Manuel de physiologie, ou Description complète des fonctions que remplissent les diverses parties qui constituent le corps humain / par J.-P. Beullac,...

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Mme Lévi (Paris). 1826. 1 vol. (X-336 p.) ; in-12.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1826
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MANUEL
DE
PHYSIOLOGIE.
Tous les eicnijtlauts seront si^iiL.i l'dl 1 LiliU.ui,
MANUEL
DE
PHYSIOLOGIE,
ou
DESCRIPTION COMPLÈTE
DES FONCTIONS QUE REMPLISSENT LES DIVERSES
PARTIES QUI CONSTITUENT LE CORPS HUMAIN.
PAR J.-P. BEULLAC,
Docteur en médecine de la Faculté da Paris, Professeur parti-
culier d'anatomie, de physiologie et de pathologie, Membre
titulaire de l'Athénée de Médecine , Correspondant de là
Société royale de Médecine dev Marseille, ele.
PARIS,
- , LIBRAIRE-ÉDITEUR,
QUAI DES AUGUSTINS, K". a5.
l826.
METZ.— 1111 pl ÍIlIU ic J'E, HADAMARD.
PRÉFACE.
« Une chose dite une seule foii, et où
elle doil 1'.1l1'., est plus clain que répé-
tée ailleurs plusieurs fois. »
CosDlLLAe, Essai sur l'origine des
connaissances humaines.
En professant mon cours élémen-
taire d'études médicales qui a pour,
objet renseignement de l'anatomieT
de la physiologie et de fa patholo-
gie, je tâche de mettre en pratique-
cette belle pensée de Condillac qui
sert d'épigraphe à mon travail; je
trace autour du domaine de la mé-
decine nn cercle analytique qui la
comprend toute entière , en la sépa-
rant des sciences limitrophes. Au
lieu d'employer beaucoup de temps,
et d'efforts à charger l'élève d'un
vi
bagage scientifiqueplus brillant qu'u-
tile, je m'applique à lui bien faire
connaître l'organisation matérielle
du corps humain et l'histoire des
fonctions qu'il remplit, les causes
et le siége des maladies qui peuvent
l'affecter et enfin les moyens d'y
remédier. C'est en suivant cette me-
thode simplifiée que je le mets dans
le cas de répondre directement aux
questions qui lui sont faites pen-
dant les premières années de ses
études. Arrivé au complément de
ce degré d'jnstruction, rélève;
muni de connaissances positives ,
surmonte a isément les difficultés
qui lui sont offertes, et embrasse
dans tous ses détails le vaste do-
maine de la science médicale.
yij
Pénétié des avantages que l'on
peut retirer en adoptant cette ma-
nière d'enseigner, par les résultats
heureux que j'en ai obtenus jusqu'à
ce jour j'ai pensé qu'on pouvait
renfermer dans un très-petit nom-
bre de volumes et sous un format
portatif les principes élémentaires
de 4a médecine.
L'anatomie, déjà traitée par M. le
docteur Bayle avec tout le succès
qu'il pouvait espérer, m'a fait re-
noncer pour le moment à ce travail ,
qui se trouve compris dans la pre-
mière partie de mou cours.
Aujourd'hui, je publie le Manuel
de physiologie, qui n'a point encore
paru et dont les élèves ne doivent
se servir qu'après avoir appris la
viij
description des tissus et des organes
dont l'ensemble constitue les divers
appareils d'organes chargés de rem-
plir telle ou telle fonction. Je ferai
paraître successivement les autres
manuels qui manquent pour com-
pléter la bibliothèque portative de
Vétudiant en médecine, et dans
laquelle il devra puiser en commen-
çant l'instruction primaire et posi-
tive dont il a nécessairement besoin
pour comprendre les leçons des pro-
fesseurs publics et pour lire avec
fruit les dissertations étendues qu'on
rencontre dans les ouvrages clas-
siques d'un degré plus élevé.
Parmi ces ouvrages classiques re-
latifs à l'étude de la physiologie, je
citerai plus particulièrement les Ta-
ix
bles synoptiques de M. le professeur
Chaussier, qui méritent d'occuper le
premier fang; les Recherches sur la
vie et la mort de Bichat ; les Traités de
physiologie de MM. les professeurs
Richerand , Magendie , Adelon; et
celui de M. le professeur Broussais,
dont la lecture devient indispensa-
ble aux élèves qui se proposent d'ar-
river au doctorat avec toute les
connaissances que comporte ce titre.
Ce n'est qu'après les avoir lus plu-
sieurs fois , médités et réfléchis, qu'il
m'a été possible d'entreprendre ce
travail analytique et raisonné sur
l'histoire physique de l'homme.
Je désire avoir atteint le seul but
que je me suis proposé en le publiant,
celui d'être utile non-seulement aux
x
élèves en médecine, niais encore à
tous œux qui se livrent à l'étude
des sciences philosophiques, dans la
vue de compléter leur éducation
première.
1
PROLÉGOMÈNES.
Nous comprenons sous ce titre : des
notions général es sur l'organisation hu-
maine; quelques détails sur les causes
des phénomènes qu'elle offre à notre exa-
men ; et enfin la classification des fonc-
tions dont l'ensemble constitue la vie.
I. IDEE GENERALE DE L'ORGANISATION
HUMAINE.
L'analyse chimique, portée jusqu'à son
dernier terme , fait découvrir , dans la
composition de toutes nos parties , des
principes constituans nombreux, tels que
l'azote, l'hydrogène, l'oxigène, le soufre,
le carbone, le phosphore, des acides, des
sels, des métaux , etc.
Ces élémens , par leurs combinaisons
diverses , forment certains composés aux-
quels M. le professeur Chaisier a donné
2 PROLEGOMENES.
le nom d'élémens organiques. Il y en a
quatre principaux : la gélatine, la fibrine,
l'albumine et la graisse.
