Madame, duchesse d'Angoulême, à Nantes

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Impr. de Mellinet-Malassis (Nantes). 1823. France (1814-1824, Louis XVIII). In-12.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1823
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MADAME,
DUCHESSE D'ANGOULEME.
NANTES.
On peut nous égaler, mais
non pas nous surpasser.
A NANTES ,
DE L'IMPRIMERIE DE MELLINET-MALASSIS,
Septembre 1823.
MADAME,
DUCHESSE D'ANGOULEME,
A NANTES.
S'IL fût jamais une tâche tout-à-la-fois bien
douce et bien difficile à remplir, c'est
sans contredit celle dont nous nous chargeons
aujourd'hui. Sans doute, personne, plus que
nous , ne sent l'inappréciable avantage de par-
ler de l'auguste Princesse dont la présence à
Nantes a été le signal précieux d'une allé-
gresse jusqu'à présent sans exemple , d'une
ivresse générale de bonheur et de joie. Per-
sonne, plus que nous, n'éprouve le désir de
rendre hommage aux vertus de celle que tant
d'hommages ont environnée dans cette ville.
Mais le moyen de retracer fidèlement ces
jours trop tôt passés, ces jours de mémoire
immortelle ? Où prendre des couleurs assez
vives pour peindre cet enthousiasme uni-
versel qui s'est manifesté dans toutes les
classes, dans tous les âges, dans tous les'
rangs , à la vue de MARIE-THÉRÈSE ? Qui
pourrait exprimer dignement tonte la satis-
faction que nous avons vue régner sur les
nobles traits de l'illustre voyageuse , et ce
gracieux sourire, le plus doux prix de notre
dévouement et de notre zèle ?
Depuis long-tems, Nantes soupirait après
( 4)
l'instant heureux où la fille des Rois devait
habiter son enceinte, et s'assurer, par elle-
même, de l'excellent esprit de cette belle et
grande cité. Dans les premiers jours d'août,
nous crûmes toucher au moment de l'accom-
plissement de nos voeux, et le conseil muni-
cipal , extraordinairement assemblé , s'occupa
des moyens de procéder à l'érection de la
statue de Louis XVI, de cette image qui devait
inspirer des mots si mémorables et si touchans.
Bientôt, grâces à l'empressement de l'admi-
nistration et à l'activité des ouvriers , les traits,
augustes du Roi Martyr furent offerts à la
vénération des Nantais. Ici, nous rendrions un?
nouvel hommage au talent et au zèle de M.
Dominique Molchneth, auteur de cette statue,
si les témoignages de satisfaction qu'il a reçus
de la bouche même de MADAME , ne nous in-'
terdisaient tout éloge.
Cependant, une députation du conseil-mu-
nicipal , composée de M. L.s Levesque aîné ,
maire de Nantes ; M. Baron, président du
tribunal civil et du conseil-général du dé-
parlement ; M; Th. Dobrée , négociant,
membre de la chambre de commerce ; M
Bouteiller, conseiller de préfecture, et M.
Ch. Rossel , négociant, s'était rendue à
Bordeaux pour expirimer à MADAME les voeux
de notre amour. Bientôt nous apprîmes de
nos députés que nos espérances ne seraient
pas décues, et que tôt ou tard nous aurions
le bonheur de possédér la fille de Louis XVI.
Enfin la nouvelle officielle arrive... Oh ! qui
dirait les transports d'alégresse que causa la
proclamation de notre premier magistrat;
Tous nos lecteurs la connaissent; ils se
plairont encore à la retrouver ici : rien de
( 5 )
si doux que d'entendre le langage de l'hon-
neur et de la fidélité.
« FIDÈLES BRETONS !
» Vos voeux les plus chers touchent au
moment d'être exaucés, MADAME nous ac-
corde trois jours. MADAME entre dans le
département de la Loire-Inférieure, le vendredi
19 de ce mois ; et, sensible au voeu que porta
naguères à ses pieds la députation de Nantes,
S. A. R. daigne séjourner en cette ville ce
même jour, 19 , et les deux jours suivans.
