M. Olier, instituteur et fondateur de la Congrégation de Saint-Sulpice, par l'auteur de "Mgr de Quélen" [le Cte de Lambel]

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L. Lefort (Lille). 1865. Olier, Jean-Jacques (1608-1657). In-18, 72 p. et planche.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1865
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In- 12. 5 Série.
INSTITUTEUR ET FONDATEUR
DE LA CONGREGATION DE SAINT - SULPICE
PAR L'AUTEUR DE MGR DE QUÉLEN.
DEUX I È M E ÉDITION
LIBRAIRIE DE L. LEFORT
IMPRIMEUR, EDITEUR
LILLE
PARIS
rue Charles de Muyssart Rue des Saints - Pères 30
PRES L'ÉGLISE N.-DAME J. MOLLIE, LIBR, GÉRANT
Tous droits réservés.
1865
PRÉFACE
Un prêtre selon le coeur de Dieu est
un ange visible envoyé aux hommes : il
les conduit au ciel, et leur révèle, pour
la ne présente, le secret du seul bonheur
possible.
Non-seulement M. OlieR a rempli cette
grande mission par l'influence personnelle
d'une sainte vie ; mais, en fondant les
VI PREFACE
séminaires de France, il a créé une pépi-
nière toujours fertile de pieux ministres
qui, depuis deux siècles, répandent dans
le monde les lumières de la foi et les
divins enseignements de la religion. Un
double intérêt s'attache donc à son his-
toire, et lui mérite à double titre la
reconnaissance et la vénération.
CHAPITRE PREMIER
Education de M. olier ; ses pèlerinages et ses oeuvres jusqu'à
son ordination.
Issu d'une noble famille alliée aux Séguier, aux
Mole, aux Méliand, etc., Jean-Jacques Olier comp-
tait parmi ses ancêtres plusieurs t conseillers au
parlement de Paris, des conseillers d'Etat, des
intendants de province, des gouverneurs de place,
des chevaliers de Malte et un ambassadeur à Cons-
8 M. OLIER
tantinople. Mais il fit beaucoup plus que ses pères
pour illustrer son nom, et il lui acquit, sans la
chercher, une gloire qu'aucun d'eux n'avait pu
atteindre. Il est né à Paris, le 20 septembre 1608 ,
de parents habitués à élever leurs nombreux enfants
dans la pratique de la religion ; il reçut donc, à
son entrée dans le monde, le bienfait d'une édu-
cation chrétienne, et passa ses premières années
dans là paroisse Saint-Sulpice, sur cette terre pri
vilégiée, destinée à recueillir plus tard les bénédic-
tions de son apostolat. De bonne heure, il manifesta
son amour pour la sainte Vierge et laissa deviner
sa vocation au sacerdoce. Lorsqu'il pleurait, sa
nourrice le portait à l'église : aussitôt le calme
succédait aux cris, et le sourire remplaçait les
sanglots. Plus tard, quand ce petit enfant' voulait
parler ou agir, on le voyait avec une pieuse émo-
tion se tourner vers la statue de Marie, chercher
son assistance et solliciter ses inspirations. Il était
heureusement doué pour les travaux de l'intelli-
gence; mais pour retenir ce qu'il avait appris, il
lui fallait réciter beaucoup d'Ave Maria.
Ses parents le destinaient à l'Eglise, et bénis-
saient le Seigneur de lui avoir départi avec tant
d'effusion à un âge si tendre les dons de la piété ;
ils se croyaient si sûrs de son avenir, qu'ils se hâ-
tèrent de solliciter un bénéfice en sa faveur.
Cependant de fâcheuses modifications survenues
CHAPITRE I 9
dans sa conduite ne tardèrent pas à les inquiéter.
Son caractère, naguère encore doux et soumis,
devint violent, indocile, emporté. Avertissements,
punitions, réprimandes n'obtenaient aucune amé-
lioration ; et pendant quelque temps son père et
sa mère craignirent de s'être troippés sur la desti-
née de leur enfant. Ils habitdent alors Lyon, où
M. Olier exerçait la charge d'intendant de la pro-
vince. Il y avait dans cette ville un collége dirigé
par les Pères jésuites; lé jeune blier fut confié
à leurs soins. Leurs efforts parvinrent à étouf-
fer les mauvais germes qui commençaient à croître
et à se développer. — Un voyage de saint François
de Salés à Lyon acheva de faire rentrer l'espoir
et la confiance au sein de la famille. Consulté sur
les dispositions et sur l'avenir de cet enfant, le
saint répondit à Mme Olier qu'elle devait se conso-
ler , parce que son fils avait été choisi pour travail-
ler à la gloire de Dieu dans sa sainte Eglise. Et il
ajouta : « Dieu, dans la personne de ce bon enfant,
se prépare un bon serviteur. N'ayez plus aucun
doute; changez vos craintes en actions de grâces.
