui se retourner contre Celui-là même par qui ils avaient été rendus possibles. Mais, c’est bien connu, les desseins de Dieu sont insondables : « Aussi haut est le Ciel au-dessus de la Terre, aussi hautes sont mes voies au-dessus de vos voies », dit le Seigneur. Aussi bien doute et désespoir n’étaient-ils pas de mise, parmi ceux qui se considéraient volontiers comme les derniers témoins.

Le soir achevait de tomber, c’est-à-dire plus prosaïquement que le variateur éteignait peu à peu les projecteurs illuminant la caverne, cependant que se projetait sur sa voûte l’image de la lune et des étoiles dont les faibles réflexions emplissaient la nuit souterraine d’une clarté blanchâtre. Ces astres éphémères voyaient leur position changer sans cesse afin de simuler la rotation de la Terre ; bien imparfaitement d’ailleurs car la forme de la voûte était oblongue et irrégulière, fort loin du parfait hémisphère des anciens planétariums. Regardant ce qui leur servait de ciel par la baie vitrée du premier étage, Jacques et Janine se dirent l’un à l’autre :

« Reverrons-nous jamais les vraies étoiles ? »

Debout, adossés à la fenêtre, ils avaient peu à peu rapproché leurs lèvres. Leurs bouches à présent se touchaient, leurs langues exprimaient autrement l’amour qu’ils avaient l’un pour l’autre et leurs bras, enlacés autour de leurs corps, semblaient vouloir à chacun faire sentir et partager la vie de l’autre. S’il restait une valeur qui était solide à travers toute l’Histoire des hommes, comme un fleuve impétueux descendant du fond des âges, plus ou moins contenu ou détourné selon les cultures des peuples qu’il irriguait, jamais vaincu cependant, c’était bien l’amour. Car il était écrit : « L’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme et tous deux ne formeront plus qu’une seule chair. » Et eux deux, au-delà de toute raison en ces temps apocalyptiques, ressentaient au plus profond de leur être cet appel à la vie et, chose plus rare, croyaient qu’il avait encore un sens.

Il était tard. Desserrant leur étreinte, Janine dit :

– Il est temps de nous séparer, demain c’est lundi et une nouvelle journée de travail nous attend.

– Tu as raison, passe une bonne nuit !

– Toi aussi, mon amour.

Gagnant le palier, ils se séparèrent. Ayant déposé ses sabots boueux dans le casier prévu à cet effet, Jacques pénétra dans le couloir menant à sa chambre de célibataire. Janine rinça ses mains et ses pieds sous le mince filet du robinet des toilettes puis, s’étant essuyée aux serviettes et frottée vigoureusement sur le paillasson, elle s’engagea en sens opposé, vers l’appartement où logeait sa famille. Les siens l’accueillirent avec joie. Par leurs souvenirs de la surface comme par leur écoute de la radio du dehors, ses parents avaient bien trop conscience de ce qu’était devenue la vie sur la Terre, depuis les temps heureux de leur mariage faisant suite à la troisième guerre mondiale. Comme adultes, ils disposaient d’éléments de comparaison avec cette période, matériellement difficile mais si radieuse pour les croyants, puisqu’il semblait que pussent enfin s’établir la paix, l’harmonie et la fraternité. Comme beaucoup, ils y avaient cru très fort et y avaient ardemment travaillé. Mais d’autres aussi, dans l’ombre, avaient œuvré en sens contraire, pour que resurgissent les passions humaines et le mythe prométhéen de la créature infiniment libre et puissante. C’est pourquoi eux-mêmes avaient dû s’exclure de la vie en surface, de peur que la mort n’y devînt un jour préférable à leurs yeux.

