Mademoiselle de Nesle et la jeunesse de Louis XV... par M. Capefigue

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Amyot (Paris). 1864. Nesle, de. In-18, VIII-216 p..
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Publié le : vendredi 1 janvier 1864
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COULOMMIERS, — TYP. A. MOUSSIN ET CHARLES UNSINGER.
MESDEMOISELLES
DE NESLE
ET
LA JEUNESSE DE LOUIS XV
LA COMTESSE DE MAILLY
LA COMTESSE DE VINTIMILLE
LA DUCHESSE DE LAURAGUAIS
LA DUCHESSE DE CHATEAUROUX
PAR
M. CAPEFIGUE
PARIS
AMYOT ÉDITEUR, 8, RUE DE LA PAIX
MDCCCLXIV
Droit de traduction réservé.
1864
Aucune époque n'a été marquée d'un
caractère de plus rare élégance que le
règne de Louis XV : beaux-arts, esprit,
société polie, tout est ravissant. Quand
aujourd'hui encore on veut parler d'une
construction gracieuse, de meubles ini-
mitables, trumeaux, porcelaines, enca-
drements à baguettes d'or, on dit : c'est
Louis XV. Le nom de la marquise de
Pompadour est resté aux plus élégantes
toilettes, et les fouillis de la comtesse du
— II —
Barry sont des reliques d'art précieuses.
Une société qui eut pour peintres Wat-
teau, Lencret, Boucher, Baudouin et
Fragonard, doit être l'éternel modèle de
la distinction.
Cependant nul temps n'a été plus atta-
qué, plus flétri : chroniques ordurières,
mémoires fabriqués, faux autographes,
on ne lui a rien épargné, et ce qu'il y a
de plus triste, c'est que ces pamphlets
acceptés comme la vérité ont servi de
preuves à. une multitude d'histoires qui
ont la prétention d'être sérieuses..
A ces esprits, je dirai pourtant qu'un
règne qui a légué à la France, la Lorraine,
le duché de Bar et la Corse doit avoir
quelque mérite pour ceux qui aiment la
nationalité française; la bataille de Fon-
tenoy fut la première et seule grande
victoire remportée sur les armées an-
glaises, et quant à l'administration,
— III —
Louis XV donna un immense développe-
ment aux intendances, cette belle insti-
tution provinciale; le chancelier Maupeou
créa l'unité de gouvernement, il voulut
restreindre la magistrature à ses fonc-
tions judiciaires (ce que, depuis, la révo-
lution de 1789 a accompli). L'abbé Terray
fut le véritable ordonnateur des finances
régulières, fondées sur l'égalité de l'im-
pôt territorial; les idées de Law n'a-
vaient été ni étroites, ni insensées.
Louis XV développa les compagnies in-
dustrielles ; il aima et grandit le système
des fermes, en vertu de cette idée hardie
alors et toujours féconde que « l'indus-
trie privée fait mieux et à meilleur
compte que l'Etat. »
Ce petit livre est le complément de
mes études sur le règne de Louis XV;
il raconte le temps de sa jeunesse et de sa
gloire charmante au milieu de cette so-
— IV —
ciété de gentilshommes qui avaient noms
Richelieu, Soubise , d'Ayen , Lauzun.
Notre temps si avide de titres, qui étale
avec orgueil son blason d'hier, et où tant
de barons, vicomtes, marquis surgissent
comme pour danser la sarabande du
bourgeois gentilhomme, devrait avoir un
peu d'indulgence pour cette noblesse
d'autrefois qui eût sa belle part dans
l'histoire.
L'ancien régime, c'est la légende de
notre histoire; il ne peut plus revenir,
qui le nie? et qui pourrait même le dési-
rer? Dès lors, pourquoi ne lui accorde-
rait-on pas un peu de cette justice qu'on
doit aux morts? Quel est ce fanatisme des
temps modernes qui jette incessamment
de la boue sur les statues des ancêtres?
L'auteur de ce livre n'a pas ce courage ;
il vit assurément avec son époque, il en
aime le progrès et la civilisation, mais il
garde un vieux respect pour les temps
qui ne sont plus, aimable époque de loi-
sirs, avec ses belles marquises, ses cha-
noinesses, ses chevaliers au cordon bleu,
ses baillis de l'ordre de Malte, ses officiers
gentilshommes aux costumes pimpants.
Le théâtre moderne ne vit que par ces
inimitables portraits.
Parmi les plus délicieuses figures de ce
pastel aux tendres et suaves couleurs, il
faut remarquer mesdemoiselles de Nesle,
de l'illustre famille dont la vieille tour
sur la Seine rappelait les souvenirs du
moyen âge. La plus fière, la plus belle de
ces quatre soeurs fut la duchesse de Châ-
teauroux; nouvelle Agnès Sorel, elle ré-
veilla le roi et sa noblesse, elle les jeta
sur la frontière quand la coalition mena-
çait la France.
C'est à ce souvenir que ce travail est
consacré; qu'on le prenne pour ce qu'il
— VI —
veut être, un récit, une peinture et non
pas une philosophique dissertation. L'au-
teur n'en a ni la prétention ni le courage;
il laisse aux faits leur couleur, il respecte
dans la tombe cette inimitable génération
d'esprit, de beauté, de grâce qui forma le
XVIIIe siècle. Souvent au Louvre il s'est
arrêté dans le petit salon tout rempli de
toiles de Wanloo, Boucher, Lancret,
Baudoin, images vivantes de ce temps.
Demandez la cause de ce qui charme, de
ce qui séduit? On l'ignore, mais on con-
temple ces groupes animés, cette joie
champêtre, ces bergers aux rubans flo-
quetés, ces belles marquises, ces cheva-
liers aux cordons noirs dans les fêtes de
Cour du prince de Condé à l'Isle-Adam,
des ducs de Vendôme à Anet, de Madame
la duchesse du Maine à Sceaux. Soyons
justes, nos clubs, même pour l'améliora-
tion de la race chevaline, l'éducation des
— VII —
chiens, la protection des animaux, nos
bals en habits noirs, nos fêtes chauves-
souris n'ont pas ce charme. Il n'y a plus
de fées, plus de jardins enchantés; la lé-
gende s'en va, l'aimable futilité est en
disgrâce ; les femmes seules ont gardé le
souvenir du règne de Louis XV, et le
nom de Madame de Pompadour vient
encore se mêler à tous les parfums
du boudoir, à tous les mystères de la
beauté.
Paris, novembre 1864
§ Ier.
LE GOUVERNEMENT DE LA MARQUISE DE PRIE.
1726-1728.
1
La Régence, ce temps d'élégances raffinées et
de plaisirs ravissants, était sortie avec peine de la
crise brillante du système de Law; et comme les
fils de famille aventureux, le Régent laissait à sa
mort une situation financière très-embarrassée. Le
choix de M. le duc de Bourbon (1) pour le mi-
nistère suprême ne fut ni un hasard, ni un ca-
price, mais le résultat réfléchi d'une nécessité
de liquidation compliquée. M. le Duc, un des
habiles financiers de la rue Quincampoix, avait
été mêlé comme un des plus forts spéculateurs à
toutes les opérations du système; un des riches
actionnaires de la Compagnie des Indes, il avait
(1) Louis-Henri de Bourbon (M. le Duc) était Condé : ses
portraits, à Versailles, le représentent d'une taille très-élevée.