Si |e Seigneur me laissait encore quelque temps
sur la terre, je vous demanderais de me confier ce
cher enfant, pour le former moi-même aux vertus
et aux sciences ecclésiastiques. » Mais le saint
êvêque touchait à la fin de son pèlerinage en ce
monde ; quelques jours après avoir prononcé ces
2
10 M. OLIER
paroles, il s'endormait ici-bas pour se réveiller au
ciel. Il ne devait plus revoir le jeune Olier que
pour lui donner l'une de ses dernières bénédic-
tions.
Peu de temps après la mort de saint François
de Sales, M. Olier fut rappelé à; Paris pour y rem-
plir les fonctions de conseiller d'Etat. Il y ramena
ses enfants, et Jean termina ses études dans la capi-
tale. Il fit sa philosophie au collège d'Harcourt,
soutint, aux applaudissements universels, une thèse
en langues grecque et latine; puis il suivit à la
Sorbonne les cours de théologie. M. Olier ne négli-
geait rien pour développer l'intelligence, orner la
mémoire, cultiver les talents de son fils, et le pré-
parer à devenir un prêtre instruit., vertueux, digne
à tous égards de sa sublime vocation. Mais sa sollici-
tude paternelle., encore trop imbue des préjugés du
siècle, aspirait pour ce jeune homme aux honneurs
de l'Eglise. Aussi voulut-il le produire dans le
monde, lui donner un grand train de maison et
l'entourer de nombreux domestiques. Quoique le
jeune Olier n'eût encore reçu aucun ordre, son
titre d'abbé l'autorisait à prêcher; il profita de
ce privilége pour parler devant un auditoire d'é-
lite. : son éloquent sermon lui concilia tous les
suffrages. Heureux decet accueil sympathique,, re-
cherché dans la société, à cause de son esprit, et
de ses aimables qualités, ilfut enivré de ses succès.
CHAPITRE I 11
Ses nombreuses relations faillirent lui devenir fu-
nestes. Sa mère s'en aperçut,et redoubla de prières
pour:conjurer le danger. Un secours inattendu l'aida
puissamment.. Ce fut l'assistance spirituelle de Marie
Gournay, veuve de David Rousseau. Cette femme,
de condition obscure, très-avancée dans la perfec-
tion, habitait le faubourg Saint-Germain, et priait
continuellement pour la conversion de son malheu-
reux quartier. Un secret pressentiment l'avait aver-
tie que le Seigneur se servirait un, jour de M. Olier
comme d'un instrument de miséricorde envers le
peuple au milieu duquel elle vivait : dès,lors elle
avait multiplié les oraisons, les jeûnes, les, mor-
tifications, les. bonnes oeuvres en faveur d'une âme
destinée à en sauver tant d'autres. M. Olier ressentit
assez promptement les effets de cette intercession
et forma le projet de rompre avec le monde ; mais
ce désir était bien faible, sa volonté était, encore
pleine d'irrésolution! L'envié de, se faire un nom
dansles sciences occupait une grande place dans,
son esprit ; tel fut, le motif de son voyage de.Rome.