Outre ces quatre substances principales,
il en est encore quelques-unes qui, quoi-
que moins géncralament répandues, sont
encore admises par les chimistes au nom-
bre des matériaux immédiats des ani-
maux : tels sont le mucus , rosmazome.
l'urée, l'acide urique, les principes colorans
du sang , de la bile , etc., etc.
C'est aux diverses combinaisons des
principes chimiques, et à l'association va-
riée des élémens organiques , que toutes
nos parties doivent leur origine. Ces par-
ties sont solides et fluides.
Fluides. La matière qui s'organise par
l'impulsion génératrice est originairement
fluide. Les molécules réparatrices passent
par cet état avant de devenir solides, et
les solides eux-mêmes se résolvent en fluides,
pour se renouveler par la nutrition. La
masse des fluides est de beaucoup supé-
rieure à celle des solides. On a évalué la
première aux cinq sixièmes du poids total
PHOLEGOMESES. 3
du corps. De la proportion naturelle des
fluides et des solides, et de leurs influences
réciproques , dépendent les conditions de
la santé et les qualités principales qui font
reconnaître les tempéramens.
Disséminés partout, les fluides remplis-
sent les vaisseaux , humectent les parois
des cavités, et imprègnent le parenchyme
de chaque partie. Associés aux organes ,
ils concourent à l'exercice des fonctions
auxquelles ces derniers sont appelés.
Il y a des fluides communs qui sont ré-
pandus dans toute l'économie : tels sont le
sang et la lymphe. Il y en a qui sont pro-
pres à certaines parties , et qui diffèrent
autant par leurs propriétés physiques et
leur composition , que par leur origine et
leurs usages : tels sont tous les fluides sécré-
tés, comme la bile, l'urine, le sperme, etc.
Certains fluides sont dégagés sous la
forme de vapeurs : par exemple , la séro-
sité , la matière de la transpiration pul-
monaire et cutanée. Il en est d'autres qui
existent à l'état liquide, tels que le sang,
la lymphe et l'uvinc. Enfin quelques-uns
4 PROLEGOMÈFES.
offrent une demi consistance : tels sont
la graisse, la bile et le sperme.
Solides. Dans la composition de nos
parties solides entrent plusieurs tissus simples
qui dans l'homme peuvent être réduits
au tissu cellulaire, au tissu nerveux, au
tissu musculaire, et à la substance cornée,
qui fait la base de l'épiderme, des ongles
et des poils. Ces tissus primitifs ou simples ,
diversement modifiés et combinés en quan-
tités différentes , et dans des proportions
variées, constituent la substance de nos
organes. De la réunion d'un plus ou
moins grand nombre d'organes résulte ce
que l'on appelle un appareil. En bor-
nant la dénomination d'appareil aux en-
sembles des parties qui concourent aux
mêmes usages, on est convenu d'admet-
tre les sui vans, savoir : l'appareil digestif,
essentiellement formé par le canal qui s'é-
tend de la bouche à l'anus ; l'appareil,
absorbant ou lymphatique, qui consiste
dans les vaisseaux et dans les glandes de
ce nom ; l'appareil circulatoire, qui ré-
sulte de l'assemblage du cœur, des artères ,
PÉOLEGOMENES. 5
1.
des Peines et des vaisseaux capillaires; l'ap-
pareil respiratoire ou pulmonaire ; l'ap-
pareil glanduleux ou sécrétoire ; l'appa-
reil serisitif, qui comprend les organes
des sens, les nerfs, la moëlle de Tépine
et le cerveau; l'appareil musculaire ou
moteur, dans lequel on doit ranger , non-
seulement les muscles, mais encore leurs
tendons et leurs aponévroses ; l'appareil
osseux, qui comprend également les dé-
pendances des os, comme les cartilages,
les ligamens et les capsules synoviales
l'appareil vocal et l'appareil sexuel ou
reproducteur , différent dans les deux
sexes.
La dénomination de chaque appareil
est tirée de la fonction qu'il remplit: par
exemple , les appareils digestif, respira-
toire , circulatoire , etc. , sont nommés
ainsi, parce qu'ils servent à la digestion ,
à la respiration,, à la circulation, etc.
II. CAUSES DES PHÉNOMÈNES DE LA VIE.
On a assigné aux phénomènes que nous
offre l'économie animale une cause parti-
6 PROLÉGOMÈNES.
culière : Hippocrate la désignait par <j>uç£ç
( nature) ; Aristote, principe moteur et
généi-aieui- ; Kaw Boërhaave , impetum
faciens ; Vanhelmont , archea ; S thaï ,
âme ; d'autres, visinsita, vis vita , prin-
cipe vital , etc. M. Chaussier , dans ses
Tables synoptiques , adopte le "nom de
force vita!e.
Force vitale. Le mot force vitale n'ex-
prime point un être existant par lui-même ,
et indépendamment des actions par les-
quelles il se manifeste ; il sert à l'histoire
physique de l'homme , comme le mot at-
traction à l'étude de l'astronomie. On ne
doit l'employer que comme une formule
abrégée , dont on fait usage pour désigner
l'ensemble des forces qui animent notre
corps et le distinguent de la matière inerte.
Lorsque dans cet ouvrage nous nous ser-
virons de ce terme , ou de tout autre équi-
valent , ce sera comme si nous disions l'en-
semble des propriétés et des lois qui régissent
l'économie animale.
La force vitale a été confondue par
que'ques-uns ; d'autres l'ont distinguée de
taOLEGOMÊKES. y
l'âme rationnelle, de cette émanation di-
vine à laquelle l'homme doit autant qu'à.
la perfection de son organisme , sa supério-
rité sur les autres animaux. Quel lien unit
le principe matériel qui reçoit les impres-
sions et les transmet à l'intelligence qui
les sent, les perçoit, les examine , les com-
pare, les juge et les raisonne? Nous ne-
croyons pas qu'il soit utile de résoudre cette
question; il est trop reconnu aujourd'hui
que toutes les opérations corporelles pro-
prement dites, sont hors la dépendance
du principe divin qui régit notre intelli-
gence et notre raison ; et que ce principe
ne peut conséquemment constituer la force
vitale.