Mais Janine n’avait point partagé leurs tourments prophétiques ; elle n’avait point pressenti l’ampleur du combat qui s’engageait alors et se poursuivait ici, avec sa participation. Simplement, elle avait suivi et s’était adaptée, comme tous les enfants du monde. Elle avait moins que d’autres la nostalgie de la terre ferme, où le vent qui souffle fait frémir les feuilles et onduler les blés, où la pluie tombante martèle les toits, où la blancheur neigeuse semble recréer toutes choses nouvelles. C’est pourquoi elle était comme une lumière dans la vie des siens, un signe d’infini dans la prison des hommes libres.

Avec ses parents et son jeune frère Christophe, Janine s’inclina devant l’icône. Tour à tour, ils prirent la parole, rendant grâces pour les joies de cette journée, pour toutes les fois où ils avaient su discerner l’Eternel en l’autre et surtout pour la miraculeuse perpétuation de la vie et de l’adoration, dans cette caverne à l’écart du monde.

Chapitre 2
Allocution radiophonique

Dong, dong-dong, ding-dong, ding-deing-dong, deing-ding-dong, dong, dong… Six heures du matin ; amplifiées par la résonance de la caverne, les cloches de l’église appelaient les fidèles à la prière de l’aurore. Tous, quittant leurs lits, s’y rendaient par petits groupes, discutant entre eux mais à voix basse des grandes nouvelles de l’extérieur ou, plus souvent encore, des petits potins de leur cité souterraine. Cette église ne ressemblait à nulle autre, du moins à nulle de celles que l’on avait eu l’habitude de connaître à la surface. Peut-être le sanctuaire du mont Mary à Bombay aurait-il pu en donner une idée ; mais là encore, jouxtant l’esplanade où se réunissaient les fidèles, il y avait une église en bonne et due forme. Tel n’était pas le cas dans la caverne dont les constructeurs avaient voulu qu’elle fût comme une préfiguration de la Jérusalem céleste, celle dont St Jean avait écrit voilà si longtemps : « De temple, je n’en vis point en elle. C’est que le Seigneur, le Dieu maître de tout, est son temple ainsi que l’Agneau. Elle peut se passer de l’éclat du Soleil et de la Lune car la Gloire de Dieu l’a illuminée et l’Agneau lui tient lieu de flambeau. » De murs en effet, il n’y en avait point ; derrière l’estrade supportant l’autel, la stèle du tabernacle se fondait dans la roche. Et de part et d’autre des travées, la lumière et le son ne rencontraient d’autre obstacle que le sombre rempart des voûtes, à la fois menaçantes et protectrices. Quand s’élevait la voix du prêtre, relayée par les haut-parleurs, ou les chants de l’assemblée, l’acoustique des lieux était telle que la cité tout entière pouvait en ressentir l’écho. Ainsi, ceux-là même qui n’avaient pu venir, fussent-ils trop malades ou requis par les tâches de sécurité, finissaient également par se sentir présents, non seulement en esprit mais aussi par toutes les fibres de leur corps. Sous les marches de l’autel, deux longs tapis déroulaient leur chatoiement par dessus la froide dalle du sol. Beaucoup se tenaient là, assis ou agenouillés. Plus loin vers l’arrière, bancs et prie-Dieu rappelaient les formes d’aménagement plus traditionnelles des églises d’Occident.

L’ANNEXE A

expose les rites en usage, leur diversité, leur signification. Comme toutes les Annexes, elle a été regroupée en fin d’ouvrage, pour que les lecteurs désireux d’en connaître davantage sur les conceptions des différents protagonistes lisent ces pages avec grand intérêt, tandis que ceux plus intéressés par l’action proprement dite pourront se contenter du texte principal.