— 4 —
réalisé une cinquantaine de millions de livres
dans la hausse extraordinaire des actions de
Law; les quatre frères Paris, ses amis, avaient été
chargés de l'opération du visa qui embrassait
tous les éléments de la dette; le visa était le
contrôle des actions pour distinguer les vraies
des fausses dans l'immense pêle-mêle des opéra-
tions de bourse qui s'étaient élevées à cinq
milliards (1).
M. le Duc était un homme sec et grand avec'
de l'esprit, de l'activité, la main large en af-
faires, le coeur magnifique, aimant le luxe, les
bâtiments par-dessus tout; il embellissait Chan-
tilly avec faste, construisait le château, de vastes
écuries pour cinq cents chevaux. S. À. plantait
le parc aux vertes pelouses et peuplait de huit cents
bêtes de chasse : cerfs, daims, sangliers, les splen-
dides forêts de Chantilly, de l'Ile-Adam et de
Montmorency. Les véneries étaient admirable-
ment choisies ; chaque espèce de fauve avait ses
bouquets de bois, selon ses instincts, ses appé-
tits; science forestière aujourd'hui perdue. M. le
(1) L'opération dura cinq ans ; ce ne fut pas une banque-
route, mais une dépréciation successive des billets de circula-
tion, comme plus tard les assignats. En l'an VI, on avait émis
28 milliards d'assignats, le plus bas prix fut 18 sous pour
1,000 livres. Les actions de la banque de Law, après avoir
valu 14,000 liv., étaient tombées à 21 liv. 6 sols.
— 5 —
Duc, abandonnant la vieille demeure des Condés
au voisinage du Luxembourg, dressait les plans
pour construire un palais, en la forme d'un tem-
ple, sur les bords de la Seine, près de l'hôtel des
Invalides, vieux gens de guerre que les Condés
avaient tant de fois menés au feu ! Ce palais de-
vait être moitié de construction grecque, aux por-
tiques et colonnades, moitié de fantaisie moderne:
on devait y transporter la belle collection des ta-
bleaux de l'école flamande et le riche cabinet d'his-
toire naturelle qui ornaient Chantilly. Les Condés
avaient une rare prédilection pour les sciences
physiques et la chimie appliquée aux arts (1).
Durant le système et ses prodigues folies, M. le
Duc s'était attaché à la marquise de Prie, d'une
famille de riches fournisseurs, M. Berthelot de
Pléneuf, qui avait gagné quelque dizaine de
millions dans les dernières campagnes de Villars.
Les portraits contemporains reproduisent la mar-
quise de Prie d'une taille svelte, élégante; son
visage d'un charmant ovale était éclairé par de
grands yeux bleus sous des cils presque noirs;
ses cheveux élevés sur le front lui donnaient un air
mutin et dégagé; mais ce qui la distinguait plus
encore, c'était l'esprit, la grâce, sa causerie at-
(1) La précieuse collection de physique de Chantilly,
achevée par Bomare, fut dispersée après le 10 août 1792.
— 6 —
trayante, un usage du monde qu'elle avait per-
fectionné encore durant l'ambassade du marquis
de Prie à Turin. La marquise s'était jetée avec
passion dans le système de Law, comme beaucoup
de belles dames de la Régence; heureuse dans ses
coups de hausse , on ne pouvait lui reprocher les
opérations tricheuses de l'amie des philosophes
madame de Tencin : seulement elle était bien
informée et bien dirigée par les frères Paris (1),
têtes fortes de finances, unis entre eux pour les
opérations qui embrassaient l'Europe ; leur signa-
ture était acceptée comme de l'or à Londres,
Amsterdam, Francfort et Hambourg. Lors de la
refonte des monnaies (1725), ils avaient gagné
six millions sur les seuls affinages des louis d'or.
C'était dans une soirée des frères Paris que le
duc de Bourbon avait connu la marquise de Prie;
le prince, très-gracieux de formes, bon financier
surtout, aimait à traiter les affaires les plus sé-
rieuses d'une façon légère ; et cet art, la marquise
de Prie le possédait avec infiniment d'esprit. Elle
avait le mercredi sa réunion des traitants, fermiers
généraux, receveurs, banquiers, dans son bel hôtel
du quai des Théatins (2), et c'était après un déli-
(1) Voyez, pour les frères Paris, mon travail sur les Fer-
miers généraux et les Financiers.
(2) Aujourd'hui le quai Malaquais, il m'a été dit que c'était
cieux souper plein de charme et de causerie que les
quatre frères Paris apportaient le résumé de leurs
travaux pour la liquidation du système, la pensée
et la tâche principale du ministère de M. le duc de
Bourbon. On venait de prendre quelques mesures :
l'augmentation du louis d'or, la plus belle mon-
naie de France, qui était portée de 20 à 24 livres
afin d'en arrêter l'exportation; les fermiers géné-
raux, fertiles esprits, gens à ressources, faisaient
des avances considérables sur des impôts ; l'abon-
dance ainsi revenait après la crise la plus sérieuse,
la plus capitale, et cette situation permettait les
loisirs à la nouvelle cour : après la pénurie des
derniers temps de Louis XIV, on avait traversé
les féeriques éblouissements du système de Law
pour arriver aux opérations régulières des fer-
miers généraux.
Le ministère de M. le duc de Bourbon fut
le vrai gouvernement dés financiers, et il en ré-
sulta un luxe magnifique, non-seulement dans
les hôtels à Paris, mais encore dans tous les
châteaux des environs. La magistrature un peu
parcimonieuse avait d'abord possédé ces belles
habitations depuis Malesherbes, Gros-Bois, Saint-
Fargeau ; tout avait gardé dans leurs mains un
l'hôtel Pélaprat, le trop célèbre spéculateur. Je crois cet hôtel
de construction plus moderne.
— 8 —
aspect vénérable : grands parcs, vieux châteaux,
jardins potagers, vastes fermes bien cultivées; le
luxe attrayant n'entrait pas dans ces vies respectées
et peu distraites des magistrats (1). Après le système
de Law les financiers enrichis achetèrent la plu-
part des belles résidences ; les fermiers généraux
n'avaient rien de la raideur mal apprise : ils
dépensaient fastueusement; les châteaux furent
presque partout rebâtis sur de beaux modèles;
escaliers de marbre, salle à manger toute de glaces
et de cristal, trumeaux à baguettes d'or, dessus de
porte ovale de Watteau et de Boucher ; jardins
splendides avec des cascades, parcs enrichis de
toutes les essences d'arbres ; les vastes forêts se
déployaient dans leur majesté et l'arbre centenaire
abritait le jeune arbrisseau.
Souvent au fond de ces belles cages d'or artis-
tement ornées, régnait une petite fée d'opéra qui
réglait tout avec sa houlette floquetée de rubans, ou
bien une artiste de la Comédie-Française qui donnait
la vie au théâtre du château de Brunoi, d'Etioles,
ou au pavillon du fermier général Bourret dans la
forêt de Sénart (2) : bâti à Croix-Fontaine, il ne se
(1) La magistrature modifia singulièrement ses moeurs à la
fin du règne de Louis XV ; les jeunes magistrats s'étaient un
peu corrompus et dépensaient comme les financiers.