» Concitoyens ! quelle n'est pas notre émo-
tion en partageant avec vous la joie d'une si
heureuse nouvelle! Quels transports ne vont
pas répandre dans la fidèle contrée ces mots,
ces seuls mots : MADAME arrive ! MADAME
vient parmi nous :
» Dans son auguste simplicité , MADAME
ne veut aucune réception extraordinaire : tels
sont les ordres qui me sont transmis ! Mais à
qui d'entre vous , vieux ou jeunes amis du
Trône , à qui ferais-je l'inutile défense d'ac-
courir sur le passage de celle dont la vue
même, dont la présence sur la terre de la
fidélité est déjà une récompensé ! Si, des glo-
rieux champs de Légé jusqu'aux mémorables
coteaux de Varades, un peuple royaliste se
presse sur la route annoncée , pour y voir
une fois la fille de LOUIS XVI et répéter
autour d'elle le cri du pays : Vive le Roi !
Vive la fille de nos Rois ! Vive la glorieuse
Epouse du Prince vainqueur et libérateur des
Espagnes ! ce ne sera pas une réception
défendue, mais un élan irrésistible.... »
La statue de Louis XVI était placée depuis
longtems, mais on n'avait pas encore procédé
(6)
à son inauguration. M. le Maire la fixa an
14 septembre. Ce jour , après le messe mi-
litaire , M. le lieutenant-général comte Des-
pinoy se rendit a l'hôtel de M. le Préfet, où se
trouvaient réunies toutes les autorités et les
administrations. Les chasseurs des Alpes et le
régiment de Bleuler, ayant formé le carré
sur là place Louis XVI , les autorités et
MM: les officiers de la garde nationale en
cortége allèrent se placer en face de la statue ,
au bruit dé la musique qui jouait le bel air :
Vive le Roi ! Vive la France ! Alors on
permit au peuplé d'entrer dans lé carré formé
par les troupes, et' de se presser librement
autour de l'image de son roi. Tout le monde
était découvert ; M. le préfet s'étant placé
entre la colonne et les spectateurs , dit :
« Messieurs ,
» Voici le sujet d'une vive émotion. Je la
respecterai : je dirai peu de mots. Ces chefs,
ces magistrats , ce peuple attentif qui se
pressent au pied de la statue de Louis XVI,
ces soldats (1), fils de ceux-là qui moururent
sur le seuil de son palais; l'objet, les souvenirs,
le moment, tout parle ici plus haut que moi,
tout y fait naître ou revivre ces profonds
sentimens qui pressent tous les coeurs, qui
éclatent sur tous les visages , mais dont il
n'est pas donné à la parole humaine de pour-
voir atteindre l'expression;
» Si donc, dominé comme moi par la gran-
deur de la situation, l'honorable maire de la
ville inauguratrice se borne au simple et tou-
chant exposé des votes par lesquels, la pre-
(1) Le premier régiment suisse.
(7)
mière entre toutes ses soeurs, la cité de Nantes
a consacré une statue au Roi bienfaisant et
martyr, qu'il me soit permis de dire, au
nom du département tout entier, que d'ici je
pourrais vous montrer l'horizon de cette va-
leureuse commune, où ( pour parler le lan-
gage vendéen ) de cette paroisse du Loroux
qui, la première aussi entre toutes les com-
inunes rurales , éleva, de concert avec mon
prédécesseur , la sainte et même image que
nous inaugurons ici. Tant il est vrai que l'a-
mour de nos Rois , que le culte de leur mé-
moire , comme la défense de leur trône , sont
les sentimens innés , la plébéienne affection
du pays.
» Peuple qui m'entourez, cette attache à
vos Rois est aussi votre partage. Si vous la
montrez par votre religieux silence dans cette
solennité qui n'est pas sans tristesse, quel-
ques jours encore et elle éclatera par d'autres
signes à la vue de l'auguste princesse que
l'infortuné Roi a tant aimée.
» Oui, généreux Nantais, ces affections
héréditaires sont votre gloire et votre force.