(RETOUR AU TEXTE)

Pendant ce temps, Jacques, dont c’était le tour de garde à la centrale, observait pensivement le flot dont dépendait la survie de la cité. Ordinairement, le canal de dérivation ne devait prélever qu’un cinquième du débit principal pour l’amener au bassin des turbines. Mais à présent, l’étiage était tel que même la totalité du ruisseau, prenant ce chemin, ne suffisait plus à assurer la production électrique nécessaire. Si encore les deux turbines restaient en état de marche, on pourrait envisager de mettre à profit l’étendue du réseau pour utiliser deux fois le mince filet d’eau subsistant. Cela supposerait de grands travaux, mettant à contribution toute la population, pour la construction d’une nouvelle infrastructure dans les zones en contrebas, rendues accessibles par l’abaissement des eaux. Il fallait construire un nouveau bassin de turbinage avec son canal d’amenée et de départ, sans compter les vannes de contrôle et d’isolement pour ne pas être immédiatement submergés par les crues d’orages ou la remontée toujours espérée du niveau. La main d’œuvre et la bonne volonté ne manquaient certes pas, les matières premières disponibles pouvaient à la rigueur suffire… Mais hélas ; tant de pièces essentielles faisaient défaut pour la remise en état de la seconde turbine, sans laquelle tout ce travail resterait vain. Aujourd’hui, celle qui fonctionnait encore parvenait tout juste à fournir assez de courant pour satisfaire les fonctions vitales. Mais la situation était très périlleuse. La tension avait été réduite sur la totalité du réseau. De plus, les économies imposées par la pénurie d’énergie avaient conduit à abandonner certaines zones, y compris agricoles, de sorte que la production n’équilibrait plus tout à fait la consommation. Il fallait désormais faire appel aux stocks alimentaires, déjà à demi consommés.

En outre, la réduction ou l’extinction des lumières avaient durement frappé les aires de rencontre et de loisirs, affectant par là même le moral de la population. Que se passerait-il si quelqu’un, basculant dans la folie, commettait quelque acte de sabotage pour mettre un terme, certes tragique mais au moins rapide et définitif, à une situation dont la prolongation lui serait soudain apparue intolérable ? Sans aller chercher si loin, qu’adviendrait-il tout simplement si la première turbine venait à son tour à défaillir ? Ce serait la mort assurée pour tous.

A quelques pas de là, insensibles à tous ces tourments, trois milliers de truites barbotaient tranquillement entre les parois tapissées d’algues de leur bassin. Ce dernier n’était pas alimenté directement par les eaux du torrent ; sans quoi elles eussent péri depuis fort longtemps. Au contraire, il tournait quasiment en circuit fermé, échangeant son eau avec un bassin de régénération où la présence d’algues vertes encore abondamment éclairées, ainsi que d’une petite fontaine artificielle, assurait sa réoxygénation. Seul un nettoyage périodique du fond du bassin aux poissons obligeait à sacrifier une faible quantité de liquide, qu’il fallait alors remplacer par une quantité équivalente en provenance du ruisseau. Celle-ci n’était injectée qu’après avoir subi un traitement adéquat dépendant des analyses : les meilleurs jours, elle était versée telle quelle ou après simple filtration ; dans d’autres cas, son passage à ébullition permettait de détruire les pollutions organiques tout en conservant ses matières minérales ; parfois enfin, sa toxicité était telle qu’il fallait l’évaporer entièrement puis la recondenser pour obtenir quelque chose d’acceptable.

La croissance des algues du bassin d’oxygénation était soigneusement contrôlée et leur excédent périodiquement récolté. Il en allait de même pour les poissons, dont la population subissait quelques prélèvements à la veille de chaque vendredi. Mais du fait de cette production en nécessaire autarcie, la densité de peuplement du bassin aux truites était bien moindre que dans les traditionnels élevages de surface.