(2) On ne savait pas précisément l'origine de Bourret, mais
il avait acquis une haute renommée de probité et de libéra-
— 9 —
composait que d'un seul bâtiment sans ailes ; ses
riches appartements, ornés avec somptuosité, s'effa-
çaient encore devant le pavillon du Japon tout en
fine porcelaine de Chine, tables, fauteuils, chemi-
nées, corniches, carreaux de millecouleurs, escalier
or et azur qui tournait comme une conque marine
d'une transparence rosée ; là régnait la charmante
mademoiselle Gaussin, la Zaïre de Voltaire, dont
les jolis pieds glissaient sur les parquets de bois
de senteurs. Les financiers tels qu'Helvétius ai-
maient les gens d'esprit, ils les attiraient par leurs
prévenantes manières; Voltaire louait les bons
soupers du président Hénault, magistrat au par-
lement, mais de race financière, et Montesquieu,
gros joueur, un peu maltraité par le système,
venait s'y délecter avec le marasquin dont le
goût lui était resté de ses voyages d'Italie. Les
fermiers généraux exhalaient un parfum de
grande compagnie que la marquise de Prie
idéalisait avec un esprit incomparable (1).
C'était au château du Raincy, chez un des
frères Paris, que s'était accomplie la liquidation
lité. Il avait été fournisseur général dans la disette des pro-
vinces qu'il avait particulièrement secourues.
(1) C'était chez le fermier général Bourret que Louis XV
vint plus tard déjeuner, comme pour le récompenser de son
dévouement au système de crédit : on y mangea du raisin et
des pèches délicieuses en mars.
1.
— 10 —
définitive des actions de Law ; le passage à l'ordre
régulier s'était fait presque sans secousse. Après
une émission immense de papier-monnaie, l'ar-
gent revenait à flots ; les frères Paris, à l'aide des
fermiers généraux avaient procuré trois cents mil-
lions de numéraire à l'État; la refonte générale
des louis d'or, opération bien menée, je le répète,
assurait au royaume une stabilité monétaire con-
tre l'exportation. M. le Duc et la charmante mar-
quise de Prie avaient donné toute leur confiance
aux frères Paris, esprits aptes à la situation.
On ne connaît pas assez l'immense capacité des
financiers Pâris; quatre frères unis de la plus
vive amitié opérant comme un seul (4), d'une
naissance obscure, mais d'une activité féconde,
Dauphinois d'origine, ils s'étaient d'abord occupés
des fournitures des armées avec une telle habileté
dans les dernières et difficiles années de Louis XIV,
que le fastueux Samuel Bernard les commandita
pour quatre millions ; sous la Régence, ils prirent
le bail des fermes à un prix élevé sans plus gre-
ver les contribuables, et sous l'administration des
finances de M. le duc de Noailles ils annulèrent
pour 315 millions de titres faux et usuraires im-
posés à la dette publique (2).
(1) Le premier se nommait Antoine, le second la Montagne,
le troisième Duverney et le quatrième Montmartel.
(2) Les frères Paris avaient été mêlés aux opérations de
— 11 —
Un des frères, Pâris-Duverney, s'était fait écri-
vain financier et économiste ; il publiait un admi-
rable traité sur les monnaies de France et d'au-
tres traités sur les rentes de l'État, les domaines
royaux, sur les colonies, et enfin, après la chute
du système, il en écrivit l'histoire;à cette science
il joignait une pratique sérieuse des affaires, un
amour du luxe et de la magnificence. Le cadet des
frères, Pâris-Montmartel, avait aquis le château
de Brunoy (1), vieux manoir des La Rochefoucauld
de la Fronde; sur ce vaste terrain, Pâris-Mont-
martel fit bâtir une de ces belles demeures finan-
cières, éclatante de luxe au milieu d'un parc im-
mense, au pied de la délicieuse rivière d'Yères qui
serpentait tout au tour.
Dans la grande agitation des intérêts financiers
le duc de Bourbon et la marquise de Prie, si pro-
fondément mêlés au système, devaient nécessaire-
ment gouverner. Mais leur pouvoir pouvait-il se
continuer sous l'impulsion d'autres idées qui al-
laient naître et se développer pendant la mino-
rité de Louis XV?
trois ministres des finances: Desmarets, le duc de Noailles et
d'Argenson.
(1) Il fut depuis la résidence de Monsieur, comte de Pro-
vence, qui l'avait acquis du fameux marquis de Brunoy, célè-
bre par ses prodigalités excentriques.
§ II.
LOUIS XV JEUNE HOMME. — MARIE LEGZINSKA.
LE CHATEAU DE RAMBOUILLET.
1722-1725.
Dans une des galeries de Versailles, parmi les
mille oeuvres artistiques, un beau portrait de
Louis XV à dix-huit ans vous frappe par la no-
blesse de ses traits, le doux reflet de ses yeux
bleus, l'inimitable grâce de son sourire ; il est
l'oeuvre du vieux Rigaud (1), qu'on a surnommé
le Van Dick de la France et plus coloriste peut-être.
Rien n'était plus ravissant que Louis XV enfant
et jeune homme ; son port était gracieux, avec
une majesté tempérée par la douceur; sa parole
modeste jusqu'à la timidité était relevée par un
(1) Hyacinthe Rigaud était méridional, né à Perpignan, en
1659 : il avait donc près de 70 ans lorsqu'il fit ce portrait de
Louis XV. Son talent est plus sévère que celui de Mignard.
— 16 —
esprit de repartie vif et piquant ; il avait été si ma-
ladif, si menacé dans son enfance qu'on l'entourait
d'un respect tendre et.souvent alarmé. Avec un
sens droit, le jeune prince avait une certaine mol-
lesse d'opinion qui lui faisait accepter les décisions
déjà prises, plutôt que d'insister pour le triomphe
de ses propres sentiments, alors qu'il les aurait
pensés plus justes et plus droits même dans les af-
faires sérieuses.
A quatorze ans Louis XV avait été fiancé à
l'infante d'Espagne Maria-Térésa, qui en avait
sept. Si ces fiançailles rapprochaient les deux
branches de la maison de Bourbon et comme on
le disait alors, si elles abaissaient plus encore les
Pyrénées, elles ne pouvaient réaliser le but sérieux
d'un mariage, la continuation, la certitude prompte
d'une postérité royale. Lorsque Louis XV aurait
atteint sa vingtième année, l'infante n'en aurait
que douze; élevée eu France, on lui avait assigné
le Louvre pour résidence, et le peuple avait donné
le nom de jardins de l'infante aux plates-bandes
de roses, de jasmins et d'oeillets qui entouraient
le château. Les ennemis du Régent disaient que
ce mariage jeune et précoce avait été conçu dans
la pensée d'augmenter les chances de la maison
d'Orléans à la couronne : le roi pouvait mourir
avant que l'infante reine fût en âge d'être reine
— 17 —
féconde, et la branche cadette était ainsi légitime-
ment appelée au trône de France (1).
