M. l'abbé Condamin, curé de la paroisse Sainte-Marie ; par Ernest Le Nordez

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Benevent (Saint-Étienne). 1869. Condamin. In-12, 34 p..
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Publié le : vendredi 1 janvier 1869
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Curé de la paroisse Saiele-Marie
PAR
ERNEST LE NORDEZ
PRIX :
* fr. avec photographie ; 30 cent. sans photographie.
SAJNT-ÉTIENNE
IMPRIMERIE de LIBRAIRIB BENEVENT
place de l'Hôtel-de-Ville, 4.
1869
1M (Mil
Curé de la paroisse Sainte-Marie
PAR
1 - ERr(ST LE NORDEZ
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PRIX
1 ir. avec photographie ; SO cent. sans photographie.
SAtNT-ÊTIENNE
IMPRIMERIE de LIBRAIRIE BENkVENT
place de l'Hôtel-de-Ville, 4.
1869
M. L'ABBÉ CONDAMIN
Curé de la paroisse Ste-Marie
I
MORT ET FUNÉRAILLES
Le dimanche 18 juillet, une nouvelle aussi
inattendue que douloureuse vint jeter, dans la po-
pulation catholique de Saint-Etienne, le deuil et
la consternation; M. l'abbé Condamin, curé de la
paroisse de Sainte-Marie, était mort dans une com-
mune du département du Rhône, en revenant des
eaux d'Aix.
Depuis trois ans déjà, M. Condamin souffrait
de douleurs aiguës qui lui étaient restées d'une
maladie très-grave. Les eaux d'Aix lui furent
conseillées et il partit il y a six semaines. Les
bains ne produisirent point l'effet heureux qu'on
en attendait et en revenant il fut forcé de s'arrê-
ter à Saint-Germain-au-Mont-d'Or , chez sa
sœur, supérieure des sœurs de Saint-Charles.
* C'est là que, le 17 juillet, à une heure et demie
de l'après-midi, il mourut dans une faiblesse que
son état de défaillance et d'épuisement ne lui per-
mit pasde surmonter.
2
Deux de ses vicaires qui s'étaient rendus au-
près de lui, deux jours auparavant, annoncèrent.
que le lendemain ils ramèneraientà Saint-Etienne,
les restes mortels de ce pasteur, que les parois-
siens et les pauvres se plaisaient à appeler le saint
curé.
Le corps était donc attendu le lundi à trois heu-
res et demie à la gare.
Une foule considérable s'y était portée, malgré J
la chaleur brûlante de cette journée; mais un
retard dans la remise de l'autorisation de trans-
port avait, paraît-il, renvoyé jusqu'au train de
neuf heures et demie l'arrivée du convoi funèbre.
A cette heure une foule silencieuse affluait de
toutes parts vers la gare dont la cour et les abords
étaient déjà encombrés depuis plusieurs heures.
On évalue à 18,000 au moins, le nombre des
personnes qui stationnaient sur la place aux
Bœufs, dans la rue Royale et dans la rue de Lyon
depuis huit heures du soir.
Les vertus du défunt, tout le bien accompli par
lui dans Saint-Etienne depuis vingt-cinq ans, sa
piété, son humilité, sa bonté, son dévouement
pour tous faisaient l'unique sujet de toutes les con-
versations. L'émotion était dans tous les cœurs,
les larmes dans tous les yeux, l'admiration sir
toutes les lèvres ; c'était vraiment un spectacle
triste et consolant à la fois qui parlait à l'âme.
En même temps que les cœurs chrétiens répé-
taient : « Bienheureux ceux qui meurent ainsi 1 »
il nous semble que ceux que la curiosité avait
seule conduite là devaient aussi se dire : Quelle
est grande la religion qui, pour toute une popu-
3
lation, fait d'un simple prêtre un père, un saint,
un grand homme, et qui transforme la mort de
cet homme sans famille, sans fortune, sans autre
puissance que celle de la vertu, en un deuil pu-
blic ! Quelle est grande cette religion qui grandit
ainsi ses ministres en leur faisant pratiquer l'hu-
milité!.