Eh ! n'est-ce pas au tems des jeunes années
du Roi dont vous n'avez plus ici que le mo-
nument, n'est-ce pas dans la plénitude de
son règne que se développa la plénitude de
votre prospérité ? Il souvient à vos pères de
ces jours heureux , de ces jours de Louis XVI,
où votre immense commerce promenait glo-
rieusement le pavillon blanc sur toutes les
mers, et en ramenait l'opulence, dont cette
magnifique place , dont les murs mêmes qui
m'entourent rendent encore témoignage. O
Nantes ! ô ville de labeur et de probité ! que
serais-tu maintenant, quelles seraient aujour-
d'hui ta magnificence et ta richesse, si le Roi
que voilà eût, exempt ou vainqueur des révo-
lutions, prolongé jusqu'à ce jour sa royale et
bienfaisante carrière.
» Heureux , sans doute , et glorifié dans le
ciel, le Roi, le fils de Saint-Louis dont ou
peut ainsi parler trente ans après qu'il y est
monté ! Ah ! que son monument, comme sa
mémoire, soit à jamais vénéré parmi nous ,
qu'il soit à la fois , dans la suite des âges ,
l'ornement de nos murs et l'instruction
de nos neveux ! L'étranger viendra l'admirer,
mais le Français viendra le contempler : le
père de famille y conduira son, enfant, et,
lui montrant les traits du vertueux Roi,c'est
au. pied de la statue de Louis XVI, qu'il lui
apprendra toute la valeur , toute la force con-
servatrice du cri dont nous saluons ici sa
pieuse inauguration.
» Vive le Roi !
» Vive le Roi ! »
M. le Maire succéda à M. le Préfet et pro-
nonça le discours suivant :
» Messieurs ;
» Les voeux , tant de fois manifestés par
les habitans de Nantes sont enfin accomplis.
La statue de Louis XVI, qui a été naguères
l'objet de nombreuses souscriptions , décore
cette colonne , érigée , il y a 34 ans , par
MM. les architectes de cette ville , sur les
plans de l'un d'eux , à qui nous sommes re-
devables de tant d'autres beaux monumens.
» Qu'il est glorieux , qu'il est satisfaisant
pour moi , Messieurs , d'avoir pu réaliser un.'
projet dont l'exécution était si impatiemment
attendue ! La ville de Nantes s'enorgueillit
de n'avoir été devancée , dans son accomplis-
( 9 )
sement , que par une autre commune de ce
département, la commune du Loroux, à qui
il est juste de ne pas ravir cet honneur. La
statue de Louis XVI ornera ici labelle place
qui depuis long-tems porte son nom.
» Chacun de nous ne se sent-il pas saisi
d'un religieux respect à la vue de ce monarque,
père du peuple, dont nous pouvons incessam-
ment contempler lés traits fidèlement retracés
par le statuaire , dont l'administration de la
Mairie emploie les talens à l'embellissement
de celte ville. Le plus bel hommage , Mes-
sieurs, que nous puissions rendre à Louis XVI,
c'est d'abjurer à ses pieds toutes dissentions;
c'est, à l'approche de son auguste Fille , qui
vient combler nos voeux en visitant cette cité,
de confondre nos sentimens dans ce cri vrai-
ment national : Vive le Roi ! Vivent les
Bourbons ! »
M. le lieutenant-général s'exprima ensuite
en ces termes :
« Messieurs ,
» La Providence , dans la rigueur de ses
impénétrables décrets , avait permis le plus
énorme et le plus funeste des attentats ; elle
a voulu , dans sa justice , qu'il fût réparé , et
l'image du fils de Saint-Louis est offerte , en
ce moment, à la vénération du peuple bre-
ton , en expiation de l'esprit de vertige et des
fureurs délirantes dont le Roi Martyr fut la
victime. Quelle réponse aux détracteurs de la
monarchie et de la nation française ! Quel
utile et mémorable fruit des ressouvenirs du
passé ! Quel exemple enfin et quelle leçon pour
l'avenir, que l'érection d'un pareil monu-
ment dans la ville de Nantes ! ! !
» Ils ont bien mérité de leurs concitoyens ,
ceux-là qui, les premiers en conçurent le
projet, dans dés jours d'espérance et d'équité ,
et ceux qui le renouvelèrent , dès qu'il leur
fut donné d'adopter la pensée rémunératrice
de leurs devanciers, et de suivre le pieux
élan de leurs propres coeurs.