En analysant avec soin cette puissance,
on a vu qu'elle se composait de facultés
qu'on est convenu d'appeler propriétés
vitales.
Propriétés vitales. La création des pro-
priétés vitales , faite au même titre que la
force vitale , est plus uliJc. Celle-ci n'in-
dique qu'une notion- générale ; savoir: que
le mode de motion de la matière organisée-
S PJIOLEGOMÉNES.
est autre , et en quelques points , contraire
de celui de la matière inorganique ; elle
constitue une exception temporaire aux
lois générales de la matière ; mais elle ne
fait rien apprendre de ce que sont les mou-
vemens vitaux en eux-mêmes.
Les abstractions des propriétés vitales
au contraire tendent à caractériser ers
mouvemens vitaux; elles en indiquent
ou les traits extérieurs, ou les résultats ;
elles conduisent jusqu'aux derniers actes
observables dans l'économie animale , non-
seulement jusqu'à ceux au-déjà desquels
nos sens ne peuvent plus rien saisir, mais
encore jusqu'à ceux au-delà desquels notre
esprit ne peut plus lion concevoir; elles
nous font remonter enfin jusqu'aux phé-
nomènes élémentaires de la vie.
De toutes les théories modernes sur les
propriétés vitales, celle qui a obtenu le
plus de succès, est celle de Bichat; les
phénomènes de la vie y sont nettement
distingués , et tout ce qu'avaient laissé
d'obscur ou de confus les théories pré-
cédentes , y a enfin disparu.
PROLEGOMENES, 9
Les propriétés vitales généralement ad-
mises sont la sensibilité et la coniractilité.
La sensibilité est cette faculté des or-
ganes vivans qui les rend aptes à éprou-
ver par le contact d'un autre corps une
impression plus ou moins profonde qui
change l'ordre de leurs mouvemens, les
accélère ou les ralentit, les suspend ou
les détermine. Tantôt cette impression est
locale , c'est-à-dire qu'elle ne s'étend pas
au-delà du lieu où elle a été excitée: alors
elle se rapporte à la sensibilité organique
ou nutritive ; tantôt elle est transmise au
cerveau qui en prend connaissance : dans
ce - cas, elle a mis en jeu la sensibilité
animale ou percevante.
La contractilité est cette autre propriété
en vertu de laquelle les parties excitées par
la sensibilité mise en jeu, se ressèrent ou
se dilatent, agissent et exécutent des mou-
vemens. Lorsque la contractilité s'exerce
sans la participation de la volonté , elle
est appelée organique ou involontaire ; et
suivant qu'elle est apparente ou non, elle
est dite sensible ou insensible. Soumise à
10 PROLEGOMENES.
l'influence du cerveau ou pour mieux dire,
de la volonté , la contractilité prend le
nom de contractilité animale ou volontaire.
La vie n'est point exclusivement dépar-
tie aux solides ; les fluides en sont doués
aussi , mais à un degré bien plus faible.
Le sang , la lymphe et le chyle surtout,
en possèdent les rudimens ; s'ils étaient
inertes , ils ne pourraient stimuler les tis-
sus qui les reçoivent. C'est en vertu de cette
vitalité que s'entretient leur liquidité tant
qu'ils sont en mouvement dans leurs vais-
seaux , qu'ils se décomposent par le re-
pos, et qu'ils s'altèrent avec promptitude
par le contact des virus que l'absorption
leur apporte.
De tout ce qui vient d^tre dit sur la
vitalité des solides et des fluides, décou-
lent toutes les fonctions dont le mécanisme
forme l'objet spécial de la physiologie.
III. CLASSIFICATION DES FONCTIOKS.
Nous servant des expressions de M. le
professeur Richerand, nous définissons le
PROLEGOMENES. Il
mot fonction par moyen d'existence. Cette
définition nous paraît doutant plus juste ,
que la vie n'est autre chose que l'exercice
des fonctions, et qu'elle cesse lorsque quel-
ques-unes des plus importantes ne peuvent
plus iexécuter.
On divise les fonctions en deux classes
générales : 10. les fonctions qui servent à la
conservation de l'individu , et le rendent
capable d'un mode d'existence isolée; 2°. les
fonctions qui servent à la conservation de
l'espèce.
Parmi celles qui sont employées à la
conservation de l'individu , les unes rem-
plissent cet usage en assimilant à sa propre
substance les alimens dont il fait sa nour-
riture ; les autres, en établissant ses rap-
ports avec les êtres qui les environnent
d'une manière convenable à son existence.
Les fonctions qui servent à la conserva-
tion de l'espèce, peuvent également être
séparées en deux ordres. Celles du premier
exigent le concours des deux sexes; elles
constituent la génération proprement dite :
celles du second sont exclusivement dépar-
c i
I". CLASSE.
■ Fonctions qui ccrred
I eonscrvation ~M
1 ■]
i
I
DIVISÉES
en
DEUX CLASSES :
H lIe. CLASSE.
H Fonctions qui serven
I conservation de l'esu
i
)
CONCLUSION. Des époques principe
'I
TABLEAU Pag. 12.
DES FONCTIONS DE LA VIE.
~,~f~,"1:.
f !
CHAPITRES 1. Digestion.
1 II. Absorptions.
JIJ. Circulation.
1 1er. ORDRE.
IV. Respiration.
Fonctions nutritives. | V. S é cr é tions. 9
IV..5Ccrétions.
YI. Calorifïcalion.
VII. Nutrition. f
r
f II". ORDRE. I Vnl' Sensatiolls.
Fonctions de rcIation. JX. LocomutiOll.
I X. TToix et parole.
V ORDRE. ¡
r'. ORDRE, Copulation,
ler. ORDRE. C [ , Copulation ,
i lecoucoursdesdeuxsexes. , i i XI. Génération- )
le concours des deux sexes. ) ) Et conceptr ion• :
ir. ORDRE. (
IIe. ORDRE. ( /~C-
De celles ii exc, lusivement ,, J XII. Gestation , accouchement cl lac-
parties à la femme. de- < < 1 tarion. I
i partagent la vie de Thomnie.