M. le duc de Bourbon, placé au gouvernement
de l'Etat, voulut faire cesser une situation, véritable
péril pour l'hérédité en ligne directe. Les Condés
n'avaient aucune prédilection pour la branche
d'Orléans : « A quoi bon grandir les chances de
ses droits, on avait huit ans à attendre dans celte
perplexité. » Le conseil décida le renvoi de l'in-
fante et la rupture des fiançailles, afin que le
jeune roi, par un mariage sérieux, pût assurer la
transmission de la couronne en ligne directe.
La pauvre petite infante quitta Paris au grand
murmure de la cour d'Espagne, profondément ou-
tragée : l'oeuvre de Louis XIV et du Régent était
bouleversée par la rupture d'un double mariage :
si l'on renvoyait l'infante de Paris, si elle n'était
pas destinée à occuper le trône de France, il était
évident que Marie d'Orléans, déjà princesse des
Asturies et qui devait être reine d'Espagne (2),
(1) Plusieurs pamphlets développent cette idée ; mais il est
à croire que le Régent n'avait pas d'autre pensée que d'unir
plus étroitement les deux branches de la maison de Rourbon,
après la courte guerre faite sous la Régence. Une des filles de
la maison d'Orléans avait en même temps épousé le prince des
Asturies, et devait devenir reine des Espagnes.
(2) La princesse d'Orléans, renvoyée de Madrid, vint vivre
au Luxembourg, et garda longtemps le titre de reine d'Es-
pagne.
— 18 —
serait renvoyée de Madrid, et peut-être une guerre
sérieuse entre les deux couronnes en serait le
résultat; l'honneur y était fortement engagé. La
rupture accomplie, le duc de Bourbon, aidé par la
marquise de Prie, véritable souveraine de ses
actions, dut chercher une nouvelle fiancée au
jeune roi. On avait songé d'abord à mademoiselle
de Vermandois, puis à mademoiselle de Charolais,
la plus élégante, la plus spirituelle des princesses
du sang; soeur de M. le duc de Bourbon, elle avait
dix-sept ans et le roi paraissait fort épris d'elle;
mademoiselle de Charolais l'accompagnait toujours
dans ses parties de chasse, ravissante dans son
justaucorps très-serré, à cheval, un fouet à la
main; sa tête était ornée d'un petit chapeau d'offi-
cier aux gardes qui relevait sa figure expressive
aux traits un peu marqués des Condés ; elle était
rieuse, mutine, ce qui plaisait considérablement à
Louis XV (1). Ce mariage aurait été selon son coeur,
mais la sagacité de la marquise de Prie avait dé-
tourné M. le Duc d'une telle pensée; une alliance
de famille serait considérée comme un acte égoïste
et personnel. Ne dirait-on pas que M. le Duc
(1) On peut trouver quelques toiles de Roucher et de Lan-
cret qui représentent les chasses à la Muette et à Rambouillet.
La Bibliothèque impériale possède plusieurs gravures qui les
reproduisent. (Collect. 1725-1730.)
— 19 —
avait renvoyé l'infante pour assurer la couronne à
sa soeur? La chronique secrète de cour donna
un autre motif à ce changement : on dit que ma-
demoiselle de Charolais avait jeté, comme made-
moiselle de Vermandois, quelques paroles au vent
des salons, dures, blessantes pour la marquise
de Prie. On se décida dès lors à faire un ma-
riage insignifiant sans autre pensée que d'assu-
rer une prompte postérité à la branche aînée des
Bourbons; en effet, la cour fut un peu ébahie
lorsqu'on apprit le nom de la nouvelle fiancée du
roi Louis XV. C'était bien la princesse la mieux
constituée pour le but qu'on se proposait que
Marie Leczinska, la fille de Stanislas, roi de Polo-
gne, alors exilé, réfugié à Vissenbourg. A vingt
ans, époque où il fut question du mariage (1),
Marie avait la figure potelée, les yeux bleus, le nez
petit, un peu allemand, ses cheveux roulés tout
bas arrondissaient l'ovale de sa figure, ses épaules
étaient un peu fortes, le sein parfait : sa taille
bien prise était fort serrée dans un long corset ; elle
portait habituellement une de ces robes de soie
fort ample à queue qui laissait voir un pied char-
mant ; élevée avec une simplicité extrême à l'école
du malheur, elle était restée fort pieuse et d'un
(1) Marie Leczinska était née le 17 juin 1703.
— 20 —
dévouement absolu à la fortune et à la volonté de
son père.
Grande et bien triste histoire que celle du roi
Stanislas ! Issu d'une illustre race polonaise (1),
il s'était mêlé dès l'enfance aux affaires de cette
république agitée qui avait élu successivement le
prince de Conti et Auguste de Saxe ; lors de la
hardie invasion de Russie par Charles XII, Stanis-
las Sobieski, après avoir occupé les hautes digni-
tés de l'État, avait été élu roi de Pologne sous la
protection de la glorieuse épée suédoise (2). Après
la victoire, vinrent les revers; le czar Pierre, à la
tête de 80,000 Russes, était entré en Pologne ; Sta-
nislas fut déclaré déchu du trône par la même
Diète qui l'avait élevé : ainsi fut toujours la Po-
logne , inconstante et capricieuse à force de cou-
rage, et de gloire ! Stanislas, tour à tour menacé de
complots, de captivité, d'assassinat, avait demandé
au Régent un asile en France; le prince répondit
en lui donnant le choix d'une ville d'Alsace à sa
convenance. Stanislas désigna Vissembourg ; il y
était venu avec sa fille chérie Marie Leczinska, qui
depuis sa plus tendre enfance avait accoutumé
son caractère à tous les périls. Cette pauvre cour
(1) Stanislas descendait de la maison royale de Philippe
Perztyn, établie en Pologne en 965.
(2) L'élection était du 12 juillet 1704.
— 21 —
vivait de peu, de la pension surtout que la France
faisait au royal exilé; les ambitions étaient mo-
destes : Stanislas avait vu avec plaisir l'inclina-
tion première et douce de sa fille pour un jeune
officier français, le comte d'Estrées (1), en garnison
à Vissembourg, et il ne mettait aucun obstacle à
un mariage projeté que la jeune Marie désirait ar-
demment. Le refus était venu de Paris : le Régent
avait traité de folie les prétentions du comte d'Es-
trées; Marie Leczinska était toute triste, tout émue
de son penchant pour le comte d'Estrées, lorsqu'un
grand coup de fortune lui donna la couronne. Sta-
nislas en fut ébloui, Marie Leczinska orgueilleu-
sement touchée, mais avec sa foi allemande, la pre-
mière inclination était au coeur, elle avait aimé son
fiancé avec une délicieuse et tendre préférence, elle
voyait en lui l'époux de son choix, et dans les races
du Nord c'est la plus douce pensée d'une jeune fille.