» Elle a bien mérité de tous tant que nous
sommes , cette administration qui s'est fait un
devoir religieux de son exécution ; c'est à ce
concours de nobles sentimens et d'efforts gé-
néreux que je m'honore de m'associer, comme
organe de mes compagnons d'armes et de
leurs braves alliés. Magistrats , fonctionnaires
de tous les ordres et de toutes les classes,
ministres des Autels , guerriers , habitans ,
vous le voyez , nous sommes ici réunis
dans une commune affection et dans un com-
mun besoin ; tous ensemble , nous déposons
au pied de cette statue le tribut de nos dou-
leurs et de notre admiration pour tant d'ad-
versités et de vertus ; mais il est encore , Mes-
sieurs , un autre tribut à payer à la mémoire
du meilleur et du plus infortuné des monar-
ques , un tribut que sa grande âme ne désa-
vouera point, aujourd'hui surtout que le bien-
fait de la présence de son auguste fille nous
est promis , c'est celui de notre amour, de
notre fidélité et de notre dévouement envers
l'héritier de son trône et de sa sagesse , le
restaurateur du Gouvernement légitime et de
nos libertés , hâtons-nous de l'acquitter :
» Vive le Roi ! Vivent à jamais les Bour-
bons. »
Il n'est pas besoin de dire que les accla-
mations les;plus vives accueillirent les paroles
(11)
éloquentes des nobles interprètes de la popu-
lation et de la garnison de Nantes. Long-
tems encore après la cérémonie, on entendait
les cris de Vive le Roi ! et dans l'attente
heureuse des beaux jours qui nous étaient
promis , tous les coeurs se tournaient vers
l'auguste fille de Louis XVI , toutes les
bouches redisaient : Vive MADAME ! Lés
troupes défilèrent ensuite autour de la statue ,
au son de la musique qui faisait entendre
l'air chéri des Français.
Ainsi que nous l'avons vu dans la procla-
mation de M. le Préfet, MADAME avait dé-
fendu toute fête commandée , toute réception
extraordinaire ; mais est-il donc besoin de
commander, quand il s'agit, en Bretagne , de
fêter les Bourbons? A ces mots seuls : MADAME
arrive ! toute la population est sur pied. Une
rivalité admirable règne dans les divers
quartiers. Tous veulent prouver à MADAME,
et leur vénération et leur amour.
MADAME nous avait promis trois jours; mais
une seconde dépêche nous apprend que la
princesse consacrera le samedi à un pieux pé-
lerinage. Certes , il fut bien pénible le sen-
timent que nous éprouvâmes à cette nouvelle
inattendue ; mais MADAME allait au pied des
autels, elle allait au champ des martyrs , prier
pour la France. Ainsi, cette journée n'était
pas perdue pour nous.
La Mairie de Nantes, qui devait recevoir,
dans la satisfaction et le bonheur de MADAME,
le plus doux prix de sa sollicitude et de son
zèle , avait fait élever , à l'extrémité de Pont-
Rousseau , un arc de triomphe , sur lequel
ces mots : VIVE MADAME ! se lisaient au
milieu d'emblêmes guerriers, Heureuse al-
( 12 )
Lance,.qui rappelait' aussitôt et le vaillant
époux, et l'auguste héroïne.
Nous touchions aux instans si impatiemment
attendus. M. le maire fait entendre sa voix
à ses administrés ; il leur dit :
« CONCITOYENS,
» S.A. R. MADAME, duchesse d'Angonlême,
arrive demain parmi nous.... Elle a daigné se
rendre aux voeux de votre députation. Les
habitans sauront apprécier le bonheur de
posséder cette auguste Princesse, à laquelle se.
rattachent tant et de si touchans souvenirs.
S. A. R. se refuse à l'éclat des fêtes et à l'ap-
pareil des réjouissances publiques ; mais nous
pouvous du moins laisser parler nos: coeurs et
donner un libre cours à nos transports ; la
présence d'un Bourbon est un vrai jour de
fête pour tous les Français, »
Enfin le plus beau des jours a commencé
pour les Nantais. M. le Maire fait faire une
abondante distribution de pain aux indigens,
et les prières des pauvres et de la veuve ,
montent les premières vers le ciel , en faveur
de la Royale Orpheline. Déjà les drapeaux
blancs ornent toutes les fenêtres, les bâtimens
sont pavoisés , et la foule, en habits de fête,
se dirige vers les rues que doit parcourir le
cortége.