Il voulait apprendre l'hébreu pour soutenir à la
Sorbonnedes thèses dans cette langue : il pensait
avec raison rencontrer des maîtres habiles et pouvoir
travailler plus à loisir dans la ville éternelle. C'était
là que la miséricorde divine l'attendait pour l'at-
tirer plus intimement à la pratique, des conseils
évangéliques. Au lieu d'y trouver le surcroît de
12 M. OLIER
science dont il était trop avide, il y puisa le com-
mencement et la source de sa sainteté future. En
effet, en arrivant à Rome, sa santé l'empêcha de
se livrer à l'étudei ses yeux se fatiguèrent, et sa vue
s'affaiblit de façon à lui inspirer de sérieuses inquié-
tudes. L'épreuve ramène à Dieu, et là croix conduit
à la perfection. Son aspect sévère peut effrayer
notre faiblesse ; mais si nous sommes attentifs à la
conduite de la Providence, nous reconnaisons bien
vite dans la souffrance une messagère chargée de
nous apporter les plus précieux trésors. Le jeune
Olier ne tarda pas à comprendre le but mystérieux
de sa maladie; il écouta ces avertissements, et se
tourna vers la sainte Vierge, afin d'obtenir une
double guérison. Miné par la fièvre, il entreprit à
pied, avec des habits d'hiver, par une excessive
chaleur, le pèlerinage de Rome à Lorelle. On sait
que, selon le témoignage d'une tradition vénérable ,
le mystère de l'Incarnation s'est opéré dans cette
chapelle, célèbre par les nombreux miracles qui
s'y sont opérés, depuis sa miraculeuse translation de
Palestine en Italie. Malgré les progrès de sa maladie
et les fatigues d'un voyage de cinquante lieues ,
M. Olier, soutenu par sa ferveur, put arriver assei
rapidement à Loretle. A son entrée dans le sanc-
tuaire, il fut inondé de consolations , passa la nuit
en prières, et reprit le chemin de Home en ren-
dant grâces au Seigneur. Non-seulement M. Olier
CHAPITRE I 43
avait recouvré la vue des choses matérielles, mais
il avait reçu de nouvelles lumières pour mieux
comprendre les pensées de l'éternité. Ses désirs et
ses idées s'étaient profondément modifiés; il avait
résolu de mépriser,les faux jugements du monde
et de commencer à mener une vie apostolique.
Un douloureux-événement ne lui permit pas de
prolonger son séjour dans la ville où il avait trouvé
ce premier don de ferveur. Son père venait de
mourir à Paris après de grandes souffrances pieur
sèment supportées, et il se hâta de revenir en
France pour consoler l'affliction de sa mère.
Mme Olier, quoique plongée dans.la tristesse., rêvait
toujours pour son fils les dignités ecclésiastiques :
elle avait déjà sollicité et obtenu pour lui les fonc-
tions d'aumônier du roi; On les lui avait promises
pour le temps où il serait ordonné prêtre. Cependant
M. Olier avait rapporté de Rome d'autres projets.
Au lieu d'aspirer aux honneurs, il ambitionnait les
emplois les plus humbles; au lieu de penser à
évangéliser la cour, il voulait devenir l'aumônier
des pauvres. II renonça donc à la brillante pers-
pective qui lui était offerte, et tourna vers les indi-
gents toute l'ardeur de son zèle. Il les abordait dans
les rues avec une sorte de respect, leur témoi-
gnait une tendre compassion, et les emmenait
dans sa maison pour leur enseigner les vérités du
Salut. Les plus mal vêtus attiraient ses plus
14 M. OLIER
grandes bontés ; il vénérait plus spécialement ,
sous leurs haillions déchirés, Notre-Seigneur pauvre
et souffrant. Il les secourait selon leurs besoins, les
consolait par sa cordiale affection, et les adresait
à un ami nouvellement ordonné prêtre, quand il
les jugeait suffisamment préparés à la confession.
Bientôt il ne se contente plus de ceux qui con-
sentent à le suivre chez lui; il s'arrête sur les
places publiques pour instruire, soulager les in-
firmés ; il conduit les malades à l'hôpital et
les comble de délicates attentions. Sa charité ne
tarda pas à lui attirer la reconnaissance des pau-
vres. Souvent, quand il traversait une rue, la
foule accourait, l'entourait, l'écoutait avec attend
tion, le remerciait pour les bienfaits reçus et en
sollicitait de nouveaux. Mais les* personnes du
monde, témoins de cet édifiant spectacle, se mo-
quaient du jeune abbé et s'oubliaient parfois au
point de le traiter avec mépris. Un jour il instrui-
sait un pauvre à la porte de Notre-Dame : un
homme bien vêtu vînt à passer-; il le regarda en
pitié, et adressa à son domestique ces injurieuses
paroles : Tu diras à ton maître qu'il est un fou.