Le charmant roi qu'on lui donnait pour époux,
le plus joli garçon du royaume pouvait assurément
inspirer une adorable passion, mais Louis XV à
une timidité extrême joignait le goût de la
chasse, des voyages, qui convenait peu à la non-
(1) Louis Letellier, comte d'Estrées, de la famille du grand
chancelier; le comte d'Estrées avait vingt-trois ans; il était co-
lonel du régiment de dragons que le Régent avait donné au roi
de Pologne, comme Louis XIV en avait donné un au duc de
Berwick,
— 22 —
chalance de Marie Leczinska. Louis XV aimait sa
femme d'une ardeur jeune et entraînée : la reine
répondait avec une froideur contenue et repous-
sait quelquefois ses impétuosités amoureuses ; on
aurait dit qu'elle obéissait plutôt à un devoir
qu'elle ne ressentait une passion (1). Marie Lec-
zinska n'avait aucune de ces émotions profondé-
ment senties qui retiennent le coeur ardent d'un
époux : aussi le roi continuait ses visites de dis-
tractions au château de Rambouillet; les belles
chasses, la forêt profonde lui plaisaient; le
soir, rompu de fatigue, il y trouvait des soupers
délicats, les vins les plus exquis en la compagnie
de ses gracieuses cousines la comtesse de Tou-
louse, mademoiselle de Vermandois, qui n'avaient
d'autre ambition que de plaire à leur souve-
rain, au reste enchanté quand il pouvait oublier
les lois de l'étiquette du fastueux Versailles.
Louis XV mangeait bien, rendait raison le verre en
main à ses convives dans des coupes remplies de
vin d'Espagne ou de Champagne qu'il aimait fort.
Le cardinal de Fleury laissait le roi dans cette
(1) Les pamphlets ont raconté bien des vilenies sur le jeune
roi, à l'occasion des refus de la reine. Le Journal de Barbier
les a copiées. J'ai déjà dit le peu de foi qu'on devait accorder
aux récits de Barbier, qui avait toujours vécu dans un milieu
bourgeois éloigné de la cour. Voyez mon livre sur Madame de
Parabère.
— 23 —
douce distraction, parce qu'il savait qu'il n'y avait
à Rambouillet aucune ambition active; on ne s'y
occupait pas d'affaires, Louis XV approuvait la
politique du cardinal sans opposition : c'était pour
obéir à ses inspirations qu'il remerciait M. le Duc
de ses services., disgrâce qui arrivait à son temps.
Le ministère du duc de Bourbon avait été une né-
cessité financière toute de passage : on l'avait pris
avec les quatre frères Paris pour régler le papier-
monnaie du système de Law et liquider l'État ;
l'opération finie, le ministère n'avait plus de raison
d'être : le duc de Bourbon, trop aventureux dans
les opérations de bourse, ne pouvait être conservé
à la tête d'un gouvernement régulier et définitive-
ment fondé; la marquise de Prie avait trop contri-
bué à la rupture des relations avec l'Espagne pour
n'être pas sacrifiée quand le cardinal voudrait
rentrer dans la vieille et pacifique diplomatie ; il
fallait le repos pour guérir les plaies du système;
on avait beaucoup remué le pays, il fallait le cal-
mer, l'apaiser. Le jeune roi signa sans hésiter la
disgrâce de M. le Duc: on dit que jusqu'au dernier
moment, il avait dissimulé cette disgrâce et que
deux heures avant la lettre de cachet, il invitait
encore M. le Duc à une partie de chasse (1).
(1) La lettre de cachet qui exilait M. le Duc à Chan-
tilly est signée de la Pentecôte 1726.
— 22 —
Dans la vérité, le cardinal avait les pleins pou-
voirs du roi et l'organisation du ministère dépen-
dait de sa volonté : la marquise de Prie reçut éga-
lement son ordre d'exil, bien cruel pour elle ; la
vie lui paraissait sans charmes quand elle n'é-
tait pas accompagnée de cette activité brûlante de
jeu, de papiers et de bourse ; une lettre de cachet
l'avait douloureusement exilée dans ses terres de
Courbepine ; il lui fut permis d'aller aux eaux de
Forges, où elle promena son ennui et finit sa vie à
la manière antique, on dit en avalant du poison.
Certains coeurs rassasiés ne trouvent plus de re-
mède que dans la mort ; quand on n'a pas de
croyances, les événements vous torturent sans es-
poir et le suicide vous donne le sommeil éternel.
La marquise de Prie (1), grande dame et finan-
cière pleine d'esprit, aimait l'éclat et le bruit;
amie de Voltaire, du duc de Richelieu, elle leur
écrivait des lettres philosophiques avec un profond
dédain de l'humanité : « Je n'ai rien à regretter,
écrivait-elle, dans un pays que je n'ai jamais
aimé» (la cour), et Voltaire répondait en disant
de madame de Prie:
Un esprit juste et gracieux,
Solide dans le sérieux
Et charmant dans les bagatelles.
(1) Madame de Prie était très-philosophe et fort liée avec
— 25 —
Elle ne s'était attachée à M. de Bourbon que
parce qu'il était homme d'affaires, prodigue pour
tout ce qui tenait au luxe : bâtiments, objets d'art.
M. le Duc avait recueilli le plus beau cabinet de
physique, et sa splendide collection d'histoire na-
turelle à Chantilly, je le répète, fut confiée au
savant Valmont de Bomare ; l'étude lui servit de
distraction et avec l'étude la gestion de ses reve-
nus (1). Les Condés avaient une fortune royale ;
aux environs de Paris ils possédaient les fiefs de
Chantilly, Enghien, Mello (2), entremêlés de beaux
châteaux : forêts immenses que la confiscation de
Montmorency avait grandies encore. Durant son
ministère, par l'influence de la marquise de Prie,
M. le duc de Bourbon s'était rattaché tous les
hommes de finance. Indépendamment des qua-
tre frères Paris, il avait pour ami et commen-
sal le vieux Samuel Bernard, le roi des banquiers
et de ces fermiers généraux qui avaient dou-
les chefs du parti ; elle appartenait à l'école de Ninon de
Lenclos.
Voltaire avait dédié à la marquise de Prie sa comédie
de l'Indiscret.
(1) La collection métallurgique des Condés, à Chantilly, était
la plus riche de l'Europe.
(2) Mello est aujourd'hui la propriété de M. le baron Achille
Sellière, qui l'a restauré avec une distinction parfaite; il y a
réuni une belle collection de poteries précieuses. M. Sellière
a publié un petit in-4° sur les origines du château de
Mello.
2
— 26 —
blé les revenus de l'administration sans charger
le peuple de nouveaux impôts.
Il n'est plus permis de déclamer aujourd'hui
contre le système des fermiers généraux, depuis
que toutes les grandes affaires des temps modernes
se font par compagnies; la perception des revenus
de l'État par des financiers débarrassait le conseil
du roi de tous les détails de la petite administra-
tion : on pouvait gouverner en grand ; le génie du
fermier général était fécond, actif comme tout ce
qui appartient à l'industrie privée. Au cas de besoin,
ces compagnies faisaient à l'État des avances, et à
la fin du règne de Louis XIV les ressources extra-
ordinaires furent fournies par les fermiers géné-
raux ; elles aidèrent la délivrance du territoire et
les victoires du maréchal de Villars. Le système
de Law avait modifié et presque annulé l'influence
des financiers en substituant une banque d'État à
billets aux prêts et avances des fermiers géné-
raux (1) : l'État avait voulu tout faire par lui-même,
tout contrôler, et il avait tout mal fait pour abou-
tir à une suspension de payement de ses billets-
monnaie. Le mérite de M. le Duc était d'avoir
restauré par la main de la marquise de Prie les
compagnies financières, la ferme surtout, si bien
administrée par ces hommes intelligents d'une
(1) Voyez mon livre sur les Fermiers généraux.