A dix heures du matin, le corps muni-
cipal, escorté de ses gardes-de-ville, trom-
pette en tête , se rend dans ses voitures à
Pont-Rousseau; il est conduit par M. Louis
Levesque aîné , maire , et MM. Barbier ,
Petit-Desrochettes , Bernard-des-Essards et
Doucet, adjoints. M. de la Tullaye est re-
tenu chez lui par une grave indisposition.
( 13 )
Déjà la compagnie d'artillerie, les compagnies
d'élite de la garde nationale , sous le com-
mandement de M. les chefs de bataillon de Jas-
son et Boubée, la compagnie de la garde natio-
nale à cheval, destinée à former la garde
d'honneur de MADAME , et enfin un peloton
des chasseurs des Alpes , se trouvaient sur le
même pont.
Une vive impatience faisait palpiter tous
les coeurs ; l'heure approchait où tous les
yeux allaient contempler le précieux rejeton de
tant de Rois et d'Empereurs, la fille des
Louis et des César , la femme forte, la femme
des douleurs , la femme admirable , autour de
laquelle viennent se grouper de si glo-
rieux et de si touchans souvenirs. Le faubourg
de Pont-Rousseau , élégamment pavoisé , la
belle chaussée couverte d'une foule innom-
brable , les spectateurs répandus jusques sur
les bords de la Sèvre , les autres montés dans
les arbres et sur le toit des maisons , tout
offrait à l'oeil le plus délicieux spectacle.
Les courriers se succédent, les voitures.de
la suite arrivent , les officiers d'ordonnance
traversent la chaussée. MADAME avait promis
d'être à Nantes à midi ; à midi , la voiture
apparaît à l'extrémité de la chaussée de Pont-
Rousseau. Oh ! qui dirait l'enthousiame de
ce moment ! Le canon retentit, les tambours
battent , les cloches se font entendre , tous
les chapeaux, les sabres, les épées sont en l'air,
tous les mouchoirs sont agités , tous les yeux
se remplissent de larmes, de toutes les bouches
s'échappent ces mots : Vive le Roi ! Vive
MADAME. Ce ne sont plus des acclamations
séparées, c'est an cri prolongé , c'est un cri qui
ne cessera plus de retentir tant que MADAME
sera dans no? murs,
(14)
M. le Préfet, M. le Maire , le conseil-mu-
nicipal attendaient MADAME , sous une tente
qui avait été élevée en avant de l'arc de triomphe.
Parvenue là-, MADAME daigne s'arrêter, et,
sur la demande de M. le Maire, consent à
monter dans une calèche que lui avait préparée
la Mairie , et qui est conduite et servie pas
des hommes portant la magnifique livrée aux
armes de Nantes. M. lé Maire se présente à la
portière pour complimenter MADAME ; mais
S. A. R. y dont les traits augustes annoncent
déjà la satisfaction , exprime son contente-
ment à ce magistrat , et lui fait connaître
qu'elle ne désire l'entendre qu'au Palais.
La garde d'honneur précède et suit la voi-
ture , la compagnie d'artillerie se place sur les
côtés ; M. lé Préfet, à cheval, est à l'une
des portières ; M. de Couëtus, commandant
de la garde d'honneur est à l'autre ; c'est
MADAME qui lui a assigné cet honorable poste
par ces paroles : la portière de ma voiture à
M. le commandant des gardes-à-cheval.
Viennent ensuite un peloton de chasseurs des
Alpes et un détachement de la gendarmerie
royale de la Loire-Inférieure : c'est ce corps
qui a eu l'honneur d'accompagner MADAME
sur tout le territoire du département, et qui
a mérité que S. A. R. dit de lui : J'ai trouve
la gendarmerie partout, elle est infatigable.
M. le Maire, MM. les adjoints et MM. les
membres du conseil-municipal viennent à la
suite dans leurs voitures.
A peine MADAME était-elle arrivée à Pont-
Rousseau , que le son de la cloche du Bouffai
et de toutes celles de la ville , joint au bruit
d'une salve d'artillerie tirée sur le cours
Saint-Pierre, annoncent à tous les habitans
( 15 )
que leurs voeux les plus chers sont accomplis,
que l'héritière des Rois a franchi le seuil
de la cité fidèle.
