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Marceau

De
228 pages

Naissance de Marceau. — Son éducation. — Il s’engage. — Il assiste à la prise de la Bastille. — Il est nommé commandant en second du bataillon des volontaires nationaux d’Eure-et-Loir. — Son arrivée à l’armée commandée par Lafayette. — Il prévient des défections. — Sa présence à Verdun assiégé par les Prussiens. — Il vote pour qu’on se défende jusqu’à la dernière extrémité. — Il porte au roi de Prusse la capitulation. — Il est nommé capitaine dans la légion germanique.

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MARCEAU.

Lith. par Levert F. d’après la Statue de Préault.

Paris, Imp. Auguste Bry. 114, r. du Bac.

Jules Doublet de Boisthibault

Marceau

PRÉAMBULE

Je n’écris point une histoire à proprement parler, je reste dans les termes d’un simple récit. Mon sujet, je le puise dans quelques-unes de ces belles pages de notre première révolution. A son aurore apparaît un homme, jeune et ardent comme elle ; ils semblent avoir été faits l’un pour l’autre. Entre 1789 et 1796 se placent le point de départ et la limite de ma course : une existence qui commence et la mort qui l’achève... Mais, dans cette période si courte, que de grandes choses accomplies ! J’ai été tenté de les dire telles que je les ai senties. Habitué à demander compte à l’étude de ce que j’écris, je n’ai rien négligé pour rendre mon travail aussi complet que possible : j’ai interrogé les contemporains de Marceau ; j’ai fouillé les archives de plusieurs départements ; j’ai parcouru une partie des pays témoins encore vivants de sa gloire ; j’ai lu et beaucoup lu, mes notes en font foi. Je me suis fait une loi de ne céder ni à l’entraînement ni à la passion, mais à la vérité :

Quid verum atque decens quæro et rogo et omnis in hoc sum.

Car, ce n’est pas un panégyrique que je compose ; la renommée de Marceau n’en a pas besoin.

Plus j’avançai dans mes recherches, plus elles m’ont paru attrayantes, mais aussi plus mon embarras a augmenté. Je m’explique : ordinairement, lorsqu’on écrit la vie d’un homme célèbre, on est exposé à rencontrer des appréciations diverses : ici, des éloges excessifs, là, des critiques violentes ; ce que l’un admire, un autre le trouve indifférent ou le blâme. En étudiant la vie de Marceau, rien de semblable ne s’est produit ; si quelque chose arrête votre plume, c’est ce concert de louanges qui lui sont départies de toutes parts. Je suis encore à découvrir un historien, un biographe, un de ceux qu’il a combattus qui parle de ses défauts ! Pierre-le-Grand, dans ce langage si pittoresque des hommes du nord, disait : « j’ai trouvé la Russie rivière, je la laisse fleuve ; » en enveloppant ma pensée de la même forme, je suis fondé à écrire : j’ai trouvé Marceau soldat sous les murs de la Bastille ; à Altenkirchen je le laisse un des premiers capitaines de son époque. Désormais, Marceau sera le type, le symbole du patriotisme et du courage guerrier.

Au moment de publier une esquisse trop au-dessous d’un modèle si parfait, je me rappelle avec bonheur, avec reconnaissance nos pères, par les mains desquels ont été élevées, en l’an 10, quelques pierres plus respectacles que le marbre en l’honneur de Marceau ; nos pères, qui ont voulu populariser ce beau nom en le donnant à l’une de nos places et à l’une de nos rues. Bientôt cette majestueuse figure, coulée en bronze, apparaîtra comme une illustration dont le pays chartrain ne saurait se montrer trop fier ! Ces hommages mérités survivront à ces lignes. Quel historien pourrait lutter avec ces glorieux souvenirs ? Il n’y en a qu’un, Bouchot ! A lui seul il appartenait d’inscrire au bas de sa toile cette pensée du poëte :

Exegi monumenlum ære perennius
Regalique situ Pyramidum altius...