Le corps de M. Condamin fut déposé, à dix
heures vingt minutes, dans une des chapelles de
Sainte-Marie, sa paroisse, et placé sur un catafal-
que préparé à cet effet. Le cœur, retiré dans l'em-
baumement, enfermé dans un bocal de cristal
scellé, lui-même placé dans une botte de fer-
blanc et une seconde de bois blanc, fut mis sur le
cercueil.
Les Dames de Saint-Joseph, de la Providence-
Sainte-Marie, une grande partie du clergé de
Saint-Etienne et de nombreux fidèles veillèrent,
pendant toute la nuit, ces restes vénérés.
Le lundi, MM. les vicaires, MM. les fabriciens,
MM. les marguilliers de la paroisse Sainte-Marie
avaient fait adresser de nombreuses letlres de
faire part de « la mort de M. l'abbé Benoît-
Stanislas Condamin, leur curé, chanoine d'hon-
neur de Lyon, de Saint-Flour et de Valence,
grand-vicaire d'honneur d'Alby », et des invita-
tions pour le convoi funèbre devant avoir lieu le
mardi, à neuf heures et demie.
Le matin, depuis huit heures, les abords de
l'église furent remplis de monde; une foule im-
mense ne cessait d'affluer vers la rue Royale, sur
la place du Marché, dans la rue de Lyon, etc., le
recueillement de tous, disait assez que la curiosité
n'était pour rien dans cet empressement.
4
A neuf heures et demie, le cortège partit del
l'église Sainte-Marie; en tête marchaient les con-
fréries de la paroisse, les écoles laïques, et celles
des Sœurs et des Frères de la doctrine chrétienne,
puis venaient des représentants de toutes les com-
munautés de la ville, suivies d'un nombreux clergé
composé de quatre-vingts prêtres, où nous avons
remarqué, parmi les confrères du vénérable défunt,
MM. les chanoines Froget et Delphin, curés de la
Grande-Eglise et de Notre-Dame. Devant le cer-
cueil, deux jeunes lévites portaient alternative-
ment le cœur embaumé de M. Condamin, que
les paroissiens avaient décidé de placer dans une
des absides de leur église.
Les cordons du poêle étaient tenuspardeux curés
etdeuxanciens vicaires de Ste-Marie, et sur labière,
ornée de couronnes, se détachaient avec l'étole, le
surplis, la barrette et le càmail, les autres insi-
gnes de M. le curé Condamin; le deuil était con-
duit par la famille, par MM. les vicaires, par M.
le préfet Castaing, M. Charvet, maire de Saint-
Etienne, et M. Auguste Gerin, accompagnés de i
M. l'abbé Neuvecelle, inspecteur d'Académie, de
MM. les fabriciens et de MM. les marguilliers ;
puis suivait une foule immense, où toutes les con-
ditions étaient confondues dans un même recueil-
lement.
Le convoi a successivement parcouru, au mi-
lieu de la tristesse générale, les rues de Lyon,
Saint-Jean, Royale et la place Fourneyron, avant
de se rendre à l'église, où un magnifique catafal-
que était dressé au milieu du chœur.
Pc ndant la messe des morls chantée par M. l'ab-
bé Clément, curé de Saint-Charles, qui était ,
5
venu en procession avec tous ses vicaires, son
école cléricale et le personnel de son église, la
Chorale foréziennc, dont on connaît le dévouement
et le talent, a fait entendre plusieurs morceaux
bien choisis pour la circonstance et empreints du
sentiment le plus religieux, notamment différen-
tes strophes du Dies irœ et un offertoire du plus
saisissant effet.
Après l'Evangile, M. Delphin, curé de Notre-
Dame, est monté en chaire et, dans un panégy-
rique où l'éloquence du cœur coulait à flots, il a
retracé d'une voix émue le touchant tableau des
vertus apostoliques et de la charité inépuisable,
qui conservera à jamais ici-bas le souvenir de
celui dont les bienfaits sont gravés au fond de
tous les cœurs.