Le cortége poursuit sa marche ; il s'avance
au pas , au milieu d'une foule ivre de bonheur
et de joie. Avant l'arrivée de MADAME , tous
les ateliers ont été fermés , comme aux plus
grands jours de fêtes. L'Ange de la patrie
apparaît, et ce peuple, dont les voeux si long-
tems l'appelèrent, se précipite autour de sa
voiture : les mains levées vers la Royale
Orpheline , il semble implorer sa bénédiction.
O puissant amour de la légitimité ! jamais
plus bel hommage ne te fut rendu ! Ici,
plus de divisions, plus de partis; c'est une
même famille, un même coeur, une même
ame ; sur tous les fronts brille la même alé-
gresse ; de toutes les bouches s'échappent les
mêmes cris : Vive le Roi ! vive MADAME !
Un joli arc de triomphe avait été élevé
par les poissonnières , sur le pont d'Aiguillon.
Sur quatre colonnes blanches, ornées de torses
en verdure , reposait un élégant fronton ;
d'un côté, on y voyait ces mots : Fidélité,
dévouement; ON PEUT NOUS ÉGALER , MAIS
NON NOUS SURPASSER ; de l'autre , ce voeu
touchant fidèlement accompli : Bonheur à
vous qui le donnez.
A l'aspect de ce monument d'amour , la
satisfaction de MADAME sembla s'accroître
encore , et le doux sourire qui vint se placer
sur ses lèvres , ajouta au bonheur des milliers
de Nantais qui la saluaient de leurs cris.
Ce serait ici le lieu de rappeler quelques-
uns des mots touchans que le bon peuple de
Nantes n'a cessé de faire attendre à la vue
de MADAME, « Pauvre Princesse , disaient les
(16 )
» uns ! la fille de Louis XVI ! qu'elle a souf-
» fert !» et ils fondaient en larmes. Une femme
du peuple avait ses trois enfans hissés sur ses
bras et sur ceux de son mari : « Tenez , mes
» enfans , leur dit-elle ; père , mère , frère,
» parens, elle a tout—perdu ; il ne lui reste.
» que NOUS !.... » D'autres s'écriaient : « Vive
" le précieux reste de la famille des Martyrs
» et des Saints ! — As-tu vu comme elle est
» bonne , comme elle est douce , notre chère
» Princesse ? Qu'elle a été malheureuse dans
» son enfance ! Donnons-lui tant de preuves
» d'amour qu'elle oublie enfin ses malheurs » !
Qu'on se figure le spectacle magnifique qui
se présente aux personnes placées sur le pont
d'Aiguillon : les deux rives de la Loire sont
couvertes d'une foule innombrable; tous les
balcons sont garnis de dames ; un bâtiment
pavoisé, placé au milieu du fleuve , salue de
ses batteries l'auguste Voyageuse ; le beau ré-
giment Bleuler , les chasseurs des Alpes sont
rangés sur les quais Flesselles et Brancas ;
la musique militaire redit les airs chéris des
Français, et tandis que les drapeaux s'in -
clinent, tandis que les soldats présentent les
armes, notre belle garde d'honneur, fière
du dépôt précieux qui lui est confié , défile
majestueusement devant le front de la ligne :
de plus de vingt mille bouches volent en même
tems les cris de Vive le Roi ! Vive MADAME !
Un nouvel arc de triomphe , élevé par les
marchandes de fruits et de légumes de la place
du Commerce, ornait l'entrée de la rue de
Gorges ; au moment où MADAME le franchit,
une couronne de lis et d'immortelles, descend
sur le noble front de Marie Thérèse.
Sur le milieu de la place Royale s'élevait
( 17 )
un très-beau temple en. verdure , au milieu
duquel se trouvait le buste de MADAME , en-
vironné de drapeaux blancs , d'orangers et de
lis. Ce nouvel hommage était offert à S. A.
R. par les marchandes de ce lieu. Ici même
aflluence, même enthousiasme.
MADAME entre dans la rue de la Casserie.
Arrivée aux démolitions qui s'y rencontrent,
MADAME apprend de M. le Préfet, que là
passera bientôt le canal qui doit tant ajouter.