De pareilles humiliations se renouvelaient souvent :
ses parents ne les lui épargnaient pas; sa mère
elle-même , dont il contrariait les ambitieux pro-
jets, n'hésitait pas à lui adresser des reprochés. Il
supportait toutes ces épreuves avec une douceur et
CHAPITRE I. 15
une patience inaltérables. Loin de le décourager,
elles semblaient l'attacher par de nouveaux liens à'
une oeuvre visiblement soutenue par la grâce du
Seigneur ; et son amour pour les pauvres allait tou-
jours en augmentant. Il né lui suffisait plus de les
assister, de les instruire; pressé par un attrait in-
térieur , il baisait leurs pieds et jusqu'aux ulcères
dont la vue faisait horreur. Toutefois, comme ces
actes extraordinaires de charité pouvaient le singu-
lariser et attirer sur sa personne l'attention pu-
blique, il cessa bientôt de s'y livrer dans la ville,
mais il les continua dans la campagne, vers laquelle
il ne tarda pas à diriger ses travaux. A Paris, son
oeuvre si humble et si décriée par l'esprit du siècle
avait fait son chemin. L'exemple est un prédicateur
dont l'éloquence surpasse celle des plus beaux dis-
cours. Plusieurs prêtres distingués, touchés du zèle
de M. Olier, avaient voulu marcher sur ses traces,
s'étaient mis à instruire les pauvres de la capitale,
et leur utile concours avait multiplié les fruits de
salut.
A cette époque , il n'y avait pas de séminaires en
France ; plusieurs essais avaient été tentés, mais
n'avaient pas réussi ; les hommes de Dieu gémis-
saient de voir le royaume privé de ces institutious
si fécondes pour la sanctification du clergé et pour
le bonheur des peuples. Saint Vincent de Paul,
dont le dévouement s'élendait à tout, obviait, dans
16 M. OLIER
la. mesure de ses ressources, à cette regrettable
lacune. Il recevait les ordinands dans sa maison de
Saint-Lazare et leur donnait les exercices de la re-
traite préparatoire. Il distingua bien vite M. Olier,
si remarquable par son reçueilleinent et sa ferveur.
De son côté, le jeune lévite , parvenu au sous-
diaconat, éprouvait un vif désir de parcourir.les
campagnes pour travailler au salut des pauvres
sous la direction du saint; il tourna ses efforts de
ce côté et s'y employa jusqu'à sa promotion au
sacerdoce. Il allait de village en village, faisant le:
cathécisme, annonçant la parole de Dieu sous la
forme la plus accessible aux malheureux et aux
ignorants. Il s'arrêtait sur les routes pour causer
avec les indigentsqu'il y rencontrait; il se dé-
tournait même de son chemin pour aborder les,
laboureurs, leur rappeler leurs immortelles desti-
nées et les ramener à la pratique de leurs devoirs,
Se réduisant ainsi à manquer parfois de nourri-
ture et à n'avoir d'autre abri qu'une grange ou
une écurie pour le repos de la nuit. Quand il tra-
versait une ville, il. en réunissait les mendiants,
s'intéressait à leur sort, et les traitait avec des
égards, une compassion qui, touchaient leurs
coeurs et ranimaient leurs bons sentiments.
L'assistance et l'instruction des pauvres, occu-
paient une partie notable de ses journées sans
absorber toute son activité. Il se prêtait à seconder
CHAPITRE I 17
les projets destinés à procurer la gloire de Dieu, et
il aimait à favoriser les vocations religieuses con-
trariées par des obstacles mondains. C'est ainsi
qu'il sollicita et obtint , malgré de sérieuses diffi-
cultés, l'entrée de Mlle de Bussy, sa cousine, au
couvent des Carmélites. La fervente novice, en
témoignage de reconnaissance, lui donna des bijoux
et des diamants. Il se garda bien de conserver
ces précieux cadeaux, et se hâta de les porter à
l'église Notre-Dame pour la décoration de l'autel
de la sainte Vierge.
Sa dévotion envers Marie prenait chaque année
un nouvel accroissement. Il «avait contracté l'habi-
tude de travailler devant une de ses images; il
honorait toutes celles qu'il rencontrait en chemin,
et passait de préférence dans les rues de Paris où
il les voyait exposées en plus grand nombre à la
vénération des fidèles. Or, à cette époque, il y
en avait beaucoup sur les façades des maisons ;
les habitants de la capitale les avaient multipliées
pour protester contre l'hérésie de Calvin et mon-
trer leur éloignement pour toutes les sectes pro-
testantes. — Un moyen infaillible d'obtenir de
ce qu'on lui demandait, c'était de le
sollic ter e invoquant le nom de Marie : à une
requête ainsi résentée il ne savait rien refuser. A
défaut d'argen , il donnait un mouchoir, une mé-
daille, un l e, et se dépouillait au besoin de son
18 M. OLIER
mobilier. Là sainte Vierge, de son côté, ne se laissait
pas vaincre en générosité; elle veillait avec une
incomparable sollicitude sur cette âme d'élite ; elle
lui obtenait la délivrance de ses maux et l'augmen-
talion de ses mériter. Un jour, accablé de peines
intérieures, M. Olier entreprend le pèlerinage de
Paris à Char tres ; au terme de son pieux voyage, là
cessation de son trouble et le retour de la joie spiri-
tuelle de son âme récompensent sa confiance vrai-
menl filiale. Dans ses doutés, dans ses incertitudes,
son premier mouvement c'est un recours à Marie.