2
MANUEL
DE PHYSIOLOGIE.
PREMIÈRE CLASSE.
FONCTIONS
Qui servent à la conservation de Vindividu.
PREMIER ORDRE.
FONCTIONS DE NUTRITION.
Les fonctions nutrives sont confiées
à un grand nombre d'organes, différens
dans leurs formes, leur volume et leur
structure , et dont les principaux sont pro-
tégés par la profondeur de leur situation.
Les matériaux de la nutrition sont tous
originairement pris au dehors ; à mesure
qu'ils cheminent dans PécorJomie, ils sont
soumis à l'action de plusieurs séries d'or-
ganes qui leur font éprouver des altérations
particulières.
Les fonctions dont il s'agit ont pour
but : 1°. d'élaborer et d'ajouter à l'écono-
14 manuel
mie certains principes étrangers 20. d'ex-
traire et de chasser au dehors les matériaux
qui ont servi quelque temps à l'organisation.
Il y a dans la vie nutritive deux mouve-
mens opposés : le premier tend à l'assimi-
lation; le second tend à la désassimilation.
CHAPITRE PREMIER.
DE LA DIGESTION.
La digestion est la fonction par laquelle
la substance extérieure réparatrice qui est
appelée alimens , est introduite dans Pap-
pareil digestifs et d'où résultent la sépara-
tion de leur partie nutritive et l'évacuation
de leur partie excrémentitielle.
L'histoire de cette fonction est divisée
en trois articles, qui comprennent : quelques
détails sur les alimens ; une description
succinte des organes qui sont les agens de
la fonction ; et le mécanisme de la digestion.
Art. I. Alimens.
Les alimens sont solides ou liquides.
DE PHYSIOLOGIE. 15
Les alimens solides sont tirés des végétaux
et des animaux. Ces substances , déjà rap-
prochées de notre nature par la leur , cè-
dent facilement ce qu'elles contiennent de
nutritif, pourvu toutefois que , par la
cohésion de leurs molécules , elles ne ré-
sistent pas trop à l'action triturante des
organes , et à l'action dissolvante des
fluides digestifs.
Les alimens liquides sont pris aussi , à
l'exception de Peau, parmi les êtres or-
ganisés : ainsi les liqueurs douces , fermen-
tées ou alcoliques, proviennent des plantes,
et le lait du règne animal. L'un est la
boisson la plus généralement usitée. Elle.
mitige les principes stimulans des autres
liquides , et sert de véhicule aux alimens
solides qu'elle fluidifie.
Les alimens sont portés tantôt à l'inté-
rieur sans aucun apprêt et tels que la
nature nous les présente ; tantôt ils ne sont
introduits qu'après avoir été convertis en
mets par l'action du feu et l'addition de
quelques condimens.
Quelle que soit la diversité des alimens ,
16 MANUEL
Faction de nos organes en sépare toujours
les mêmes principes nutritifs ; que la diète
soit entièrement végétale ou purement ani-
male , la composition intime de nos orga-
nes ne change point ; preuve évidente que
la matière que nous retirons des alimens;
pour nous Tapproprier, est toujours la
même ; et c'est ainsi que doit être expliquée
la sentence du père de la médecine : il n'y
a qu'un aliment; mais il existe plusieurs
espèces d'alimens.
Art. Il. Appareil digestif.
L'appareil digestif se présente à la tête,
dans la poitrine et dans l'abdomen, sous
la forme d'un canal continu, renflé ou ré-
tréci dans plusieurs points, et entouré de
parties accessoires de structure différente. Il
se compose de la bouche, du pharynx et
de l' œsophage; de l'estomac, des intestins
grêles et des gros intestins.
La bouche fait partie de la face. Son
ouverture est formée par les deux lèvres.
-Sa cavité est bornée en haut par la voûte
palatine, due à la jonction des os maxil-
DE PHYSIOLOGIE. 17
2.
laires supérieurs et palatins, que revet la
membrane palatine ; en bas par la langue
qu'embrasse le maxillaire inférieur; en
avant par les arcades dentaires ; sur le#
côtés par les joues; en arrière par le voile
du palais.
Les lèvres, distinguées en supérieure et
en inférieure , se réunissent par des angles
frigus, appelés les commissures. La peau
les recouvre en dehors, et se continue ,
vers leur bord libre, avec la muqueuse de
la bouche, qui les tapisse en dedans. Un
muscle orbiculaire commun rapproche les
lèvres et rétrécit l'ouverture de la bouche ;
d'autres muscles agissent en sens contraire :
tels sont, pour la lèvre supérieure , les re-
leveurs communs et propres, le mjrtfiorme
et le petit zigomatique; le carré et la houpe
du menton pour l'inférieure ; et pour les
commissures , les grands zygomatiques,
canins , buccinateurs , triangulaires et
pauciers.
La voûte palatine est formée par la réu-
nion des os maxillaires , supérieurs et pa-
latins; par la conformation et son mode
18 MANUEL
d'umon, elle s'oppose à ce que les alimens
solides ou liquides introduits dans la bouche
ne pénètrent dans l'intérieur des fosses na-
sales, dont elle forme la paroi inférieure.
La langue est placée dans la concavité
du maxillaire inférieur ; sa face supérieure,
libre , est parsemée de follicules et de pa-
pilles variables par leur nombre et leur
forme , sa face inférieure donne attache au
frein ou filet; ses muscles sont, de chaque
côté, le stylo -glosse, le génio-glosse et
Yhyo-glosse ; le lingual occupe le centre.