Combien de fois la vue de ce magnifique tableau m’a ému ! En l’admirant, mes yeux se remplissaient de larmes. J’y cherchais des inspirations, alors que sa richesse infinie me désespérait ; il m’a fallu du courage pour aller plus loin. Sans fausse modestie, je me résigne, quoi qu’il arrive, en déposant humblement une esquisse au pied du chef-d’œuvre d’un artiste inimitable. Quelques-uns des rayons qui éclairent cette scène magique parviendront peut-être à donner la vie à une ébauche.

RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE

DES PRINCIPAUX ÉVÉNEMENTS DE LA VIE DE MARCEAU

17691ermars.Naissance de François-Séverin Marceau-Desgraviers, à Chartres, sur l’ancienne paroisse de Saint-Saturnin.
17852décembre.Il s’engage dans Angoulême-infanterie, devenu le 34e de l’arme.
178914juillet.Il prend part à la prise de la Bastille.
179030août.Il est rayé des contrôles.
179212juillet.Capitaine du 2e bataillon des volontaires nationaux d’Eure-et-Loir.
août.Il assiste au siége de Verdun par l’armée
septembre.prussienne ; on le charge de porter au roi de Prusse les conditions de la capitulation de la place.
1erdécembre.Adjudant-major.
179325mars.Lieutenant-colonel.
1ermai.Lieutenant en premier, aux cuirassiers-légers de la légion germanique, pour prendre rang du 4 septembre 1792.
9juin.Il se trouve à Saumur lors de l’attaque de cette ville par les Vendéens ; il sauve Bourbotte, représentant du peuple.
15juin.Chef de bataillon, adjudant-général, pour être employé à l’armée des côtes de La Rochelle.
5novembre.Général de brigade.
179310novembre.Général de division ; il est employé à l’armée de l’Ouest.
15novembre.Combat à Antrain (Ille-et-Vilaine).
12décembre.Bataille et prise du Mans.
13
19décembre.Le conseil général de la commune de Chartres vote une adresse à Marceau.
22décembre.Combat de Savenay.
24décembre.Marceau et Kléber se rendent à Nantes, où ils sont reçus avec acclamation.
25décembre.Ils sont invités à une séance de la société populaire ; on leur offre une couronne civique.
179415avril.Il est appelé à l’armée des Ardennes.
10mai.Prise de Thuin (sur la rive droite de la Sambre), à 3 lieues S.O. de Charleroi.
26juin.Bataille de Fleurus ; Marceau commande l’aile droite de l’armée française.
septembre.Défaite des Autrichiens près de Blendeff.
1eroctobre.Il est employé à l’armée de l’Ouest. Combat de Deuren, à 7 lieues E. d’Aix- la-Chapelle, sur la rive droite de la Roër.
23octobre.Prise de Coblentz (grd duché du Bas-Rhin).
179513juin.Il est employé à l’armée de Sambre-et-Meuse.
Siége du fort d’Ehrenbreitstein.
10novembre.Il attaque les gorges de Stromberg et en chasse les Autrichiens.
Il commande l’arrière-garde de l’armée sur la rive gauche du Rhin.
8décembre.Combats sur La Lahn, à Messeinheim et à Kaiserslautern.
17décembre.Défaite des Autrichiens à Sulzbach.
1796Il prend le commandement de l’aile droite à l’armée du Rhin.
9juillet.Engagement près de Wiesbaden, chef-lieu du duché de Nassau, à 9 lieues 1/2 O. de Francfort-sur-Mein.
11
26juillet.Prise du port de Konigstein, à 2 lieues 1/2 S.E. de Pirna, à 6 lieues S.E. de Dresde.
19septembre.Il est blessé à Herschbach (duché de Nassau), à 12 lieues O.N.O. de Weilbourg.
21septembre.Il meurt à Altenkirchen, bourg d’Allemagne, à 8 lieues N.p.E. de Coblentz.
L’armée française et l’armée autrichienne lui rendent les honneurs funèbres.
*
**

FAITS POSTÉRIEURS A LA VIE DE MARCEAU.

