//img.uscri.be/pth/76592ad62a30c6e8c418963a7d3b08b8e8cad9bf
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Malraux

De
168 pages
Si, comme le dit Malraux, « l'homme ne se construit qu'en poursuivant ce qui le dépasse », il va devoir franchir des frontières. Et cela est vrai pour l'artiste qu'il fut, qui passa du roman au cinéma, à l'essai et aux méditations sur l'art. Il a franchi plus d'une frontière au péril de sa vie, au risque d'échouer et de perdre, de se perdre, de paraître ridicule, d'être ridiculisé : frontières de la vie & des engagements, frontières de la mort & des œuvres, frontières des arts & des pensées.
Voir plus Voir moins
Sous la direction de François Soulages
Malraux Le passeur de frontières
Série RETINA Collection Eidos
Malraux Le passeur de frontières
ème Ce livre est le 76 livre de la
dirigée par François Soulages & Michel Costantini Comité scientifique international de lecture Argentine(Silvia Solas, Univ. de La Plata), (Alberto Olivieri, Univ. Fédérale de Bahia,),Bulgarie(Ivaylo Ditchev, Univ. de Sofia St Clément d’Ohrid),Chili(Rodrigo Zuniga, Univ. du Chili, Santiago),Corée du Sud(Jin-Eun Seo (Daegu Arts University, Séoul),Espagne(Pilar Garcia, Univ. Sevilla),France(Michel Costantini & François Soulages, Univ. Paris 8),Géorgie(Marine Vekua, Univ. de Tbilissi),Grèce(Panayotis Papadimitropoulos, Univ. d’Ioanina),Japon(Kenji Kitamaya, Univ. Seijo, Tokyo),Hongrie(Anikó Ádam, Univ. Pázmány Péter, Egyetem),Russie(Tamara Gella, Univ. d’Orel),Slovaquie(Radovan Gura, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica), Taïwan(Stéphanie Tsai, Unv. Centrale de Taiwan, Taïpei) Série RETINA3 François Soulages (dir.),La ville & les arts11 Michel Gironde (dir.),Les mémoires de la violence 12 Michel Gironde (dir.),Méditerranée & exil. Aujourd’hui13 Eric Bonnet (dir.),Le Voyage créateur 14 Eric Bonnet (dir.),Esthétiques de l’écran. Lieux de l’image 17 Manuela de Barros,Duchamp & Malevitch. Art & Théories du langage 18 Bernard Lamizet,L'œil qui lit. Introduction à la sémiotique de l'image 30 François Soulages & Pascal Bonafoux (dir.),Portrait anonyme 31 Julien Verhaeghe,Art & flux. Une esthétique du contemporain 35 Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou36 Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou au cinéma37 Gezim Qendro,Le surréalisme socialiste. L’autopsie de l’utopie38 Nathalie ReymondÀ propos de quelques peintures et d’une sculpture39 Guy Lecerf,Le coloris comme expérience poétique40 Marie-Luce Liberge,Images & violences de l'histoire41 Pascal Bonafoux, Autoportrait. Or tout paraît42 Kenji Kitayama,L'art, excès & frontières43 Françoise Py (dir.),artposismeàluaminréDeom-tnred 44 Bernard Naivin,Roy Lichtenstein, De la tête moderne au profil Facebook 48 Marc Veyrat,La Société i Matériel. De l’information comme matériau artistique, 1 49 Dominique Chateau,Théorie de la fiction. Mondes possibles et logique narrative 51 Patrick Nardin,Effacer, Défaire, Dérégler... entre peinture, vidéo, cinéma e 55 Françoise Py (dir.),Métamorphoses allemandes & avant-gardes au XX siècle 56 François Soulages & Sandrine Le Corre (dir.),Les frontières des écrans 57 Agathe Lichtensztejn,Le selfie aux frontières de l’egoportrait 58 François Soulages & Alejandro Erbetta (dir.),Frontières & migrationsAllers-retours géoartistiques & géopolitiques 60 François Soulages & Aniko Adam (dir.),Les frontières des rêves 61 M. Rinn & N. Narváez Bruneau (dir.),L’Afrique en images.62 Michel Godefroy,Chirurgie esthétique & frontières de l’identité 63 Thierry Tremblay,Frontières du sujet. Une esthétique du déclin Suite des livres publiés dans la CollectionEidosà la fin du livre Publié avec le concours de
Sous la direction de François Soulages Malraux Le passeur de frontières
ème Ce livre est le 56 de