Les arcades dentaires, formées par les
os maxillaires, offrent de petites cavités,
connues sous le nom d'alvéoles, servant à
loger les racines des dents , lesquelles se
trouvent maintenues par le tissu des genci-
ves. La partie des dents qu'on appelle cou-
ronne est recouverte de l'émail, substance
blanche, inaltérable au contact de Fair ,
qui ne se prolonge pas au-delà -du collet,
partie rétrécie qui sépare la racine de la
couronne. Il y a seize dents à chaque mâ-
choire , dans l'âge adulte , savoir : quatre
incisives en ayant, deux canines sur le&
DE PHYSIOLOGIE. 19
côtés, et dix molaires en arrière , dont trois
grosses et deux petites de chaque côté.
Les joues sont les parois latérales de la
bouche ; elles présentent dans leur organi-
sation extérieure la peau sous laquelle on
rencontre des muscles déjà nommés en
parlant des lèvres ; et à l'intérieur se trouve
une membrane muqueuse, commune à
toute la cavité buccale, dans laquelle vien-
nent se rendre les conduits excréteurs des
glandes sublinguale , sous - maxillaire et
parotide, qui versent dans l'intérieur de
cette cavité une grande quantité de salive
pendant le temps de la mastication.
Le voile du palais est une cloison mo-
bile qui sépare la bouche du pharynx.
Attaché à la voûte palatine par son bord
supérieur , il est libre et concave à son bord
inférieur, et présente dans son milieu la
luette. Il se termine de chaque côté par
deux piliers, entre lesquels est placé un
groupe de follicules muqueux, appelé
glande amygdale. Le voile du palais est
élevé par les muscles péristaphylins inter-
nes , Tendu transversalement par les péris-
20 MANUEL
taphylins externes, et abaissé par les glosso-
staphylins et pharyngo-staphylins.
Le pharynx ou arrière-bouche est une
cavité évasée qui communique avec la
bouche par le détroit ou isthme du gosier,
avec les fosses nasales par les narines posté-
rieures , avec le conduit aérien par Touver-
ture supérieure du larynx et avec l'oreille
par la trompe d'Eustache ou conduit guttu-
ral du tympan Les muscles du pharynx
sont les constricteur-s, les deux stylo-pha-
ryngiens et les deux pharyngo-staphylins.
L'oesophage fait suite au pharynx: c'est
un long conduit étroit , qui descend dans
la poitrine , couché sur la colonne verté-
brale , et traverse le diaphragme, en passant
entre les deux piliers de ce muscle , pour
s'aboucher avec l'estomac par une ouver-
ture qui a reçu le nom de cardia. Des fibres
longitudinales et annulaires forment la
couche musculeuse de Foesophage.
L'estomac est un organe creux qui pré-
sente un peu la figure d'une cornemuse ,
la forme d'un conoïde qui est recourbé sur
sa longueur ; occupant dans l'abdomen
DE PHYSIOLOGIE. 31
tout l'hypocondre gauche, tout l'épigastre
et même une partie" de l'hypocondre droit,
au-dessous du diaphragme. La grosse extré-
mité , tournée en haut et à gauche , est
voisine de la rate ; et sa petite extrémité,
dirigée en bas et à droite , est recouverte
par le foie. Le bord gauche de Testomac
est convexe : on l'appelle la grande cour-
bure; il donne attache au grand épiploon.
Le bord droit est concave : c'est la petite
courbure, à laquelle tient le petit épiploon.
Le volume, la situation relative et la
direction de cet organe varient selon son
état de plénitude ou de vacuité, les diver-
ses attitudes que prend le corps , etc. Il
communique avec l'œsophage par le cardia,
et avec le duodénum par le pylore , qui
est un orifice étroit, entouré en dehors
d'un bourrelet fibreux , et offrant en de-
dans une espèce de valvule formée par les
membranes muqueuse et musculeuse de
ces parties.
Les intestins s'étendent du pylore à l'a-
nus , en se repliant diversement sur eux-
mêmes. On les divise en deux parties ; la
22 MAKUEL
première , appelée intestin grêle, com-
prend le duodénum, le jéjunum et Y iléon ;
la deuxième , nommée gros intestin, se
compose du colon, du ccecum et du rectum.
Le duodénum, premier des intestins
grêles, suit immédiatement l'estomac et
communique avec lui par le pylore. II se
dirige d'abord en arrière et à droite vers le
col de la vésicule biliaire, puis il se porte
presque perpendiculairement et répond en
arrière au corps des vertèbres lombaires et
au rein droit, et en dedans au pancréas.
Sa troisième portion, dirigée transversa-
lement à gauche , se continue avec le jéju-
num. A l'intérieur on voit, vers l'union
de la seconde à la troisième portion de cet
intestin, les ouvertures des conduits cho-
lédoque et pancréatique un grand nombre
de replis circulaires , appelés valvules con-
niventes, qui paraissent avoir pour fonc-
tion de retarder le cours des substances
alimentaires pour leur donner le temps de
s'imprégner de bile et de suc pancréati-
que. C'est dans le duodénum que com-
mence la séparation des substances nutri-
DE PHYSIOLOGIE. 23
tive et excrémenti tielJ e. Le jéjunum et l'iyon
se trouvent dans presque toutes les régions
de l'abdomen, et forment une courbure
générale, dont la concavité , située en ar-
rière , adhère au mésentère, tandis que la
convexité, tournée en avant, est libre et
flottante. Les nombreux contours que pré-
sentent ces intestins ont reçu le nom de
■circonvolutions.
Le ccecwn, le premier des gros intestins ,
est située dans la fosse iliaque droite. Il est
gros , court et bosselé à sa surface externe.