Il ne connaît pas encore clairement sa vocation, et
il hésite entre le clergé séculier et les ordres reli-
gieux : Notre-Dame de Liesse l'éclaire et le console.
Ainsi s'écoulèrent les années qui préparèrent
M. Olier aux redoutables fonctions du sacerdoce. Il
vivait dans la retraite, se livrait à l'oraison, prati-
quait le' renoncement et se mortifiait en secret. Il
couchait sur une simple paillasse, retirant chaque
soir les matelas , et les replaçant, le lendemain ma-
tin, sur son lit, pour cacher à son domestique cette
pratique de pénitence. Toutes ses bonnes oeuvres
avaient merveilleusement disposé la grâce à se ré-
pandre avec abondance dans son âme. Il fut ordonné
en 1633, et il célébra sa première messe le 24 juin;
CHAPITRE II
Missions données aux campagnes. — Maladies. — Épreuves.
— Communauté fondée à Vaugirard.
Plusieurs jeunes prêtres, désireux de travailler
avec ardeur à là gloire du Seigneur, se sentirent
attifés vers M. Olier par la douce influence de sa
vertu , et cherchèrent dans sa société l'édification,
l'appui dont ils avaient besoin. Ils s'entendirent
pour demander à saint Vincent de Paul de les réunir
une fois par semaine à Saint-Lazare, afin de leur
indiquer les moyens de mener une vie vraiment
sacerdotale. Le Saint répondit avec empressement
à leur désir. Les séances se tinrent exactement,
obtinrent l'approbation de l'archevêque de Paris, est
devinrent l'origine de l'établissement des confé-
rences ecclésiastiques.
Après avoir consacré quelque temps au noviciat
du ministère sacré, M. Olier voulut faire une
20 M. OLIER
retraite de dix jours ; puis il s'assura le concours
de plusieurs amis, distingués par leur piété, par
leur position sociale, et il partit pour l'Auvergne,
afin d'y évangéliser les paroisses dépendantes de son
abbaye de Pébrac. Il allait de paroisse en paroisse ,
n'épargnant ni ses peines ni ses forces, prêchait.
tous les jours, confessait beaucoup, prodiguait aux
pauvres les témoignages de son affection, les réu-
nissait pour les servir de ses mains, consolait lés
malades, et, se faisant tout à tous, il ramenait
grand nombre de pécheurs à la pratique de leurs
devoirs.
Après la mission de Pébrac, ,il profita de quel-
ques loisirs pour visiter la mère Agnès. C'était une
religieuse de l'ordre de Saint-Dominique t prieure
du monastère de Langeac. Il savait la sainteté de sa
vie, et il en espérait des conseils enflammés de
l'amour de Dieu. Son attente ne fut pas trompée.
La mère Agnès l'édifia singulièrement par ses
exhortations, lui souhaita les souffrances, les croix,
les persécutions , et ne tarda pas à concevoir de sa
personne une telle estime qu'elle le choisit pour
son guide spirituel. Les religieuses de Langeac con-
servent comme des reliques la lettre écrite par
M. Olier à l'occasion de la mort de leur mère,
une écuelle de bois dont il se servait quand il allait
à leur couvent, et un calice d'argent donné par lui
au monastère.
CHAPITRE II 21
Dé retour à Paris, M. Olier vendit ses voitures,
ses chevaux, au profit des pauvres, et entra en
relations fréquentes avec le père de Condren.
A cette époque mémorable, l'ennemi du salut
venait de répandre l'ivraie à profusion dans le
champ du père de famille ; l'Eglise, en proie au
triple fléau de l'incrédulité, du libertinage et de
l'hérésie, pleurait la perte de nombreux enfants
morts à la vie de la grâce. Mais la Providence dai-
gna lui envoyer un remède proportionné à tant de
maux : ce fut l'incomparable dévouement dès
saints, prodigués en quelque sorte au XVIIe siècle
par la miséricorde divine. Ces âmes d'élite sem-
blaient s'être donné rendez-vous pour travailler dé
concert à l'oeuvre de Dieu; elles se connaissaient
avant de s'être rencontrées, et se prêtaient le mu-
tuel appui de leurs prières et de leurs mérites.