Frontières géoartistiques & géopolitiques, géoesthétiques & géothéoriques Sous la direction de François Soulages MÉTHODE & FONDEMENT François Soulages (dir.),Géoartistique & Géopolitiques. Frontières,Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2012 Gilles Rouet & François Soulages (dir.),Frontières géoculturelles & géopolitiques, Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2013 Gilles Rouet (dir.),Quelles frontières pour quels usages ?,Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2013 François Soulages (dir.), Mondialisation & frontières. Arts, cultures & politiques, Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2014 Éric Bonnet & François Soulages (dir.),Lieux & mondes. Arts, cultures & politiques, Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2015Éric Bonnet (dir.),Frontières & œuvres, corps & territoires, Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2014. François Soulages & Aniko Adam (dir.),Les frontières des rêvesL'Harmattan, coll. Paris, Eidos, série RETINA, 2015 Anikó Ádám, Anikó Radvánszky & François Soulages (dir.),L’homme qui rêve, Paris, L'Harmattan, coll.Eidos, série RETINA, 2015 MOBILITÉS & ESPACES François Soulages & Alejandro Erbetta (dir.),Frontières & migrations. Aller-retour géoartistiques & géopolitiques, (dir.), Paris, L'Harmattan, coll.Eidos, série RETINA, 2015 Serge Dufoulon & Maria Rostekova (dir.),Migrations, mobilités, frontières & voisinages,Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2012, 334 p.Anna Krasteva & Despina Vasilcu (dir.),Migrations en blanc. Médecins d’est en ouest,Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2014, 242 p. Pierre San Ginès,Frontières, Réalités & Imaginaires, Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2015 Bernard Salignon,Frontières du réel. Où l’espace espace, Paris, L'Harmattan, coll.Eidos, série RETINA, 2015 Éric Bonnet & François Soulages (dir.),Frontières & artistes. Espace public, (post)colonialisme & mobilité en Méditerranée, Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2014.Michel Gironde (dir.), Méditerranée & exil. Aujourd’hui, Paris, L’Harmattan, collectionEidos, Série RETINA, 2014. Éric Bonnet, François Soulages & Juliana Zevallos Tazza (dir.),Memoria territorial y patrimonial. Artes & Fronteras, Lima, Universidad Nacional Major de San Marcos Fondo Editorial, 2014, 212 p. Michel Costantini (dir.),L'Afrique, le sens. Représentations, configurations, défigurations, Paris, L’Harmattan, CollectionEidos, série E.I.D.O.S., 2007, 226 p. Michel Costantini,1779 Les nuées suspendues. Voyage européen à travers les arts au siècle des Lumières, Paris, L’Harmattan, collection Intersémiotique des arts, 2009 Eric Bonnet (dir.),Le Voyage créateur, Paris, L’Harmattan, collectionEidos, Série RETINA, 2010, 326 p.Suite des titresFrontièresà la fin du livre © L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08113-7 EAN : 9782343081137
À la mémoire de Jean-François Lyotard, cet autre passeur de frontières, 1 auteur deSigné Malraux, avec lequel j’ai eu le bonheur en 1986 d’organiser, à la Sorbonne, le colloqueArt & communication2 et d’en publier les Actes . Malraux, génial passeur de frontières L'homme ne se construit qu'en poursuivant ce qui le dépasse.MalrauxPassare & ex ducere André Malraux : un homme sans frontière ?, tel fut le titre du colloque des AIAM de Pierre Coureux à Paris, le 4 novembre 2011. En fait, est-il un homme sans frontière ou bien plutôt – hypothèse que nous travaillerons dans ce livre – un passeur de frontières ? En effet, si, comme le dit Malraux, « l’homme ne se construit qu’en poursuivant ce qui le dépasse », il va devoir franchir des frontières. Sans cesse. Car, une fois une 1 Jean-François Lyotard,Signé Malraux, Paris, Grasset, 1995. 2 Paris, Osiris, 1986.