1796Adresse de la commune de Chartres à la mère de Marceau.
1797La mère de Marceau réclame des secours. — Sa pétition au conseil des Cinq-Cents ; discours de Jourdan (de la Hte-Vienne). (Moniteur du 8 fructidor an 5 — 25 août 1797).
18septembre.Discours de Porte. Il propose d’accorder 2,000 livres de pension ; cette proposition est adoptée. (Moniteur du 2e jour complémentaire an 5 — 18 septembre 1797).
19septembre.Le conseil approuve la résolution de la veille. (Moniteur du 5 vendémiaire an 5).
179724septembre.Le corps de Marceau est brûlé ; ses cendres déposées dans un vase d’airain. Cevase est placé dans le tombeau élevé par l’armée de Sambre-et-Meuse dans le camp retranché de Coblentz.
11octobre.Eloge historique de Marceau, prononcé en séance publique devant la société philotechnique de Paris, par Joseph Lavallée.
8novembre.Célébration, à Chartres, de la fête nationale en l’honneur de Hoche. — Allusion à Marceau.
179815avril.Hommage par Julien Souhait, au conseil des Cinq-Cents, d’une estampe représentant le général Marceau. Il fait son éloge et demande 1° mention honorable au procès-verbal de la séance ; 2° le placement de l’estampe dans le salon de la Liberté ; 3° le renvoi à la commission de l’instruction publique, pour examiner s’il ne conviendrait pas d’envoyer des copies de cette estampe aux administrations. Ces propositions sont adoptées ; l’impression du discours est ordonnée. (Moniteur du 3 floréal an 6 — 22 avril 1798).
16juillet.Rapport de Mortier-Du Parc au nom de la commission chargée d’examiner la proposition de Souhait ; on ordonne l’impression de ce rapport et l’ajournement. (Moniteur du 2 thermidor an 6 — 20 juillet 1798).
1eraoût.Discours de Mortier-Du Parc. Le conseil des Cinq-Cents renvoie au directoire la proposition de faire passer aux départements et aux établissements publics
le portrait de Marceau. (Moniteur du 20 thermidor an 6 — 7 août 1798).
17987septembre.Discours de Mortier-Du Parc. Abolin demande l’ordre du jour : « Le tableau général des campagnes des Français, dit-il, est imprimé et envoyé dans toute la République. Certainement les actions héroïques du brave Marceau, sa mort glorieuse, n’ont pu y être omises. L’envoi de son portrait n’ajouterait rien à sa gloire, ses traits sont gravés dans tous les cœurs vraiment français. » Goupillon de Montaigu combat l’ordre du jour, qui cependant est adopté. (Moniteur du 24 fructidor an 6 — 10 septembre 1798).
179929juin.Le conseil des Cinq-Cents décide que les restes du général Cherin seront réunis à ceux de Hoche et de Marceau dans le mausolée élevé sur les bords du Rhin.
180020mars.Arrêté des consuls prescrivant l’érection, dans chaque département, d’une colonne en l’honneur des braves morts pour la défense de la Patrie et de la Liberté.
18011erseptembre.Arrêté du préfet d’Eure-et-Loir portant qu’un obélisque sera élevé à la mémoire de Marceau ; l’inauguration en est fixée au 23 du même mois.
23septembre.Arrêté du maire de Chartres portant qu’à l’avenir la place du Marché-Neuf et la rue du Chapelet seront nommées rue et place Marceau.
Inauguration de l’obélisque ; allocution du préfet d’Eure-et-Loir ; discours du maire de Chartres.
181531octobre.Rapport d’une commission du conseil municipal de Chartres. Enlèvement, durant la nuit, d’une inscription placée sur l’obélisque.
1817Messénienne contre cet acte de vandalisme.
182119mars.Rapport à la chambre des députés de la pétition de Madame Sergent, de Milan ; elle demande que le monument élevé à la mémoire du général de division Marceau, son frère, et démoli en 1815 par ordre du maire (ce qui était inexact), soit rétabli à la même place. — Nobles paroles du général Foy. — La chambre renvoie la pétition au ministre de l’intérieur.