Dans sa cavité se remarquent, i". une pe-
tite ouverture qui conduit dans l'appendice
vermiculaire , partie propre au cœcum , et
qui ressemble par sa forme et son volume
à un tuyau de plume à écrire ; 2°. les orifices
de communication de cet intestin avec l'i-
léon et le colon : celui de l'iléon est entouré
par la valvule dite iléo-cæcale, qui sépare
l'intestin grêle du gros intestin. Le colon
est le plus long des gros intestins ; il s'étend
du cœcum au rectum, en mesurant presque
toute la circonférence de l'abdomen. -On y
distingue quatre portions : la' première est
24 MANUEL
le colon ascendant ou lombaire droit; la
deuxième est l'arc du colon ou colon trans-
verse ; la troisième est le colon descendant
ou lombaire gauche ; la quatrième enfin ,
est l'S du colon, ainsi nommée , parce qu'elle
décrit deux courbures à contresens, avant
de s'aboucher avec le rectum. Celui-ci oc-
cupe l'excavation du bassin ; il est couché
sur la face antérieure et concave du sacrum,
derrière la vessie chez l'homme, tandis que la
matrice et le vagin sont placés au devant de
lui chez la femme. L'anus , qui est l'ouver-
ture par laquelle le rectum se termine, doit
les mouvemens dont il jouit, à ses muscles
releveurs et sphincters interne et externe.
Les parois de l'estomac et des intestins sont
formées par trois membranes : la première,
externe, de nature séreuse , est fournie par
le péritoine , qui. , après avoir tapissé la
cavité abdominale et recouvert la plupart
des organes qui y sont renfermés , forme des
replis nombreux , parmi lesquels sont le
mésentère , les mésocolons , le grand et le
petitépiploonsy etc. ; la deuxième, moyenne,
est muscideuse , et composée de plans de
DE FUYSIOLOGIE. 25
3
fibres distinctes, à directions circulaire ,
oblique et longitudinale. Sur le caecum et
le colon les fibres longitudinales forment
trois bandelettes isolées, et dont la longueur
totale étant moindre que celle de ces in-
testins , produit les bosselures qu'on remar-
que sur leur trajet, la troisième, interne,
muqueuse, offre dans le canal intestinal ,
notamment dans rintestin grêle , des replis
plus ou moins saillans, appelés valvules
conniventes.
Le canal digestif qui commence à la
bouche et finit à l'anus, comme nous
venons de le voir , présente dans sa struc-
ture, non-seulement des membranes mu-
queuse , musculaire et séreuse , avoisinées,
dans certains points, par des glandes ; mais
encore des artères , des veines et des nerfs.
»
ART. 111. Mécanisme de la digestion.
Le Mécanisme de la digestion se compose
d'une série d'actions successives dans l'en-
chaînement desquelles on aperçoit toujours
une liaison dans les organes, et surtout une
26 MANUEL
sorte de subordination mutuelle parmi les
nerfs qui se distribuent le long du canal
digestif. Ces actions rangées suivant l'ordre
dans. lequel les organes viennent d'être dé-
crits, sont : la préhension des alimens, la
gustation , Ja mastication , et l'insaliYl;¡-
tion ; la déglutition, la chymification, la
chrlification, et la défécation.
Deux sentimens intérieurs , la faim et la
soif, nous avertissent du besoin de pren-
dre des a!imens solides et liquides.
U appétit précède ordinairement la faim,
c'est un désir modéré des alimens, accom-
pagné de quelque plaisir; il intéresse prin-
cipalement la bouche , où il détermine l'af-
flux de la salive et des mucosités et l'érec-
tion des papilles de la langue.
La faim n'est pas constamment annoncée
par l'appétit. Elle a son siège dans l'esto-
mac , dont elle dénonce la nécessité de
l'exercice. Si elle se prolonge quelqae temps,
elle étend ses effets sur toute l'économie ,
donne lieu à' l'inanition, et plus tard aux
accidens les plus funestes.
La soif est bornée d'abord à la bouche
DE PHYSIOLOGIE. 27
et aux pharynx, où elle produit un senti-
menl de chaleur et de sécheresse , avec
constriction dans ces parties. Si elle n'est
point satisfaite, il en résulte bientôt l'in-
lfammation de la gorge , l'épuisement de
tous les fluides sécrétoires , et du désordre
dans toutes les fonctions.
Préhension des alimens solides, gusta-
tion , mastication et insalivation. Les
alimens portés à la bouche et introduits
dans sa cavité par ce qu'on appelle pré-
hension, sont d'abord explorés par le sens
du goût qui en apprécie les qualités
bonnes ou mauvaises ; portés ensuite sous
les dents par la langue , la mâchoire in-
férieure , qui est élevée par les muscles
temporaux, masséters et ptérisoidiens
internes, est mue horisontalement par les
plérygoidiens externes, les presse contre
la supérieure pour en opérer l'attrition ;
les joues et la langue les ramènent sans
cesse entre les bords dentaires , pendant
que la salive, les muscosités , la chaleur
de la bouche et l'air contenu dans cette
cavité les pénètrent et les ramollissent.
28 MANUEL
Quand la division est assez avancée, que
la pénétration salivaire est assez intime ,
alors la langue promène sa pointe dans
les diverses parties de la bouche, en par-
court tous les recoins, et ramasse les ali-
mens qu'elle rassemble sur sa face supé-
rieure. Lorsque cette collection est complète,
elle presse le bol alimentaire contre la
voûte du palais , et recourbant sa pointe
en haut et en arrière , en même temps
quelle abaisse sa base, elle offre à ce bol
un plan incliné , sur lequel elle le pousse
d'avant en arrière , pour lui faire franchir
Tisthme du gosier et le précipiter dans le
pharynx. C'est dans ce passage du bol ali-
mentaire , dans sa descente le long du
pharynx et de l'oesophage , que consiste
la déglutition , fonction à laquelle coopè-
rent plusieurs organes , et dont le jeu est
assez compliqué.
Déglutition. Dans le moment où la dé-
glutition va s'opérer, la bouche se ferme
par le rapprochement des deux mâchoires ;
les muscles sous-maxillaires, digastriques,
gênio-hyoïdiens, mylo-hyoidiens j etc.,
DE PHYSIOLOGIE. 29-
3.
