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Ma dernière gerbe

De
129 pages

Un de nos compatriotes, ami des lettres, des livres et de son pays, me dit en me remerciant de l’envoi de mon dernier ouvrage :

« J’ai réuni toutes vos brochures et j’en veux faire relier quatre volumes ; je tiens à conserver vos œuvres parce que j’en trouve la lecture saine, les idées vraies, le style simple et l’esprit bon. J’ai applaudi aux deux médailles qu’elles vous ont méritées de la Société nationale d’encouragement au bien. Dans votre Histoire de Dammartin, elles ont pour moi, comme pour bien d’autres, l’intérêt des souvenirs et, dans tout ce que vous dites, en vers et en prose, elles auront, pour les miens et vos lecteurs, les plaisirs de la pensée, le charme du sentiment, et le profit de l’instruction.

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À propos deCollection XIX
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Victor Offroy
Ma dernière gerbe
Prose et poésie
LA RAISON DE CETTE BROCHURE
* * *
Un de nos compatriotes, ami des lettres, des livres et de son pays, me dit en me remerciant de l’envoi de mon dernier ouvrage : « J’ai réuni toutes vos brochures et j’en veux fair e relier quatre volumes ; je tiens à conserver vos œuvres parce que j’en trouve la lectu re saine, les idées vraies, le style simple et l’esprit bon. J’ai applaudi aux deux méda illes qu’elles vous ont méritées de la Société nationale d’encouragement au bien. Dans votreHistoire de Dammartin,elles ont pour moi, comme pour bien d’autres, l’intérêt des s ouvenirs et, dans tout ce que vous dites, en vers et en prose, elles auront, pour les miens et vos lecteurs, les plaisirs de la pensée, le charme du sentiment, et le profit de l’instruction. « J’ai de vous les ouvrages suivants : 1°le Progrès dans une petite ville ; 2°Recueil d’œuvres diverses ;les Prussiens à Dammartin ;Le Tasse à Châlis ; 5°Meaux et Senlis ; 6°Histoire de Dammartin ; 7°Hymne au soleil ; 8°mes derniers Loisirs ; 9° nouvelles Œuvres diverses ;e mais la matière me manque pour achever le quatrièm volume, et il faut que vous me la fournissiez. » J’étais flatté, je l’avoue, de ce jugement et de ce désir de mes faibles œuvres, car ce qu’il y a de plus flatteur pour un écrivain et ce qui est souvent le seul prix de son travail, ce sont les sympathies qu’il inspire et l’approbation d’un homme compétent. Je consentis donc à lui fournir la matière pour compléter un quatrième volume. Voilà pourquoi cette dixième brochure vient s’ajout er à celles qui ont paru et dont plusieurs comptent plus de deux cents pages. Mon livre, quel qu’il soit, pourra donc, sinon par son mérite, au moins par la solidité et l’ornement de la reliure, avoir une place et quelqu e durée dans une bibliothèque d’amateur, et Dammartin avoir aussi son auteur dans un enfant du pays. Je pourrai donc me survivre dans quelque chose de moi-même. Cette p ensée me sourit, bien que je sache que tôt ou tard, quelles que soient nos œuvres et quoi que fasse l’histoire, tout à la fin rentre dans le néant de l’oubli, et qu’il n’y a rien de durable ni d’éternel ici-bas.
L’homme se flatte en vain d’une vie immortelle, La mort, à qui sa tombe oppose un nom rebelle, Ne lui laisse en ce nom qui doit subir ses lois Que le droit de mourir une seconde fois.
Cependant, quand on n’a plus d’avenir, on aime à vivre dans le passé, on se plaît à lire dans le vieux bouquin tout ce qui nous parle du pay s qu’on habite, des lieux que l’on connaît, des personnes, des monuments qui en font la célébrité, on le relit quand il s’y trouve des pages où l’histoire, la morale, la philo sophie instruit, édifie et console. On s’identifie avec l’auteur dont les sentiments sympathisent avec les nôtres, on en fait son conseil, sa société, son ami, on l’aime sans le connaître. J’ai pensé qu’il en pourrait être de même d’un de m es livres s’il avait l’honneur de devenir vieux bouquin. C’est ce qui m’a fait écrire quand même. Qu’on me pardonne si je me suis trompé.
VICTOR OFFROY.