Aussi M. Olier, dont les oeuvres devaient briller
d'un éclat si vif et si pur, trouvait-il à Paris et dans
les provinces des secours spirituels tout à fait inat-
tendus. Son entrée dans la vie avait été en quelque
sorte protégée par les prières , par les bénédictions
de saint François de Sales; sans parler des person-
nages moins éminents, saint Vincent de Paul fut
son premier directeur ; durant tout le cours de sa
carrière il lui témoigna la plus cordiale tendresse,
et le R. P. de Condren lui donna les conseils de son
expérience. Le Seigneur sembla vouloir interrompre
22 M. OLIER
les prédications. de M. Olier, et le rappeler à Paris
pour le mettre à même de recuéillir les lumières de.
ce grand maître de la vie spirituelle. Ce n'était
point un médiocre privilége; car le supérieur de
l'Oratoire, très-avancé dans les voies de la sain-
teté, avait le don de communiquer l'ardent désir
de perfectiondont il était animé. Il inspirait à tous
un tel respect, que le cardinal de Bérule se pros-
ternait quelquefois à terre pour baiser les vestiges
de ses pas, et voulait écrire à genoux les paroles,
qu'il en avait entendues.
M. Olier se montra digne de ces sublimes ensen
gnements ; il les recueillait avec bonheur et les mé-
ditait. Sa ferveur lui inspira l'ambition d'aller porter
les lumières de l'Evangile aux peuples du Canada;
mais le père de Condren,.le sachant appelé à une
autre destinée, condamna ce projet et conseilla de
continuer les missions dans l'intérieur du royaume.
Cette fois , les ecclésiastiques, associés aux travaux
de M. Olier ne se contentèrent, plus d'évangéliser
l'Auvergne ; ils se répandirent dans, le Vivarais, le
Velay et la. Bretagne... Ils choisissaient de préfé-
rence les campagnes les plus abandonnées, les
paroisses témoins des plus tristes scandales. Les
peuples accouraient de sept et huit lieues aux exer-
cices de la mission; malgré les rigueurs de l'hiver,
ils passaient la nuit dans l'église ou sur le seuil de
la porte, et, attendaient parfois jusqu'à trois, et
CHAPITRE II 23
quatre jours le bonheur de pouvoir se; confesser,
logés dans des granges, se nourrissant de leurs fru-
gales provisions, de route, et se communiquant
après les pieux exercices leurs souvenifs et leurs im-
pressions. Les, pêcheurs endurcis pleuraient leurs
égarements; les, hérétiques eux-mêmes se convertis-
saient. Les laboureurs, les bergers chantaient, dans
les champs les louanges du Seigneur et allaient au
travail en récitant le chapelet. De nombreuses res-
titutions, des. réconciliations éclatantes témoin
gnaient de la sincérité des résolutions.— Dans
chaque, village, M. Olier choisissait la chambre la
plus froide, la plus incommodes, la plus mal meu-
blée. Il portait sous sa soutane les vêtements les
plus usés, et consacrait à l'oraison le temps; qu'il
n'employait pas aux oeuvres du zèle. Il, faisait l'ins-
truction principale, dirigeait tous les exercice, se
chargeait de la lecture spirituelle pendant les repas
de ses confrères, et profitait de la récréation pour
réunir les pauvres , les assister et, les. disposer à
apprendre le catéchisme. Il les confessait de préfé-
rence, quand ils se présentaient à l'église : quand
ils. n'y venaient pas, il allait les chercher, gravissant
quelquefois les plus hautes montagnes pour arriver
jusqu'à eux, Il n'oubliait pas les, malades;, illeur
rendait les services les plus pénibles, à la, nature,,
donnait à manger aux infirmes et se nourrisait de
leurs restes.
24 M. OLIER
Tant de bonnes oeuvres accomplies , tant d'âmes
ramenées au divin bercail excitèrent les fureurs de
l'ennemi du salut. Après une retraite, des liber-
tins, ennemis de toutes réforme, tendifent des
piéges à M. Olier et l'attaquèrent sur la grande
route ; mais le Seigneur veillait sur les pas de son
ministre, il le délivra de tout péril et couvrit de
confusion les conseils des méchants.