élèvent lé larynx et le pharynx, en en-
traînant Tos hyoïde vers la mâchoire in-
férieure fixée par ses élévateurs , en même-
temps que le muscle hyoglosse élève l'ose
hyoïde , il abaisse et porte en arrière la
base de la langue ; l'épiglotte, placée*
entre ces deux parties rapprochées , est-
poussée en bas et en arrière par la base
de la langue qui supplique sur l'ouverture
du larynx.
Alors , le bol alimentaire , pressé- entre-
la voûte du palais et la face supérieure de
la langue , glisse sur le plan incliné que-
celle-ci lui présente, et poussé par la pointe-
qui se recourbe en arrière , il franchit-
l'isthme du gosier. Les mucosités que les
amygdales laissent exsuder à leur surface
facilitent son passage. Lorsque le bol ali-
mentaire est ainsi tombé dans Tarnère-
bouche , le larynx , qui s'élait élevé en
se portant en avant, et en entraînant le-
pharynx dans ce mouvement , s'abaisse et
se porte en arrière. L'air, chassé des pou-
mons avec plus ou moins de force , relève
l'épiglotte, et rencontrant la massé aîi—•
3« MANUEL
mentaire la repousse vers l'oesophage ,
aidé par les contractions péristaltiques du
pharynx. Parvenu dans ce nouveau con-
duit musculo-membraneux, le bol alimen-
taire obéit à sa contraction , jusqu'à L'es-
tomac, dans la cavité duquel il descend
en traversant le cardia , toujours accom-
pagné par une porlion d'air avalée.
La préhension des liquides s'exerce soit
à l'aide d'un vase placé entre. les lèvres ,
soit par succion soit enfin en les précipi-
tant dans le pharynx , la bouche étani
largement ouverte, et la tête renversée en
arrière. Leur déglutition s'opère de la
même manière que celle des solides , elle
exige cependant une précision plus grande
dans l'action des organes , en raison de
la mobilité extrême de leurs molécules.
Chymification. En s'accumulant dans
l'estomac, les substances alimentaires écar-
tent ses parois , et augmentent tous les dia-
raètres de sa cavité : d'où résulte urne
pression réciproque plus grande eplie les
viscères et les parois de l'abdomen. Lors-
que la distension est suiffsante , -(.)n époou-
DE PHYSIOLOGIE. 31
ve le sentiment de la satiété , et bientôt
même du dégoût pour les alimens. Alors ,
le cardia et le pylore se resserrent ; les
forces de la vie se concentrent dans l'or-
gane , qui se livre tout entier à un mou-
vement tonique , par lequel il embrasse
la matière alimentaire qu'il agite douce-
ment. La circulation devient plus active ;
la chaleur se développe ; le suc gastrique
est exlialé en abondance. Ramollie par le
concours de toutes ces causes , la substance
alimentaire s'acimalise et se convertit ,
de la superficie vers le centre, en une
pulpe grisâtre, homogène et d'une odeur
acéteuse , qu'on appelle le chyme. Le
mouvement vague de l'estomac se régu-
larisE:, et prend une direction constante
du cardia au pylore. Celui-ci ne s'ouvre
que lorsque la chymification est complè-
tement achevée ; alors il livre passage au
chyme , qui s'écoule peu à peu dans le
duodénum.
Les liquides portés dans l'estomac , et qui
contiennent de l'albumine, de la gélatine,
de la graisse, du mucilage , de la fécule,
3 2 MANUEL
etc. , éprouvent aussi les effets de la chymi-
fication : ces dernières substances se concrè-
tent, en se séparant de l'eau dans laquelle
elles étaient dissoutes, passent à l'état de
chyme, et partagent ultérieurement les di-
verses altérations que subissent les alimens
solides dans le cours de la digestion.
A mesure que l'estomac se vide , le spas-
me de la peau cesse ; aux frissonnemens
succède une douce chaleur; le pouls se dé-
veloppe et s'élève ; la quantité de la trans-
piration insensible augmente. L'acte de la
chymification produit un mouvement géné-
ral , analogue à un accès fébrile$et cette
fièvre digestive, déjà signalée par les an-
ciens , est surtout facile à observer chez les
femmes douées d'une grande sensibilité. On
ne peut rien établir de positif sur la durée
de la digestion stomacale. Les alimens sor-
tent plus ou moins vîte de l'estomac, sui-
vant que, par leur nature, ils opposent une
résistance plus ou moins grande aux puis-
sances qui tendent à les dissoudre, suivant
encore que l'estomac jouit de plus ou moins
de force et de vigueur, et que les sucs gas-
DE PHYSIOLOGIE. 3'3
triques sont doués d'une activité plus ou
moins marquée. On peut néanmoins assi-
gner trois à quatre heures comme le terme
moyen de la durée de leur séjour. Il est
important de connaître en combien de temps
s'accomplit la digestion stomacale, afin de
ne pas la troubler par les bains, les saignées,
etc ; qui appelleraient vers d'autres organes
les forces dont la concentration sur Festo-
mac est utile à la digestion alimentaire.
Chjlification. Lorsque la pâte chymeuse
remplit le duodénum , l'irritation qu'elle
produit sur les parois de cet intestin est
transmise à la vésicule biliaire par les con-
duits cholédoque et cystique. Alors ses pa-
rois se contractent, et font couler la bile
par le conduit cystique dans le canal cho"-
lédoque. La pression que le paquet intesti-
nal , plus ou moins distendu par les ali-
mens, exerce sur la vésicule , favorise cette
excrétion. La bile hépatique est aussi plus
abondamment versée dans le duodénum.
pendant la digestion , le foie , qui participe
à l'irritation des organes gastriques , en.
sécrétant davantage. Mêlées dans le conduit
34 MANUEL
cholédoque, les biles cystique et hépatique,
avant d'être versées sur la matière alimen-
taire, sont altérées par le mélange du suc
pancréatique.
Ce fluide mixte pancréatico-biliaire,
versé sur la masse chymeuse, la pénètre,
la fluidifie , ranimalise, la sépare en deux
portions : l'une , plus légère, fluide, lac-
tiforme, et se portant toujours à l'exté-
rieur , est appelée le Chyle ; l'autre, gros-
sière -et jaunâtre , c'est la partie excrémen-
îitielle, qui occupe le centre de la pulpe
alimentaire.