Nous donnerons plus loin l'analyse de ce dis-
cours pieux et édifiant qui, plus d'une fois, a été
interrompu par l'émotion et les larmes de l'audi-
toire.
Après l'absoute solennelle et les cérémonies si
imposantes des funérailles sacerdotales, on s'est
mis en marche vers le cimetière; le cortège a eu
toutes les peines à se frayer un passage au milieu
de la population qui se pressait dans les rues du Jeu-
de-l'Arc et Passerat, pour rendre un dernier et tou-
chant témoignage de son affection et de son respect
à ce pasteur qui, pendant vingt-trois ans de son
ministère parmi nous, a séché tant de larmes et
soulagé tant d'infortunes.
C'est un devoir pour nous d'exprimer publique-
ment ici à M. l'abbé Bernard, vicaire de Saint-
Charles, l'expression de la reconnaissance de tous
les paroissiens de Sainte-Marie en particulier et de
6
tous les habitants de Saint-Etienne en général,
pour le zèle avec lequel il a ordonné les funérail-
les, pour l'activité avec laquelle il s'est multiplié
afin que l'ordre fût partout pendant cette reli-
gieuse cérémonie. Nous savons, du reste, qu'à côté
du dévouement, se plaçait, dans le cœur de M.
l'abbé Bernard, une affection profonde pour M.
Condamin dont il avait été un des amis les plus
fidèles comme des plus chers.
Nous ne saurions mieux terminer ce compte-
rendu des funérailles de l'homme dont nous al-
lons bientôt retracer la vie édifiante et féconde,
qu'en donnant place à un récit touchant qui nous
a été raconté par un témoin oculaire ; il nous ser-
vira d'ailleurs de transition toute naturelle pour
parler des vertus de ce bon curé et de la réputa-
tion qu'elles avaient su lui conquérir jusque dans
la classe pauvre.
Le soir de l'enterrement de M. Condamin, la
personne dont nous tenons ce récit s'était rendue
au cimetière; le jour commençait à tomber. Après
avoir visité la tombe vers laquelle il s'était plus
spécialement dirigé, notre ami voulut voir l'en-
droit où, le matin, avait été déposé le corps du
curé de Sainte-Marie. En s'en approchant, il en-
tendit des sanglots étouffés et une voix de femme
qui, suppliante et émue, s'écriait : « Je vous en
prie, M. le curé, vous le pouvez, de grâce, faites-
moi ce bonheur ! » Il vit alors une pauvre femme
pâle, défaite, agenouillée sur la terre fraîchement
remuée, des larmes coulaient de ses yeux rouges et
tout annonçait une douleur sincère et profonde.
Elle avait, agenouillés auprès d'elle, deux petits
enfants en bas-âge qui pleuraient aussi en silence.
7
Le témoin de cette scène touchante aperçut aussi
"quelque chose que cette femme roulait sur le som-
met de la terre formant une élévation au-dessus
de la tombe; mais ne pouvant d'abord distinguer,
il s'approcha timidement craignant d'attirer l'at-
tenlion de cette femme et d'interrompre une scène
qui lui arrachait des larmes. Il vit alors dans les
bras de cette femme un enfant estropié, ayant les
deux jambes contournées, c'était lui qu'elle en-
fonçait dans la terre, et, pleine de foi, elle sup-
pliailie curé de guérir son enfant. De temps en
temps elle se laissait tomber jusqu'à terre, san-
glotait, priait à demi-voix puis s'adressait à l'aîné
de ses deux enfants agenouillés : « Prie avec moi,
prie, va, tu sais qu'il était bon, il ne nous refusera
pas, prie, Henry, prions.,.. » et elle faisait prier
ce petit tnfant avec elle.