24mars.Le préfet d’Eure-et-Loir, appelé par le ministre de l’intérieur à lui donner des renseignements sur la cause de l’enlèvement de deux incriptions, ne trouve aucune raison sérieuse qui l’ait autorisé ; c’est l’œuvre des réactions.
24avril.Le ministre de l’intérieur ordonne le rétablissement de deux inscriptions insignifiantes dont il donne le texte.
18301erjuillet.Le conseil municipal de Chartres décide à l’unanimité que la place de St-Saturnin et la rue portant ce nom, reprendront le nom de place et rue Marceau.
15novembre.Le drapeau tricolore est arboré sur l’obélisque de la place Marceau en présence de la garde nationale et des autorités. — Discours patriotique de M. Constantin Maugars, ancien aide-de-camp de Marceau. — Vers composés et récités
par M. Renault en l’honneur du général.
184328mai.Vœux exprimés dans le « Journal des Artistes » par M. Doublet de Boisthibault pour voir élever une statue à Marceau.
184516mars.M. Parfait, homme de lettres à Paris, provoque une souscription dans le même but.
11mai.Le conseil municipal de Chartres souscrit pour 2,000 fr.
août.Souscription du conseil général d’Eure-et-Loir.
184612novembre.Le conseil municipal charge M. Préault, sculpteur à Paris, de l’exécution de la statue de Marceau ; il décide qu’elle sera posée sur la place des Epars, à l’unanimité moins une voix.
18474novembre.Don à la ville de Chartres, par M. Sergent, du sabre que portait Marceau à Altenkirchen ; remercîments du Conseil municipal.
184924avril.Arrêté du président de la République française autorisant la ville de Chartres à élever une statue au général Marceau.
185013février.Le conseil municipal de Chartres décide que la statue de Marceau sera placée sur l’emplacement occupé par l’obélisque. La délibération du 12 novembre 1846 est rapportée.
14février.Traité avec M. Préault, sculpteur.
5avril.Le conseil municipal de Chartres passe à l’ordre du jour sur une pétition tendant à placer la statue de Marceau sur la place des Epars.
7août.Le conseil nomme, pour examiner le
modèle de la statue du général Marceau et donner son avis, une commission composée de MM. Horace Vernet, membre de l’Institut ; David (d’Angers), membre de l’Institut ; Cavelier, auteur de la Pénélope ; Etex, statuaire, auteur de Caïn et de deux bas-reliefs de la barrière de l’Etoile ; Guizard, chef de la division des Beaux-Arts au ministère de l’intérieur.
18503septembre.Le conseil général d’Eure-et-Loir, en s’associant par une allocation à la pensée d’élever un monument en l’honneur du général Marceau, émet le vœu que l’emplacement soit choisi de manière à laisser subsister l’obélisque élevé après la mort de Marceau sur la place qui porte son nom, monument devenu historique, qui rappelle de glorieux souvenirs et témoigne de la reconnaissance de la population pour le héros auquel le département s’honore d’avoir donné le jour.
6septembre.M. David (d’Angers) écrit particulièrement l’avis suivant : « L’aspect de la statue m’a vivement frappé par son caractère monumental, l’énergie bien sentie de la pose, ses heureux aspects vus de tous les côtés, et l’on retrouve dans cet ouvrage l’exécution brûlante et si passionnée qui caractérise les œuvres de ce maître. Cette statue élevée sur son piédestal doit produire un grand effet, et je pense que MM. les membres de la commission seront dignement récompensés dans le choix qu’ils ont fait de cet artiste si capable de comprendre le jeune héros républicain. »