LE MANUSCRIT
* * *
Un manuscrit intéresse toujours parce qu’il a gardé un secret, parce que la publicité ne l’a pas défloré et qu’il vous confie des choses dont vous avez seul le privilége. Il intéresse parce qu’il met en rapport direct avec votre âme le s pensées d’une autre âme, et avec vos yeux l’œuvre d’une main, d’un homme qui, du hau t de sa gloire, vous révèle son génie, ou du fond d’une tombe vous parle à travers des siècles. L’antiquité ou un grand nom ajoute encore à son pri x : Voyez avec quelle attentive précaution on déroule dans les ruines d’Herculanum ou de Pompéi et dans les vieilles archives ces rouleaux de papyrus, ces feuilles verm oulues où d’illustres morts ont imprimé une pensée immortelle ; quelle joie n’éprouve pas l’archéologue, le bibliophile en découvrant ces vieux parchemins où l’on croit reconnaître le manuscrit de l’Eneïde; des Tusculannesou de laJérusalem délivrée !et quel prix ne donne-t-on pas dans les ventes à ces lettres, à ces autographes d’hommes ou de femmes célèbres ! C’est est curieux de posséder exclusivement ces lignes qui ont échappé au temps, aux révolutions et viennent toutes couvertes de la poudre de leur siècle, vous révéler des faits inconnus à l’histoire, et les secrets les plus voil és du cœur humain. C’est qu’on est désireux de converser dans le tête-à-tête avec ces hommes, qu’on n’aurait osé aborder de leur vivant, et qui furent des grandeurs ou des célébrités de leur époque ; d’entendre leur parole intime, de les voir pour ainsi dire en comité secret, ou sur la scène du monde ; de descendre ou monter avec eux dans toutes les vicissitudes de leur vie, enfin de les juger sur pièces, et de voir comment écrivaient ces mêmes mains qui gagnaient des batailles, régentaient un empire ou créaient des chefs-d’œuvre. Il est de ces lettres dont l’écriture, le style, l’ orthographe sont quelquefois un sujet d’étonnement ; on y trouve des fautes qu’on ne sait comment concilier avec l’instruction, le rang, la réputation de leurs auteurs ; le plus humble bureaucrate serait honteux d’écrire comme écrivaient les Montmorency, les La Trémoille, les Chabannes, et un écolier de sixième peut être fier de dire : Condé, Napoléon ne mettaient pas l’orthographe aussi bien que moi. Mais quand ces autographes sont d’un parent ou d’un ami, et si ces personnes qui nous furent chères ne sont plus, lé manuscrit alors se revêt à nos yeux d’un intérêt particulier. Il réveille et nourrit en nous les plus doux souvenirs ; nous y reconnaissons les sentiments, les paroles même que ces personnes nous ont souvent exprimés. Ces traits de leur main nous rappellent ceux de leur visage ; ces pensées de leur âme, leur tendre affection, nous croyons les voir, les entendre encore, et par cet écrit, elles revivent pour nous en dépit de la mort et du temps. J’ai en ma possession et je conserve précieusement un de ces manuscrits qui, par la mort de leur auteur, semblent avoir reçu un cachet de sainteté et de vénération ; il est d’un ancien prêtre de Dammartin. Vieux, isolé et so uffrant, ce digne homme avait cherché dans les lettres quelque palliatif à son affliction ; les livres étaient son régime et sa plume son médecin. C’est du bord de sa tombe et d’une main défaillante qu’il écrivit le manuscrit dont je parle. J’en vais citer un fragmen t où se trouve un passage remarquable ; le voici : « Il y a aujourd’hui 73 ans que ma mère me donna le jour. Nul sentiment ne peut égaler celui dont cette pensée me remplit La pensée que tu as donné à l’homme, ô Dieu
suprême ! la pensée qui l’adapte à l’universalité d es choses et qui embrasse par la contemplation l’immensité de tes œuvres, voilà en q uoi il est ton image. Un jour elle s’absorbera en toi. N’est-elle pas une portion indivisible de ta substance ? Auteur de tout, ta grandeur est dans ta puissance ; une goutte d’eau, un grain de poussière ne t’échappe pas plus que ces soleils qui roulent dans l’immensité. O être des êtres, puisque tu m’as donné la pensée, tu n’en dédaignes pas chez ta créature l’usage et l’offrande ; je dirai donc ce que j’éprouve de toi en moi-même. Source de toute consolation, tu ne m’as jamais abandonné, je t’ai cherché dans mes joies, dans mes peines, je t’ai trouvé partout. Un jour tu as d it à ma pauvre âme : Je te conduirai dans la solitude et là, je serai toute ta pensée, je te défendrai contre toi-même, et je te garderai contre le monde. C’est donc par vous, et p our vous seul, ô mon Dieu ! que je dois vivre désormais, il ne peut être pour moi de plus chère solitude que celle que je puis remplir de votre nom et où mon âme peut se nourrir de votre sainte et consolante pensée. » On voit à cette page, qui est la dernière du manusc rit de ce bon prêtre, l’affaiblissement de sa vue et de ses forces ; elle est datée de minuit ; la dernière ligne est lisible à peine. Sur cette page restée inachevée, des taches d’encre montrent qu’à cet endroit la plume lui est tombée de la main, que sa tête s’est affaissée et qu’à cette heure de la nuit ce saint homme, plein de la pensée de Dieu, s’est endormi du dernier sommeil. Le lendemain en effet on le trouva mort dans son fa uteuil, ayant sur une table ce manuscrit devant lui.