— 27 —
magnificence charmante, d'une belle générosité.
Quand cette transition eut été accomplie, il ne res-
tait plus au conseil du roi qu'à rentrer dans la
politique du cardinal Fleury : c'est-à-dire le
maintien et le développement de la paix par Je
retour aux vieux traités de la maison de Bourbon.
§ III.
VIE DE LOISIRS APRÈS LA RÉGENCE.
1725-1735.
2.
L'avénement du cardinal Fleury à la tête du
conseil du jeune roi Louis XV n'avait pu changer
les molles moeurs de la Régence et les abandons
galants de l'époque de la marquise de Prie : une
société ne se modifie pas aussi facilement; quand
elle est dans une certaine voie elle y reste long-
temps, et les traditions d'une époque se reflètent
sur l'autre: ce n'est qu'avec les plus grands efforts
qu'un pouvoir sévère peut changer les tendan-
ces efféminées de la génération qui l'entoure;
or le cardinal Fleury, plein d'indulgence pour les
hommes, savait qu'on ne gouverne bien qu'avec
les conditions et les moeurs de son époque; les
réformateurs sont rares et ils s'épuisent bientôt :
on ne remonte pas un torrent.
— 32 —
Le siècle était encore aux doux loisirs de la pa-
resse enivrée chantée par La Fare, (1) et Chau-
lieu (2), à cette tendre philosophie inaugurée par
Chapelle et Bachaumont qui célébrait l'amour,
l'âme de l'univers, la rose dans le coeur du bouquet.
Puissant et premier génie
Par qui tout fut animé,
Toi qui maintiens l'harmonie
Du monde par toi formé !
Amour, d'un trait de ta flamme
Pénètre aujourd'hui mon âme,
Et fais couler dans mes sens
Le feu dont brûla Catulle,
Et qui du jeune Tibulle
Forma les tendres accents.
Cet hymne éternel à l'amour peint l'esprit de
celte société pleine d'ivresses qu'avait préparée
la Régence; l'amour chanté par les poètes n'est
pas ce sentiment chevaleresque pur et chaste
transmis par le moyen âge, mais la volupté des
odes de Tibulle et d'Horace.
Nectar qu'on avale à longs traits,
Beaume que répand la nature
Sur les maux qu'elle nous a faits,
Maîtresse aimable d'Épicure,
(2) OEuvres de La Farre. Le marquis de La Fare, d'une
très-noble famille languedocienne, avait appartenu spéciale-
ment à l'époque de la Régence : il était capitaine des gardes de
M. le duc d'Orléans. (Voyez mon livre sur Madame de Para-
bère.)
(1) L'abbé de Chaulieu était né en 1639, d'une famille fort
attachée au cardinal Mazarin. Son père avait été négocia-
teur considérable à l'étranger.
— 33 —
Volupté, prête ton secours
Et viens défendre ma vieillesse
Des langueurs de la tristesse
Qui noircit la fin de nos jours.
L'Anacréon grec est le poète de celte société
aimable et oublieuse. Le marquis de La Fare en a
emprunté la voix tendre et poétique : l'amour
n'est-il pas l'âme du monde?
Reviens avec tous tes charmes
Dissiper mes noirceurs,
Amour, toi qui sais jusqu'aux larmes
Tout changer en douceurs.
Je rentre dans ta milice,
Et comme ton vieux soldat,
Je prétends à ton service
Expirer dans le combat.
On écrira mon histoire
Dans les luttes de Vénus,
Comme on chantera ma gloire
Dans les fastes de Racchus.
Qu'on se représente le vieux marquis de La
Fare entouré de nobles et charmantes femmes aux
toilettes ravissantes comme Lancret et Wattcau sa-
vaient les peindre ; Chaulieu assis à ses côtés,
aimable poète aussi qui passait sa vie à l'hôtel du
Temple chez le prince de Vendôme et au hameau
de Fontenay, « le pays qui le vit naître et qui le verra
bientôt mourir, » car cette société insouciante
voyait la mort sans crainte et l'associait même à
ses voluptés, comme ce peintre de Pise qui, par un
— 34 —
trompe-l'oeil, avait fait d'une tête osseuse une char-
mante tonnelle, et de l'orbite vide des yeux la
gracieuse figure d'une courtisane buvant à longs
traits avec un joyeux convive de ses débauches.
Fontenay, hameau délicieux,
Où je vis d'abord la lumière,
Bientôt au bout de ma carrière,
Chez toi je joindrai mes aïeux.
Muses qui dans ce lieu champêtre,
Avec soin me fîtes nourrir,
Beaux arbres qui m'avez vu naître,
Bientôt vous me verrez mourir.
Cette vaillante génération d'Épicure voyait, je le
repète, s'avancer la mort sans frémissement et sans
horreur dans cette vie de loisirs qu'elle s'était
créée aux champs bien-aimés ; le doux nom de Syl-
vie (Silva, forêt) personnifiait les félicités cham-
pêtres : le nom de cette tendre Sylvie était celui
de la nymphe des grandes ombrées. Chapelle, le
maître de ces poètes, n'avait-il pas invoqué le
souvenir de Sylvie, sa maîtresse chérie?
Hélas! que l'on serait heureux
Dans ce beau lieu digne d'envie,
Si, toujours aimé de Sylvie,
On pouvait, toujours amoureux,
Avec elle passer sa vie !
La tradition de Sylvie était restée bien aimée
dans cette génération de poètes, et Chaulieu chan-
— 35 —
tait l'oubli de l'infidèle que Chapelle avait invo-
quée dans ses jours d'ivresse.
Prés, coteaux, aimables fontaines,
Lieu où l'amour me fit tant revenir,
Témoins de mes plaisirs, confidents de mes peines,
Pourquoi me rappeler un si doux souvenir ?
Vous qui vîtes Sylvie si tendre et si fidèle,
Hélas! vous ignorez que l'ingrate a changé ;
Cessez de retracer à mon coeur affligé
L'image d'une ardeur et si vive et si belle.
Echo qui me redis dans les bois
Le nom sacré de l'infidèle,
Redis-le-moi pour la dernière fois.
Sylvie avait changé d'amour comme la Glycère
de Tibulle. Chaulieu la chantait encore malgré
son infidélité et les conseils de ses amis ; Sylvie
l'amusait et il ne l'aimait plus assez pour la
quitter (1).
La Fare me disait un jour tout en colère :
Sais-tu que ta maîtresse est friponne et légère?
(1) L'abbé de Chaulieu mourut à quatre-vingt-un ans. Ma-
dame de Stall, qui l'avait connu dans sa vieillesse toute char-
mante, dit de lui, dans ses Mémoires : « Il me fit connaître qu'il
n'y a rien de plus heureux qu'être aimé de quelqu'un qui ne
compte plus sur soi et ne prétend rien de vous. » Chaulieu mourut
en se réconciliant avec l'Église, ce qui fut l'occasion des vers
un peu impies de Voltaire, dans son Êpitre au duc de Sully :
Je vous appendrai pour nouvelle
Le trépas de ce vieux goutteux
Qu'anima l'esprit de Chapelle :
L'éternel abbé de Chaulieu
Paraîtra bientôt devant Dieu,
Et si d'une muse féconde
Les vers aimables et polis
Sauvent une âme en l'autre monde,
Il ira droit en paradis.