185010septembre.M. Charles Blanc, ancien chef de la division des Beaux-Arts à l’intérieur, écrivait à M. Préault : « Il n’y avait guères que David, Rude et vous, de capables d’entreprendre un tel monument. Il fallait y apporter, en effet, ce sentiment passionné, cet accent de la vie moderne, qui, dans ce genre de sculpture, doit remplacer la gravité calme, la rigide immobilité de l’art antique. J’aurais craint, je vous l’avoue bien naïvement, qu’un artiste capricieux, hardi, remué comme vous, ne dépassât la mesure du mouvement que comporte la statuaire monumentale suivant les idées que je m’en fais. Par un grand bonheur, vous avez campé votre modèle dans un repos qui promet le mouvement ; votre costume est bien entendu, il n’a rien de raide comme la plupart de nos uniformes de marbre, il est heureusement tourmenté comme tout ce qui vit ; j’aime aussi l’arrangement de la chevelure, ce noble désordre qui n’a pas permis de compter les nattes et de piquer les cadenettes. Je vous félicite d’avoir si bien compris ce héros jeune, svelte, élégant et robuste ; de l’avoir planté sur ses jambes hautes, fines et nerveuses, si convenables pour nos généraux haletants qui couraient toute l’Europe. »
27septembre.Le conseil municipal de Chartres nomme M. Foyatier, auteur du Spartacus, aux lieu et place de M. Cavelier, démissionnaire, pour faire partie de la commission nommée le 7 août.
octobre.M. Guizard, directeur des Beaux-Arts au
ministère de l’intérieur, fait connaître au maire de Chartres le résultat de l’avis de la commission : « L’avis des membres présents, dit le rapport, a été favorable à l’œuvre de M. Préault ; on a surtout apprécié la tournure vraiment martiale, la puissance du jet et le caractère énergique et original parfaitement approprié au sujet, qui distinguent ce travail. Je pense donc, Monsieur le Maire, et tel est l’avis de la commission, que ce modèle doit être accepté, et je ne doute pas que cette statue, exécutée en bronze et placée sur un piédestal convenable et bien en rapport avec le caractère et les dimensions du personnage, ne produise un très-heureux effet. »
185011octobre.MM. Rémond, maire, Leviez-Huet, adjoint, Noël, Anctin, Bonnard et Doublet de Boisthibault, conseillers municipaux, se rendent à Paris pour voir le modèle de la statue du général Marceau.
18octobre.Rapport de M. Doublet de Boisthibault au conseil municipal, sur le modèle de la statue du général Marceau ; il est définitivement le conseil.
6novembre.accepté par Le conseil ajourne à se prononcer sur l’emplacement définitif de la statue jusqu’au moment où elle sera prête à être posée. Le maire est autorisé à traiter avec MM. Eck et Durand, fondeurs à Paris, moyennant 9,500 francs, à la charge du transport de la statue à Chartres.
Le conseil municipal décide qu’une pièce de quatre, existant dans l’arsenal de la
mairie, coulée en 1791, provenant d’anciennes boîtes et de petites pièces de canon prises au château de Villebon, du consentement de Mme de Laubespine, sera donnée en compte aux fondeurs.
28octobre.Traité avec M. Eck.
26novembre.
185110février.Nouvelle proclamation du maire de Chartres pour la souscription en faveur de la statue de Marceau.
« L’administration municipale, est-il dit, pleine de confiance dans l’intérêt qui s’attache à la mémoire d’un général qui fut l’une des gloires de la France et que le département d’Eure-et-Loir compte avec orgueil au nombre de ses enfants, fait un nouvel appel à tous ceux qui veulent contribuer à perpétuer son souvenir par un monument digne de lui. »
9mai.Le conseil municipal rapporte la délibération du 13 février 1850 et décide que la statue du général Marceau sera posée place des Epars.
15juillet.Le conseil municipal décide que l’inauguration de la statue aura lieu du 15 au 30 septembre 1851.
8août.Le jour de l’inauguration est fixé au 21 septembre 1851, anniversaire de la mort de Marceau.
21septembre.Inauguration.