Ne pouvant maîtriser son émotion, notre ami
noulut se retirer; le bruit de ses pas fit sortir cette
pauvre mère de la douleur qui l'absorbait; il
s'approcha, la questionna et voici sa réponse :
« Je suis veuve, monsieur, et j'ai quatre enfants
en bas âge que je ne savais comment élever et
nourrir quand leur père mourut. M. le curé de
Sainte-Marie vint chez nous, envoyé je ne sais par
qui, par le bon Dieu sans doute et, de ce jour,
j'eus du pain pour mes enfants, du travail pour
moi ; il me paya les mois de nourrice de ce dernier
et d'un autre qui a 13 mois de plus. Aujourd'hui
nous avons perdu notre père, notre bienfaiteur,
mes enfants n'auront plus de pain, moi plus de
travail, mais je viens demander à celui qui nous
a fait tant de bien de nous donner une dernière
preuve de sa bonté, de guérir ce petit estropié.
8
Oh ! il le guérira, allez ! n'est-ce pas, monsieur,
qu'il le guérira?. » et la pauvre femme s'age-
nouilla de nouveau et en pleurant recommença sa
prière ardente et navrante. -
Le témoin de cette scène a pris le nom et
l'adresse de cette pauvre veuve et nous sommes
convaincu qu'il s'occupera activement de trouver
des moyens de continuer, pour cette intéressante
famille, l'œuvre de M. Condamin. Pour nous,
nous avons cru bon de placer ce trait ici plutôt
que dans la Notice biographique. Certes, ce der-
nier hommage rendu au vénéré curé de Sainte-
Marie dans cette journée où la ville toute actt � M
lui en avait rendu un si grand nombre n'est ni
le moins touchant, ni celui qui aura été le moins
sensible à l'âme qui s'est envolée auprès de son
Dieu.
E. LE NORDEZ.
Il
NOTICE BIOGRAPHIQUFi
« Le récit de la sagesse des saints plait au
peuple, » dit un des livres de l'Ecriture, « il aime
qu'on leur donne les louanges qu'ils méritent. »
C'est parce que je suis convaincu que ces paroles
sont toujours vraies que je veux aujourd'hui ra-
conter brièvement la vie d'un homme auquel le
peuple, lui-même, avait donné pendant sa vie le
titre de saint.
Oui, le peuple. aime à entendre parler de ces
hommes qui représentent pour lui la grandeur mo-
rale, il aime à ce qu'on lui redise leurs vertus,
leurs œuvres, leurs bienfaits, parce qu'il comprend
que ces hommes sont les vrais soldats de la civili-
sation, les vrais bienfaiteurs de l'humanité, les
vrais pères du peuple.
Le spectacle que vient de donner Saint-Etienne
à l'occasion des funérailles de M. Condamin m'est
d'ailleurs un éloquent témoignage que le récit
de sa vie trouvera de nombreux lecteurs et que
les louanges méritées que je donnerai à sa mé-
moire trouveront de l'écho dans le peuple de
notre ville.
10
M. Condamin eut pour parents deux paysan
aussi simples qu'honnêtes. L'estime dont ils joui&-_
saient dans leur petit pays était leur plus grande
et leur plus chère richesse. On a beau dire, on a
beau faire, c'est encore dans nos familles chré-
tiennes qu'il faut chercher ce type de l'intégrité
qui est le plus beau titre de noblesse du peuple.
Ils habitaient une petite commune du canton de
Mornant (Rhône) et que l'on appelle Saint-
Laurent. C'est-là où le défunt curé de Sainte-Marie
vint au monde, en mars 1807, et là qu'il passa tes.
premières années de sa vie. �� Di.
En 1819 ou 20 il entra au petit séminaire d' -
gentières.
Studieux et intelligent, il fit de grands progrès
et fut toujours, du reste, pendant toutes ses études
un sujet remarquable. S'il grandissait en science,
il grandissait plus encore en sagesse et en ver-
tus.
Pieux sans affectation, sérieux sans être froid,
gai sans être bruyant, respectueux et confiant
envers ses professeurs, bon pour tous ses cama-
rades, il s'essayait déjà à ce rôle, que plus tard
il remplit si bien, de médiateur, de consolateur,
de pacificateur et jamais son entremise ne fut in-
fructueuse. Ses anciens condisciples se plaisent
encore à raconter la vénération dont ils l'entou-
raient déjà. Pendant son séjour dans ce sémi-
naire il fut, en un mot, l'ange de lu maison.