— 36 —
Rompis des fers qu'en honneur tu ne peux plus porter ;
Laisse-la désormais et songe à l'éviter.
— Le conseil est très-bon et d'un ami sincère,
Lui dis-je, et je croirai que l'on ne peut mieux faire,
Cher ami, que d'en profiter.
Mais son esprit m'amuse, elle a l'art de me plaire,
Et je ne l'aime plus assez pour la quitter.
Ces ravissantes scènes d'amour, dignes d'Ho-
race dans sa villa de Tivoli, se passaient aux
riches campagnes que Watteau seul a su repro-
duire, « sous les berceaux qu'Amour semblait
avoir formés pour apaiser les inhumaines, »
selon les tendres expressions de Chapelle : gentils-
hommes, poètes, marquises y passaient une exis-
tence de spirituelle paresse. Le caractère de cette
société c'était d'embellir l'oisiveté de mille grâ-
ces et de ne pas donner à la vie cet aspect
affairé des sociétés modernes, noire fourmilière
où chacun porte son lourd fardeau; les esprits
les plus occupés savaient se séparer de leurs
travaux pour s'abandonner aux aimables noncha-
lances, comme les amants heureux dans l'île d'A-
mour aux bercements des balançoires de Lancret,
toute de jasmin, de muguet et de lilas. Si l'on exa-
mine les immenses travaux financiers des quatre
frères Paris par exemple, liquidant tous les effets
du système (cinq milliards) dans l'espace de moins
de trois années, on est étonné de les voir presque
toujours dans leurs châteaux, voluptueuses re-
— 37 —
traites qu'ils peuplaient d'artistes, de poètes, de
femmes de théâtre. Les soupers si raffinés des
fermiers généraux ne supposaient aucune préoc-
cupation sérieuse du lendemain; on y buvait
frais, on y mangeait les mets les plus exquis, tan-
dis que les vers coulaient doucement de la plume
des convives.
La vie de La Popelinière (1) résume cette exis-
tence d'oisiveté dans les affaires. Fils d'un rece-
veur général des finances, il avait été à vingt-six
ans fermier général ; la maison qu'il possédait à
Passy, plus qu'une résidence royale, éclipsait
même la Muette du Régent et de Louis XV; c'était
un fouilli d'arbres odorants, d'arbustes précieux :
on n'avait pas encore adopté les monotones cotta-
ges anglais et les squares cimetières. Le parc de La
Popelinière était orné de berceaux où le fruit était
suspendu dans des treillages d'acajou ou en bois
de rose : on y voyait des grottes tapissées de ver-
dure, des serres en cristal et des volières en filigra-
nes d'or qu'entouraient des massifs où la nature
était laissée à sa spontanéité (2). Sur un petit
(1) Alexandre-Joseph de La Popelinière, né à Paris, en
1692.
(2) Il ne reste plus rien des jardins de La Popelinière à Passy,
on les a morcelés et dépecés en rues : une de ces rues porte
encore le nom de Boulinvilliers, ou des héritiers de La Popeli-
nière.
3
— 38 —
théâtre d'une élégance rare on jouait la comédie,
l'opéra, sous la baguette d'une fée, mademoiselle
Dancourt (1), une des plus aimables artistes du
Théâtre-Français. Au milieu de cette pimpante
compagnie, La Popelinière conservait encore assez
de liberté d'esprit pour diriger les fermes de France,
dont il présidait le conseil. Mais le temps alors
était si parfaitement réparti, que la préoccupation
n'allait pas au delà du travail : le financier était
un esprit du monde avant d'être le chef de ses
bureaux.
L'amour tel que le reconnaissait cette société
était l'entier oubli de soi-même et du monde.
J'appelle amour, cette atteinte profonde,
Entier oubli de soi-même et du monde,
Ce sentiment, soumis, tendre, ingénu,
Qu'émeut la crainte et que l'espoir enflamme,
Ce trait de feu qui des yeux passe à l'ame (2).
C'était un jeune officier des dragons de Coigny
qui récitait ces vers aux genoux des belles mai-
(1) Mademoiselle Dancourt était la fille de l'auteur des
comédies; on disait que mademoiselle Mimi Dancourt avait
aidé son père dans la composition de quelques-unes de ses der-
nières pièces.
(2) L'Art d'aimer. Gentil-Bernard, né en 1710, à Grenoble,
d'une famille d'artistes, avait été nommé par le maréchal de
Coigny secrétaire général des dragons. Cette place donnait
30,000 liv. de revenus; il s'était fait remarquer par son intré-
pidité au combat de Guastalla; c'est Voltaire qui l'avait baptisé
du nom de Gentil-Bernard.
— 39 —
quises l'été, au murmure de l'onde; l'hiver dans
les boudoirs, au son de la musique du hautbois,
du violon, de la flûte, du basson, du violoncelle,
dont madame de Prie jouait (1) avec une idéale
perfection. On n'avait pas encore inventé ces
instruments sauvages tout de cuivre qui au-
raient déchiré les organes délicats de ces jeunes
femmes, assises à leur toilette devant un petit
trumeau en porcelaine de Sèvres garni de roses-
pompons ! La soubrette Marton arrangeait leurs
cheveux ornés de diamants, de poudre et de fleurs,
Lisette agrafait un corset garni de dentelles ou
chaussait de pantoufles à talons rouges leurs tout
petits pieds ; autour d'elles les plus nobles gentils-
hommes; en habit de soie, jabots et manchettesde
dentelles, tout parfumés, racontaient mille anec-
dotes ou les nouvelles de cour (2). On n'avait pas
encore emprunté à l'étranger ces noirs soucis,
cette vie ennuyée, épuisée, qui tue l'homme avant
la mort : on acceptait l'existence riante, colorée,
telle que Dieu l'avait faite. La société n'était
pas encore une multitude confuse, elle avait sa
hiérarchie née du sol et des coutumes; elle avait
des règles sans entraves. La famille gardait l'aîné
(1) La marquise de Prie avait une voix ravissante.
(2) Lancret, Watteau et Boucher ont peint avec charmé
ces gracieux sujets.
— 40 —
pour le foyer, le cadet pour l'aventure, les filles
pour les alliances de blasons ou pour le couvent,
douce et illustre retraite quand les abbessesétaient
princesses du sang et les fondatrices reines de
France. A celui-ci la tradition de la race, à
celui-là les batailles, l'ordre de Malte, les décou-
vertes et même un peu de boucanerie dans les
Antilles. Cette société bigarrée avait son charme,
comme la variété de costumes sa distraction ; elle
était maintenue surtout par la loi du respect.
Il était rare qu'un grand nom se perdît par la
bassesse et le manque de coeur.
§ IV.
LA HAUTE NOBLESSE. — LES ILLUSTRES BLASONS.
LES MÉSALLIANCES DES GENTILSHOMMES.
1730-1741.