Le succès couronnait les efforts des mission-
naires; et M. Olier, avide d'épreuves, se plaignait
à Dieu de n'en pas éprouver. Sa prière fut exaucée;
une maladie grave vint le visiter. Il la reçut avec
reconnaissance :« Une maladie , disait-il, c'est la
récompense la plus précieuse qu'un chrétien puisse
recueillir de ses travaux. » Il tomba en apoplexie,
oh lui administra l'extrême-oriction ; il perdit con-
naissance, ne répondant plus qu'aux noms de Jésus
et de Marie, et on craignit pouf ses jours.'Mais le
malade avait fait un voeu au saint évêque de Genève
et ne doutait pas de son rétablissement. Il se trou-
vait alors à cent lieues de Paris. A la nouvelle du
danger, sa mère accourut près de lui, craignant
d'arriver à peine à temps pour recevoir son dernier
soupir. — Déjà saint François de Sales avait obtenu là
guérison du malade, et M. Olier pût aller au-devant
de sa mère avec un cortége spontané de trois à
quatre cents pauvres, désireux de témoigner ainsi
leur reconnaissance et leur amour. Une autre
CHAPITRE II 25
maladie devait interrompre ses missions de Bre-
tagne : il la reçut comme la première avec actions
de grâces. Les croix ajoutaient à ses mérites et le
préparaient aux grandes choses que. Dieu: voulait
opérer par lui, dans son Eglise.
Malgré l'humilité de M. Olier, malgré son em-
pressement à cacher ses bonnes oeuvres, la réputa-
tion de sa sainteté s'était répandue en France ; plu-
sieurs évêques songeaient à l'attacher, à leurs
diocèses avec le titre de coadjuteur. Mgr de Châ-
lons, pair de France, très-désireux de s'assurer un
tel successeur dans sa double dignité de l'Eglise et
de l'Etat., fit d'instantes démarches, pour obtenir son
adhésion. Le cardinal de Richelieu alla jusqu'à pro-
poser cet excellent choix à l'agrément du roi, et, en
cette circonstance, le ministre n'hésita pas à décla-
rer au souverain que personne n'était plus capable
d'honorer l'épiscopat par, ses lumières et sa piété.
Quant à M., Olier, il ne. cherchait: qu'une seule
chose, c'était l'accomplissement de la volonté de
Dieu. Pour la connaître, il.s'adressa au P. de Con-
dren. Il lui fut répété que le Seigneur avait sur lui
d'autres desseins ; et dès. lors il persévéra dans ses
refus, malgré le mécontentement desa mère et les
plaintes de sa famille.
Toujours guidé par son saint directeur, il alla
s'établir à Saint-Maur-les-Fossés, pour travailler, de
concert avec ses associés, à l'affaire de leur sancti-
3
26 M. OLIER
fiçation et se préparer à de nouvelles prédications.
Pendant la mission de Mantes, il termina cinq cents
procès à l'aimable. A Amiens, les fruits dépassèrent
toutes les espérances. Les missionnaires obtinrent
là conversion d'un colonel suédois dont le régiment
se composait de huit cents cavaliers Hérétiques, et
les soldats suivirent l'exemple de leur chef. Dans
la journée ils allaient entendre les instructions : le
soir ils se mettaient en prières avec les Habitants
chargés de les loger, et les édifiaient par leur fer-
veur,
Vers cette époque, M. Olier eut à supporter une
épreuve qu'il n'avait pas prévue et qui faillit jeter
le découragement dans son âme (1640). Ce fut une
série de tentations analogues à celles que saint
François de Sales avaient endurées dans sa jeunesse.
Ses facultés naturelles, naguère encore si bril-
lantes, lui semblaient complètement éteintes ; il
craignait d'être désormais privé des grâces du
Seigneur ; il était tourmenté de la peur d'agir en
toutes choses par orgueil, attribuait ses aridités
spirituelles à des infidélités imaginaires, se croyait
abandonné de Dieu, et prévoyait, avec une désolante
anxiété, qu'ayant manqué de soumission à la Pro-
vidence il serait précipité dans les abîmes éternels.
ses scrupules incessants le rendaient insuppor-
table, disait-il, à ses confrères, à tout le monde;
et chacun l'abandonnait à sa profonde mélancolie.