Cette pulpe , ainsi préparée, est trans-
mise par le duodénum au jéjunum et à
l'iléon. Sa progression, favorisée par les
mouvemens péristaltiques et par les mou-
vemens de rétraction des parois du canal
intestinal, est ralentie dans l'intérieur des
intestins grêles par les nombreuses circon-
volutions de ces derniers et par les valvu-
les conniventes. Cette disposition permet
aux vaisseaux inhalans d'absorher tout le
chyle qui occupe l'extérieur du chyme et
DE PHYSIOLOGIE. 35
se trouve par conséquent en contact avec
la surface interne des intestins.
Défécation. Dépouillées de la plus grande
partie de leur portion nutritive, les matiè-
res alimentaires arrivent au coecum ; là, elles
prennent les caractères qui les constituent
matières fécales. Ces caractères se pronon-
oent davantage pendant le séjour qu'elles
font dans le colon, par l'absorption du reste
de la partie nutritive. C'est dans cet intes-
tin qu'elles se moulent et contractent une
odeur fétide. -
Le cours de ces matières est favorisé dans
les gros intestins , [o. par les mucosités abon-
dantes qui y sont sécrétées ; 2". par la sti-
mulation que produit sur leurs parois la
bile , dont la partie colorante et amère se
concentre, à mesure que les excrémens per-
dent de leur liquidité en s 'approchant du
rectum. Arrivés dans cet intestin, les excré-
mens s'y amassent, deviennent plus denses,
et déterminent par la suite un sentiment de
gêne qui avertit du besoin de s'en débar-
rasser. Alors le rectum entre en contrac-
tion; et, aidé par l'action des muscles du
36
bas-ventre et du diaphragme , il les expulse
en surmontant la résistance que lui oppo-
sent les sphincters de l'anus.
Des gaz, en quantité variable, se forment
continuellement dans l'estomac et les intes-
tins , surtout pendant le temps de la di-
gestion : les élémens qui les composent sont
l'oxygène, l'acide carbonique, l'azote-et
rhydrogène pur, carboné et sulfuré. Ils
proviennent des alimens , en raison des
altérations chimiques que ces derniers éprou-
vent , et probablement aussi de la muqueuse
du canal digestif, qui les fournit par exha-
lation.
CHAPITRE N.
DES ABSORPTION 5,
LA fonotion des absorptions doit être
définie d'après M. le professeur Adelon ,
l'ensemble des actions par lesquelles sont
recueillis les matériaux nutritifs tant ex-
ternes qu'internes ; et sont fabriqués les
fluides
DE P EYSIOLiO GlE. 37
4
fluides qui serviront eux-mêmes de base
à la composition du fluide général de la
nutrition , le sang artériel.
On reconnaît trois espèces principales
d'absorptions nutritives ; savoir : la di-
gestive , la lymphatique et la veineuse,
Dans l'étude particulière que nous allons
faire de chacune d'elles , nous commence-
rons par décrire l'appareil anatomique ; en.
suite nous traiterons du mécanisme de telle
ou telle absorption ; et en dernier lieu
nous ferons connaître les propriétés phy-
siques et chimiques de tel ou tel fluide
élaboré et non considéré comme déjà
existant par lui-même.
Absorption digestive.
Cette première espèce d'absorption est
encore nommée chylose, parce que son pro-
duit est un fluide particulier appelé chyle»
ART. I. Appareil de la chylose.
Cet appareil appelé chylifère, consiste
en un système de vaisseaux qui , d'uu
38 MANUEL
côté T communiquent médiatement ou im-
médiatement avec la cavité de rintestin
grêle , qui, de l'autre , aboutissent tous à
un tronc unique connu sous le nom de
canal tJioracique, et qui t dans ce trajet,
traversent d'intervales en intervales , un
grand nombre de ces organes de mixtion,
d'élaboration des fluides , appelés gan-
glions -et qui sont ici nommés ganglions
méserïtériques.
Les vaisseaux chjlifères commencent
à la surface interne de l'intestin grêle,
dans le fond des valvules conniventes ;
s'avancent très-petits et très-nombreux,
d'abord entre les membranes muqueuse
et musculeuse, puis entre les membranes
musculeuse et séreuse. Parvenus au lieu
où cette dernière abandonne l'intestin, ils
le quittent aussi, et rampent l'espace d'un
à deux pouces dans l'épaisseur du mésenr-
tère. Alors ils trouvent une première ran-
gée de ganglions mésentériques et s'y plon-
gent. Ils en sortent bientôt, mais plus gros
et en moindre nombre, parcourent un
autre espace dans le mésentère, et par-
DE PHYSIOLOGIE. $9
viennent à une seconde rangée de gan-
glions méscntériqucs. qui sont situés plus-
loin , et où ils se plongent de même. En
ressortant encore plus gros. et moins nom-
breux , ils cheminent pour en atteindre
d'autres, et cela. ainsi de suite, jusqu'à
ce qu'enfin ils viennent tous aboutie vers
la portion lombaire du rachis, à un ré-
servoir commun, qui est la partie infé-
rieure du canal qui verse la lymphe dans
le sang, et qu'on appelle canal ihoracique-.
Ce réservoir est situé vers la troisième ver-
tèbre des lombes, au côté droit de l'a orte,,
derrière le pilier correspondant du dia.-
phragme et les vaisseaux propres du rein
droit.
Dans ce trajet ces vaisseaux établissent
entre eux de nombreuses anastomoses ,
suivent généralement le cours des artères ,
étant en plus grand nombre que les vais-
seaux sanguins, et s'étendent dans tout le
mésentère. Ils existent à partir de la fin
du duodénum, dans tout le jéjunum., et
a-u commencement de Tiléon ; njais.au-delà
il n'y en a plus; leur nombre est d'au-

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