Après avoir fait, avec grand succès, ses études
théologiques au grand séminaire de Lyon, n'ayant
point encore l'âge pour être ordonné prêtre, il
fut nommé, n'étant encore que diacre, professeur
11
à ce même petit séminaire d'Argentières où il
avait laissé de si excellents et de si édifiants sou-
venirs.
Un grand vicaire, venant un jour inspecter le
séminaire et faire subir les examens aux élèves,
fut frappédela science, delà piétié, de la distinction
du jeune abbé Condamin et, sans lui en rien dire,
le désigna peu après pour vicaire d'une des plus
importantes paroisses de Lyon. En recevant cette
pomination, le supérieur du séminaire comprit
l'erreur et en informa le grand vicaire qui, tout
désappointé, se promit bien de la réparer en temps
utile et se félicita, toutefois, d'avoir pu prouver
nu diacre professeur tout le cas qu'il faisait de
lui.
Au lendemain de son ordination, il fut envoyé
œmme vicaire à Aveize, dans le département -du
Rhône.
Les deux seules années-qu'il y passa suffirent
pour révéler à ses supérieurs ses vertus, son zèle,
sa science et tout le bien qu'il était appelé à faire
-dans un champ plus vaste, mais elles avaient aussi
suffi pour attacher à lui, comme à un père, tous
les habitants d'Aveize et quand il dut les quitter
ils l'accompagnèrent fort loin et ne se séparèrent de
cini qu'après un adieu où leurs larmes se mêlèrent
aux siennes.
Le peu d'étendue de cette notice ne me permet
point de raconter en détail l'histoire des 12 an-
nées qu'il passa comme vicaire à la Guillotière,
à Lyon ; pour donner, du reste, une idée du sou-
venir qu'il y a laissé, de la réputation qu'il y a ac-
quise, il me suffit de rappeler deux traits tout ré-
cents.
42
Un vicaire de Lyon étant appelé, il y a quelques
mois à peine, auprès d'un vieillard mourant, lui
demanda s'il avait un confesseur habituel et le
malade lui fit cette touchante réponse: « Oui,
j'en ai un et un bon, allez ; mais il nous a quittés
il y aquelque temps etje l'aimais tant que jen'ai pas
voulu en avoir d'autres, c'est M. Condamin, » Or,
il y avait 23 ans que M. Condamin avait quitté
Lyon.
Les fidèles de la paroisse Sainte-Marie furent,
en 1867, témoins d'une cérémonie religieuse qui
parut toucher tout spécialement leur curé; c'était
le baptême d'un protestant converti. Le néophyte
n'était point de Saint-Etienne, il habitait Lyon;
il avait connu, il y a plus de 20 ans, M. Conda-
min ; quelques conférences qu'il avait eues avec
lui alors étaient restées gravées dans son âme et
lorsque cette graine, jetée depuis 20 ans en terre,
semblait perdue, elle germa tout à coup au souve-
nir de celui qui l'avait semée ; voilà pourquoi ce
protestant vint demander à M. Condamin de ré-
pandre sur lui l'eau du baptême, cette rosée qui
régénère.
J'ai dit la douleur qui a suivi, dans Lyon,
la nouvelle de la mort de M. Condamin ; je pour-
rais rappeler ici celle qui suivit, dans la paroisse
de la Guillotière, la nouvelle de son départ pour
Cours, lorsqu'il y fut nommé curé. Ce fut pres-
que une émeute : la foule se porta au presbytère
et voulut l'empêcher de partir ; devant cette
pieuse violence, en face de cette touchante colère,
le prêtre doux et humble répondit par des lar-
mes ; il supplia qu'on le laissât obéir à son devoir :
les rangs s'ouvrirent, l'émeute se calma soudain,

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