A l’écho des chants et des prières avait maintenant succédé un vague murmure. De son poste, Jacques sut qu’il était sept heures : individus et familles s’en retournaient pour le petit déjeuner et la toilette matinale. Dans leurs maisons, l’eau courante était partout distribuée suivant deux réseaux différents. Pour les usages domestiques, elle arrivait telle quelle depuis le ruisseau. Aux cuisines en revanche, le robinet délivrait une eau potable soigneusement bouillie et filtrée. Qu’il s’agisse de l’une ou de l’autre, l’étiage commandait à présent d’en faire économie. Mais le principal regret des convives n’était pas là : pour ceux qui les avaient connus, c’était de ne plus pouvoir disposer à cette heure de lait de vache, ni de ces denrées exotiques autrefois si prisées, que l’on nommait « chocolat » ou « café ». Quoi qu’on en dise, la chicorée est un peu amère et le lait de brebis, parcimonieusement distribué, n’a pas toutes les vertus de l’autre. Mais il fallait bien se résigner à ces produits de substitution car l’exiguïté des lieux et les conditions climatiques souterraines n’auraient pas permis d’obtenir raisonnablement les produits d’origine.

Ding – ding – ding – ding – ding – ding – ding – ding – ding – ding – ding – ding ! La clochette des huit heures, bien plus impérative que ses sœurs aînées, annonçait tout bonnement le début du travail quotidien. Chacun rejoignit, qui son lopin, qui son atelier, qui son bureau.

– Salut Janine, comment ça va ? s’exclama Colette en voyant sa collègue.

– Aussi bien que possible dans les circonstances actuelles.

– Ton fiancé t’aime-t-il toujours autant ?

– Ne me taquine pas trop à son sujet. Bien sûr qu’il m’aime et c’est réciproque ! Mais j’ai tellement peur qu’on l’envoie en surface avec le prochain commando pour chercher les ingrédients nécessaires à notre centrale électrique.

– Et alors ? De telles excursions ont déjà eu lieu par le passé !

– Oui mais les temps ont bien changé. Aller au-dehors n’est plus une partie de plaisir ! Ne sais-tu pas combien la situation s’est dégradée, de notre point de vue ? Ce n’est plus la confusion du début des temps de l’invasion. Maintenant, le pouvoir tyrannique fait régner son ordre et contrôle presque totalement la population : j’ai grand peur que nos amis ne passent pas inaperçus !

– D’autant que nous ne faisons rien pour rester vraiment discrets. Ces émissions de radio que nous préparons ont largement contribué à nous faire connaître et haïr des autorités. Il paraît qu’au moins cent personnes de leur police secrète sont à nos trousses.

– Je ne les crains pas trop tant que nous restons sous terre : notre astucieux système à champ tournant sur antennes multiples protège efficacement nos sources d’émission, en ne permettant pas le pointage convergent des radio-goniomètres. Mais je crains le pire si nous nous aventurons au dehors : je suis sûre que le site est désormais étroitement surveillé.

– Notre grand avantage est que nous le connaissons mieux que quiconque. Et puis nous n’avons pas le choix : si nous nous taisons, c’est le sens même de notre présence ici qui disparaît. Au boulot ! Nous avons une émission à préparer et tu es la présentatrice préférée de ceux du dehors !

– N’exagère pas, je doute que notre message suscite parmi eux un écho si favorable.

– Notre message, non. Mais ta façon de l’annoncer, avec la sensibilité de ta jeunesse, en partant de ce que nous savons de la vie extérieure au quotidien, par ta voix même, je suis sûre que tout cela t’assure une réelle popularité.

– Si tu dis vrai, ce sera pour moi une raison supplémentaire de bien faire aujourd’hui. J’ai mon idée sur la façon de compléter intelligemment le témoignage de ce jeune homme, diffusé jeudi dernier par la propagande officielle ; comment lui donner la vraie réponse à ses questions. Mais écoutons d’abord son enregistrement.