La maison de Bourbon n'avait jamais aimé la
noblesse d'origine souveraine; la raison en était
que le roi de Navarre n'était pas de plus illustre
race que les Guises de la maison de Lorraine
issus de Charlemagne; que les Rohan, souverains
dé Bretagne; que les Bouillon, princes de Sedan ;
que les La Trémouille, issus des vieux rois de Na-
ples et princes de Tarente. Tous ces grands féo-
daux admettaient à peine la supériorité du prince
de Béarn, Henri IV, qui devait la couronne de
France à son habileté, à sa fortune, à son courage,
plus qu'à son arbre généalogique.
A côté de ces familles souveraines, il était aussi
des races féodales que les Bourbons avaient humi-
liées, et par exemple les Montmorency, les vieux
leudes territoriaux du Parisis, dont les titres re-
montaient au IXe siècle, et que le cardinal de
Richelieu n'avait pas hésité à frapper d'une con-
— 44 —
damnation capitale en confisquant leur riche hé-
ritage au profit de la branche cadette des Bour-
bons (1), les Condés I Les plus antiques familles de
France, les Nesle, les Coucy, les Lusignan, étaient
restées sans fortune, sans grandes charges à la
cour; et louis XIV préférait souvent, pour leur
donner rang et honneur à l'OEil-de-Boeuf, les plus
discutables blasons : le soleil ne devait-il pas tout
vivifier de ses rayons et créer de rien quelque
chose? Le courtisan remplaçait le féodal, et comme
pour railler les prétentions souveraines de quel-
ques antiques familles, la royauté faisait recon-
naître une obscure maison d'origine italienne,
une des branches des Comnènes, comme l'héri-
tière des empereurs de Byzance : cela ne lirait
pas à conséquence! Un vieil abbé pensionné était
un triste représentant des Paléologues!
Louis XV avait de sa noblesse une plus haute
opinion ; généalogiste érudit, le roi avait étudié
tous les émaux des blasons et pénétré dans l'his-
toire de chaque châtellenie. Il se faisait une joie
maligne de dire, lorsque les courtisans, ducs et
pairs, dédaignaient quelques pauvres gentilshom-
mes de Bretagne ou de Gascogne : « Messieurs,
trêve de plaisanterie, ils sont de meilleur sang
(1) C'est à ce titre que les Condés possédaient Chantilly,
Montmorency, Enghien.
— 45 —
que beaucoup de ducs et pairs qui sortent de la
boutique d'un marchand; les ancêtres de ce gen-
tilhomme commandaient à cent hommes d'armes
à la croisade. » Le roi avait lui-même dressé l'ar-
bre généalogique de sa noblesse. Au moment où
la science du blason se perd, où les émaux sont si
grolesquement accouplés et les pièces de l'écu fa-
çonnées avec tant d'ignorance, il nous paraît in-
téressant de mettre en lumière l'illustre galerie
de noms perdus et qu'en vain d'autres ont repris
quand les vieux troncs de la féodalité ont été
déracinés! On ne reconstruit pas des armoiries
comme on peint la salle des Croisa des à Versailles.
En tête de la noblesse de France il faut placer
les princes de Lorraine, race majestueuse qui avait
son origine dans la nuit des Carlovingiens. Les
princes lorrains avaient joué un rôle si considéra-
ble dans notre histoire ! Après bien des vicissitudes,
on les retrouverait le front ceint de la couronne
impériale (1) ! A côté du blason de Lorraine, bril-
lait l'antique écusson des Rohan (2) de Bretagne,
(1) L'origine de la maison de Lorraine remontait à Charles
le Gros ; Gérard fut institué, en 1058, duc de Lorraine. Cette
grande famille avait donné deux reines de France, cinq empe-
reurs germaniques, quatre rois de Bohême, quinze ducs de
Bar (rois de Jérusalem).
(2) Les Rohan éiaient issus de Judicael, comte de Bretagne,
en 897, ils étaient ducs de Montbazon, de Londunais, de Joyeuse,
princes de Guémenée, de Léon, de Soubise, de Maubuisson,
3.
— 46 —
qui comptaient comme alliés les maisons de France,
d'Ecosse, de Lorraine et de Savoie ; ils portaient
cette fière et dédaigneuse devise :
Duc ne daigne,
Roy ne le puis
Rohan, je suis.
Les Courtenay comptaient deux empereurs de
Constantinople, Josselyn et Pierre, race presque
perdue et que l'on retrouvait parmi quelques pau-
vres habitants de l'Orléanais, traînant charrue, ce
qui n'était pas déroger; les Lusignan, rois de Jé-
rusalem, d'Arménie et de Chypre, astre brillant et
trop vite éclipsé; les La Tour d'Auvergne (1), fiers
d'avoir parmi leurs aïeux Godefroy de Bouillon,
le héros des croisades, et, six siècles plus tard, le
plus grand capitaine des temps modernes : Tu-
renne; les La Trémouille (2), si célèbres au beau
temps de la chevalerie, sous Charles VII, princes de
Tarente; ils avaient porté la couronne de Naples.
comtes souverains de Nogent, de Partenay, vidames du Nan-
tois, sires de Clisson.
(1) Les La Tour d'Auvergne descendaient du sire de La
Tour, second fils de Guy, comte d'Auvergne, créé, en 1389,
comte de Beauffort, vicomte de Turenne, souverain duc de
Bouillon, prince de Sedan, duc d'Albret et de Château-
Thierry, comte d'Évreux.
(2) L'origine des La Trémouille remontait aux sires de Guy,
seigneurs de Chatelgny, en l'année 1098 ; ils étaient ducs de
Thouars, d'Olonne, de Noirmoutiers, princes de Tarente, comtes
de Guines, de Laval, de Joigny, de Montfort, vicomtes de
Tours, barons de Vitré et de Mauléon.
— 47 —
C'était ce qu'on appelait les races souveraines.
Ni les Talleyrand-Périgord, ni les Montmorency
ne pouvaient y prétendre ; ils étaient de vieilles
lignées barons, vassaux de la couronne. A leur
côté, peut-être au-dessus d'eux, il fallait placer
les Coucy, pauvres mais illustres; ils descen-
daient de Raoul, sire de Coucy, de Crécy, de la
Fère, de Vervins, le tendre amant de la dame de
Fayel. Enguerrand III avait élevé le pittoresque
château de Coucy, dont les ruines ont bravé le
temps. Les Coucy avaient du sang de Philippe-
Auguste et étaient justement fiers de la devise
de leurs ancêtres :
Je ne suis roi, ne duc, ne comte aussi,
Je suis le sire de Coucy.
Après ces grands noms venaient les Mailly de
Nesle (1), véritables princes d'Orange; les Mailly
d'Harcourt, déjà très-antiques sous le règne de
saint Louis, tous grands-croix-nés de l'ordre de
Malte : les Mailly en portaient les insignes sur leur
blason, surmonté d'une couronne à sept fleurs de
lis de France, qu'ils possédaient depuis qu'ils
avaient exercé la régence (la seule maison qui avait
(1) Les Mailly étaient premiers marquis de France, princes
d'Orange, de Neuchâtel, de Rubemprey. Le grand Condé di-
sait : « Les Nesle ont un apanage incomparable et prodi-
gieux. »

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