à la prospérité et à l'embellissement de Nantes,
et dont l'achèvement sera un nouveau bienfait
de notre bon Roi.
Un nouvel arc de triomphe et une nouvelle
couronne attendaient MADAME à la place du
Change , et la manière pleine de bonté avec
laquelle l'auguste Princesse accepta cet hom-
mage , combla d'une joie ineffable les bouque-
tières et les orangères qui le lui offraient.
Sur la place Bourbon, un élégant obélisque,
orné d'inscriptions et de drapeaux blancs
apprit à MADAME combien cette place est
reconnaissante et fière de devoir son nom à
son auguste époux, comme récompense du,
dévouement de ses habitans.
Un obélisque s'élevait sur la place Saint-
Pierre; il était surmonte' du buste de MADAME.
Le cortège défile au pas devant la vieille
basilique , et MADAME, arrivée près de l'évê-
ché , aperçoit le monument élevé.à la mé-
moire de son trop malheureux père. A cette
vue des larmes s'échappent de ses yeux, et le
peuple , qui se presse autour d'elle , qui
aperçoit sa vive émotion, semble vouloir à
force de preuves d'amour , lui faire oublier
ses royales infortunes.
MADAME arrive au palais de la Préfecture.
Les prêtres du Seigneur, les guerriers , les
(18)
magistrats , tous les fonctionnaires se pressent
aux fenêtres de ce bel édifice et mêlent leurs
acclamations à celles de la foule rassemblée
sur la place ; acclamations qui se renouvellent
dans l'intérieur , au moment où MADAME ,
accompagnée de M. le Préfet et de M.mes les
filles de ce magistrat , se rend dans la salle
destinée aux réceptions.
Alors MADAME reçoit tour-à-tour Mgr. l'E-
vêque et son Clergé, M. le Lieutenant-Général,
tous les corps militaires et MM. les chevaliers
de Saint-Louis , le Conseil-Général de dépar-
tement, les Députés, les Tribunaux, le Collége-
Royal, les Députations des villes environ-
nantes et des départemens voisins.
M. le Maire de Nantes , à la tête du
corps municipal et de toutes les administrations
et fonctionnaires de la ville , complimenta
MADAME en ces termes :
» Les habitans de Nantes sont au comble
de leurs voeux , de pouvoir prodiguer à
Votre Altesse Royale les marques de leur
amour et de leur respect. Un seul regret
se mêle à l'excès de leur joie, celui de
ne pouvoir posséder Votre Altesse Royale
aussi long-tems qu'ils s'en étaient flattés.
Votre Altesse Royale a pu juger des sen-
timens de cette immense population , qui se
pressait sur son passage. Ces signes modestes
de l'amour du peuple, spontanément élevés
par lui,' sont non moins précieux pour son
coeur que les plus beaux arcs de triomphe. »
MADAME répondit :
Je suis contente de ce que j'ai vu dans
ce département, et particulièrement,à Nantes ;
je n ai pu voir sans une vive émotion qu'on
y ait élevé une statue à la vertu.
Pendant cette réception , MADAME daigna
( 19 )
adresser à tous les corps les paroles les
plus obligeantes, ces paroles que l'on ne
peut retrouver que dans la bouche des
Bourbons.
Une foule innombrable attendait MADAME
sur la route qu'elle devait parcourir en se
rendant à son palais. C'est dans ce trajet que
MADAME passa pour la première fois au
pied de ce monument qui nous a valu de si
nobles expressions de gratitude. Qui pourrait
peindre un tel moment ? La physionomie
de MADAME en fut bouleversée.
En entrant dans l'hôtel qui est en face
même de la colonne, MADAME reçut soixante
jeunes personnes vêtues de blanc , avec des,
écharpes vertes et des couronnes de lis, et
qui offrirent à S. A. R. leurs hommages et
es fleurs. Il était deux heures, MADAME
demanda une heure de retraite et de repos.
A trois heures MADAME reparut avec
force sur le balcon même , et, affrontant pour
remercier et saluer le peuple assemblé sur
cette place, la vue pénible et douce du mo-
nument , elle daigna se montrer à trente
mille âmes pressées sur ce large espace. L'é-
motion de cette foule fut digne de la sen-
sibilité de l'héroïque Princesse.