CHAPITRE II 27
Cependant de ferventes prières à. la sainte Vierge
obtinrent la délivrance de ses appréhensions et de
ses souffrances : le calme, l'espérance, la paix lui
furent rendus, et sa patiente résignation lui valut de
nouveaux secours pour l'oeuvre si importante qu'il
allait bientôt commencer. Le P. de Condren venait
de mourir, et avant de quitter ce monde, il lui
avait révélé sa mission , en lui déclarant que pieu
attendait de son zèle la fondation des séminaires
pour former les jeunes lévites à l'esprit et aux ver-
tus du sacerdoce.
Dès que la volonté divine lui eut été clairement
manifestée, M. Olier chercha les moyens de l'ac-
complir, et s'occupa tout d'abord de disposer quel-
ques prêtres à la vie dé communauté. Il essaya
dans ce but un premier établissement à Chartres; il
ne tarda pas à le transporter à Vaugirard. C'était
alors un village, situé aux portes de Paris, et rebâti
au XIII° siècle par l'abbé Gérard de Moret, dont il
portait le nom depuis cette époque. Mme de Ville-
neuve (Marie Guillier) y avait établi depuis peu
de temps sa maison des Filles de la Croix, vouées
à l'éducation de l'enfance des campagnes ; elle
priait depuis longues années le Seigneur de don-
ner des séminaires à la France, et quand elle
sut le dessein de M. Olier, elle le pressa vive-
ment de venir se fixer dans celte humble paroisse,
lui promettant de nourrir ses associés, si c'était
28 M. OLIER
nécessaire, et lui annonçant le concours de
M. le curé de la paroisse, qui offrait son église
pour les exercices de la communauté. Le séjour
de la campagne favorisait l'esprit de recueillement
et de retraite ; là proximité de Paris permettait
de venir y consulter les personnes les plus éclai-
rées dans les voies spirituelles. Après une double
retraite, M. Olier, déterminé par ces diverses
considérations, fit choix de là maison la plus
pauvre, et vint avec confiance inaugurer à Vaugirard
son nouvel établissement (janvier 1642). La com-
munauté, à son début, se composait seulement de
trois membres ; mais les signes dé la protection
divine ne se firent pas attendre. Si quelques esprits
superficiels et enclins à la critique blâmaient les
missionaires d'avoir abandonné leurs prédications,
si fertiles en fruits de salut, pour essayer la fon-
dation encore très-incertaine des séminaires, les
hommes sages et zélés applaudissaient du fond du
■coeur.Le cardinal de Richelieu ne se borna pas à
approuver : non-seulement il promit son crédit',
mais il offrit à M. Olier la jouissance de son château
de Ruel. La communauté voulut rester dans le lieu
pauvre et caché choisi pour son berceau. Les
motifs de son refus ajoutèrent à l'estime dont elle
était entouré, et lui attirèrent de nouvelles adhé-
sions. Plusieurs jeunes ecclésiastiques vinrent
lui demander de les former aux vertus aposto-
CHAPITRE II 29
liques: elle compta bientôt vingt membres dans
son sein, et, à l'unanimité, M. Olier fut élu
supérieur.
Le jeune supérieur s'adonnait avec une ardeur
infatigable aux travaux, aux exercices et aux exhor-
tations nécessaires pour préparer ses futurs coopé-
rateurs à leur mission. Dans ses entretiens il reve-
nait souvent sur le devoir du renoncement, sur
l'obligation d'étouffer les désirs de la nature cor-
rompue par le péché, et il répélait cette parole de
saint Paul : Il faut faire mourir le vieil homme.
Or il avait choisi un vieux ménage pour.garder la
porte et cultiver le,jardin. Le mari, appelé Thomas,
le seul vieillardde la maison, avait remarqué les
nombreuses réunions de la communauté et s'en
inquiétait un peu. Il ne pouvait deviner le motif de
tant d'assemblées et de tant de discours. Il parla
de sa préoccupation à sa femme ; et la jardinière,
désireuse de pénétrer le mystère, vint un jour
écouter à la porte de la salle de communauté : elle
entendit très-distinctement M. Olier dire à ses con-
frères : « Messieurs, qu'attendons-nous? mettons-
nous à l'oeuvre aujourd'hui même, voilà trop long-
temps que notre lâcheté recule. Immolons je vieil
homme sans pitié, sans écouler ses murmures et ses
cris. Ce n'est qu'à ce prix que nous pourrons avoir
la paix. C'est un ennemi toujours prêt a nous
perdre, qui nous tuera si nous ne. l'immolons pas

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