« Je m’appelle Julien. Je suis né dans les temps de l’abondance, avant la 3ème guerre mondiale, dans une famille qui, comme il se doit, faisait peu de cas des doctrines chrétiennes et cherchait avant tout à profiter de la brève existence qui nous est donnée, sur cette Terre voguant dans le vaste univers. Je découvrais la vie avec avidité, dans l’ambiance de grande liberté qui existait alors. Ce que je ne pouvais connaître, étant enfant, des jouissances des adultes, je le vivais déjà par la pensée, écoutant ce qu’ils en disaient, visionnant leurs DVD en cachette ou de petits films X en streaming. Puis vint la guerre. L’abondance, qui avait déjà bien baissé, cessa totalement, remplacée par la disette et la peur. Vers la fin du conflit, ma mère mourut dans un bombardement. Mon père en fut très affecté : on ne peut pourtant dire qu’il lui eût été toujours fidèle ! Mais enfin, il se posa des questions sur le sens de la vie, selon la formule. Manque de chance, à l’époque triomphait la soi-disant rénovation chrétienne ; c’est donc là qu’il chercha la réponse à ses questions. Bientôt, il se convertit au catholicisme et voulut me faire baptiser par la même occasion. C’était l’époque des conversions massives ; certains y allaient avec enthousiasme, d’autres se laissaient emporter par la mode. J’étais encore assez influençable et je suivis donc, quoique ne comprenant jamais les élans de certains. Je m’étonnais surtout des mystères incompréhensibles et invérifiables de cette étrange religion et j’enrageais contre les privations de liberté qui en résultaient. Ce vers quoi me poussait la société de l’époque, je l’acceptais donc par facilité, bien décidé toutefois à en remettre en cause les fondements mêmes, dès que se présenterait l’occasion favorable. »

« Je m’aperçus bien vite que je n’étais pas seul dans mon cas. Avec d’autres baptisés de pure forme, comme avec ceux qui avaient courageusement persévéré dans leur refus du Christ, je passais donc l’adolescence et arrivais au seuil de l’âge adulte. Comme vous le savez, c’était un jeu passionnant pour nous que de pratiquer l’hypocrisie, affichant publiquement les vérités officielles pour faire en cachette tout ce qui était défendu, donnant notre parole à ceux pour qui cela avait un sens, avant de la reprendre aussitôt au nom de notre liberté souveraine. Nous aurions bien voulu les voir se décourager, ces vertueux moralistes (car ils se doutaient bien de quelque chose) ; mais non, ils gardaient toujours leur sourire béat et leur ridicule espérance. Le nouveau pouvoir caressait l’immense illusion qu’il pourrait, de quelques traits de plumes, pèlerinages, pénitences et Te Deum, effacer plusieurs siècles de libertés issus des révolutions religieuses, morales, économiques et politiques qui ouvrirent la voie aux temps modernes. Il oubliait aussi, tout bonnement, les aspirations irrépressibles de la nature animale au dedans de l’homme. C’est pourquoi la belle mécanique de l’ordre rénové grinçait quelque peu dans ses rouages. Cependant, nul n’osait attaquer de front l’édifice car le roi, qui en était la tête, conservait l’immense prestige d’avoir ramené la paix au monde. Et puis sa police veillait, ainsi que les prêtres et tout le peuple des croyants. »