5
frontière franchie, il devra en franchir une autre, pour ne pas être englué en lui-même, chosifié, pour que son style ne devienne pas répétition. Pour que sa vie et son style soient vifs, comme une métaphore. Et cela est vrai pour l’homme, pour l’artiste qu’il fut, pour l’homme engagé qu’il était, pour l’homme politique qu’il décida d’être. Nous sommes dans les années 20-70 : l’entre-deux guerres, la deuxième guerre mondiale et les trente années qui suivront et ne sont qualifiées de « glorieuses » que par les économistes, ces calculateurs qui prévoient le passé, mais jamais l’avenir. Un philosophe marquera aussi cette époque et tiendra des propos parfois semblables : « l’homme est ce qu’il fait », écrit Malraux dansla Voie royaleet, quelques années après, Sartre affirme dans L’existentialisme est un humanisme: « l’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait. Tel est le premier principe de 3 l’existentialisme. C’est aussi ce qu’on appelle la subjectivité. » Voisinage, parenté de propos, mais, outre le ton différent, l’un s’était engagé dans la Guerre d’Espagne et la deuxième guerre mondiale, l’autre avait théorisé les choses, l’un avait risqué sa vie, l’autre avait construit son œuvre. Et, si le premier nous éduque et nous apprend quelque chose dans ce devoir de passer les frontières, c’est qu’il en a franchi plus d’une au péril de sa vie, au risque d’échouer et de perdre, de se perdre, de paraître ridicule, d’être ridiculisé – mais par qui ? Il lui eût été plus facile de rester écrivain et de faire carrière, sa petite carrière et ses petits pouvoirs d’intellectuel. Des frontières, il en a franchi toute sa vie, en changeant de terrains : terrains réels physiques, géographiques et géopolitiques, terrains de créations et d’arts, terrains d’engagement, terrains de vie. C’est toujours exaltant, mais aussi ô combien difficile et périlleux de
3 Jean-Paul Sartre,L’existentialisme est un humanisme, Paris, Nagel, 1946, p. 22.
6
franchir les frontières qui nous protègent. C’est essayer d’être un autre. A 19 ans, sans formation ni le cocon protecteur de l’argent, de l’héritage, d’un milieu ou d’une école, il devient directeur artistique et maquettiste aux éditions du Sagittaire : les frontières de sa famille sont depuis longtemps franchies. Il voyage, d’abord en Europe, à 20 ans, deux ans après la guerre, puis en Tunisie. A 22 ans, il va au Cambodge, arrache des statues au temple de Banteaï-Srey, pensant pouvoir les vendre aux Etats-Unis ; il est découvert et tombe dans les filets de la justice, puis, au bout d’un temps certain, peut revenir en France. Un an après, il retourne en Indochine. Et sa vie sera ainsi, de voyage en voyage, de franchissement de frontières en franchissement d’autres. Et l’éditeur franchit la frontière de l’écriture ; il est de l’autre côté du livre ; non plus maquettiste mais auteur. Romancier, mais aussi – frontière encore – écrivain sur l’art, essayiste : comment dire ? Historien ? esthéticien ? poète de l’art ? Aucun de ces noms ne convient. Et seuls les rats de bibliothèque qui n’aiment que classer et dévaluer refusent de lui assigner une place ; pire, ces êtres du confort et de la tradition oscillent parfois, à son égard, entre ignorance et mépris. C’est pourquoi Lyotard fut courageux devant les bienpensants médiocres qui, étant des impuissants de la compréhension de l’art et de l’existence, pérorent sur le phénomène et les objets artistiques en si mauvais sociologues qu’ils se disent « philosophes » et discréditent un homme et une œuvre, sans l’avoir vraiment lue, sans avoir la hauteur pour respirer l’air des cimes ; ce sont des esclaves au sens nietzschéen du terme : ils ne pèsent pas un gramme devant la vie et l’œuvre de Malraux, même si souvent l’œuvre de ce dernier est à prendre avec du recul. Le fond du problème, c’est qu’ils ne comprennent pas la fonction de la fiction dans la pensée. Or les erreurs et errances de Malraux valent mille fois mieux que les vérités des petites dissertations de ces répétiteurs qui ne sont en rien des éducateurs, hommes et femmes qui, comme
7