1 LEDUC DE BOURBON A DAMMARTIN
* * *
M. le duc de Bourbon, sous la restauration, n’aimait pas plus la cour que le bon Sully ne l’aimait sous Louis XIII. A son étiquette, à ses plaisirs, il préférait l’aimable et simple franchise du vieux seigneur de Versigny, les ombrag es et les cerfs de la forêt de Chantilly ; son grand plaisir c’était la chasse, il le prenait en tout temps, il avait pour cela un équipage considérable. Monseigneur a trop de mon de, lui disait-on à ce sujet, il faudrait une réforme dans sa maison. Cela peut être répondait-il, mais ce monde là a besoin de moi, je le garde. Il avait conservé et pr enait encore le titre de comte de Dammartin où il lui restait quelques propriétés. Il y avait un relais et des piqueurs et il y passait souvent, soit qu’il allât courir le chevreuil sur la butte rocailleuse de Montgé, ou lancer le cerf sous les voûtes profondes de la forê t de Villers-Cotterets, soit qu’il allât à Nanteuil dont une jeune fille recevait douze magnifiques foulards de sa part, en échange d’un mouchoir qu’elle avait donné pour le pansement d’un chien blessé de sa meute, ou à Ermenonville, dont les cascades murmurantes et les paisibles ombrages plaisaient aux dames de sa cour, soit encore que dans les landes sablonneuses de Châlis il poursuivit un énorme sanglier dont il envoyait la hure à la da me du lieu, en réponse à la défense peu civile qu’elle lui faisait faire par son garde de chasser sur ses terres. Le prince dans ces passages avait un équipage magni fique, ses relais étaient échelonnés de Paris à Villers-Cotterets ; en été il partait à 4 heures du matin de l’Elysée-Bourbon, et vers six heures il arrivait à Dammartin. Sa voiture était relayée à l’entrée ou à la sortie du pays pour éviter l’encombrement. Un courrier à veste rouge bordée de larges galons d’argent, passait rapidement et l’on disait : voila le prince ; en un instant tout le monde était aux portes, et bientôt on voyait arriva nt au loin une voiture brillante, volant sous le galop de six chevaux de luxe, faisant bondir leur crinière écumante sous la main légère des jokeys dorés qui pouvaient à peine modér er leur ardeur. Leprince était là, tantôt en livrée de sa maison avec ses gentilshomme s, tantôt en habit militaire avec le grand cordon et la grosse épaulette à torsade d’or ; d’autres fois en habit de ville sans me autre décoration que son crachat dans une calèche élégante, ayant à ses côtés M de Feuchères tout éclatante d’une beauté que relevaient encore la fierté anglaise et les plus riches ornements. J’ai vu cette femme célèbre dans son château de Mortefontaine, et au milieu des chefs-d’œuvre de l’art et de la nature elle ne me parut pas déplacée. Le prince saluait gracieusement, recevait les pétitions et donnait pour les pauvres. Le soir il repassait à dix heures, endormi et se reposant dans sa voiture de ses courses du jour. Le courrier qui le devançait portait une torche flamboyante, et, pour éclairer la route, traçait de Nanteuil à Paris un long sillon de lumière au milieu des ténèbres.
1Dernier prince de Condé.