INTRODUCTION

Chartres s’honore, à juste titre, du nom de Marceau ; c’est que Marceau est l’un de ses enfants. En contribuant à l’illustration de la France, sa gloire est devenue, en quelque sorte, le patrimoine de sa ville natale. Parler de Marceau, c’est dire tout ce qu’il y a de grand, de sublime dans le patriotisme, au nom duquel se révèle cette noble et légitime ambition de servir son pays ; c’est personnifier le courage dans son élan, dans son audace, dans son fanatisme même ; c’est constater aussi que la science des batailles n’est pas toujours le fruit d’une longue expérience ; elle s’acquiert parfois avant le temps, selon les événements au milieu desquels l’homme se trouve jeté1. Mais le plus beau titre, sans contredit, de Marceau à la reconnaissance de la postérité, sera d’avoir relevé, grandi, s’il est possible, le courage militaire, si haut qu’il soit déjà placé, par un respect profond pour les lois sacrées de l’humanité2.

PREMIÈRE PARTIE

VIE DU GÉNÉRAL MARCEAU

Naissance de Marceau. — Son éducation. — Il s’engage. — Il assiste à la prise de la Bastille. — Il est nommé commandant en second du bataillon des volontaires nationaux d’Eure-et-Loir. — Son arrivée à l’armée commandée par Lafayette. — Il prévient des défections. — Sa présence à Verdun assiégé par les Prussiens. — Il vote pour qu’on se défende jusqu’à la dernière extrémité. — Il porte au roi de Prusse la capitulation. — Il est nommé capitaine dans la légion germanique. — Il est envoyé dans la Vendée. — Il est arrêté, mis en accusation et acquitté. — Sa conduite au siège de Saumur. — Il sauve le représentant du peuple Bourbotte. — L’assemblée nationale demande de l’avancement pour Marceau. — Il devient général de division. — Il assiste à la bataille d’Antrain et prend le commandement de l’armée de l’Ouest. — Prise du Mans. — Combats à Dol, à Foultourte. — A Savenay. — A Thuin. — Sa conduite à Nantes. — Il commande l’avant-garde à l’armée de Sambre-et-Meuse. — Il bat les Autrichiens à Blendeff. — A Fleurus il commande l’aile droite. — Des deux chevaux qu’il monta, l’un fut tué, l’autre blessé. — Combats sur l’Ourthe et la Roër. — Combat de Düren. — Il commande l’arrière-garde de l’armée dans la campagne sur le Rhin. — Il franchit le défilé d’Altenkirchen. — Il est blessé mortellement d’un coup de feu près d’Herschbach. — Il est visité par les généraux ennemis. — Ses derniers moments. — Sa mort.

 

« Le Général Marceau est tombé jeune d’âge, vieux de gloire. »

(Le Général Foy).

François-Séverin Marceau-Desgraviers est né à Chartres le 1er mars 17693, sur l’ancienne paroisse de Saint-Saturnin4. Son père était procureur au bailliage de cette ville5. Emira, sa sœur consanguine, l’éleva avec l’affection d’une autre mère6. Son éducation se ressentit de l’indifférence maternelle, du caractère faible et débonnaire de son père. D’un naturel ardent, d’une imagination vive, exaltée ; sans fortune ; privé, il faut bien le dire, de ces affections si douces et si précieuses de la famille ; désireux de se faire un état dont il ne serait redevable qu’à lui-même, et d’échapper ainsi à l’ennui d’une vie oisive, le jeune Marceau n’entrevit d’autre carrière à suivre que celle des armes. Il ne dissimulait pas l’antipathie profonde qu’il avait pour le barreau, quelques efforts que fissent ses parents pour l’y préparer7.

Le 2 décembre 1785, il avait à peine atteint sa 16e année, qu’il s’engageait avec un de ses camarades, nommé Richer, dans Angoulême-Infanterie, régiment qui devint plus tard le 34e de l’arme. La destinée de Marceau commençait à s’accomplir. Du jour où il se sentit homme, de ses deux noms patronymiques, il n’en garda plus qu’un, celui de Marceau, qu’il devait tant illustrer8.

Désireux de se faire un nom, son ambition était trop légitime pour qu’il ne sentît pas le besoin de s’instruire9. Mais, la marche rapide des événements qui approchaient ne lui laissa guères le temps de se livrer à l’étude. Le hasard l’avait amené à Paris, en congé, au mois de juillet de l’année 1789 ; Marceau ne laissa pas échapper cette heureuse occasion de faire ses premières armes. C’était l’un de ces hommes dont parle quelque part Montesquieu, qui, dans les temps de révolution, se font jour à travers la foule par leur supériorité naturelle. Sous les ordres d’un officier de fortune, Elie, du régiment de la Reine-Infanterie, « dont l’attitude dans cette grande journée fut constamment celle d’un homme des temps héroïques10, » il marcha hardiment à la prise de la Bastille11 ; puis, à la tête d’un détachement de la section de Bon-Conseil (alors le district de Saint-Jacques), il alla droit aux troupes qui s’avançaient sur Paris. Il venait, comme le dit Sénèque, de donner des otages à la fortune.