« Ce n’est qu’à la mort prématurée du monarque que les sensibilités nationales et politiques s’exacerbèrent et que retentit avec force, jusqu’aux extrémités de l’Empire mondial, l’immense appel à la liberté retrouvée. C’est à cet appel que répondit le prophète des temps nouveaux, qui règne aujourd’hui sur la Terre entière. Grand est son nom ! C’est en lui que nous autres, en France, nous sommes reconnus dès que fut manifesté son programme libérateur, à l’application duquel nous avons activement participé. Quelle joie que de nous élancer pour détruire ce qui nous avait opprimé, donnant libre cours à notre spontanéité envers tous ceux qui nous avaient tenus en laisse, comme envers leurs œuvres. Après un premier moment de stupeur, il s’en trouva néanmoins pour résister et mettre en péril l’œuvre colossale que nous avions entreprise. La guerre civile faisait rage. Nos leaders firent alors appel à ces nations étrangères où le nouvel ordre cosmique avait triomphé sans problème, n’étant pas freiné dans son expansion par les relents de vingt siècles de christianisme. Oui, je témoigne que j’ai eu plaisir à accueillir sur notre sol le maréchal Bakhaïshud et ses hordes. “Barbarie”, disaient quelques uns, même parmi mes amis. Ce n’est pas vrai ! Simplement vous n’aviez pas toutes les inhibitions qui sont les nôtres. Vous étiez et demeurez des êtres libres, d’une liberté sans limite et votre contact nous a aidés à nous affranchir encore. Ces déprédations, ce vandalisme, ces exécutions que nous pratiquions déjà, vous les avez élevés à la hauteur du sacrifice sanglant qui offre réparation à la Nature pour la bassesse et le renoncement de ceux qui en sont les victimes. Vous en avez fait des actes de fête, où l’humanité nouvelle célèbre sa grandeur, en union avec les forces de la Nature longtemps réprimées en elle ; spectacles terrifiants où les participants brisent à jamais leurs vieilles attaches, dans l’ivresse d’une sauvage beauté à laquelle nous n’aurions pas même osé rêver dans notre enfance. Des cris rauques s’échappent de nos bouches, des rires déchirent la nuit, nous accomplissons des choses extraordinaires, telles que marcher sur le feu ou quitter nos corps, propulsant nos esprits à travers l’espace. N’est-ce pas là la véritable mystique, l’authentique religion palpable par tous nos sens, même les plus refoulés, celle qui met en transe tout notre être et nous fait communier dans l’ivresse d’un infini qui nous dépasse ? »

« D’où viennent alors ces sentiments de vide et de dégoût qui parfois nous envahissent encore ? Je ne sais. Peut-être ne sommes-nous pas suffisamment familiers des rites qui viennent de nous être révélés. Peut-être le contraste est-il trop fort avec notre passé… Peut-être tout simplement n’avons-nous pas assez progressé sur la longue voie de l’initiation. Je ne sais mais j’ai confiance. Gloire au maréchal Bakhaïshud ! Gloire au grand prophète, maître du monde ! Gloire aux immortelles Puissances qui nous aideront à diriger cette Terre, selon leur sagesse et selon la nôtre ! »

Quand s’acheva la bande, Janine sentit l’émotion et la peine venir mouiller ses yeux. Elle les essuya vivement, de peur que ne s’écoulent sur ses joues les larmes qui perlaient déjà au coin de ses paupières. Bien que son travail l’amenât souvent à écouter de tels discours, elle ne pouvait rester insensible à la cruauté et au mensonge. Elle vivait intensément les bontés de Dieu au sein de la communauté souterraine et s’horrifiait des sortilèges qui avaient perverti ses frères humains restés à la surface. Envers eux tous, elle ressentait une profonde compassion que venait accroître la pensée qui souvent la traversait : « Si j’étais restée là-haut, ne serais-je pas devenue comme l’un d’entre eux ? » Il est facile en effet de rester ferme quand une communauté vous porte. Mais quand tout paraît s’effondrer autour de soi, quand Dieu lui-même semble rester sourd aux appels de ses enfants, quand l’espoir se fait ténu au point de n’être plus visible ; alors le souvenir des joies passées apparaît souvent bien faible pour sauvegarder la puissance d’une conviction qui se veut éternelle et universelle…

L’ANNEXE B,

sous le titre « doutes et certitudes », expose :

¤ le dialogue préliminaire entre Janine et Colette,

¤ l’intervention radiophonique de Colette, qui…

justifie la situation dramatique de son époque comme étant pleinement conforme aux prophéties,

dresse un parallèle entre les principales étapes historiques de la vie de l’Eglise et de celle de son fondateur,

rappelle l’épisode (pour nous non encore advenu, pour elle déjà révolu) du « règne du grand monarque ».

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