Malraux, nous apprennent sans prêchi-prêcha à être ex, hors des chemins à la mode -ex ducere-, en conséquence à « passer de nouvelles frontières ». Certes Malraux n’était pas un logicien pour classes terminales, c’était un existant engagé dans le monde. « L’homme nouveau, écrit Ponge, n’aura pas d’espoir (Malraux), n’aura pas de souci (Heidegger). Pourquoi ? Sans jeu de mots, parce qu’il aura trouvé son régime (régime d’un moteur) : celui où il ne 4 vibre plus. »1925, en Indochine, il fonde le journal du même nom et y dénonce le système colonial : il a tout juste 23 ans. Il travaille pour le Kuomintang comme vice-commissaire à la propagande. En 1933, il milite contre le fascisme et le nazisme ; en 1934, il fait un discours lors de la première réunion de l’AEAR – Association des Ecrivains et Artistes Révolutionnaires -, participe à la fondation du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes et de la Ligue mondiale contre l’antisémitisme. Puis, il franchit une nouvelle frontière, géographique, politique et existentielle : en 1936, il va se battre en Espagne ; il crée l'escadrille internationaleEspañaavec vingt avions, des Portez 540 ; il fera soixante-cinq missions de bombardement ; le Colonel Malraux sera deux fois blessé. Et, pendant ce temps, il écrit, il publie ses romans et ses essais. Avec lui, on peut vraiment dire : il est sur tous les fronts. 1930,La voie royale, 1933,La condition humaine, 1937,L’Espoir. A partir de ce dernier roman, il franchit une nouvelle frontière : il réalise un film :Espoir, sierra de Teruel, qu’il commence en 1938 à Barcelone et doit terminer à Villefranche-de Rouergue en 1939. Par son œuvre, les frontières esthétiques de l’art sont dépassées ; tout son travail d’éditeur et de penseur d’art abondera dans ce sens, comme, après la guerre, avecle Musée imaginaire etles Voix du silence.
4 . Francis Ponge,Proêmes, NRF Poésie/Gallimard, 1942/1948 p. 185
8
Les frontières entre les arts Malraux opère ce passage des frontières intérieures et extérieures de l’art grâce à la photographie et le livre : il crée le Musée imaginaire sans frontière. Avec une œuvre d'art, la photographie peut opérer comme avec les phénomènes visuels : elle peut non seulement l’enregistrer, mais aussi, à partir d'elle, faire une photo qui soit elle-même une œuvre d'art, non pas parce qu'elle serait la fidèle réplique de l'œuvre de départ - la photographie n'est jamais fidèle, mais toujours métamorphosante -, mais parce qu'elle peut créer une image fixe qui sera exploitée dans le travail du négatif et celui de la présentation. C'est en cela et pour cela que nous pouvons dire que la photographie est unart puissance deuxelle joue : notamment avec le point de vue du photographe, avec le cadrage de la photo et avec le choix des paramètres photographiques. Un écart infini peut d'ailleurs séparer l'œuvre de départ et l'œuvre d'arrivée, à savoir la photo créée : telles sont la force et la valeur de la photographie. En photographiant une autre œuvre d'art, le photographe l'interprète et ainsi crée à son tour par cette réception créatrice. C'est aussi de cette manière que son œuvre s'inscrit dans l'histoire de l'art - sa création étant engendrée par une autre création.  Mais qu'est-ce que photographier une œuvre d'art ? L'analyse que fait André Malraux est décisive. Ainsi, dansle Musée imaginaire, il montre combien la photographie métamorphose ce qu'elle vise : « Le cadrage d'une sculpture, l'angle sous lequel elle est prise, un éclairage étudié surtout, donnent souvent un accent impérieux à ce qui n'était jusque 5 là que suggéré ». La sculpture photographiée n'est plus reçue comme elle l'était dans son lieu d'origine, ni comme elle l'est au musée : elle est, dit Malraux, « dans un monde 6 différent de celui du musée » ; elle n'est plus la même. 5  Malraux (A.), "Le Musée imaginaire", inLes voix du silence,Paris, Gallimard, la Galerie de la Pléiade, 1952, p. 19. 6 Malraux (A.),Le musée imaginaire,Paris, Gallimard, 1965, p. 110. Le texte de 1965 est légèrement différent de celui de 1952, car il a été remanié et
9