MADAME , pour se rendre à la Bourse , tra-
versa la place du Bouffai ; où un obélisque
avait été dressé.
MADAME, conduite par un nouveau che-
min , couvert d'un nouveau peuple, vers la
Bourse, descendit au pied du perron de ce
beau monument , où l'attendaient la chambre
de commerce en corps , les agens de change ,
les notables commerçans et les auteurs dé
plusieurs objets d'une précieuse industrie, ex-
posés dans la vaste salle de cet établissement.
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Ici , commence un autre spectacle ; c'est
celui de MADAME , entourée de ce que le com-
mercé et les arts renferment de plus distingué
à Nantes , et causant familièrement avec
tous ceux que rapprochaient d'elle ou les dé-
monstrations des objets exposés , ou les ques-
tions judicieuses et multipliées de la Princesse.
« Je remercie , entendit-on ; je remercie la
» commerce de Nantes de me dédommager
» de l'exposition de Paris, en m'offrant
» celle que je parcours ici. » Flatteuses paroles
qui coururent aussitôt de bouche en bouche.
Entre cent objets divers, dont aucun ne
fut négligé , MADAME s'arrêta avec complai-
sance à une collection curieuse de tous les
elémens de la production du sucre, que lui
expliquait M. Jolin , raffineur, en montrant
à MADAME les échantillons les plus soignés,
depuis les noeuds de la canne jusqu'aux plus
belles cristallisations.
Lorsque M. Dobrée termina l'exposition
des avantages du feutre à doublage qu'il fa-
brique pour les navires , en disant.à MADAME
que l'ensemble et l'imperméabilité d'une telle
enveloppe ajoutait sensiblement aux moyens
de conservatipn des matelots : En voilà , ré-
pondit MADAME , la qualité la plus précieuse
à mes yeux. On regrette que ce produit in-
dustriel n'ait pas paru à l'exposition géné-
rale, à Paris, notre département devant s'é-
norgueillir d'une découverte aussi importante.
Les beaux cables-chaînes de M. Bertrand-
Fourmand, et ceux des fabriques Babonneau,
Potel et Menil exposés, avec une curieuse
variété d'outils aratoires de nos colonies ,
frappèrent l'attention de S. A. R. Des paco-
tilles en chapeaux et cordonnerie des sieurs
Boisseau et Picot ; les farines étuvées pour
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l'approvisionnement de nos colonies par MM.
Dezaunay ; les tissus fins et même les plus
communs utilement fabriqués par MM.
Gaillard , Chéguillaume , Guillemet n'échap-
pèrent ni aux questions ni au toucher de
MADAME. La charrue de défrichement fut
aussi , de la part de son inventeur, M.
Athenas , l'objet d'une explication très-
attentivement écoutée de l'auguste Examina-
trice.
Arrivée aux expositions de parapluies ,
dont les fabriques de Nantes livrent aux
expéditions coloniales des assortimens très-
estimés dans nos îles , MADAME , avec une
grâce inexprimable, changea son ombrelle
contre une de celles qu'on avait réunies sous
ses yeux ; et, après avoir fait inviter à sa
table deux des négocians les plus distingués
de cette ville , membres de la chambre du
commerce , M. Delaville et M. le comte
Dufou, ancien maire de Nantes , MADAME
alla donner une nouvelle marque d'attention
et de faveur au commerce de la ville de
Nantes, en visitant le vaste entrepôt de ses
marchandises, déposées aux Salorges. On lui
montra , dans ces immenses celliers , naguères
complètement vidés aux prix les plus avan-
tageux, de nouvelles introductions de produits
coloniaux , évalués , suivant le rapport qu'eut
l'honneur d'en faire à MADAME le directeur
des douanes , de 10 à 12 millions.
Dans son trajet de la Bourse à l'Entrepôt ,
MADAME passa sous le joli arc de triomphe
qui avait été élevé sur la Fosse par les mar-
chandes de cette partie de la ville, et accueillit
avec bonté la couronne de fleurs qu'elles lui
présentèrent ; S. A.' R. s'arrête quelques
instans a l'hospice du Sanitat, où elle fut reçue

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