La commotion était générale ; dans toute la France s’organisaient des bataillons de volontaires, lesquels, pleins d’enthousiasme, hommes du peuple la veille, soldats le lendemain, volaient à la défense de nos frontières menacées. « C’était là le temps du patriotisme, » répétait dans ses dernières années un des hommes les plus distingués de notre siècle, M. Royer-Collard. Le 12 juillet 1792, Marceau était nommé capitaine du 2e bataillon des volontaires nationaux d’Eure-et-Loir12. Il arrivait à l’armée commandée par Lafayette lorsque celui-ci la quittait pour échapper à la proscription. La séduction avait, un moment, pénétré dans l’armée des Ardennes ; la discipline « ce despotisme de la gloire13 » s’en était ressentie ; la parole vive et entraînante, autant que le geste énergique de Marceau, suffirent pour maintenir les soldats dans l’obéissance et le devoir. « Son exemple et sa voix courageuse14 ramenèrent promptement les bataillons égarés. »

Marceau se trouvait avec le 1er bataillon de volontaires d’Eure-et-Loir à Verdun, au moment où l’armée prussienne, déjà maîtresse de Longwy, vint en faire le siége15. La situation de cette place ne pouvait manquer de devenir très-critique. Les fortifications étaient mal entretenues, le matériel notoirement insuffisant ; que pouvaient 3,000 hommes environ, sans la moindre expérience de la guerre, contre de vieilles troupes parfaitement approvisionnées ? Dans la ville même, l’ardeur et la division des opinions ajoutaient encore aux difficultés de la défense. Aussi, lorsque les premières batteries de siège ouvrirent le feu, la population fut frappée d’épouvante et de terreur ! Après sept heures de bombardement16, le duc de Brunswick somma les assiégés de se rendre. Le conseil défensif, présidé par de Beaurepaire, commandant le 2e bataillon des volontaires de Mayenne et Loire, s’y refusa. Il n’obtint qu’une trève de vingt-quatre heures, qu’il mit à profit en inspectant de nouveau la place. La résistance eût été plus que de la témérité. De leur côté, les corps judiciaires et administratifs insistaient vivement pour une reddition immédiate. Cet avis, rapporté et discuté dans le conseil où se trouvait Marceau, fut combattu par lui « avec une mâle énergie de courage17. » Il voulait que la ville résistât par tous les moyens en son pouvoir à l’ennemi. La majorité du conseil fut d’un avis contraire ; on s’ajourna au lendemain pour régler les conditions de la capitulation. Dans la nuit du 1er septembre, de Beaurepaire se tua, préférant une mort volontaire à la honte de se rendre18. Le lendemain, le conseil, réuni de nouveau, le commandement des troupes et de la ville revint par ancienneté à M. de Neyon, lieutenant-colonel du 2e bataillon des volontaires de la Meuse. La capitulation proposée par le duc de Brunswick, reconnue honorable19, fut acceptée. Marceau, se trouvant le plus jeune des officiers supérieurs, reçut la pénible mission d’en remettre l’acceptation à l’ennemi. Il se rendit au camp qu’il occupait, les yeux bandés, précédé d’un trompette, suivant les lois de la guerre.

En présence du roi de Prusse, il ne put maîtriser son émotion : ses larmes coulèrent, des larmes de sang ! Frédéric ne fut pas le dernier à rendre hommage au courage malheureux. La conduite si digne de Marceau20 ne l’empêcha pas cependant de se trouver momentanément compromis21. La Convention décréta la mise en jugement des officiers qui avaient consenti à la reddition de Verdun22. Alexandre-Joseph de Neyon fut le premier porté sur la liste des accusés, le premier aussi dont la tête roula sur l’échafaud ! Trente-cinq personnes furent renvoyées au tribunal révolutionnaire ; un seul fut nominativement et honorablement excepté... Marceau !